Texte intégral
ADRIEN GINDRE
Bonjour Stéphanie RIST.
STÉPHANIE RIST
Bonjour Adrien GINDRE.
ADRIEN GINDRE
On va possiblement vivre aujourd'hui la journée la plus chaude de la semaine. On va en parler en détail dans un instant. Mais votre parole est également très attendue ce matin, au sujet des traitements anti-obésité. Je pense au Wegovy, au Mounjaro. Est-ce qu'ils vont bien être remboursés par la sécurité sociale, oui ou non ?
STÉPHANIE RIST
Oui, j'annonce ce matin le remboursement de ces médicaments dans certaines indications, notamment d'obésité sévère. Je suis assez fière, parce qu'on est le premier pays de l'Union européenne qui accède au remboursement pour les patients qui en ont besoin, dans le droit commun, de façon pérenne.
ADRIEN GINDRE
De manière très pratique, pour bien comprendre, à partir de quand ce remboursement va-t-il entrer en vigueur ?
STÉPHANIE RIST
Alors, les arrêtés sont en train de sortir. Mi-juin, le remboursement pourrait être effectif.
ADRIEN GINDRE
Vous dites "Dans certaines indications". Est-ce que vous pouvez préciser qui aura droit à ce remboursement, et combien de personnes ça va représenter ?
STÉPHANIE RIST
Oui. Alors, on se base sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé pour établir un remboursement, et puis des négociations qui se font entre le comité économique et les laboratoires. Et il était décidé de rembourser ces médicaments pour les personnes qui ont une obésité les plus sévères : avec un indice de masse corporelle à plus de 35 et d'écomorbidité au plus de 40. Ce qui veut dire, c'est les personnes, en fait, qui, normalement, sont susceptibles d'avoir une chirurgie, d'être opérées de cette obésité, et donc qui pourront dorénavant avoir des médicaments si le médecin, évidemment, juge qu'il faut les prescrire.
ADRIEN GINDRE
Mais ça fait longtemps que ces patients-là demandaient ce remboursement. Qu'est-ce qui justifie que ça se fasse enfin maintenant ? Qu'est-ce qui a emporté la décision ?
STÉPHANIE RIST
Alors, c'est vrai que ça a été un peu long : plus d'un an. On est, encore une fois, le premier pays européen à avoir ce remboursement. Il s'agit de négociations. C'est des médicaments innovants, qui étaient innovants.
ADRIEN GINDRE
Et chers.
STÉPHANIE RIST
Donc, plus chers. Donc, il y a évidemment, on prend en compte les recommandations médicales, la haute autorité de santé indépendante, et puis ensuite, c'est des négociations qui se font entre le comité économique en charge pour l'État, des négociations avec les laboratoires pharmaceutiques.
ADRIEN GINDRE
Quand on dit "charges explicites", on est à peu près autour de 300 euros par mois qui, jusqu'ici, étaient payés de leur poche, par les patients. Ça veut dire que ça coûtait combien aux finances publiques ? On multiplie ces 300 euros par le nombre de patients concernés ?
STÉPHANIE RIST
Alors, on se base sur une population-cible, qui est environ d'un million de personnes, la cible. Ça ne veut pas dire que tous auront le traitement, parce que ça dépend toujours du cas individuel et des prescriptions du médecin. Et puis en rapport avec le prix, ça représente, en année pleine, c'est-à-dire une fois qu'on aura la montée des prescriptions, une centaine de millions d'euros.
ADRIEN GINDRE
Donc, on peut avoir jusqu'à un million de personnes concernées par ces remboursements sur décision, bien sûr, du médecin ?
STÉPHANIE RIST
En tout cas, c'est la population-cible, oui, qui ont permis de faire les négociations avec les laboratoires.
BRUCE TOUSSAINT
Et remboursement à 65 % ?
STÉPHANIE RIST
Alors, 65 %. Mais en fait, quasiment tous ces patients sont pris en charge à 100 %, parce qu'ils ont des comorbidités, comme la tension, le diabète, ou qu'ils sont pris, parce que leur obésité est très, très, sévère, déjà à 100 %. Donc, pour la majorité, la très grande majorité, ça sera un remboursement à 100 %.
BRUCE TOUSSAINT
Et est-ce qu'il y aura un prix fixe pour ces médicaments ? Parce qu'aujourd'hui, le prix est variable selon l'endroit où on les achète.
STÉPHANIE RIST
Le prix est variable selon la marque du médicament, pour des raisons de mise sur le marché à un moment différent. Et ça, c'est vraiment des négociations qui se font entre le comité et les laboratoires.
