Déclaration de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, sur la situation sanitaire dans les outre-mer, au Sénat le 5 octobre 2021.

Intervenant(s) :

  • Adrien Taquet - Secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance

Circonstance : Questions posées au Gouvernement sur la situation sanitaire outre-mer, Sénat le 5 octobre 2021

Prononcé le

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Texte intégral

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande de la délégation sénatoriale aux outre-mer, sur la situation sanitaire outre-mer.

Nous allons procéder au débat sous la forme d'une série de questions-réponses dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.

Je rappelle que l'auteur de la demande dispose d'un temps de parole de huit minutes, puis le Gouvernement répond pour une durée équivalente.

À l'issue du débat, l'auteur de la demande dispose d'un droit de conclusion pour une durée de cinq minutes.

(…)

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la présidente, monsieur le président de la délégation sénatoriale aux outre-mer – cher Stéphane Artano –, mesdames, messieurs les sénateurs, permettez-moi d'avoir moi aussi une pensée pour les victimes, les malades et leurs familles dans les territoires ultramarins. Je salue également les professionnels de santé qui sont à leurs côtés : certains viennent des outre-mer, d'autres de métropole.

En un peu plus d'un an et demi de crise sanitaire, la situation dans les différents territoires d'outre-mer a fortement varié, avec des trajectoires propres à chacun d'entre eux.

Je me réjouis que le débat organisé sur l'initiative de la délégation sénatoriale aux outre-mer nous permette de faire collectivement le point à date sur la situation sanitaire et d'approfondir un certain nombre de sujets grâce aux questions que vous poserez.

Aujourd'hui encore, certains territoires restent touchés par une vague épidémique de grande ampleur, mettant à rude épreuve les populations, les systèmes de soins et les organisations publiques. Vous le savez, les difficultés tiennent en grande partie à la contagiosité accrue du variant delta, mais également à une faible couverture vaccinale, ainsi qu'à des facteurs saisonniers ou structurels face auxquels nous devons sans cesse adapter notre stratégie.

La concomitance et l'intensité des vagues épidémiques ont justifié l'adoption de mesures de freinage fortes et précoces, ainsi, parfois, que leur maintien dans la durée. Comme je l'évoquais, la situation sanitaire dans les outre-mer est, à ce jour, particulièrement contrastée.

En Guyane, la situation reste malheureusement très préoccupante. Si le pic semble avoir été atteint voilà quelques jours, le taux d'incidence demeure aux alentours de 13,5 %, soit le chiffre observé le plus élevé, à égalité avec ce que l'on constate en Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, le niveau actuel d'admissions en soins critiques n'avait encore jamais été atteint. L'ouest du territoire est particulièrement touché. Cette quatrième vague semble être encore en plein développement dans ce territoire, ce qui est un motif d'inquiétude.

Face à une telle situation, des actions fortes ont été entreprises. Des mesures de couvre-feu différenciées en fonction de la circulation du virus ont notamment été décidées. De plus, comme vous le savez, depuis hier et jusqu'au 13 octobre inclus, les établissements d'enseignement du second degré, c'est-à-dire les collèges et les lycées, ne sont autorisés à accueillir que les élèves des classes et des niveaux concernés par le passage d'un examen ou d'un diplôme.

Seule la zone dite « bleue », réservée à l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) de l'est, se distingue par une faible circulation virale et n'est donc plus concernée par les mesures de freinage.

Pour alléger la pression hospitalière, des renforts ont été mobilisés, avec notamment l'arrivée de cinquante personnes samedi dernier. Cette aide permet d'ouvrir de nouveaux lits de réanimation et de compenser une partie des arrêts maladie des personnels soignants.

Parallèlement, des évacuations sanitaires ont été réalisées vers la Guadeloupe et l'Hexagone.

La Nouvelle-Calédonie, où se trouve actuellement le ministre des outre-mer – il vient d'ailleurs de commencer sa semaine de quarantaine –, est toujours confinée. Si les indicateurs laissent espérer une amélioration, la saturation hospitalière constitue malheureusement encore le quotidien des soignants, qui sont surmobilisés. Là aussi, renforts et évacuations se sont multipliés. Les équipes sanitaires travaillent quotidiennement à la définition du besoin précis pour que les missions puissent être menées à bien.

Ailleurs, la situation s'est améliorée, y compris très récemment.

Dans les Antilles, la situation, tant épidémiologique qu'hospitalière, est meilleure. Les indicateurs continuent ainsi d'aller dans le bon sens en Guadeloupe et en Martinique, avec des taux d'incidence en forte baisse. En Guadeloupe, le déconfinement a débuté le 22 septembre selon un plan en trois phases, mais la vigilance doit évidemment rester de mise. À Saint-Martin et Saint-Barthélemy, la situation est également de plus en plus favorable.

Il en va de même à la Réunion, où la situation sanitaire continue aussi de s'améliorer, avec une poursuite du ralentissement de la circulation virale et une diminution du nombre d'hospitalisations, d'admissions en réanimation et de décès.

En Polynésie française, la tendance générale est également à la baisse des indicateurs, permettant d'envisager une levée progressive du couvre-feu.

À Mayotte, les indicateurs épidémiologiques sont en diminution depuis plusieurs semaines, mais la prudence doit rester de mise.

Je le répète après vous, monsieur le président, nous devons rester vigilants. Là où les données montrent une amélioration, elles montrent aussi parfois, non pas un relâchement, mais une moindre mobilisation, notamment autour des dépistages.

La communication, l'information, la pédagogie et la sensibilisation doivent se poursuivre auprès des populations, des relais d'opinion et des relais communautaires pour rappeler les gestes barrières et l'importance de la vaccination. Les efforts en matière de campagne vaccinale doivent être poursuivis.

La vaccination, c'est justement ce qui permet et permettra, de plus en plus, d'améliorer la situation hospitalière. Débutée très tôt, puisque les premières doses sont arrivées dès janvier dans de nombreux territoires, la campagne vaccinale est montée en puissance progressivement, mais ne permet pas encore aujourd'hui de produire les effets attendus, du fait, vous le savez, de réticences extrêmement fortes.

La vaccination atteint un niveau satisfaisant à Saint-Pierre-et-Miquelon et s'en rapproche à la Réunion et en Polynésie, même si elle doit bien sûr être encore encouragée. La dynamique est également plutôt positive en Nouvelle-Calédonie, mais les efforts doivent se maintenir.

Trop de territoires restent cependant en retard dans cette campagne de vaccination.

En Martinique, la couverture vaccinale demeure insuffisante, et laisse craindre un retour à des niveaux élevés de circulation de virus si les mesures de freinage étaient levées trop rapidement. Même chose en Guadeloupe, où la rentrée scolaire a fait l'objet d'une vigilance renforcée. Si les taux de vaccination n'augmentent pas, une nouvelle vague n'est malheureusement pas à exclure.

La Guyane se distingue malheureusement par une vaccination très limitée en population générale, mais aussi chez les soignants.

Enjeu peut-être sous-estimé au départ, la lutte contre les fausses informations a fait l'objet d'une mobilisation complète de l'ensemble des acteurs concernés. C'est un effort collectif indispensable pour renforcer l'adhésion de nos concitoyens aux mesures nécessaires à la lutte contre l'épidémie.

Je parlais de la Guyane à l'instant. Les opérations « d'aller vers » y sont massives depuis des mois ; la promotion vaccinale y est adaptée aux différentes langues du pays, et est assurée par des professionnels et des associations de terrain, que je remercie pour leur engagement. Pourtant, les chiffres restent insatisfaisants. Les enquêtes sur l'hésitation vaccinale conduites régulièrement laissent craindre une véritable épidémie de fausses informations, et une instrumentalisation des inquiétudes relatives au vaccin. Il nous faut compter sur l'engagement de tous pour dépasser cette situation.

À Mayotte, l'agence régionale de santé (ARS) a déployé une communication extrêmement large, diversifiée, traduite en shimaoré, par exemple, pour encourager le respect des gestes barrières et la vaccination.

Vous avez aussi naturellement un rôle important à jouer, mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, avec les élus locaux, sur le terrain, pour déconstruire les messages fantaisistes et alarmistes que certains se plaisent à diffuser. Je tiens à saluer la mobilisation d'un grand nombre d'entre vous et j'invite tous les élus à rejoindre ce mouvement, en responsabilité.

Depuis le début, nous affrontons ensemble cette crise sanitaire. Par-delà les différends politiques et les critiques liées aux méthodes, aux organisations ou aux temporalités – nous y reviendrons –, je pense que nous devons toujours nous retrouver lorsqu'il s'agit de garantir la sécurité et la bonne santé de nos compatriotes ultramarins.

Évidemment, la vaccination n'est pas l'unique sujet à l'ordre du jour. Parfois confrontés à des situations difficiles, devant s'accommoder de mesures d'ordre public strictes mais nécessaires, les citoyens de l'ensemble des territoires d'outre-mer ont fait preuve d'une résilience et d'une solidarité importante.

