Texte intégral
ALIX BOUILHAGUET
Bonjour Naïma MOUTCHOU,
NAÏMA MOUTCHOU
Bonjour,
ALIX BOUILHAGUET
Le conflit en Iran s’enlise et avec lui, des conséquences sur les prix des carburants. Un mot d’abord pour nos compatriotes ultramarins, de manière très concrète. Que dites-vous à ceux qui s’apprêtent à rejoindre leur famille cet été ? Est-ce que vous pouvez leur assurer que leurs vols ne seront pas annulés ?
NAÏMA MOUTCHOU
Je veux dire à nos compatriotes ultramarins, effectivement, que je suis très consciente des difficultés et de l’angoisse. De la colère aussi parce que l’augmentation des prix du carburant, c’est un autre élément qui vient s’ajouter à un contexte qui est déjà difficile. Ce sont des territoires confrontés très directement à la vie chère en général. Et donc, je veux dire que je suis au travail, qu’avec le Premier ministre, nous tenons des réunions très régulières pour faire l’analyse de la situation, bien évidemment pour suivre les prix du carburant et pour nous adapter à ces réalités.
ALIX BOUILHAGUET
Mais vous voulez dire que pour l’instant, vous n’avez pas encore de garanties des compagnies aériennes ?
NAÏMA MOUTCHOU
Nous avons échangé avec les compagnies aériennes, avec le ministre des Transports, il y a encore quelques jours, nous avons parlé de continuité territoriale, c’est important. C’est un sujet majeur pour les ultramarins, la possibilité pour eux de venir en Hexagone ou de repartir dans les territoires. Et avec les compagnies, nous prenons les engagements, effectivement, cet été, qu’il n’y aura pas de carburant qui fera défaut, qui fera de vol annulé. Nous ferons tout, nous avons pris cet engagement avec les compagnies aériennes pour rassurer cette continuité territoriale.
ALIX BOUILHAGUET
Et concernant les prix, là encore, il n’y aura pas de mauvaises surprises, pas de hausse de prix pour ces vols ?
NAÏMA MOUTCHOU
Là encore, nous nous adapterons à la situation. En l’Etat, aujourd’hui, les prix ont augmenté de près de quelques dizaines d’euros sur les billets d’avions. Nous surveillons la situation de près, ce qui signifie aussi qu’à l’été, il y a des augmentations considérables alors qu’il y aura des choix budgétaires à faire. Le Premier ministre a bien indiqué et a bien redit que nous nous adapterions. Que s’il fallait faire d’autres propositions ciblées, justement, pour permettre aux ultramarins de voyager dans des conditions correctes, alors, ces propositions seront faites.
ALIX BOUILHAGUET
Un dernier point dans les outremers pour lutter contre la vie chères dont vous parliez. Les prix de l’essence sont encadrés par l’Etat. Ce sont les préfets qui fixent, chaque mois, un prix plafond à la pompe. La France insoumise préconise le blocage des prix. Pourquoi est-ce que, ce qui est possible là-bas, finalement, ne serait pas possible aussi en métropole pour soulager les Français ?
NAÏMA MOUTCHOU
Oui alors, ce n’est pas tout à fait un blocage des prix en tant que tel.
ALIX BOUILHAGUET
Ce n’est pas un blocage, c’est un plafonnement…
NAÏMA MOUTCHOU
Ce sont des mécanismes réglementés. C’est le préfet qui, effectivement, chaque mois, fixe les prix en fonction du prix du carburant du mois précédent…
ALIX BOUILHAGUET
Néanmoins, est-ce qu’on ne peut pas imaginer ça en métropole ?
NAÏMA MOUTCHOU
Aujourd’hui, vous savez, la contrainte budgétaire dans la quelle nous sommes, vous savez le nombre de dettes et de déficit, il faut dire la vérité aux Français. La situation est difficile, c’est vrai que le prix des carburants à la pompe à plus de 2,07 euros, une facture supplémentaire pour les Français qui font le plein. Nous nous adaptons avec des dispositifs ciblés parce qu’il faut que chaque euro que nous mettons sur la table soit un euro utile. Il ne peut pas y avoir de récompense en milliard d’euro, malheureusement.
ALIX BOUILHAGUET
Donc, ni baisse de TVA, ni blocage des prix…
NAÏMA MOUTCHOU
Il y aura des réponses ciblées adaptées aux besoins de chacun et, encore une fois, nous sommes prêts à évoluer si besoin.
ALIX BOUILHAGUET
Un mot de la Nouvelle Calédonie et des élections provinciales du 28 juin. Alors, ce sont les élections les plus importantes pour l’archipel qui ont été décidé par Sébastien LECORNU avec un corps électoral élargi au personne dans l’archipel depuis 1998. Alors, je précise que le corps électoral était gelé depuis 2007. C’est un geste qui est censé renforcer le poids des Kanaks, c’est-à-dire des indépendantistes. Pour eux, c’est un passage en force, cet élargissement du corps électoral. Est-ce que vous comprenez leur inquiétude ?