ADRIEN GINDRE
Il y a également des cas où des personnes non-obèses ont recours à ces médicaments, notamment pour des raisons esthétiques. Est-ce que vous allez réellement pouvoir éviter ces abus ?
STÉPHANIE RIST
Les recommandations de la Haute Autorité de Santé, encore une fois, qui est une autorité indépendante et qui fait des recommandations médicales, sont assez claires. Il faut être en obésité pour avoir la prescription de ces traitements.
ADRIEN GINDRE
Il y a quand même un contexte qui est très particulier, vous soulignez le coût. Alors, on comprend bien les intérêts en matière de santé publique, mais encore cette semaine, la Cour des comptes indique que la conjoncture dans laquelle on est aggrave le déficit de la sécurité sociale. Pour l'année en cours, encore 4 milliards. Puis on pourrait même dire davantage si on regarde 2027-2030, avec des nouvelles propositions qui reviennent sur la table, aller plus loin sur les franchises médicales, le transport médical. Est-ce que vous considérez qu'il faut rouvrir ceci, et qu'il faut à nouveau durcir les règles pour préserver le budget de la Sécu ?
STÉPHANIE RIST
Merci de votre question. En fait, ce que ça veut dire, c'est qu'il faut que nous puissions soutenir les dépenses, et notamment de l'innovation de ces traitements qui permettent un véritable changement pour ces personnes qui ne seront plus opérées et qui auront moins de risques, donc, de prévention. Si on veut accéder et continuer à accéder à ces traitements, il va falloir au moins le débat de financement de la protection sociale, au moins un gros débat dans ces mois qui arrivent pour savoir comment on finance notre protection sociale. Moi, j'avais pu le dire : que j'étais plutôt favorable à augmenter ce qu'on appelle les franchises, les forfaits de responsabilité pour ceux qui peuvent les payer.
ADRIEN GINDRE
La part qu'on va payer, oui.
STÉPHANIE RIST
Puisqu'un tiers des Français ne payent pas les franchises, déjà.
ADRIEN GINDRE
Donc, ce débat reste ouvert et devra se reposer naturellement à l'occasion des prochaines discussions budgétaires. La canicule, j'en parlais. Aujourd'hui, 17 départements sont ou vont être placés en alerte orange au cours de la journée. Des dizaines, d'ailleurs, sont en vigilance jaune. Jusqu'à 38-39 degrés même attendus, possiblement, dans le sud-ouest, notamment. Est-ce que vous êtes inquiète, vous, face à ce qui semble être la journée la plus chaude de la semaine, possiblement ?
STÉPHANIE RIST
Alors, on est vigilant. Les vagues de chaleur depuis la canicule de 2003 l'État est bien organisé, que ce soit l'État, d'ailleurs, ou les établissements de santé ou médicaux sociaux.
ADRIEN GINDRE
Quand vous dites ça, c'est-à-dire que vous refusez le procès en impréparation qui est fait par vos opposants politiques, comme l'écologiste Marine TONDELIER ?
STÉPHANIE RIST
En fait, il y a deux choses. Il y a : qu'est-ce qu'on fait quand il y a une alerte vigilance, comme ça s'est passé la semaine dernière ? L'État se met en ordre de marche, une organisation quotidienne avec l'ensemble des ministères pour adapter, avec Météo France et Santé Publique France, des mesures au jour au jour, et en parallèle, lancer les mesures de prévention. Et je le redis ici : la prévention. C'est-à-dire boire de l'eau toute la journée, fermer les volets, faire moins d'activité physique, manger plus léger, mais manger quand même, s'occuper des personnes fragiles, ça sauve des vies. Donc, la prévention, elle est lancée en même temps. Et puis ensuite, il y a tout le sujet de l'anticipation de notre société à des phénomènes dont on sait qu'ils vont augmenter en nombre et en intensité.
ADRIEN GINDRE
Et ça, ce sera l'objet d'une réunion cet après-midi à Matignon d'ailleurs.
STÉPHANIE RIST
C'est en effet l'objet d'une réunion interministérielle avec le Premier ministre, avec laquelle nous allons travailler, sur l'anticipation, pour les semaines qui arrivent.
ADRIEN GINDRE
Mais ça veut dire qu'aujourd'hui, vous considérez que tous les dispositifs, toutes les mesures sont déjà prises et qu'on est prêt, par exemple, pour un été qui, en toute hypothèse, pourrait aussi être caniculaire, ou qu'il va falloir prendre de nouvelles décisions, de nouvelles mesures pour s'adapter et se préparer au mieux ?