Cette solidarité s'est aussi manifestée dans l'Hexagone. Ici aussi, l'engagement des équipes médicales a été total, et elles sont venues soutenir l'action de celles et ceux déjà présents au début de la crise en outre-mer. Des renforts continuent ainsi à être mobilisés autant que de besoin pour appuyer les territoires en difficulté.

Au plus fort de la crise, et encore aujourd'hui, le Gouvernement a donc mis en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour apporter la réponse adaptée aux enjeux précis des différents territoires d'outre-mer, avec leurs spécificités. Les énergies ont été mobilisées, les organisations utiles ont été trouvées, et les défis logistiques ont été relevés.

À nous, collectivement, de garantir que cela continuera à l'avenir, bien au-delà de la crise sanitaire. C'était le sens de vos propos, monsieur le président, et c'est l'engagement du Ségur de la santé, dont les premiers effets se font sentir, avec force, dans les territoires d'outre-mer.

Ensemble, le Gouvernement, les parlementaires, les élus et autorités locales continueront ce travail partenarial qui a fait ses preuves, permettant qu'à aucun moment de la crise le moindre territoire de la République ne soit délaissé, abandonné ou mis de côté. Les outre-mer, dans toute leur diversité, leurs forces respectives, leurs préoccupations spécifiques, ont traversé et continuent de traverser cette crise sanitaire, certes en lui payant un lourd tribut, mais en pouvant compter, dès la première seconde et jusqu'à la dernière, sur la solidarité de la Nation tout entière.

Que cela soit pour moi l'occasion de remercier une fois encore l'ensemble des équipes du secteur sanitaire et social, au sein de l'Hexagone comme dans les outre-mer.

Je me tiens désormais à votre disposition pour répondre, au nom du ministère des solidarités et de la santé, aux questions que vous pourriez vous poser. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)


- Débat interactif - 

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question et son éventuelle réplique, en application du nouveau règlement sur les temps de parole. Le Gouvernement dispose pour répondre d'une durée équivalente.

Dans le débat interactif, la parole est à Mme Catherine Conconne.

Mme Catherine Conconne. Monsieur le secrétaire d'État, j'avais l'embarras du choix pour ma question, tant les sujets sont nombreux, mais j'ai choisi de vous parler d'éducation.

Des dizaines de milliers d'élèves des outre-mer n'ont pas pu reprendre normalement le chemin de l'école depuis la rentrée, et sont des victimes directes de l'épidémie de covid-19, alors même que le virus est généralement sans gravité pour eux.

Voilà plus d'un an et demi que nos enfants, nos adolescents se trouvent régulièrement, et pour de longues périodes, éloignés de leurs établissements scolaires. En 2019, avant cette crise, les taux d'illettrisme dans nos territoires étaient déjà alarmants : 35 % des jeunes faisant leur Journée défense et citoyenneté avaient des difficultés de lecture en Martinique, 30 % en Guadeloupe et 50 % à Saint-Martin, quand la moyenne nationale se situait à 11,8 % !

Les dix-huit mois qui viennent de s'écouler auront sans doute, malheureusement, aggravé cette situation dramatique. Vous savez, monsieur le secrétaire d'État, que l'enseignement à distance pose problème, chez nous peut-être encore plus qu'ailleurs, tant les inégalités sociales sont marquées. Tous nos enfants n'ont pas forcément accès à un ordinateur ou à Internet, et tous nos parents ne sont pas en mesure d'aider dans le travail scolaire… Deux enfants sur trois vivent dans des familles monoparentales, dont les mères ne sont pas toujours accompagnées pour faire face à cette situation qui perdure.

Il était certes nécessaire de repousser la rentrée aux Antilles, et je ne le discute pas, mais le retour à l'école doit être une priorité absolue, de même que la mise en place urgente de mesures ambitieuses de soutien pour que les enfants qui ont souffert de la situation puissent rattraper leur retard. Que faites-vous, que comptez-vous faire pour que les chances futures de nos enfants ne soient pas durablement compromises par la période que nous venons de traverser ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice, la crise sanitaire, en effet, n'a pas été neutre pour les écoliers martiniquais, pas plus d'ailleurs qu'elle ne l'a été pour les écoliers de la métropole.

Fermées dès le 17 mars 2020, les écoles ont néanmoins pu rouvrir rapidement, car tel était le souhait, non seulement du Président de la République, mais aussi, me semble-t-il, de l'ensemble des Français. En tant que secrétaire d'État chargé de l'enfance et des familles, j'y étais également particulièrement attaché.

En respectant des gestes barrières stricts, mais ô combien nécessaires, les écoliers ont pu retrouver les bancs de l'école. C'est ainsi le cas depuis le 13 septembre en Martinique, avec un léger décalage par rapport à la métropole.

Quels sont maintenant les impacts à moyen terme de cette crise sur l'école ? Quelles peuvent être les conséquences de cette interruption, même temporaire, de l'enseignement sur les enfants en matière d'apprentissage et d'acquisition des connaissances ?

Au niveau national, les données dont dispose aujourd'hui le ministère de l'éducation nationale montrent que les retards pris avec la crise sont en passe d'être rattrapés et compensés. Chez les jeunes enfants, la capacité à réparer rapidement ce qui a pu être fragilisé est particulièrement forte. Nous devons aussi saluer l'effort remarquable de nos professeurs, qui ont oeuvré pour la maîtrise des savoirs fondamentaux en accompagnant le retour en classe des élèves depuis septembre 2020. Nous sommes fiers de cet engagement des équipes éducatives.

Nous ajoutons une volonté forte de poursuivre au bénéfice des élèves les transformations qui sont engagées depuis 2017, en dépit des aléas de la crise sanitaire. Cela passe par l'élévation du niveau général et l'égalité des chances, avec la volonté d'assurer partout la maîtrise des savoirs fondamentaux, la personnalisation des parcours et la mise en oeuvre de l'école inclusive.

J'ai bien entendu votre remarque sur les difficultés liées à la fracture numérique. J'y ai été confrontée également pour certains publics dans l'Hexagone. La crise sanitaire a toutefois permis d'accélérer un certain nombre de projets visant à la réduire.

Je rappelle pour conclure les chiffres forts de l'effort éducatif en Martinique : 100 % des classes de CP et de CE1 en réseau d'éducation prioritaire (REP) y ont été dédoublées, ainsi que 46 % des classes de grande section.

Avec le ministre de l'éducation nationale, je reste toutefois particulièrement vigilant, en Martinique comme ailleurs, sur les sujets que vous avez soulevés, madame la sénatrice.

Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Conconne, pour la réplique.

Mme Catherine Conconne. Je regrette une réponse totalement stéréotypée qui ne reflète en rien la réalité.

Mme la présidente. La parole est à M. Thani Mohamed Soilihi.

M. Thani Mohamed Soilihi. Monsieur le secrétaire d'État, voilà quelques semaines, nous exprimions ici notre soutien et notre solidarité envers les territoires ultramarins, frappés de plein fouet par une vague de covid-19 sans précédent.

Nous l'avions rappelé unanimement, cette situation de catastrophe sanitaire est la résultante de nos vulnérabilités structurelles et des faibles taux de vaccination.

Sur ce dernier point, les causes sont multiples et complexes, dans des territoires où la méfiance envers les institutions de l'État est nourrie chaque jour par une désinformation accrue, engendrée par des diplômés des réseaux sociaux plutôt que par des facultés de médecine.

À cela peut s'ajouter une communication des autorités sanitaires jugée parfois trop généraliste dans certains territoires.

Depuis, nous avons voté la prolongation de l'état d'urgence sanitaire dans les outre-mer jusqu'au 15 novembre 2021. Un mois après ce dixième texte d'urgence, où en sommes-nous ?

Près de 3 millions de doses ont été livrées et 2,3 millions d'injections réalisées ; les initiatives « aller vers » ont été renforcées, montrant partout leurs effets ; des renforts sanitaires humains et matériels ont été envoyés ; les opérations Évasan ont permis d'évacuer certains de nos compatriotes vers l'Hexagone ; les mesures de confinement et de couvre-feu ont été allégées sur certains territoires.

Cet ensemble de mesures de solidarité nationale permet de limiter la propagation du virus tout en soutenant nos économies déjà bien fragiles.

Cependant, les situations sont encore très disparates selon les territoires. Je pense aux difficultés que connaissent la Guyane ou la Nouvelle-Calédonie actuellement.

Monsieur le secrétaire d'État, comment pourrons-nous affronter une prochaine vague avec des systèmes de santé si fragiles ?

Que prévoit le Gouvernement pour permettre à nos territoires structurellement en retard de se doter d'un système de santé plus résilient et robuste ?

Avant de conclure mon propos, je tiens à saluer le courage de nos collègues Georges Patient, Teva Rohfritsch ou encore Catherine Conconne, qui ont adopté une ligne claire face aux colporteurs d'inepties et de contrevérités.

