Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à France Info le 22 décembre 2021, sur la question du passe sanitaire dans la fonction publique et le télétravail.

Texte intégral

SAMUEL ETIENNE
C’est l’heure de l’Invité de la Matinale avec Alix BOUILHAGUET. Alix, ce matin, vous recevez Amélie de MONTCHALIN, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique.

ALIX BOUILHAGUET
Oui, alors on va naturellement parler de l’instauration, ou pas, visiblement pas, de Pass sanitaire en entreprise et dans les administrations. Voilà, on va aller un petit peu au fond du sujet.

SAMUEL ETIENNE
L’invitée de la Matinale.

- Jingle -

ALIX BOUILHAGUET
Amélie de MONTCHALIN, bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ALIX BOUILHAGUET
Merci beaucoup d’être avec nous ce matin. Vous avez rencontré hier les fédérations de fonctionnaires, l’idée c’était vraiment de tester justement cette instauration d’un Pass sanitaire dans l’administration. C’est plutôt mal parti ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Déjà, pourquoi on fait tout ça ? Je pense que c’est important de dire aux Français que nous sommes à la manoeuvre, pour préparer, pour réussir la rentrée, pour anticiper face à cette épidémie qui, on le voit, revient, et pour surtout être dans une position, où nous avons réarmé l’ensemble de ce qui peut être réarmé, pour faire face à ce variant Omicron qui va nous faire vivre des turbulences. La méthode qu’on a depuis le départ, c’est la concertation et la démocratie, c’est-à-dire d’abord de consulter, c’est ce que nous avons fait avec Elisabeth BORNE, les employeurs publics, les employeurs privés, les organisations syndicales, bref tous ceux qui vivent ce monde professionnel au quotidien, et puis ensuite la démocratie, parce qu’il y aura un débat parlementaire.

ALIX BOUILHAGUET
On a quand même le sentiment que c’est enterré ce Pass sanitaire d’entreprise.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui était clair dans la concertation que j’ai menée hier, avec donc tous les représentants de tous les fonctionnaires, c’est qu’il y a d’abord un sujet de consensus. Ce qui fait consensus, et c’est essentiel, c’est que tous veulent prendre des mesures adaptées pour lutter contre l’épidémie.

ALIX BOUILHAGUET
Ça, on va en parler après, mais déjà, sur ce Pass sanitaire, on en est où ? Visiblement, hier Gabriel ATTAL a dit qu’il n’y avait pas de consensus, donc en clair c’est enterré, à ce stade.

AMELIE DE MONTCHALIN
Et ensuite, on va étudier la faisabilité d’une autre mesure qui aurait pu être celle d’instaurer un Pass sanitaire en entreprise [et] dans l’administration. A ce stade il n’y a pas de consensus, et notre ambition, ce n’est pas de créer des débats, pour créer des débats, c’est de s’assurer que nous sommes collectivement, armés, préparés, pour réussir la rentrée.

ALIX BOUILHAGUET
Juste, pour comprendre, pour qu’on puisse comprendre ce qui bloque, on voit que les syndicats sont, enfin, ce Pass sanitaire en entreprise fait l’unanimité contre lui, vis-à-vis des syndicats, que c’est le même scepticisme vis-à-vis du MEDEF. Pourquoi, dites-nous pourquoi ça bloque, sur quel sujet il bloque ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Cette idée, elle ne vient pas de nulle part, il y a des pays autour de nous qui ont trouvé cette solution pour s’assurer que les lieux de travail n’étaient pas des lieux de contamination, et de protection.

ALIX BOUILHAGUET
Mais chez nous, pourquoi ça bloque ?

AMELIE DE MONTCHALIN
En France, on a une situation un peu différente des autres pays. D’abord on est plus vacciné que dans les autres pays, et sur la population en âge de travailler, on est à 94, 95% de vaccination. On avait d’ailleurs beaucoup facilité la vaccination, notamment dans les administrations publiques, les agents publics ont été exemplaires dans leur recours à la vaccination, donc on est déjà très vaccinés. On constate ensuite que l’on a des mesures à notre portée, comme le recours au télétravail, comme les gestes barrières…

ALIX BOUILHAGUET
On va en parler, mais déjà ce qui bloque…

AMELIE DE MONTCHALIN
… ils peuvent avoir une plus grande efficacité.

ALIX BOUILHAGUET
… pourquoi, vous l’avez dit, et vous l’avez dit, depuis la mi-octobre, l’Italie met en place ce Pass sanitaire dans les entreprises publiques et privées, la mesure elle a aussi été adoptée en Grèce et en Slovénie, pourquoi est-ce qu’ailleurs on peut et pourquoi chez nous, à chaque fois on dit : " c’est une usine à gaz, on ne peut pas " ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non mais, d’abord parce que nous avons, nous, instauré dès le 12 juillet un Pass sanitaire pour toute la population, ce qui fait que nos taux de vaccination ont beaucoup plus progressé. Ensuite, deuxième point, ce Pass sanitaire, il existe dans certains lieux, il existe pour certains agents publics, les agents des musées, les agents des bibliothèques, les agents des infrastructures sportives, il existe pour certains employés, ceux qui travaillent dans les restaurants, ceux qui travaillent dans les bars, et par ailleurs nous avons pour les soignants, un régime dédié, qui …

