Texte intégral
Maud BREGEON
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à ce compte rendu de conseil des ministres.
Je commence évidemment sur la situation internationale pour vous informer qu'un conseil de défense et de sécurité nationale se tiendra ce soir à l'Élysée autour du président de la République.
Le président de la République qui a pris la parole hier dans une adresse aux Français afin de rendre compte à nos compatriotes qui expriment des inquiétudes évidemment légitimes. Il l'a fait en tant que chef des armées en appuyant sur deux objectifs principaux, le premier étant la défense de nos intérêts et de nos ressortissants. Vous savez qu'on a aujourd'hui 400 000 personnes qui sont retenues sur la zone concernée, avec des vols pour les rapatriés qui ont d'ores et déjà commencé encore une fois à la demande du président de la République. 35 000 personnes, à l'heure où je vous parle, sont inscrites sur le fil Ariane et les services concernés, tant en France que sur place dans la région au Moyen-Orient, suivent évidemment la situation avec la plus grande attention, la plus grande vigilance et accompagnent nos compatriotes et donc nos ressortissants.
Défense de nos intérêts en termes d'emprise militaire, vous le savez, défense de nos intérêts économiques. Une initiative française a été lancée par le président de la République pour rétablir le transit dans le détroit d'Ormuz, qui conditionne la livraison de 20 % de gaz et de pétrole à l'échelle mondiale. C'est donc une initiative importante, là encore, qui a été lancée à l'initiative du président de la République.
Et puis le deuxième objectif, la tenue de nos engagements internationaux avec nos partenaires stratégiques. Nous avons des accords de défense, je pense notamment au Qatar, je pense au Koweït, je pense aux Émirats, je pense aussi au partenariat avec, par exemple, la Jordanie avec lesquels nous travaillons, là encore, dans une posture défensive, comme l'a dit le président de la République, pour les accompagner à garantir leur sécurité et leur territoire.
Un mot sur Chypre, un pays de l'Union européenne qui a été touché et nous avons donc la plus grande vigilance en la matière. Là encore, la France a réagi immédiatement avec l'envoi d'une frégate qui est d'ores et déjà arrivée ainsi que des moyens anti-aériens. Nous gardons une posture, si je puis dire, et une parole forcément prudente, eu égard à l'imprévisibilité de ce qui se passe au Moyen-Orient, imprévisibilité dans le temps, imprévisibilité dans l'espace. Mais nous aurons probablement l'occasion d'en parler au cours de la partie questions-réponses à la suite de ce compte rendu.
J'en viens à l'ordre du jour plus formel de ce Conseil des ministres, et je laisserai bien sûr ensuite ma collègue Annie Genevard vous donner toutes les informations nécessaires sur les enjeux d'agriculture.
Commençons par Roland Lescure qui a présenté un projet de loi visant à ratifier une ordonnance dans le champ fiscal. Celle-ci réorganise les dispositions législatives relatives à la TVA. Nous en avions déjà parlé au cours d'un précédent compte rendu de Conseil des ministres. À compter du 1er septembre 2026, nos règles en matière de TVA seront plus claires et plus lisibles pour les contribuables comme pour les professionnels. C'est un enjeu de sécurité juridique mais aussi d'efficacité économique. Et c'est enfin un domaine dans lequel le Gouvernement œuvre depuis plusieurs années maintenant, notamment avec la création du Code des impositions des biens et des services.