Le mensonge prend souvent l'ascenseur, tandis que la vérité passe par l'escalier. Ne craignons pas d'emprunter collectivement cet escalier ! (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Je vous remercie de vos propos, monsieur le sénateur. Votre constat est exact : si nous avons réussi à surmonter cette crise sanitaire dans l'Hexagone et dans les outre-mer, notre vigilance doit évidemment rester totale face au risque de résurgence de l'épidémie, qui se matérialise déjà par endroits.

La concomitance et l'intensité des vagues épidémiques en outre-mer ont justifié l'adoption de mesures de freinage fortes et précoces. Leur maintien dans la durée est parfois nécessaire, y compris là où la circulation virale baisse, pour éviter une résurgence. Cette stratégie est exigeante, difficile, au long cours. Elle doit être expliquée à la population, mais elle est efficace, nous en sommes convaincus, et les analyses menées par Santé publique France le confirment.

Aujourd'hui, cette situation sanitaire contrastée et fortement évolutive oblige les équipes sanitaires à rester vigilantes et réactives, comme elles le sont depuis le début de la crise.

Elles pourront évidemment compter jusqu'au bout sur le soutien du Gouvernement, même s'il n'y a malheureusement pas de recette miracle. Il faut continuer à mobiliser la solidarité nationale, à envoyer des renforts tant que cela est nécessaire et à maintenir en tension des dispositifs qui ont fait leurs preuves, si besoin au moyen d'actions de communication.

À Mayotte, les enjeux sont clairs : si les indicateurs épidémiologiques sont en diminution depuis plusieurs semaines, le territoire demeure particulièrement fragile et vulnérable, la principale raison étant la faible couverture vaccinale. En effet, seuls 44 % de la population globale à Mayotte disposent d'au moins une dose de vaccin.

C'est d'ailleurs sur ce point que je souhaite insister en conclusion, comme vous l'avez fait, monsieur le sénateur. Avec Olivier Véran et l'ensemble des équipes sanitaires du ministère, dans l'Hexagone comme dans les territoires ultramarins, je ne cesse de le répéter : faites-vous vacciner ! Nous ne pouvons nous satisfaire de chiffres aussi bas.

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Médevielle.

M. Pierre Médevielle. Monsieur le secrétaire d'État, l'heure est grave dans la plupart des territoires d'outre-mer.

Les chiffres sont alarmants, du fait notamment de la contagiosité accrue du variant delta. Les hôpitaux doivent faire face à un afflux massif de malades : les services de réanimation sont saturés, les urgences débordées…

En Nouvelle-Calédonie, où la vaccination a pourtant démarré en janvier, 32 % seulement de la population disposent d'un schéma vaccinal complet.

Sur ce faible taux se greffent les modes de vie communautaires océaniens et les multiples comorbidités qui frappent les Calédoniens, offrant un terrain propice au désastre sanitaire en cours.

La barre des 100 morts a été franchie la semaine dernière.

La situation sanitaire est aussi sombre en Guyane, où le taux d'incidence grimpe en flèche, alors qu'une large partie de la population reste, elle aussi, rétive, voire hostile au vaccin.

Les chiffres le démontrent : moins de 25 % des Guyanais sont totalement vaccinés. En conséquence, l'épidémie ne faiblit pas, et le nombre de décès atteint des niveaux inédits.

Est-il acceptable de voir des soignants « anti-vaccins » manifester devant un hôpital ?

Monsieur le secrétaire d'État, cette épidémie est devenue, dans les outre-mer, une épidémie des « non-vaccinés ». Face à ce drame, il y a urgence à agir, et la solution, nous le savons tous maintenant, c'est la vaccination.

Aussi, envisagez-vous de rendre obligatoire la vaccination dans les territoires ultramarins les plus touchés ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. S'agissant de la Nouvelle-Calédonie, je le disais tout à l'heure, Sébastien Lecornu, ministre des outre-mer, s'y trouve actuellement, notamment, mais pas seulement, pour faire le point sur ce contexte sanitaire extrêmement tendu. Ce territoire avait pourtant, jusqu'en septembre dernier, été protégé du virus, grâce aux mesures de contrôle mises en place à l'époque pour limiter les déplacements.

Aujourd'hui, la situation est radicalement différente : le variant delta s'est diffusé de façon assez fulgurante sur tout le territoire en à peine quelques semaines.

Il y a toutefois quelques motifs d'espoir. Nous observons ces derniers jours une diminution du taux d'incidence, même si nous interprétons les données avec prudence, car la situation hospitalière se caractérise toujours par une forte tension. Nous espérons toutefois qu'un plateau a été atteint. Pour traverser cette période difficile, 291 professionnels de santé ont été envoyés sur place depuis l'Hexagone. Plusieurs tonnes de matériel et de produits de santé ont également été envoyées. La coopération entre la Nouvelle-Calédonie, autonome sur le plan sanitaire, et le gouvernement français est intense, et, à mon sens, exemplaire.

Vous parliez aussi d'obligation vaccinale, monsieur le sénateur. Il me semble que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a voté, pour la population générale, une obligation vaccinale, dont les modalités de mise en oeuvre mériteraient peut-être d'être précisées afin de s'assurer que l'ensemble de la population y a effectivement accès.

Quant à la Guyane, j'aurai probablement l'occasion d'y revenir tout à l'heure, mais elle est actuellement en pleine quatrième vague épidémique, avec une forte tension hospitalière et une situation particulièrement fragile qui nécessitera probablement des mesures supplémentaires.

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Médevielle, pour la réplique.

M. Pierre Médevielle. Il est vrai que le Gouvernement a fait des efforts importants en envoyant du matériel dans les endroits où l'épidémie a flambé, notamment en Nouvelle-Calédonie.

Nous ne voulons pas revoir ce que nous avons vu dans certains pays européens, lors des premières et deuxièmes vagues, quand les systèmes de réanimation étaient saturés.

La vaccination semble avoir été bien acceptée par la population en Nouvelle-Calédonie, avec la double échéance du 31 octobre et du 31 décembre. J'y vois un signe encourageant pour élargir ce processus à d'autres territoires.

Mme la présidente. La parole est à M. Alain Milon.

M. Alain Milon. Monsieur le secrétaire d'État, la vaccination de l'ensemble des personnes éligibles, et non des seules personnes réputées fragiles, est aujourd'hui le moyen le plus efficace pour freiner, et peut-être un jour arrêter l'épidémie.

Elle réduit considérablement les risques de formes graves de la covid-19 et, plus important encore, le nombre de décès. Les études scientifiques l'ont montré. La « vie réelle » l'a montré également : les territoires les plus vaccinés sont aujourd'hui ceux où l'épidémie est la moins virulente et les décès les moins nombreux.

La vaccination est efficace, ouverte à tous, prise en charge à 100 %. Mais alors que notre pays a la chance de disposer de vaccins, force est de constater que la couverture vaccinale du territoire est très hétérogène, les territoires ultramarins étant loin derrière la moyenne nationale.

Guadeloupe, Saint-Martin, Martinique, Guyane : dans aucun de ces territoires, le taux de personnes avec au moins une dose ne dépasse 35 %, selon les chiffres de Santé publique France. La Guyane serait même le département le moins vacciné de France. C'est d'autant plus inquiétant que les outre-mer ont des prévalences de diabète, d'obésité et d'autres comorbidités avérées à la covid-19 bien supérieures à l'Hexagone.

Pire, alors que les Antilles et la Guyane ont connu une quatrième vague particulièrement sévère et meurtrière, aucun sursaut vaccinal ne semble survenir.

Nous cherchons tous à comprendre les raisons de cette réticence vaccinale, et la mission présidée par Bernard Jomier y consacre ses travaux en ce moment. Sont évoqués, tour à tour, la défiance envers le gouvernement central, la sensibilité à toute une série de fake news, le traumatisme consécutif au scandale du chlordécone, voire certaines influences religieuses.

Ma question est donc simple, monsieur le secrétaire d'État : quelle analyse faites-vous de cette réticence vaccinale ? Surtout, alors que la faible couverture vaccinale fait courir un danger immédiat, mais surtout futur face à de nouvelles vagues, en particulier si des variants présentant un risque d'échappement vaccinal devaient apparaître, quelles sont les actions concrètes que le Gouvernement et les autorités sanitaires sur place envisagent pour combattre ces réticences, « aller vers » et convaincre la population de la sécurité et de la nécessité de la vaccination ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Monsieur le sénateur, pour être très précis, deux territoires dépassent les 35 % de couverture vaccinale : Mayotte et La Réunion, avec respectivement 44 % et 57 %. On constate en effet une disparité entre, d'une part, les Antilles-Guyane, et, d'autre part, les territoires de l'Océan indien, qui ont davantage recours à la vaccination, même si les marges de progrès sont encore réelles.

Je ne vais pas reprendre toute votre démonstration, complète et brillante, sur l'utilité et la nécessité du vaccin. Au-delà des défiances et des croyances, que vous avez parfaitement identifiées, le décalage s'explique aussi par le fait que certaines populations sont isolées géographiquement, socialement et dans le rapport qu'elles entretiennent avec les institutions. Les dispositifs « d'aller vers » jouent donc selon nous un rôle absolument crucial dans le succès de la campagne de vaccination.