ALIX BOUILHAGUET
Mais pourquoi, ils bloquent sur quoi les syndicats et le MEDEF ? Est-ce que le MEDEF bloque sur les contrôles, comment ça va se passer ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non mais aujourd’hui, l’enjeu c’est : est-ce que c’est une mesure qui pour ce qu’elle implique, des contrôles quotidiens, pas quotidiens, bref, dans ce qu’elle implique dans l’organisation, est-ce que c’est la mesure la plus efficace ? Le but, c’est de se demander comment…

ALIX BOUILHAGUET
Donc ça veut dire que ça pourrait ne pas être efficace, il y a 2 à 3 millions de salariés qui ont déjà ce Pass sanitaire, les bars, les restaurants, ce n’est pas efficace ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd’hui, si vous avez 95 % de la population en âge de travailler qui est vaccinée, l’enjeu ce n’est pas de pousser à la vaccination ceux-là, l’enjeu c’est de s’assurer que tous les agents publics, quelle que soit leur situation, soient protégés. Ensuite, évidemment, et ça c’est mon message ce matin, la discussion d’hier, elle est très claire, nous avons tous des responsabilités à prendre, que l’on soit employeur public ou privé, mais employeur public en ce qui me concerne, que l’on soit agent public, moi, mon message très clair ce matin, d’abord, il est de continuer à inciter les agents publics à faire leur troisième dose, ils le font massivement, et on leur facilite d’ailleurs la vaccination, ils peuvent le faire sur leur temps de travail, sans retenue financière, pour se faire vacciner et aussi faire vacciner leurs proches ou leurs jeunes adolescents par exemple, ça, c’était organisé depuis maintenant le mois de juillet et ça fonctionne très bien. Et mon message aussi, c’est que les agents publics, en fait, peu nombreux, qui aujourd’hui n’ont toujours pas fait le choix de se faire vacciner, je leur dis très solennellement que nous ne voulons pas aujourd’hui qu’ils se retrouvent en danger, il y a dans notre débat politique des marchands de peur, à l’extrême droite notamment, qui mettent en danger la vie des Français si ces Français les écoutent, le cas de Nicolas DUPONT-AIGNAN est à ce titre édifiant. Et donc mon message, c’est : ce qui est efficace, c’est d’inciter, d’accompagner, de susciter…

ALIX BOUILHAGUET
Vous êtes sur DUPONT-AIGNAN qui est positif au Covid, et puis, qui dit que vacciner ses enfants, c’est un crime ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais c’est l’homme qui lui-même a mis en danger des gens en ne disant pas, au fond, en ne s’isolant pas comme c’est la règle, et c’est le même homme qui nous explique que le vaccin serait dangereux aujourd’hui, ce qui est dangereux, c’est face à un variant très contagieux de risquer d’être à l’hôpital, de faire une forme grave, voire, de mettre sa vie en danger. Et donc moi, je tiens vraiment, voyez, à faire la part des choses. Notre enjeu, c’est qu’est-ce qui est efficace, qu’est-ce qui nous permet de réussir la rentrée, qu’est-ce qui nous permet de nous réarmer, et où est-ce qu’on met notre énergie…

ALIX BOUILHAGUET
Alors, les syndicats, ils plaident pour un recours accru au télétravail…

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais je le plaide aussi, je vous rassure…

ALIX BOUILHAGUET
Aujourd’hui, la règle, c’est trois jours max, c’est du volontariat et on peut aller jusqu’à trois jours de télétravail. Est-ce qu’on peut imaginer à la rentrée quatre jours, voire cinq jours de télétravail ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Déjà, ce que je vois, et les syndicats et moi, et je crois tous ceux qui observent la situation sont totalement d’accord, nous avons dans la Fonction publique, et c’est très inédit par rapport au reste du monde du travail, un accord unanime depuis le mois de juillet, qui permet à tous les agents publics dans un cadre bien défini de travailler un, deux ou trois jours. Ce que nous disons, et on l’observe, c’est que nous demandons aux employeurs, nous demandons aux agents publics qui peuvent télétravailler de télétravailler trois jours, c’est-à-dire, quand on travaille deux jours, qu’on travaille trois jours…

ALIX BOUILHAGUET
Donc vous n’allez pas leur demander quatre jours, cinq jours ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Pour l’instant, déjà, si on arrivait à ce que l’immense majorité…

ALIX BOUILHAGUET
Vous ne pouvez pas les contraindre, vous n’avez pas de levier juridique ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais ce que je vois, c’est qu’il y a une volonté des agents publics qui peuvent télétravailler de travailler davantage, il y a des agents qui travaillent un ou deux jours en télétravail qui pourraient travailler trois. E donc le but, c’est que nous ayons collectivement à la rentrée comme ambition que tous ceux qui peuvent télétravailler et qui souhaitent télétravailler puissent le faire trois jours ; c’est un message très simple, déjà ça veut dire que, globalement, vous limitez par deux, divisez par deux le nombre de personnes qui se réunissent chaque jour sur les lieux de travail.