NAÏMA MOUTCHOU
Alors, d’abord, vous l’avez dit, les élections provinciales se tiendront le 28 juin, c’est important. C’est un exercice démocratique, nous redonnons la parole aux Calédoniens pour relégitimer les institutions, c’est la première chose. Nous faisons avec un ajustement du corps électoral qui n’est pas un bouleversement démographique, qui n’est pas non plus la remise en cause de ce qu’est la tradition, jusqu’ici en Nouvelle Calédonie. C’est un ajustement…
ALIX BOUILHAGUET
C’est 11 000 personnes supplémentaires.
NAÏMA MOUTCHOU
Voilà, vous avez des milliers de Calédoniens qui sont nés sur le territoire ou des conjoints de citoyens Calédoniens qui font vivre le territoire, qui ont fondé leur famille qui y travaillent, qui ne peuvent pas votre. C’est une question de justice, c’est aussi une question d’équilibre, et donc, ça n’est pas un grand bouleversement, c’est un point d’équilibre qui est était trouvé. Nous voulons trouver la possibilité à ces Calédoniens de pouvoir se prononcer, eux aussi aux mêmes titres que les autres ce 28 juin.
ALIX BOUILHAGUET
Sauf que ce corps électoral élargi, ça ne satisfait aucun camp. Les Kanaks disent que c’est un passage en force, pour les loyalistes, qui disent non à l’indépendance, ils disent que c’est insuffisant. Est-ce que ce n’est pas quand même le signe d’un échec politique ?
NAÏMA MOUTCHOU
Si c’est une concession faite dans chaque camp, je dirais que c’est plutôt la voie du compromis. Comme les compromis se construisent en Nouvelle Calédonie, les accords, qu’on a trouvé jusqu’ici, n’ont jamais été des accords pleinement satisfaisant. C’est un pas qui est fait par l’un, un pas qui est fait par l’autre. Et encore une fois, c’est une question de justice, aujourd’hui, d’exercice de la démocratie, il faut que nous avancions sur ce sujet.
ALIX BOUILHAGUET
Cet élargissement du corps électoral, il avait malheureusement créé des émeutes, a été le point de départ des émeutes au printemps 2024. Est-ce que vous ne redoutez pas à nouveau des violences dans l’archipel ?
NAÏMA MOUTCHOU
Alors ce qui est prévu, aujourd’hui, n’est pas un dégel du corps électoral, mais un ajustement, une ouverture. Ça n’est pas la même chose. Ce qui nous préoccupe, c’est plutôt l’enlisement, c’est le statu quo. Parce que dans un territoire qui fait face à des fragilités, où vous avez un chômage qui augmente, où vous avez des institutions qui sont affaiblies, où vous avez des gens qui perdent leur travail, c’est précisément l’immobilisme qui peut créer demain des tensions, qui peut créer de la crispation. Ce que nous voulons, c’est précisément éviter cela. Voilà pourquoi les élections auront lieu. Voilà pourquoi il faut ouvrir le corps électoral pour donner de la perspective aux Calédoniens.
ALIX BOUILHAGUET
Alors, vous parliez d’enlisement. L’accord de Bougival sur le futur statut de l’archipel qui prévoit de créer une nouvelle Calédonie largement autonome, dotée d’une quasi-souveraineté, tout en restant lié à la France, semble enlisé et bloqué politiquement au passage après son rejet à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre souhaite reprendre les négociations en juillet. Pourquoi ça pourrait marcher cette fois-ci ?
NAÏMA MOUTCHOU
Vous savez, l’accord de Bougival, il est utile quoi qu’il arrive, parce qu’il a permis de réunir tous les acteurs, tous, autour de la table. Après de longues années, justement, où personne ne se parlait plus, il a permis de remettre tous les sujets sur la table, tous les sujets institutionnels, l’identité canaque, l’autodétermination, les compétences de l’Etat de Nouvelle-Calédonie. Donc tout ça n’est pas acheté à la poubelle. Tout ça, ce sont des fondations utiles et solides pour précisément, comme l’a dit le Premier ministre, reprendre la discussion après le 28 juin, après l’installation du nouveau congrès. L’État, en tout cas, sera au rendez-vous pour renouer le fil du dialogue.
ALIX BOUILHAGUET
Édouard PHILIPPE, réunissait hier à Reims les cadres de son parti Horizon, dont vous êtes effectivement membre également. L’objectif, c’est vraiment se mettre en ordre de marche pour la présidentielle. L’ex-Premier ministre, hier, s’est vraiment posé en homme de droite. On a le sentiment que rassembler d’abord son camp, c’est ça, sa stratégie, avant le premier tour ?