Des initiatives sont prises dans les territoires ultramarins pour aller auprès des populations les plus éloignées et les plus fragiles.

À La Réunion, par exemple, en lien avec les communes, les centres commerciaux et la Croix-Rouge, l'agence régionale de santé organise des opérations de « vaccinobus » dans les différentes communes de l'île. Des opérations de vaccination éphémères sont également organisées dans des maisons de quartier ou des salles des fêtes.

À Mayotte, les lieux de vaccination changent chaque semaine, et ce en étroite collaboration avec les communes.

En Guadeloupe, des équipes mobiles sont déployées et une campagne progressive d'appels téléphoniques est en cours pour proposer, en priorité aux plus de 75 ans, des rendez-vous de vaccination, avec, si besoin, une organisation et une prise en charge des déplacements vers les centres.

En Guyane, des dispositifs spéciaux sont lancés, notamment une opération de vaccination au centre spatial de Kourou pour cibler les employés sur leur lieu de travail. On sait que cela facilite souvent la vaccination.

Enfin, en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, de nombreuses opérations de vaccination éphémères ont été lancées, notamment dans certains atolls reculés.

Il faut rester ingénieux, souple et inventif pour essayer d'élargir au maximum cette couverture vaccinale, dont vous avez relevé qu'elle était encore largement insuffisante dans certains territoires.

Mme la présidente. La parole est à M. Guillaume Gontard.

M. Guillaume Gontard. Monsieur le secrétaire d'État, si j'avance le chiffre de 95 % des Guadeloupéens et de 92 % des Martiniquais, je n'évoque malheureusement pas les taux de vaccination contre le covid-19 de la population antillaise, mais le taux de contamination de celle-ci au chlordécone.

Pendant deux décennies, la France a continué à autoriser un produit dont la toxicité était avérée. Elle a laissé les cultivateurs de bananes s'empoisonner et tout empoisonner autour d'eux, et ce pour plusieurs siècles, car nous sommes incapables de décontaminer les sols et les réserves d'eau.

Trente ans plus tard, le rôle de l'État dans ce scandale sanitaire hors norme, étayé en 2019 par une commission d'enquête parlementaire, n'est reconnu que du bout des lèvres. La reconnaissance du lien de causalité entre le chlordécone et le cancer de la prostate n'est toujours pas établie par les autorités françaises. Les victimes n'ont jamais été indemnisées et votre quatrième plan chlordécone, présenté en mars, ignore largement ces enjeux.

Quel rapport avec le sujet qui nous occupe, me demanderez-vous ? Je le crois pourtant évident. Si la Guadeloupe et la Martinique sont, et de très loin, les deux départements qui connaissent le plus faible taux de vaccination – à peine 35 % de la population a reçu au moins une dose, soit un taux beaucoup plus faible que tous les autres territoires d'outre-mer –, c'est bien sûr tout sauf un hasard, même si l'on peut évoquer d'autres raisons. La confiance envers la puissance publique, les autorités sanitaires, et même la science, est largement entamée, pour ne pas dire rompue.

La vaccination est pourtant la seule option pour sortir de cette situation sanitaire, aggravée en outre-mer par un sous-investissement chronique dans l'hôpital public.

Ma question est simple, monsieur le secrétaire d'État : pour rebâtir la confiance et favoriser la vaccination en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et au-delà, le Gouvernement va-t-il enfin reconnaître les torts de la France dans le scandale du chlordécone et indemniser les victimes en conséquence ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Monsieur Gontard, vous avez raison de rappeler la responsabilité collective qui pèse sur nous pour rétablir la confiance éprouvée des habitants de ces territoires sur les questions de santé publique. Cette responsabilité m'oblige aussi à énoncer quelques vérités en réponse à votre interrogation.

Je le redis, l'affaire du chlordécone est un scandale que trop peu de Français connaissent à ce stade. Il n'en demeure pas moins que le Gouvernement agit afin d'apporter des réponses, conformément à l'engagement du Président de la République pris lors de son déplacement aux Antilles fin 2018.

Le Gouvernement est mobilisé pour que, face à cette pollution, l'État prenne sa part de responsabilité et avance sur le chemin de la réparation et des projets. Il a adopté, en février dernier, un nouveau plan stratégique dont vous connaissez les contours. En tant que parlementaire, vous êtes évidemment libre de le critiquer, mais il offre, je le crois, des solutions aux publics les plus touchés en concrétisant des promesses de longue date qui n'avaient jamais été tenues. Je pense par exemple à la reconnaissance du cancer de la prostate potentiellement causé par le chlordécone comme maladie professionnelle.

Je veux rappeler aussi que la gestion de la crise du covid, c'est tout le contraire du scandale du chlordécone. Il est de notre responsabilité collective de le dire. Loin des silences coupables, nous avons multiplié, dès le premier jour, les signaux d'alerte et les campagnes d'information. Jamais l'État n'a été aussi présent au quotidien pour accompagner les soignants et, plus largement, l'ensemble des Français touchés par le covid.

Rétablir la confiance, c'est déjà tirer les leçons des erreurs passées, et tout faire pour ne pas les reproduire. Je le répète, la gestion de la crise du covid n'a rien à voir avec celle du chlordécone. En l'occurrence, tout est dit, et toutes les publications scientifiques rigoureuses vont dans le même sens.

Unissons donc nos efforts pour en finir avec cette épidémie, en rétablissant la confiance auprès de nos compatriotes.

Mme la présidente. La parole est à Mme Éliane Assassi.

Mme Éliane Assassi. Monsieur le secrétaire d'État, « depuis deux semaines, il n'y a aucun lit disponible au centre hospitalier de l'Ouest guyanais, en pédiatrie, à la maternité […], aucun lit en service de médecine polyvalent, […] et surtout aucun lit en réanimation ».

Ce cri de détresse de Crépin Kezza, chef des urgences de ce centre, montre le décalage entre la métropole et nos collectivités d'outre-mer. Si les disparités sont importantes, nous souhaitons néanmoins interroger le Gouvernement sur ce décalage. Décalage dans le temps, décalage dans l'intensité, la vague d'épidémie qui frappe quasiment l'ensemble de nos collectivités d'outre-mer depuis l'été est un véritable choc et nous ne pouvons que soutenir nos concitoyennes et concitoyens ultramarins.

La Nouvelle-Calédonie, jusqu'à présent covid free, accuse plus de 100 morts en un mois sur ses 280 000 habitants. En Guadeloupe, où la situation s'améliore, ce taux demeure supérieur au seuil d'alerte.

Nous nous entendons tous pour dire que la campagne vaccinale permet de renverser ces tendances dramatiques. Mais cela ne suffit pas. Le manque de lits, le tri des patients, les personnels épuisés sont le résultat de sous-investissements chroniques. À Mayotte, on compte 300 lits au CHU alors qu'il en faut 900 en temps normal pour couvrir les besoins. En Guyane, on décompte 55 généralistes pour 100 000 habitants, alors que la moyenne nationale est de 104.

Ces déserts médicaux sont dénoncés chaque année, mais aucun véritable plan de rattrapage n'a été mis en place pour y remédier. Ces mêmes populations, qui souffrent là d'habitat insalubre, ici de coupures d'eau quotidiennes, ont une histoire bien à elles, qui alimente une crainte face aux injonctions du pouvoir éloigné d'elles, à Paris.

Ma question est simple, je vous l'accorde, monsieur le secrétaire d'État, mais elle est très vaste : comment, à travers les moyens mis en oeuvre dans la campagne vaccinale, mais également dans le cadre d'un plan de plus long terme, le Gouvernement compte-t-il agir enfin, afin que l'inacceptable ne se reproduise plus ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Je ne sais si votre question est simple, madame la présidente Assassi ; elle est vaste, assurément, et sans doute considérerez-vous comme incomplets les éléments de réponse que je vais tâcher de vous donner. Aux difficultés réelles et connues que vous avez énumérées, le Gouvernement essaie d'apporter - et apporte - des réponses. Il le fait notamment, j'y reviendrai, à travers le Ségur de la santé, qui s'attaque à un certain nombre de problèmes structurels que vous soulevez.

La Guyane disposait initialement de 20 lits de réanimation. Nous avons porté à 48 le nombre de lits de réanimation armés et nous pourrions monter à 61 si la situation le nécessitait. Le Ségur a permis de rattraper, en de nombreux endroits, un retard accumulé, vous le savez, depuis de très nombreuses années. (Mme Éliane Assassi le conteste.) Il permet également de mieux préparer ces territoires aux nouveaux enjeux en matière sanitaire, de soutenir les professionnels de santé, engagés bien au-delà de la seule situation liée à la covid.

Le temps m'étant compté, je m'en tiendrai à quelques faits marquants : 53 000, c'est le nombre de personnels qui ont déjà été revalorisés, en cumulé, en Guadeloupe, en Martinique, à Mayotte, à La Réunion et en Guyane ; 1,57 milliard d'euros, c'est le montant du plan pour relancer les investissements en santé dans ces mêmes territoires.