ALIX BOUILHAGUET
Est-ce qu’il faut aussi demander aux salariés de présenter un pass sanitaire à l’entrée du restaurant d’entreprise ou administration, comme c’est le cas pour les restaurants à l’extérieur ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Ça, ça fait partie typiquement, je crois, des idées qu’il faut regarder avec beaucoup de sérieux, puisque, un restaurant administratif, ça ressemble quand même beaucoup à un restaurant, celui qui est juste à côté, voyez, de la cité administrative de la préfecture, et que, donc les règles de santé et de protection doivent y être maximales. L’idée effectivement de pouvoir présenter un pass parce qu’on se rend dans un lieu de restauration, qu’il soit à l’intérieur de l’entreprise ou à l’extérieur, c’est une idée qui a été mise sur la table pour les syndicats, que je trouve très intéressante à étudier. Bref, voyez, le consensus, ça permet de regarder la faisabilité, ça permet de nous préparer, et surtout, ça permet de préparer la phase suivante, qui est celle de la démocratie, du débat parlementaire, et moi, j’ai un souhait, c’est que ce débat parlementaire ne soit pas un débat d’instrumentalisation politique, je le crains, à l’extrême droite, on le voit bien, des marchands de peur qui mettent en danger les Français par ce qu’ils disent, et puis, on a entendu aussi des oppositions, je pense notamment à la droite, qui pendant longtemps étaient antipass, et qui aujourd’hui d’ailleurs sont pro-pass, des oppositions qui nous ont dit qu’il fallait fermer les écoles, et puis, il fallait les fermer ouvertes, et puis, on a une candidate à la présidentielle qui nous dit qu’il faudrait décaler la rentrée. Alors, je vous dis, l’impréparation qu’elle apparemment voit dans notre Gouvernement, moi, c’est plutôt chez elle que je la vois, le but quand on est aux responsabilités, ce n’est pas de décaler des problèmes, c’est de les préparer, c’est d’anticiper…

ALIX BOUILHAGUET
Mais concrètement, qu’est-ce qui va changer dans les administrations à la rentrée, donc puisque vous n’avez pas de levier juridique pour le télétravail…

AMELIE DE MONTCHALIN
Non, mais ce qui va changer…

ALIX BOUILHAGUET
Le Pass sanitaire en entreprise, dans l’administration, ce n’est pas acté, ce sera peut-être éventuellement des amendements, si certains sont déposés pendant la discussion parlementaire.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce qui va changer d’abord, c’est que le recours au télétravail, il va être facilité, il va être accru, il va être encouragé. Ça c’est un message très fort à passer. Ce qui va être ensuite nouveau, c’est que nous allons remettre beaucoup beaucoup d’attention sur les gestes barrières, sur l’aération, sur les restaurants administratifs, on en a parlé, bref, ce qui fait le quotidien de la vie, mais aussi le quotidien de la lutte contre le virus. Et puis dernier point, c’est sur la vaccination, je le redis, nous allons remettre en place des centres de vaccination dédiés aux agents publics, en bas des sites administratifs, nous allons refaciliter la vaccination, bref, nous allons accompagner ces 5 millions d’agents qui travaillent chaque jour, aussi d’ailleurs pour que notre pays tienne face au virus.

ALIX BOUILHAGUET
30 secondes, on vous entend. Est-ce qu’aussi à 4 mois de la présidentielle Emmanuel MACRON ne voulait pas prendre le risque de se mettre à dos finalement une partie des salariés, en instaurant de manière peut-être un peu plus autoritaire, un Pass sanitaire en entreprise pour l’administration ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Dans cette lutte contre le virus, si nous avions justement voulu instrumentaliser les choses politiques, je peux vous dire qu’il y a beaucoup de moments où tout le débat politique ne nous aurait pas amené, à faire le Pass sanitaire, au mois de juillet, ni à prendre des décisions sur la réouverture des écoles, ni à prendre des décisions qui sont des décisions de courage et de responsabilité. Notre méthode, depuis le début c’est toujours pareil : on concerte, on regarde ce qui est efficace, on regarde aussi la situation épidémique, pour aussi s’adapter, et je pense que c’est aussi un enjeu majeur de crédibilité, et on est transparent, et on anticipe pour les Français. Et cette méthode-là elle nous amène ensuite à avoir un débat démocratique, ce sera la 11e ou 12e fois qu’il y aura un débat à l’Assemblée, au Sénat, et cette méthode-là, je pense que les Français voient qu’elle a un avantage, c’est que pour eux notre but ce n’est pas de faire de la petite politique, ce n’est pas de lancer des débats politiciens, c’est de les protéger, et s’assurer surtout que nous prenons des mesures à la fois effectives, acceptables, et efficaces.

ALIX BOUILHAGUET
On vous a entendu ce matin, merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci beaucoup.

ALIX BOUILHAGUET
Merci.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 3 janvier 2022