Avant de passer la parole à ma collègue Annie Genevard, [je souhaite] vous informer que le ministre de l'Intérieur a proposé en Conseil des ministres la dissolution du groupement dénommé Bloc montpelliérain. Il s'agit d'un groupe d'ultra-droite. Cette dissolution s'appuie sur trois motifs du Code de la sécurité intérieure : l'appel à des actions violentes, premièrement. Deuxièmement, les appels à la haine et troisièmement, les appels à la discrimination. Voilà, ça a été présenté et accepté à l'occasion de ce conseil des ministres. Trois autres dissolutions de groupuscules violents d'ultra-gauche comme d'ultra-droite feront suite à celles que nous avons présentées aujourd'hui. Tout cela avait déjà été annoncé par Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur. Et je vous informe également que le travail pour la dissolution des 5 émanations locales de la Jeune Garde, dont nous avions là encore déjà parlé, a été lancé à la demande du président de la République. C'est donc des sujets sur lesquels nous continuons [de travailler] avec une vigilance particulière. Je vous le redis : 24 dissolutions, désormais 25 [ont été] prononcées depuis 2017 et l'arrivée du président de la République, touchant des groupuscules, là encore, d'ultra-gauche comme d'ultra-droite, sans hiérarchie entre les deux.
Je passe maintenant la parole à ma collègue Annie Genevard. Vous savez qu'on sort d'un Salon international de l'agriculture absolument décisif, dans une période où les agriculteurs attendent beaucoup de nous.
Chère collègue, je te laisse la parole.
Annie GENEVARD
Merci, Madame la porte-parole.
Mesdames et messieurs, quelques mots du bilan de ce salon international de l'agriculture qui était singulier, comme vous le savez.
D'abord, il s'est déroulé dans un climat serein et apaisé.
Ensuite, il était tout à fait particulier dans la mesure où, pour la première fois, il n'y avait pas de bovins, pour les raisons que vous savez. Par prudence, par précaution, les éleveurs ont préféré ne pas amener de bovins ne voulant pas regrouper des animaux. Je respecte tout en le regrettant, la décision qui a été prise.
Néanmoins, plus de 3 000 animaux ont attiré un public nombreux, certes moins nombreux que les années passées, mais tout de même un demi-million de personnes sont venues admirer les animaux et déguster les spécialités nombreuses et échanger avec les agriculteurs, confirmant que la plus grande ferme de France a toujours l'affection des Français.
Alors, ça a été également l'occasion pour la ministre que je suis de refaire la tournée et le point avec l'ensemble des professionnels agricoles et agroalimentaires et de recueillir également leurs suggestions, leurs propositions, leurs remarques sur la future loi d'urgence agricole dont je voudrais vous dire quelques mots.
Vous le savez, l'agriculture, c'est une adaptation permanente aux demandes du monde agricole, demandes dictées par un certain nombre de circonstances, qu'elles soient internationales ou nationales, internationales dans un moment de tensions géopolitiques qui, de la Chine jusqu'aux États-Unis, soumettent nos producteurs et nos transformateurs à des tensions et des inquiétudes particulières, droits de douane, enquêtes antidumping, concurrence parfois déloyale, mais aussi des tensions nationales, crise climatique, avec deux secteurs d'activité particulièrement affectés par les cours mondiaux, les grandes cultures, l'effondrement du prix du blé, le renchérissement des engrais, soumettent ces productions à de très fortes tensions, crise viticole... et là, le Gouvernement a été à la hauteur, je pense, des attentes du monde de la viticulture, puisque nous déployons un plan massif d'aides à la fois structurelles et conjoncturelles.
Et puis, bien sûr, une attente toujours aussi impérieuse d'allègements de normes, d'allègements de charges, et là encore, le dernier budget adopté, a fait droit aux demandes des agriculteurs à des engagements financiers massifs de près d'un demi-milliard d'euros d'allègements de charges et puis des aides à différentes filières.
Ce salon de l'agriculture a été l'occasion donc de recueillir les propositions des agriculteurs sur la loi d'urgence annoncée par le Premier ministre en matière d'eau, où les attentes sont fortes. L'eau à la fois sous l'angle qualitatif, qui est un impératif de santé publique, et sous l'angle quantitatif. Sans eau, vous le savez, il n'y a pas de production agricole. Il faut, et le Premier ministre l'a dit très clairement, il faut que nous soyons en capacité de stocker davantage d'eau pour pouvoir produire de l'alimentation. Sur la prédation, qui est de plus en plus traumatisante pour les éleveurs (j'étais en Haute-Marne il y a quelques jours et j'ai vu, au lendemain même d'une attaque par le loup, le désarroi et même le désespoir des éleveurs). Il nous faut prendre des dispositions qui sont vigoureuses tout en respectant évidemment le statut d'espèce protégée du loup. Et puis enfin le troisième volet qui touche aux moyens de production.