Derrière ces montants parfois peu parlants, il y a des actions très concrètes, qui concernent nos concitoyens et les professionnels de santé. Je citerai par exemple en Guadeloupe un projet d'investissement médico-social de plusieurs millions d'euros pour rénover les bâtiments ; en Martinique, le développement d'une plateforme numérique en mode SaaS, Software as a Service, qui va permettre aux patients d'accéder à une information rapide au sujet des soins non programmés ; enfin, en Guyane – et vous comprendrez que j'y sois particulièrement sensible –, le renforcement d'une filière de périnatalité pour traiter ce qui est, là-bas, un important problème de santé publique.

Tels étaient les quelques exemples que je souhaitais évoquer, certains de très court terme en réponse à l'épidémie de covid, d'autres de plus long terme, liés au Ségur de la santé. Ce dernier permet de rattraper des retards accusés depuis trop longtemps par ces territoires.

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-François Longeot.

M. Jean-François Longeot. Monsieur le secrétaire d'État, je tiens à associer mon collègue Gérard Poadja, sénateur de la Nouvelle-Calédonie, à ma question.

Il y a à peine un an, la Nouvelle-Calédonie tenait une deuxième consultation sur son autodétermination. Après une mobilisation historique, le « non » l'emporte, conduisant les indépendantistes à solliciter une troisième consultation, dont la date a été fixée par le Gouvernement au 12 décembre prochain.

Toutefois, dans un contexte sanitaire inquiétant, des voix – majoritairement indépendantistes – se sont élevées pour envisager le report d'un tel référendum, par crainte d'une forte abstention.

Face à un taux d'incidence élevé, à un taux de vaccination de 42 % insuffisant, et à des capacités d'accueil hospitalières en surchauffe, et après le décès de 160 de nos compatriotes calédoniens, le Gouvernement et le haut-commissaire ont acté la prolongation du confinement pour deux semaines.

Monsieur le secrétaire d'État, malgré les renforts de près de 300 soignants volontaires de la réserve sanitaire, et alors que le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, est actuellement sur place pour faire le point sur l'évolution de la pandémie, craignez-vous que les conditions sanitaires ne permettent pas la tenue de ce troisième référendum ? Quel dialogue envisagez-vous avec l'ensemble des parties prenantes à cet égard ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Monsieur le sénateur Longeot, je ne reviendrai pas sur les éléments de contexte précédemment développés sur la situation sanitaire en Nouvelle-Calédonie. Soyez assuré néanmoins, je vous le répète, que cette situation fait l'objet d'un suivi attentif de la part du Gouvernement.

S'agissant du potentiel impact de l'épidémie sur la tenue du référendum prévu en décembre prochain, je vous apporterai une réponse coordonnée avec le ministre des outre-mer, qui vient d'atterrir, vous le savez, ce mardi même en Nouvelle-Calédonie. En plus des questions relatives à la crise sanitaire, à son évolution et à ses conséquences économiques, il y abordera la question du référendum.

Je rappelle qu'aux termes de l'accord de Nouméa, la date de la consultation est fixée par l'État. À ce jour, les préparatifs se poursuivent. Nous devons être prêts pour le 12 décembre, date arrêtée en juin après des discussions approfondies avec toutes les composantes politiques calédoniennes.

Organiser des scrutins de manière sereine dans de telles circonstances est possible. De nombreux pays l'ont fait : les États-Unis, l'Allemagne, le Portugal, Israël, etc. Notre rôle consiste à s'assurer que la campagne, d'une part, et le scrutin, d'autre part, puissent se tenir de manière sereine et sincère. C'est exactement ce à quoi oeuvre le ministre, avec l'ensemble des acteurs locaux. Il aura très certainement l'occasion d'en parler très prochainement avec l'ensemble des élus de l'île, dont M. Poadja.

Voilà quelques éléments de réponse, en attendant le résultat des échanges que le ministre aura sur place.

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-François Longeot, pour la réplique.

M. Jean-François Longeot. Je suis heureux d'entendre que c'est l'État qui fixe la date de la consultation et que celle-ci reste fixée au 12 décembre. Je me réjouis que vous puissiez tenir le cap et que tout soit mis en place pour que cette troisième consultation se déroule à la date indiquée, dans les meilleures conditions possible.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Artano.

M. Stéphane Artano. Saint-Pierre-et-Miquelon est le seul territoire ultramarin exclu de la prorogation de l'état d'urgence sanitaire depuis le 21 septembre. Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est 31 cas de covid identifiés depuis le début de la crise – 31 cas guéris –, mais c'est aussi 90 % de la population vaccinée en première dose – un taux sinon satisfaisant, du moins exemplaire –, et 88 % de la population vaccinée en seconde dose. Peut-être d'ailleurs Saint-Pierre-et-Miquelon aurait-il pu servir de modèle, à bien des égards, s'agissant de la territorialisation des mesures appliquées aux territoires ultramarins, voire hexagonaux.

Depuis le 4 octobre ont été mises en place de nouvelles conditions de circulation, de et vers les outre-mer depuis l'Hexagone. Permettez-moi, monsieur le secrétaire d'État, de vous adresser deux demandes de précisions concernant spécifiquement Saint-Pierre-et-Miquelon.

Voici la première : quand vous revenez de Paris en passant par Montréal en transit international, vous devez fournir un test PCR, même si votre parcours vaccinal est complet.

Sauf erreur de ma part, Saint-Pierre-et-Miquelon est le seul territoire ultramarin dans cette situation.

Pour l'expliquer, le représentant de l'État avance comme argument que la réglementation canadienne impose ce test PCR. Pour autant, quand vous partez de Saint-Pierre-et-Miquelon, en transit via Montréal pour vous rendre à Paris, ce test n'est pas requis. Pourquoi cette exigence s'impose-t-elle aux personnes présentant pourtant un parcours vaccinal complet ?

Ma deuxième demande de précisions porte sur le déremboursement des tests PCR prévu d'ici au 15 octobre. Comment justifier auprès d'une population presque intégralement vaccinée que les tests PCR ne seront pas remboursés, alors qu'ils sont imposés par la puissance publique ? Il ne s'agit pas de tests de confort, si tant est que le Gouvernement entende les maintenir.

J'ai une autre inquiétude. Le préfet a suggéré que les tests antigéniques, également valables 48 heures avant le départ depuis Paris, ne seraient pas conseillés par rapport aux règles sanitaires en vigueur au Canada. Si ces tests ne sont pas valables, alors il faut les sortir du décret d'application.

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Nous comprenons les incompréhensions qu'ont pu éprouver nos concitoyens ces derniers mois, face à des règles qui ont dû évoluer pour s'adapter à des réalités nouvelles, au risque que le quotidien de certains s'en trouve complexifié.

Vous m'interrogez sur les conditions d'entrée sur le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon. Je vous renvoie au communiqué de presse publié hier par la préfecture à ce sujet. La réglementation prévoit que les personnes vaccinées en provenance de l'Hexagone et à destination de Saint-Pierre-et-Miquelon n'ont plus à réaliser de test. Cette règle s'applique pour les vols directs, qui toutefois ne fonctionnent que pendant la saison estivale. Pour les voyageurs en provenance de l'Hexagone et qui passent en transit par le Canada, la réglementation canadienne prévoit bien un test. Le communiqué de presse précise qu'il doit s'agir d'un test PCR, compte tenu du fait que le Canada n'accepte pas les tests antigéniques.

J'invite évidemment toutes celles et tous ceux qui se rendent à Saint-Pierre à se fier entièrement aux informations contenues dans ce communiqué de presse en date du 4 octobre. Si des informations différentes ont pu être diffusées ailleurs, soyez assuré que les équipes concernées font le maximum pour mettre tout cela en cohérence.

Sur la question de la gratuité des tests, je tiens là aussi à clarifier les choses : pour les personnes vaccinées qui seraient toutefois invitées à réaliser un test PCR, celui-ci sera bien pris en charge par l'assurance maladie. Pour les personnes non vaccinées, ce test sera en revanche considéré comme un test de confort réalisé en vue d'un voyage ; il restera donc à la charge des intéressés.

S'agissant des tests antigéniques, je crois que vous n'avez pas obtenu de réponse de la part de votre caisse locale. Nous avons fait remonter ce point et la réponse devrait vous arriver très prochainement.

Sur tous ces points, je salue votre vigilance. Elle nous invite à apporter la plus grande clarté aux informations que nous communiquons à nos concitoyens afin d'éviter toute confusion.

Mme la présidente. La parole est à Mme Viviane Artigalas.

Mme Viviane Artigalas. Monsieur le secrétaire d'État, alors que la France métropolitaine s'inscrit dans le plan de relance et réfléchit à la « France de demain », les départements et territoires d'outre-mer sont toujours en situation de gestion de crise.

La situation de leurs entreprises est rendue extrêmement compliquée par l'état d'urgence sanitaire. La persistance des mesures de restriction a entraîné l'arrêt de nombreux secteurs essentiels à leur économie, à commencer par le tourisme, dans des proportions sans commune mesure avec ce qu'a subi la métropole.