NAÏMA MOUTCHOU
D’abord, c’était plus qu’un lancement, parce que ça fait 5 ans qu’Horizon existe. Ça fait 5 ans qu’on construit déjà…
ALIX BOUILHAGUET
Et ça fait 20 mois qu’il est candidat à la présidentielle.
NAÏMA MOUTCHOU
Absolument. Et 5 ans qu’on construit déjà un projet, 5 ans qu’Édouard PHILIPPE va à la rencontre des Français, qu’il les écoute et qu’il apporte des réponses, parce que c’est bien ce qui nous préoccupe. C’est le projet des perspectives qu’on peut offrir demain aux Français. Et donc on a eu hier un grand moment de rassemblement avec des élus et des parlementaires autour d’Édouard PHILIPPE, grand moment d’accélération aussi pour nous projeter, parce que ce qui nous intéresse, c’est la suite. Ce qui nous intéresse, c’est dans un monde dangereux, c’est dans un monde instable, pouvoir apporter des réponses concrètes. C’est cet exercice hier qui a démarré, que nous allons accélérer. Plus de 1 000 réunions d’appartements seront organisées simultanément le 25 juin. Et le 5 juillet, nous tiendrons un grand meeting autour d’Édouard PHILIPPE.
ALIX BOUILHAGUET
Mais Edouard PHILIPPE, c’est aussi l’homme de la retraite à 67 ans, c’est qu’il avait évoqué. Hier, il nous a promis un programme massif sans rien dévoiler de concret, est-ce qu’on peut quand même faire campagne et surtout la gagner en vendant un programme qui s’apparente tout de même à du sang et des larmes ?
NAÏMA MOUTCHOU
Alors, ce n’est pas ce que nous faisons. Édouard PHILIPPE, hier, quand il s’est exprimé, il a aussi parlé d’espoir. Il a aussi parlé d’ambition.
ALIX BOUILHAGUET
Oui, il dit "programme massif et massivement optimiste". Mais alors ça veut dire quoi ?
NAÏMA MOUTCHOU
La vérité n’est pas incompatible avec l’optimisme. On doit la vérité aux Français sur la situation aujourd’hui, sur les difficultés. Mais on doit aussi les réponses qui permettent de se projeter. C’est ça, vers de la politique avec un grand P. Ce n’est précisément pas aller dans les slogans, dans les petites réponses faciles ou populistes. C’est dire ce qui est. Et c’est d’abord tout dire avant pour faire après et donner de la perspective. Et donner de la perspective, c’est précisément créer cette espérance qui est tant attendue par les Français. C’est ce que nous ferons. Voilà pourquoi Édouard PHILIPPE s’intéresse au sujet de fonds. On a parlé sérieux budgétaires, bien sûr. On a parlé travail qui paie, mérite. On a parlé d’écoles, de transition écologique et de jeunesse. Tout sujet qui intéresse les Français.
ALIX BOUILHAGUET
Il y a quand même un homme qui monte en ce moment. C’est Gabriel ATTAL, qui devrait être candidat dans les semaines qui viennent. Et on voit que dans les sondages, selon plusieurs instituts, j’en cite deux, VERIAN ou encore CLUSTER 17, il y en a un en termes de popularité qui monte, c’est Gabriel ATTAL et Édouard PHILIPPE, qui a tendance à descendre. Pourquoi il n’a pas plié le match alors que ça fait, on le dit, 20 mois qu’il est candidat ?
NAÏMA MOUTCHOU
Vous savez, même quand Édouard PHILIPPE était au-dessus dans les sondages, on a toujours dit que ces sondages n’étaient que des photos à un instant T. Et ce qui nous intéresse, c’est la suite. Le temps viendra et montrera qu’il y a des personnalités politiques différentes avec des styles différents et des projets différents.
ALIX BOUILHAGUET
Mais ça veut dire qu’Édouard PHILIPPE et Gabriel ATTAL, ils ont quelque sorte d’impact ? Le mieux placé en février, eh bien, laissera sa place à l’autre ? Ce sera le cas ?
NAÏMA MOUTCHOU
Non. Ce qui est important pour nous, c’est de créer les conditions de la maison commune, c’est de dire que dans ce bloc central, il y avait une maison commune qui a un objectif, une ambition partagée, c’est celle de redresser le pays autour de quelques valeurs. Et je crois que nous convergerons.
ALIX BOUILHAGUET
En tout cas, vous nous dites ce matin, quoi qu’il se passe, quoi qu’il arrive, Édouard PHILIPPE ne participera jamais à une primaire. Il n’y aura pas de primaire ?
NAÏMA MOUTCHOU
Il n’y aura pas de primaire.
ALIX BOUILHAGUET
Bah ça a le mérite d’être clair. Merci beaucoup Naïma MOUTCHOU.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 12 mai 2026