Ce salon de l'agriculture, enfin, a été l'occasion pour moi de finaliser la première partie des conférences de l'indépendance alimentaire, dont j'avais annoncé le principe à Rungis il y a quelques semaines. Avec le grand réveil alimentaire, les filières se sont mises au travail. Elles ont élaboré une trajectoire à 10 ans pour reconquérir de l'indépendance alimentaire, qui est un impératif de sécurité publique. Nous sommes devenus trop dépendants des importations et notre balance du commerce extérieur s'en ressent d'ailleurs cruellement. Et donc j'engage maintenant la partie déclinaison régionale de ces conférences.
On sait maintenant ce qu'il faut faire à 10 ans pour reconquérir des capacités de production en viande blanche, en élevage, en petite culture, en grande culture, en viticulture. Maintenant, il faut mettre ça en application dans les régions avec les services déconcentrés de l'État et avec les conseils régionaux.
Voilà peut-être une mention particulière du plan Femmes en agriculture, qui tient au fait non pas seulement que la ministre de l'Agriculture soit une femme, encore que ce ne soit pas indifférent, mais surtout parce que nous aurons besoin des femmes pour renouveler les générations. Vous savez que dans les dix ans qui viennent, nous perdrons une grande partie de nos agriculteurs qui partiront à la retraite. Il nous faut absolument pouvoir les remplacer. Les femmes y joueront, y occuperont toute leur place, y prendront toute leur place.
Et puis, durant ce conseil des ministres, j'ai présenté également une ordonnance concernant l'outre-mer et, en particulier, l'enseignement agricole en outre-mer. Nous avons 47 établissements publics et privés sous contrat d'enseignement agricole qui scolarisent 8 400 apprenants. C'est essentiellement des mesures de coordination législative, des mesures de précision en matière de prise en charge par l'État de l'établissement agricole de Wallis-et-Futuna, et une clarification de compétences entre l'État et les collectivités pour la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie.
Voilà, je vous remercie.
Maud BREGEON
Bien, je vous propose qu'on passe à la partie questions-réponses, si jamais vous en avez. Ce dont je ne doute pas.
Audrey TISON
Bonjour Audrey Tison, France Info pour Madame la porte-parole. Est-ce que vous pouvez nous faire un point sur les rapatriements de Français en provenance du Proche et Moyen-Orient, ceux qui sont déjà arrivés cette nuit, ceux qui sont en cours de rapatriement ? Il y a des vols aujourd'hui qui sont prévus ?
Maud BREGEON
Alors pour le chiffre exact du nombre de Français déjà rapatriés, en cours de rapatriement, je vous renvoie vers le Quai d'Orsay. En revanche, je vous confirme qu'en plus des vols déjà annoncés par le président de la République hier et confirmés ce matin par mon collègue Jean-Noël Barrot, d'autres vols adviendront aujourd'hui et dans les jours à venir.
Audrey TISON
Autre question, est-ce que vous avez des précisions sur ce qu'a proposé le Président en vue de débloquer entre guillemets le détroit d'Ormuz, canal de Suez ? Est-ce que l'initiative qu'il a lancée hier a reçu des soutiens ? Est-ce que des pays viennent en appuyer ?
Maud BREGEON
Ce que je peux vous dire, c'est que bon nombre de pays, les Européens, les Américains, ont intérêt, ont tout intérêt à ce que le canal d'Ormuz puisse permettre l'acheminement des matières premières et notamment du pétrole et du gaz. Et il me semble que le président américain s'est d'ailleurs exprimé dans ce sens.