De plus, les entreprises sont très affectées par les difficultés d'approvisionnement. Elles subissent une hausse du prix du fret et des matières premières. Cela est d'autant plus délétère pour l'économie ultramarine que son marché est de taille plus réduite. Pour les entreprises qui souhaitent a minima se pérenniser et celles qui viennent à peine de se créer, ce contexte compromet gravement leur viabilité et constitue une menace pour l'emploi.

Malgré les annonces du Gouvernement concernant les nouvelles modalités d'accompagnement de l'État, les milieux économiques jugent certaines propositions insuffisantes, inadaptées ou imprécises.

Monsieur le secrétaire d'État, que comptez-vous faire pour adapter les conditions d'éligibilité au fonds de solidarité au contexte ultramarin, dont le tissu d'entreprises est essentiellement fait de très petites entreprises (TPE) ? Que comptez-vous faire pour accélérer le traitement des dossiers et le rendre plus souple pour les entreprises ? Comptez-vous prolonger le dispositif d'aides jusqu'au 31 décembre 2021, en particulier pour le secteur touristique, qui a vu sa saison réduite, et accuse donc une lourde perte de chiffre d'affaires ? En résumé, qu'avez-vous donc prévu pour vraiment soutenir l'économie ultramarine en grande difficulté ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice, nous partageons votre constat sur l'impact économique de la covid, même si je doute que nous partagions totalement l'analyse que vous faites des réponses qui ont pu être apportées par le Gouvernement.

Pour minimiser l'impact de la covid sur les particuliers, le déploiement des divers dispositifs a été, je crois, rapide et efficace, et souligné par tous. La mise en oeuvre de l'activité partielle, par exemple, a permis de soutenir les ménages. Le suivi des besoins précis des populations, notamment des plus précaires, a été attentif ; il a donné lieu, quand c'était nécessaire, à des appuis plus ciblés encore.

Pour les entreprises cette fois-ci, et notamment pour les plus petites d'entre elles, le choc économique a en effet été sans précédent. Il a été néanmoins contenu, me semble-t-il, par rapport aux anticipations qui avaient pu être faites, sous l'effet des mesures publiques d'aides déployées et grâce aux leviers de résistance internes aux outre-mer.

L'impact sur l'emploi global est resté limité en raison du secteur public dans ces territoires. Le choc de la crise a été contrasté selon les géographies. En 2020, le PIB a ainsi reculé de 4,2 % à La Réunion et de 3 % aux Antilles. Le repli est estimé autour de 6 % en Nouvelle-Calédonie et à 7,6 % en Polynésie, soit une évolution similaire d'ailleurs à celle de la France hexagonale, où le repli a été de 7,9 %.

Nous devons ces résultats à la mobilisation sans précédent du Gouvernement. Tout au long de cette période, de nouveaux outils, évolutifs, ont été créés ou adaptés aux outre-mer. Ces derniers ont ainsi pu bénéficier d'aides plus importantes ou décalées dans le temps par rapport à l'Hexagone. À ce jour, les aides consacrées aux outre-mer représentent plus de 6 milliards d'euros, dont 3,5 milliards d'euros de prêts garantis par l'État, 1 milliard d'euros correspondant au fonds de solidarité, 830 millions d'euros de reports de charges pour les entreprises et près de 650 millions d'euros liés à l'activité partielle.

Nous sommes de nouveau dans une situation qui appelle un traitement différencié outre-mer. Vous avez raison sur ce point et nous partageons cette analyse avec les acteurs économiques, avec qui nous sommes naturellement en relation régulière. Leurs propositions sont prises en compte. La trajectoire d'extinction du fonds de solidarité a ainsi été stoppée pour les territoires qui, au mois d'août, ont été soumis à l'état d'urgence sanitaire et placés sous le régime du confinement ou du couvre-feu pendant au moins vingt jours.

Vous voyez, madame la sénatrice, nous nous évertuons à rester pragmatiques, au plus près des situations locales, pour plus d'efficacité.

Mme la présidente. La parole est à Mme Viviane Artigalas, pour la réplique.

Mme Viviane Artigalas. Monsieur le secrétaire d'État, je sais bien que le Gouvernement a pris des mesures importantes pour gérer cette crise outre-mer. Les dispositifs appliqués demanderaient néanmoins davantage d'adaptations. La crise dure ; elle va durer encore. Nous devons continuer à nous tenir aux côtés de ces territoires.

Enfin, je suis convaincue que, de même qu'en métropole, c'est la vaccination qui permettra de sortir l'économie ultramarine de la crise.

Mme la présidente. La parole est à Mme Annick Petrus.

Mme Annick Petrus. À Saint-Martin, si le Centre hospitalier Louis-Constant-Fleming a réussi, tant bien que mal, à affronter une situation d'extrême tension grâce à la mobilisation constante et admirable de ses équipes médicales, il n'en est pas moins vrai que des difficultés demeurent.

Lors de la séance des questions au Gouvernement du 22 septembre dernier, j'ai eu à faire remonter les plus urgentes. La prise en compte par l'État d'une demande de financement d'un laboratoire d'analyse intra-muros à l'hôpital nous satisfait et nous vous en remercions.

Cependant, l'autre grande urgence pour la population saint-martinoise est bien la prise en charge des évacuations sanitaires. Il existe une réelle perte de chance pour les Saint-Martinois du fait que nous ne pouvons pas bénéficier de l'hélicoptère de la sécurité civile de la Guadeloupe, et que le décollage des avions n'est pas possible de nuit.

Je reste persuadée – et je ne suis pas la seule – qu'un troisième hélicoptère dans la grande zone Antilles, dédié aux îles du Nord et mutualisé entre les deux hôpitaux, la gendarmerie, la sécurité civile, les sauveteurs en mer, est la seule solution pérenne qui permettrait de garantir à la population saint-martinoise une prise en charge répondant aux mêmes exigences que celles qui sont requises sur le territoire hexagonal en termes d'accès aux soins. J'espère, monsieur le secrétaire d'État, que cette solution est à l'étude…

Par ailleurs, la gestion de la crise sanitaire à Saint-Martin, en particulier l'instauration d'un passe sanitaire, mériterait des ajustements. La double insularité et le partage de l'île rendent cette gestion compliquée. La fragilité économique et sociale se verrait aggravée par la mise en place d'un passe sanitaire sans ajustement. Économiquement, nous serions concurrencés par le côté néerlandais, dont nous n'avons pas la maîtrise : ce qui est interdit en France ne l'est pas de l'autre côté de l'île.

Enfin, d'un point de vue social, dans un contexte où 50 % du personnel n'est pas vacciné au centre hospitalier et presque autant chez nos sapeurs-pompiers, le principe d'une obligation vaccinale ne manquera pas d'aggraver les difficultés que j'ai mentionnées.

Comptez-vous tenir compte, de nos spécificités monsieur le secrétaire d'État, dans l'application de la loi ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice, l'hôpital de Saint-Martin est confronté évidemment, comme tant d'autres, à de nombreux enjeux depuis le début de la crise sanitaire. Cette crise a révélé, amplifié parfois, un certain nombre de difficultés préexistantes. Cet hôpital est membre du groupement hospitalier territorial (GHT) des îles du Nord, lequel place sous direction commune les centres hospitaliers des deux îles, ainsi que les deux Ehpad. L'hôpital de Saint-Martin fonctionne ainsi en partenariat avec un laboratoire et un cabinet de radiologie privés.

En termes d'actualité récente, permettez-moi de souligner la mise en place d'une hotte de préparation des chimiothérapies financée par l'agence régionale de santé. L'objectif est de permettre aux patients de réaliser leur traitement, lorsque cela est possible, en ambulatoire sur l'île sans devoir aller en Guadeloupe.

Cela m'amène à la question des évacuations sanitaires, à la particularité de ce centre hospitalier et à la charge très lourde des évacuations sanitaires vers la Guadeloupe et la Martinique. Un marché existe, dont le budget annuel est d'environ 2,5 millions d'euros. Le ministère des solidarités et de la santé a pris en compte cette charge et un financement complémentaire est en cours de déploiement.

La question d'un hélicoptère supplémentaire dans la zone est posée, car le décollage et l'atterrissage de nuit sont très problématiques. Un audit devrait être demandé conjointement par l'agence régionale de santé et la préfecture à ce sujet.

Nous avons pris connaissance, par ailleurs, de la demande d'investissement de 17,5 millions d'euros formulée par le centre hospitalier de Saint-Martin dans le cadre de l'investissement du Ségur. Le montant précis de cet accompagnement n'a pas encore été arrêté. Je tiens à saluer à cet égard, madame la sénatrice, votre participation active au comité régional d'investissement du Ségur.

Concernant enfin le passe sanitaire et les différences d'application entre les parties néerlandaise et française de l'île, nous avons bien conscience des interrogations que cela peut soulever sur le terrain. Pour autant, je pense que nous aurions tort de nous comparer avec la partie néerlandaise, qui n'a donc pas mis en place de passe sanitaire. Faisons tout notre possible, au contraire, pour faciliter son application sur la partie française. Vous savez qu'il s'agit là d'un des outils importants de lutte contre la propagation du virus.