STÉPHANIE RIST
Il y a le temps court et le temps long. Sur le temps court, on connaît ce que c'est, on connaît l'effet sur les corps physiques. Les établissements, les professionnels santé, soignants, à l'éducation, savent les mesures à apporter. Et puis ensuite, il y a la question du chronique, du temps long. Et tout ça, ce sont des mesures d'adaptation de notre société entière. Et là aussi, évidemment, sur les logements, sur le rafraîchissement des écoles et des cours, etc.
BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que vous craignez une surmortalité liée à cet épisode exceptionnel ?
STÉPHANIE RIST
Ce qui est sûr, c'est que la chaleur retentit sur les corps, et notamment sur les plus fragiles, ceux qui ont des maladies cardiaques, par exemple. L'année dernière, on a pu estimer à environ 6 000 décès liés aux vagues de chaleur. Donc, c'est pour ça que je le redis : l'importance de la prévention. On évite des décès, parce qu'on met en place des mesures, chacun, individuellement, qui permettent de prévenir ce retentissement.
ADRIEN GINDRE
Et peu importe d'ailleurs, pour vous, quand vous êtes moqué, notamment sur les réseaux sociaux, parce que vous dites "Il faut fermer les volets des maisons", vous le redirez tant que nécessaire ? C'est-à-dire que c'est le rôle du Gouvernement, votre rôle, de votre point de vue, de dire aux Français ce qu'il faut faire ?
STÉPHANIE RIST
Faites le test autour de vous et demandez aux gens combien ils ont bu hier dans leur journée. Est-ce qu'ils boivent vraiment ? Tout le monde le sait, qu'il faut boire. Est-ce qu'individuellement, on boit vraiment autant qu'il faudrait ? Je ne crois pas.
ADRIEN GINDRE
Ne vous inquiétez pas.
BRUCE TOUSSAINT
Mais on attend peut-être du Gouvernement, pardonnez-moi Adrien, qu'il réadapte les horaires de bureau, qu'il prenne des mesures qui paraissent plus être de son ressort que de fermer les volets. Vous pouvez l'entendre aussi.
STÉPHANIE RIST
Je pense que l'un n'exclut pas l'autre. Et d'ailleurs, dès l'alerte, le ministre du Travail a donné des instructions, des recommandations de vigilance sur les conditions de travail. La ministre des Sports l'a fait de même dès vendredi, dès le moment de l'alerte. L'un n'empêche pas l'autre. Mon rôle de ministre de la Santé, il est évidemment d'éviter des décès. Éviter des décès, c'est aussi en redisant aux gens d'être prudents. Malheureusement, on voit encore des gens faire des marathons, des courses à pied à 14 h. Hier, j'en ai croisé.
ADRIEN GINDRE
Juste deux petites questions pour conclure, Stéphanie RIST. Vous disiez en début de semaine "Ce n'est pas une urgence sanitaire". Ce n'est toujours pas une urgence sanitaire. Ce matin, il n'y a pas d'augmentation des appels au secours, des passages aux urgences ?
STÉPHANIE RIST
Alors, tous les jours, on est en coordination avec les agences régionales de santé, les établissements, évidemment, pour suivre l'impact des chaleurs. Il y a une petite augmentation qui existe, d'appels au SAMU, au SOS Médecins ou aux médecins généralistes, pour des gens qui se sentent fatigués, pas bien à cause de la chaleur.
ADRIEN GINDRE
Un tout dernier mot, vraiment, en quelques secondes. Il se trouve qu'hier, vous avez également présenté un projet de loi très important pour la protection de tous les enfants. On voit des drames tous les jours dans nos journaux. Les textes de loi s'accumulent. Est-ce que vous considérez que cette fois, ça y est, on a vraiment tous les outils pour faire face à tous les types de violences qui touchent les enfants ?
STÉPHANIE RIST
Ce texte est un changement majeur. Les enfants protégés seront plus dans des cellules d'accueil familial plutôt que dans des foyers. Et d'autre part, tous les enfants de notre pays seront plus en sécurité. Ce texte est vraiment important. Il apporte des mesures sur la sécurité dans tous les secteurs : dans la santé, dans le périscolaire, dans l'éducation. Partout, les enfants seront plus en sécurité, parce qu'on contrôlera les antécédents judiciaires de l'ensemble des personnes intervenant auprès d'eux.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 mai 2026