Victoria KOUSSA
Bonjour. Victoria Koussa, France Inter. Une question sur justement les conséquences du blocage pour vous, Maud Bregeon, du détroit d'Ormuz. À quoi doit-on s'attendre à la pompe et que répondez-vous à Marine Le Pen qui demande justement de faire l'impasse sur les taxes sur l'énergie pour diminuer la facture des Français ?
Maud BREGEON
Je vais répondre, plusieurs choses. D'abord, il est bien trop tôt pour tirer des conclusions absolues et définitives de la situation. Tout ça dépend de ce qui se passera dans les prochains jours et notre capacité à débloquer le détroit est absolument déterminante. C'est pour ça que le président de la République a mis toute cette énergie à structurer cette initiative et c'est pour ça qu'il va continuer à le faire dans les prochains jours, parce que de notre capacité collective, ça ne concerne pas uniquement la France, à procéder à ce déblocage dépend notamment le prix à la pompe, pour parler du pétrole. Je vais redire ce qu'on a déjà dit, à savoir qu'il n'y a pas de risque de rupture d'approvisionnement, que ce soit pour le pétrole, pour le gaz et a fortiori pour l'électricité, mais ça, vous le savez. Nous ne sommes absolument pas dans la situation de 2022 parce que nous avons des stocks, parce que nous avons des terminaux, parce que nous avons diversifié nos capacités d'approvisionnement et parce que, et là, je parle du prix tant de l'électricité que du gaz, le nucléaire tourne à plein, ce qui n'était pas le cas en 2022. Quant à la question de ce qui va se passer dans les semaines à venir, je pense qu'il faut que tous les responsables politiques aient l'humilité aujourd'hui d'avancer avec prudence. Nous serons extrêmement attentifs à l'évolution des prix parce que nous savons et je sais pertinemment à quel point c'est une attention… pardonnez-moi, c'est une inquiétude centrale pour beaucoup de Français, c'est une inquiétude que l'on entend. Et donc c'est évidemment une priorité absolue pour le Gouvernement. Pour autant, les demandes formulées par Madame Le Pen et Monsieur Bardella, je pense notamment à un passage de la TVA à 5 % pour l'ensemble des produits énergétiques, sont complètement disproportionnées au regard de la situation telle que c'est aujourd'hui. Je rappelle que c'est une mesure qui coûte 17 milliards d'euros. Demander d'ores et déjà une mesure qui coûte 17 milliards d'euros quand on connaît et ils connaissent l'état des finances publiques et la nécessité de redresser les finances publiques du pays, alors même que cette guerre ne démarre que depuis quelques jours, c'est, me semble-t-il, un peu politicien. Mais je le redis, encore une fois, nous serons extrêmement attentifs à ce qui se passera sur le prix à la pompe dans les jours et évidemment dans les semaines à venir.
Victoria KOUSSA
Mais un plein coûtera plus cher d'ici quelques jours ?
Maud BREGEON
Je me suis exprimée ce matin en disant qu'à l'heure où on se parle et on le voit, dans certaines stations de service, déjà on observe une hausse de quelques centimes, la situation telle qu'elle sera dans une ou deux semaines, personne ne peut complètement la prédire. Et je le redis, ça dépend de notre capacité à relancer l'acheminement de matières premières et donc c'est la priorité absolue.
Bastien AUGEY
Bonjour. Bastien Augey pour TF1/LCI. Je me permets de prolonger sur la question de ma consœur. Déjà quand vous dites qu'on sera extrêmement vigilants, est-ce que sans rien annoncer, vous pouvez quand même nous dire quels seront les outils qui sont à la disposition du Gouvernement pour limiter une éventuelle hausse ? Est-ce que, par exemple, des dispositifs de bouclier tarifaire comme on en a connu à une certaine époque peuvent être envisagés ? Et deuxièmement, le ministre Lescure a annoncé ce matin des contrôles pour vérifier que les distributeurs ne profitent pas de la situation, est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus sur ces contrôles, sur le nombre de contrôles, sur comment ça va se passer, sur quels sont les seuils ou les cas dans lesquels le Gouvernement pourrait intervenir ?