Mme la présidente. La parole est à Mme Jocelyne Guidez.

Mme Jocelyne Guidez. Monsieur le secrétaire d'État, tout d'abord je tiens à saluer l'effort de solidarité exceptionnel et le soutien puissant des renforts nationaux face à la flambée épidémique due au variant delta dans les territoires outre-mer.

Les sénateurs de l'Union Centriste estiment que la politique de vaccination devrait prendre en compte les facteurs socioculturels freinant la campagne de vaccination, les raisons historiques et humaines à l'origine de la défiance de la population vis-à-vis du Gouvernement.

Incontestablement, cela a été dit et répété, la vaccination est la seule solution pour prémunir ces territoires contre une cinquième vague. Recourir uniquement à des mesures contraignantes ne fonctionne pourtant pas, vous en conviendrez, monsieur le secrétaire d'État. La qualité de l'information dispensée est très importante.

En outre, il convient de prendre en considération la résistance sociale des Ultramarins, qui n'ont malheureusement pas conscience de l'urgence de la situation.

La communication est souvent contradictoire et, assurément, votre moyen d'action pour infléchir la courbe de l'épidémie, c'est la pédagogie. Il faut comprendre à qui l'on s'adresse. La méfiance envers les médias et l'importance accordée à la médecine traditionnelle sont autant de freins à la progression de la vaccination.

Aux Antilles, les gens sont habitués à se soigner par des plantes, avec des sirops à base d'herbes à pic, qu'ils estiment suffisants pour renforcer l'immunité contre la covid. Pourtant, ce traitement complémentaire n'est pas un traitement alternatif. N'oublions pas non plus le poids de l'Histoire. Plusieurs de nos collègues ont rappelé le scandale du chlordécone, ce pesticide nocif massivement utilisé aux Antilles jusque dans les années 1990, alors qu'il était interdit dans l'Hexagone.

Ces circonstances permettent parfois de comprendre pourquoi l'État n'est plus considéré comme légitime, ou encore pas assez protecteur, aux yeux d'une partie de la population.

Cette posture de résistance face aux décisions du Gouvernement est souvent mal comprise. Comment comptez-vous, monsieur le secrétaire d'État, agir pour débloquer la situation et augmenter le taux de couverture vaccinale outre-mer ? Comment entendez-vous relever le défi de la communication ? Quel est le rôle des influenceurs et des personnalités politiques pour faire passer les messages à la population – même si certains ont vraiment fait leur devoir et je les en remercie ? Quelle est, enfin, votre stratégie pour lutter contre les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux autour de la vaccination ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice, vous évoquiez la solidarité dont ont fait preuve un certain nombre de professionnels de santé de l'Hexagone envers les territoires d'outre-mer. Cela a été le cas aussi d'un certain nombre d'élus locaux ; je pense en particulier à la présidente du conseil départemental de la Creuse, Valérie Simonet, qui est partie pour l'outre-mer, parmi d'autres élus, afin d'apporter son soutien à ces territoires.

Votre question m'offre l'occasion de rappeler une fois encore, comme d'autres ici ont pu le faire, combien la vaccination est évidemment centrale pour lutter contre cette épidémie. Certains des chiffres présentés précédemment sont encourageants, d'autres sont plus inquiétants.

En Guadeloupe, le taux de vaccination reste insuffisant malgré les efforts déployés. En complément de l'offre vaccinale existante, des centres de vaccination éphémères ont été installés, l'agence régionale de santé pilote depuis six mois chaque semaine un comité de vaccination qui réunit l'ensemble des acteurs concernés, les actions de communication se succèdent. Pourquoi sommes-nous malgré tout encore loin de nos objectifs dans ce territoire ? Je ne saurai le dire…

En Guyane, l'élargissement de la vaccination aux plus de cinquante ans, puis aux plus de trente ans, puis aux plus de dix-huit ans, a été beaucoup plus précoce que dans l'Hexagone. Les opérations d'« aller vers » ont été massives – je l'évoquais dans une intervention précédente. Et pourtant, les hésitations, les inquiétudes, restent très répandues et le manque de confiance vis-à-vis du vaccin se maintient. Pourquoi ces fausses informations continuent-elles de circuler en dépit de tous nos efforts ?

Enfin, à La Réunion, si le taux de vaccination s'approche des niveaux satisfaisants, nous devons encore aller plus loin. Comment faire ? La réponse n'est pas si simple, mais je la rappelle : en continuant à compter sur la très forte mobilisation de l'ensemble des autorités sanitaires et des professionnels de santé ; en vainquant les réticences persistantes contre la vaccination via la démultiplication des campagnes de communication et en luttant contre les fake news. Cela passe également par des déclarations de responsables politiques, dont certains ont une véritable autorité dans les territoires, qui soient sans ambiguïtés. Cela n'a pas été toujours le cas ces derniers temps dans certains territoires…

Enfin, nous devons renouveler nos approches. La défiance vis-à-vis des responsables politiques, parfois même des autorités sanitaires, reste importante. Il y a probablement dans les territoires, dans une approche plus communautaire, des relais d'opinion que nous devons probablement mobiliser davantage afin de convaincre la population de se faire vacciner, de renouer avec la confiance dans la raison, dans la science, dans la vaccination.

Mme la présidente. La parole est à Mme Victoire Jasmin.

Mme Victoire Jasmin. Monsieur le secrétaire d'État, alors que les premières vagues nous ont plus ou moins épargnés, cette quatrième vague a été meurtrière et a révélé les limites des moyens existants, tant humains que matériels. À ces carences se sont ajoutées des difficultés liées à une très mauvaise communication de la part de la directrice générale de l'ARS, qui n'a pas facilité les relations avec la population et même avec certains médias.

La mise en place tardive des restrictions concernant les vols transatlantiques n'a pas permis d'éviter cette vague et les propos irrespectueux, moralisateurs et méprisants, notamment sur les médias nationaux, qui ont relayé certaines fake news ont compliqué, dans un contexte de méfiance, la communication institutionnelle.

Si des moyens matériels et humains ont été mobilisés en urgence au titre de la solidarité nationale – je tiens à exprimer mes remerciements à cet égard, monsieur le secrétaire d'État –, la dégradation de la situation épidémique était prévisible et pouvait être anticipée plusieurs semaines en amont.

En effet, certaines conséquences de la propagation du variant delta ont été amplifiées en raison des retards structurels que connaissent nos territoires en matière de santé.

Des professionnels venus en renfort ont constaté les manques en respirateurs et en oxygène, ils ont qualifié la situation de maltraitance sanitaire et, après leur départ, ils ont avoué, parfois sur des médias nationaux, avoir été amenés à trier des patients.

Comme je l'ai souvent rappelé dans cet hémicycle, en particulier à chaque discussion budgétaire, nos établissements de santé, qui sont déjà largement sous-dotés, doivent en outre faire face à des surcoûts importants liés au fonctionnement, à la maintenance et à l'amélioration continue de la qualité.

Il faut souligner l'implication des élus locaux au sein du comité de suivi présidé par le préfet. Malheureusement, les médecins de ville n'ont pas été suffisamment pris en compte.

Il est nécessaire de repenser la politique sanitaire en outre-mer de façon différenciée, en particulier en Guadeloupe, qui est un archipel.

De même, les tentatives de l'ARS de Guadeloupe de démanteler les structures locales de santé et de coordination, comme le groupement d'intérêt public - réseaux et actions de santé publique en Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy (GIP-RASPEG), sont problématiques et témoignent d'une grave méconnaissance de la réalité de nos territoires.

Monsieur le secrétaire d'État, quelles mesures différenciées comptez-vous prendre pour la Guadeloupe ? Que comptez-vous faire pour répondre aux élus, en particulier aux présidents des différentes collectivités qui ont écrit au Gouvernement pour lui dire qu'ils ne sont pas toujours d'accord avec les mesures prises ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice Victoire Jasmin, à l'occasion de votre question, je voudrais saluer l'ensemble des personnels de santé de métropole et d'outre-mer, qu'ils travaillent en administration centrale ou sur le terrain. Je vois concrètement, depuis deux ans, leur investissement et leur engagement, jour et nuit, au service de nos concitoyens.

En ce qui concerne plus précisément la Guadeloupe, et pour aller au-delà des questions de personnes, vous évoquez des problèmes de communication et de coordination entre l'ensemble des acteurs sur le territoire. Je connais votre implication personnelle sur les sujets sanitaires et le soutien que vous apportez au GIP-RASPEG. Je rappelle que ce groupement d'intérêt public, qui a été créé en 2014 avec le soutien de l'ARS, a permis à la Guadeloupe d'être en avance en termes de coordination entre les professionnels. Sa création avait notamment permis à l'époque de rapprocher les réseaux de santé et la plateforme territoriale d'appui. D'autres initiatives ont été prises depuis lors pour toujours mieux structurer le tissu médico-social local.