Maud BREGEON
Alors, sur la question des aides, redire ce que j'ai déjà dit, à savoir que, là, encore une fois, c'est une question qui est prématurée parce que l'objectif absolu doit être de débloquer le détroit. Et donc, encore une fois, je vous renvoie à l'initiative du président de la République. Et sur votre deuxième question, qui est celle des contrôles, on aura, comme nous avons déjà eu par le passé, une vigilance accrue, particulière, à ce que les répercussions aux prix à la pompe n'aillent pas plus loin que ce qu'on observe sur l'évolution du cours du pétrole, tout simplement. Et donc, pour ça, on a des outils. D'abord, on a des remontées. des prix à la pompe, et ce partout en France, des remontées qui sont quotidiennes, et ces remontées-là sont ensuite analysées, pardonnez-moi, et les services de Bercy font encore une fois leur travail, et puis nous aurons, le cas échéant, évidemment un échange avec les distributeurs, Roland Lescure, moi-même et l'ensemble des collègues de Bercy, je pourrais évidemment citer Serge Papin, bien sûr.
Paul VALÈRE
Bonjour, Paul Valère, étudiant en journalisme à l'IPJ, Dauphine PSL. Voilà une question pour Madame la ministre sur le Mercosur. Est-ce que vous avez encore des marges de négociation avec Ursula von der Leyen ? Et si oui, lesquelles ?
Annie GENEVARD
Alors tout d'abord, je voudrais dire que l'annonce de l'application provisoire de l'accord avec les pays du Mercosur a jeté un froid à la fin du salon de l'agriculture. Non pas qu'on n'avait pas ça présent à l'esprit, évidemment, mais l'annoncer à ce moment-là, au moment du Salon de l'Agriculture, était vraiment, comme l'a dit le président de la République, une mauvaise manière. Mais au-delà de cela, le Parlement européen a pris une décision. Il a jugé bon de confier à la Cour de justice de l'Union européenne l'appréciation de l'adéquation de cet accord de libre-échange aux traités européens, et en toute logique, et dans le respect de l'esprit des institutions européennes, et dans le respect du Parlement européen, nous espérions que la présidente de la Commission ne céderait pas à cette tentation d'appliquer provisoirement l'accord. Engagement qu'elle avait pris initialement, antérieurement, auquel elle avait déjà renoncé, elle. Elle avait pris l'engagement que l'accord ne serait pas appliqué tant que le Parlement ne se serait pas prononcé. Il s'est prononcé d'une courte tête, mais il s'est prononcé en faveur d'une interrogation sur cet accord de libre-échange. Donc, voilà, une très mauvaise manière et une mauvaise décision qui va accroître le fossé entre les institutions européennes, singulièrement la Commission et les Européens, et singulièrement les agriculteurs européens qui ont manifesté avec beaucoup de détermination contre cet accord de libre-échange dont on a dit, et je n'y reviendrai pas longuement, à quel point il était orthogonalement contraire aux intérêts des agriculteurs français pour certaines filières qui seront durement impactées. Donc, pouvoir revenir sur cet accord provisoire me paraît difficile. En revanche, vous savez qu'il y a d'autres accords de libre-échange qui sont à l'étude et en discussion, je crois vraiment que les ministres de l'Agriculture et de l'Union Européenne l'ont dit très clairement. Qu'est-ce que c'est qu'un accord, un bon accord de libre-échange ? Parce que nous commerçons, c'est la prospérité de l'Union Européenne que de commercer, mais il faut que ça obéisse à quelques critères fondamentaux qui devraient être le socle de tous les accords de libre-échange. D'abord, des clauses de sauvegarde qui protègent les intérêts des filières les plus exposées. C'est le cas pour les pays du Mercosur, du bœuf, de la volaille, du sucre, de l'éthanol, du miel, qui sont particulièrement concernés par cet accord. Ensuite, il faut une réciprocité des normes. Comment expliquer qu'on soumette nos agriculteurs à des normes de plus en plus contraignantes dont s'affranchiraient, par les produits importés, les pays tiers et c'est la raison pour laquelle nous avons pris en France avec le Premier ministre une disposition interdisant l'importation de produits comprenant des substances interdites dans l'Union européenne. Et puis, enfin, il faut des contrôles parce qu'aucune disposition n'a de valeur si elle n'est pas strictement contrôlée. Ce devrait être la règle commune pour tous les accords de libre-échange. Et un point de vigilance particulier avec l'accord de libre-échange avec l'Australie, qui a encore des contingents de bœufs et encore des contingents d'agneaux, voilà, ce n'est pas possible, ce n'est pas acceptable.
Journaliste
Et sur l'accord provisoire, justement, vous allez continuer à négocier là-dessus, et comment...
Annie GENEVARD
Déjà, le Parlement s'est prononcé pour une clause de sauvegarde, déclenchée dès lors qu'il y a des écarts de prix ou de volume de 5 %, ce qui est assez bas, quand même. Ça veut dire qu'on va monitorer cet accord de façon très, très attentive. Et puis, on va continuer à faire progresser la réciprocité des normes, notamment en matière de produits phytosanitaires et d'hormones de croissance. La Commission vient de révéler que des contingents de bœuf attestaient de la présence d'hormones de croissance, ce qui est complètement interdit en France et en Europe, et dans le reste de l'Europe. Donc oui, on va continuer à être très vigilants, mais de fait, l'accord s'applique provisoirement, ça, c'est certain.
Journaliste
Merci.
Journaliste
Bonjour, (inaudible) pour France Télévisions. Peut-être une question sur le Charles de Gaulle. Est-ce que vous savez à peu près en combien de temps, il peut arriver sur zone, certains parlent d'une semaine, d'autres deux. Quelle sera sa mission exacte dans la région ? Et puis, j'ai une question qu'on me demande de vous poser. Est-ce qu'on peut imaginer que le Charles de Gaulle et la Marine française disputent le contrôle du détroit d'Ormuz aux forces iraniennes jusqu'à l'affrontement direct ?
Maud BREGEON
Pardonnez-moi, je vais reprendre depuis le début. La durée nécessaire au Charles de Gaulle pour atteindre son point d'arrivée, je n'ai pas l'information. C'est de l'ordre de plusieurs jours. Voilà, c'est une réponse qui est donc très insatisfaisante j'en ai bien conscience. Mais c'est la réponse que je peux vous donner. C'est en tout cas une décision, et ça, en revanche, je crois qu'il faut l'expliquer, qui fait suite à l'imprévisibilité, encore une fois, je le redis, dans le temps et dans l'espace de ce conflit, imprévisibilité dans le temps et dans l'espace, qui amène le président de la République à faire ce choix, qui est un choix, vous le savez bien, tout sauf anodin. Quant à votre, pardonnez-moi, deuxième question ?
Journaliste
Sa mission exacte.
Maud BREGEON
Là-dessus, je vous renvoie vers la ministre des Armées.
Journalsite
Et est-ce qu'un affrontement direct est possible ?
Maud BREGEON
Nous restons dans une posture qui est une posture défensive. Nous l'avons dit, là encore, depuis plusieurs jours maintenant. Le président de la République l'a réexpliqué hier. Posture défensive en lien avec nos partenaires stratégiques dans la région. Je vous citais un certain nombre de pays tout à l'heure. Posture défensive qui vise, là encore, à préserver nos intérêts, nos emprises militaires, à protéger nos ressortissants et à accompagner nos partenaires régionaux, qu'ils le souhaitent, à assurer leur propre sécurité. Mais il faut être extrêmement clair, c'est une posture défensive.