Le GIP-RASPEG a évolué depuis sa création. Son activité a fait l'objet d'un suivi attentif de la part de l'ARS qui est, je le rappelle, son seul financeur et qui doit veiller, à ce titre, au bon usage des fonds publics et, de manière plus générale, au respect du cadre réglementaire – tout le monde le comprendra aisément.

C'est dans le cadre de cette mission qu'un audit a été planifié en 2019 : il a mis en évidence l'intérêt de transformer le GIP en un DAC, un dispositif d'appui à la coordination. Je rappelle d'ailleurs que la mise en place d'un DAC est une obligation légale depuis 2019.

Pour réaliser cette transformation, un marché public a été ouvert, l'ARS a été accompagnée par un cabinet de conseil, des comités de pilotage ont été installés et la démarche a été partagée. L'ensemble des acteurs de terrain a été associé à cette démarche et les différentes autorités de l'État – préfecture, ARS, etc. – ont partagé leurs informations et leurs réflexions.

Dans ce type de situation, comme dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire, je plaide pour le maintien d'un tel dialogue : il peut parfois être franc, pour reprendre un terme consacré, mais il est indispensable.

Mme la présidente. La parole est à Mme Micheline Jacques.

Mme Micheline Jacques. Monsieur le secrétaire d'État, chaque fermeture des frontières équivaut à mettre Saint-Barthélemy à l'arrêt. Pour sortir de ce fonctionnement sur courant alternatif, une des clefs est la réduction de la dépendance à l'extérieur en matière d'offre de soins.

La gestion de l'épidémie a montré, s'il en était besoin, que l'adaptation à la réalité de l'île a été gage d'efficacité et l'implication de la collectivité a sans nul doute permis d'optimiser les dispositifs de gestion de crise. Dès le premier confinement, elle a pris l'initiative d'équiper massivement l'île en capacités de tests PCR rapides. Un protocole de test et des décisions concertées ont permis de juguler les pics de contamination avec des mesures de restriction relativement limitées.

Le pragmatisme commande désormais de pérenniser et de formaliser cette implication – c'est du reste ce que souhaite la collectivité de Saint-Barthélemy depuis plusieurs années – pour disposer d'une organisation et d'une offre de soins davantage territorialisées.

La gestion du service de proximité de la sécurité sociale favorisera l'amélioration du service aux usagers.

Il s'agit de plus d'exploiter les possibilités offertes par le statut d'hôpital de proximité pour aller vers plus d'autonomie, en réduisant le nombre d'échelons décisionnels, tout en étoffant l'offre de soins.

Ce dernier objectif suppose des moyens matériels et de sécurisation des évacuations sanitaires qui doivent être pensés à l'échelle du groupement hospitalier formé avec Saint-Martin. L'hôpital de Saint-Martin ne dispose pas de lit de réanimation et un hélicoptère basé sur place sécuriserait les évacuations sanitaires, notamment de nuit.

À l'occasion de l'examen du projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale, dit « 3DS », le Sénat a adopté un amendement visant à demander un rapport au Gouvernement sur l'organisation du système de santé et de la sécurité sociale à Saint-Barthélemy. Ce rapport doit permettre de dresser un état des lieux précis et de mettre sur la table toutes les solutions possibles pour repenser une offre de soins étoffée à Saint-Barthélemy. Cet amendement a été soutenu par le ministre des outre-mer.

Pouvez-vous me confirmer, monsieur le secrétaire d'État, que le ministre des solidarités et de la santé y est également favorable ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice, l'offre de soins disponible à Saint-Barthélemy est constituée d'un hôpital, qui fait l'objet d'un projet de restructuration et d'extension de ses activités pour un montant de 4,5 millions d'euros, ainsi que d'un Ehpad et d'un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad) rattachés à l'hôpital et gérés par lui. Elle est complétée par une offre privée d'hospitalisation à domicile et il existe un projet de pôle médico-social commun avec Saint-Martin pour un montant total de 40 millions d'euros.

En ce qui concerne l'offre de soins en libéral, elle nous paraît suffisante. Un laboratoire d'analyses médicales et un scanner sont installés à Saint-Barthélemy, ce dernier, sis à l'hôpital, étant exploité par des radiologues privés de Saint-Martin.

Au-delà de la question de l'offre de soins, je sais qu'il existe une préoccupation, portée notamment par le président de la collectivité, pour doter l'île de sa propre caisse d'assurance maladie. Cette proposition soulève, à notre sens, de très nombreuses difficultés et pourrait avoir des répercussions sur le quotidien des usagers.

Des échanges ont néanmoins eu lieu autour de l'idée d'installer une antenne sur place afin de gagner en réactivité – c'est l'un des objectifs de la proposition de création d'une caisse locale –, mais je dois avouer que, même sur cette question, un travail important de faisabilité reste à mener. En tout cas, sachez que des réflexions sont en cours.

Nous sommes évidemment nombreux à souhaiter qu'une inégalité ne se crée pas entre une clientèle aisée, qui pourrait bénéficier d'établissements privés, et les natifs, qui seraient exclus d'un accès à des soins de qualité.

Il faut souligner que le maintien du service public constitue un défi à bien des égards. Je pense notamment au prix des logements, élevé sur l'île – louer un studio peut coûter 2 500 euros –, ce qui oblige l'hôpital à louer des logements pour ses agents, qui, autrement, n'arriveraient pas à se loger. Cela met l'hôpital en difficulté et un travail se poursuit sur ces sujets entre la collectivité et l'ARS.

Je me permets également de renvoyer à de telles discussions l'autre sujet que vous avez évoqué, à savoir les capacités d'évacuation sanitaire.

Il me semble, pour conclure, que sur toutes ces questions le dialogue entre les différentes autorités locales doit se poursuivre.

Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Deroche.

Mme Catherine Deroche. Monsieur le secrétaire d'État, nous arrivons au terme de ce débat et j'aurai, pour ma part, trois questions à vous poser.

Ma première question concerne le nombre de lits disponibles dans les services de soins critiques. La Cour des comptes a récemment rendu une enquête sur ce sujet à notre commission des affaires sociales, dans laquelle la situation ultramarine a été jugée trop complexe et particulière, nécessitant une analyse complémentaire. Comment adapter, selon vous, les besoins en lits de réanimation aux spécificités des outre-mer – je pense notamment aux évacuations sanitaires, Annick Petrus en a parlé, rendues complexes du fait de l'éloignement ou de la multi-insularité ?

Ma deuxième question concerne les renforts provenant de la réserve sanitaire. Combien de personnes ont été déployées outre-mer à l'occasion de la quatrième vague et combien le seront ou devraient encore l'être prochainement ?

Ma troisième question concerne les soignants. Alain Milon a évoqué la réticence vaccinale qui existe outre-mer dans la population, y compris parmi les soignants. Avez-vous évalué le nombre de soignants non vaccinés ? Le ministre des solidarités et de la santé a annoncé que la loi serait appliquée avec souplesse outre-mer. Comment comptez-vous convaincre les soignants ? Des personnes ont-elles été suspendues de leurs fonctions ? Si oui, combien ?

Mme la présidente. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Adrien Taquet, secrétaire d'État auprès du ministre des solidarités et de la santé, chargé de l'enfance et des familles. Madame la sénatrice, je me permettrai de répondre à vos questions en commençant par la fin.

S'agissant de la couverture vaccinale des professionnels de santé dans les territoires d'outre-mer, le taux de couverture des libéraux reste inférieur à celui de la métropole : en Guadeloupe – les taux sont à peu près les mêmes en Guyane –, 73 % avec une dose et 68 % pour un schéma vaccinal complet contre environ 95 % en métropole ; à La Réunion, en revanche, les taux sont proches de ceux de la métropole – 94 % des professionnels libéraux ont reçu une dose et 91 % un schéma vaccinal complet.

Pour les professionnels qui exercent en Ehpad, les taux sont eux aussi très largement inférieurs dans certains territoires. En Guadeloupe, les différences sont de la même ampleur que dans la population générale. À La Réunion, 86,7 % des professionnels de santé qui exercent en Ehpad ont suivi un schéma vaccinal complet.

Il faut continuer la pédagogie et expliquer aux professionnels de santé l'impérieuse nécessité de se faire vacciner.

En ce qui concerne les renforts envoyés outre-mer, 1 053 personnes l'ont été, depuis le 10 août, au titre de la réserve sanitaire et 2 815 au titre de la solidarité nationale ; 1 078 sont encore sur place à ce jour. De nouveaux renforts seront envoyés en tant que de besoin et autant que cela sera nécessaire.

Enfin, au sujet du nombre de lits en soins critiques, j'en ai parlé tout à l'heure en ce qui concerne la Guyane, où nous avons réarmé des lits afin d'augmenter les capacités de prise en charge. Là encore, nous continuerons de le faire en fonction de l'évolution de la situation, si cela s'avère nécessaire. Nous espérons néanmoins que la situation s'améliore.


Source http://www.senat.fr, le 12 octobre 2021