Journaliste
Merci.
Hugo BABAY
Bonjour. Hugo Babay, BFM Business. Est-ce que vous avez une idée du nombre de navires français qui sont actuellement bloqués dans le détroit d'Ormuz, au Canal de Suez, et quels peuvent être les impacts sur le commerce en France?
Maud BREGEON
Je n'ai pas l'information du nombre de navires.
Hugo BABAY
Une échelle au moins ?
Maud BREGEON
Ce que je peux vous dire, et que vous savez probablement déjà, c'est que par le détroit d'Ormuz, circule, si on parle des produits énergétiques, 20 % du pétrole et 20 % du GNL. Pour autant, l'Europe est assez peu dépendante de ce flux puisqu'une part importante de ce gaz et de ce pétrole est redirigée vers l'Asie. Pour autant, les marchés sont des marchés mondiaux, et donc, j'en reviens à mon propos sur la vigilance totale qui sera la nôtre. Je ne vais pas redire ce que j'ai déjà dit à vos confrères, tout simplement. Et donc, là encore, c'est effectivement un point stratégique, à bien des égards, d'où l'initiative du président de la République, mais qui a été annoncée hier à nos compatriotes. Et donc, je n'ai pas, cela n'appelle pas, davantage de remarques que ce que déjà expliquait le président de la République.
Journaliste
Et quelle est l'alternative à court terme des 4 % de GNL importés du Moyen-Orient ?
Maud BREGEON
D'abord, nous avons des stocks. Stocks qui ne sont pas pleins, mais qui ne le sont, pardon, jamais à cette période-là de l'année. Enfin, qui contiennent des quantités malgré tout importantes, qui nous permettront de tenir. Nous avons diversifié nos approvisionnements. Nous avons appris de ce qui s'est passé entre 2021 et 2023. Et puis, par ailleurs, la capacité du nucléaire à produire aujourd'hui 373 TWh l'année dernière est bien supérieure à ce que nous avons connu en 2022. Alors, vous savez que les prix de l'électricité et les prix du gaz sont liés et cette capacité du parc nucléaire à produire de manière massive préserve les Français sur l'électricité et dans une autre partie sur le gaz de façon bien supérieure à ce que nous avons connu en 2022. Là encore, je crois qu'il faut peser les mots que l'on emploie. Nous ne sommes absolument pas dans la situation que nous avons traversée il y a 3 ou 4 ans de ça.
Journaliste
À partir de combien de jours ça deviendra inquiétant ? Il faudra trouver d'autres alternatives quand nos stocks arriveront à bout ?
Maud BREGEON
Enfin, tout dépend de la cinétique du conflit, tout dépend du niveau de blocage, et donc, il faut, je crois, laisser quelques jours, voir comment tout ça évolue. Il y a une grande imprévisibilité, je l'ai déjà dit. Notre responsabilité à nous, c'est de veiller, encore une fois, de la façon la plus rigoureuse et sérieuse à ce qu'il se passe sur notre sol, aux prix à la pompe et aux factures, et nous le faisons et nous le ferons, et de mettre tout en œuvre pour débloquer ce détroit. Là encore, ne laissons pas penser que le blocage du détroit d'Ormuz serait un problème franco-français. C'est tout sauf un problème franco-français. C'est un problème chinois, c'est un problème américain, c'est infiniment un problème pour les pays de la région. Et donc, il y a un intérêt commun qui dépasse les frontières de l'Union européenne à débloquer la situation le plus vite possible.
Journaliste
Merci.
Maud BREGEON
Bien, je vous remercie si tout est bon pour vous et je vous dis donc à la semaine prochaine.
Source https://www.info.gouv.fr, le 5 mars 2026