Texte intégral
ORIANE MANCINI
Maud Bregeon, vous entendez évidemment la colère des Français relayée hier au Parlement. Le Gouvernement, la gendarmerie reconnaissent un échec. Est-ce que la démission de Laurent Nuñez et de Gérald Darmanin ne serait pas le signe que le Gouvernement tire les conséquences de cet échec ?
MAUD BREGEON
D'abord, cette colère, je l'entends et je la partage. Comme tous les Français qui nous écoutent, j'ai été horrifiée, profondément choquée par ce que nous avons appris. Ça nous prend le bide, à toutes et tous, je crois. Ensuite, le ministre de l'Intérieur et le Garde des Sceaux ont, dans un premier temps - et c'est tout à fait normal -, parlé et agi avec une totale transparence. Les enquêtes nécessaires ont été diligentées. Je crois qu'il faut laisser le temps de ces enquêtes, de manière à ce que celles-ci se fassent sereinement. Personne ne se dédouane de ses responsabilités. Des décisions seront prises, des décisions législatives. Le Premier ministre en a parlé. Des sanctions individuelles, si c'est nécessaire. Et nous poursuivrons, parce que c'est aussi un sujet qui dépasse le cadre de cette affaire, la montée en puissance du budget de la justice l'année prochaine.
ORIANE MANCINI
Donc il y aura une nouvelle augmentation du budget ?
MAUD BREGEON
Il y aura une nouvelle augmentation. Le budget continuera à augmenter. Il augmente significativement et de manière constante depuis 2017, plus 54 %. Le budget de la justice n'a jamais été aussi haut en volume que ce qu'il est cette année. Il n'y a jamais eu autant de greffiers, autant de magistrats. Et nous proposerons, comme nous l'avons fait les années passées, une augmentation du budget de la justice dans le cadre de la loi de finances 2027. Les chiffres restent à préciser. Il y aura évidemment, vous le savez, des discussions avec le Parlement. Mais nous proposerons une hausse du budget de la justice.
JULIEN LÉCUYER
Ça veut dire, Maud Bregeon, qu'il y a bien une question de moyens. Et si je vous pose la question, c'est que le président de la République lui-même a dit qu'il fallait évacuer cette question, que le Garde des Sceaux a semblé privilégier l'idée de faute individuelle et non pas de faute structurelle. En fait, vous revenez sur cette affirmation ?
MAUD BREGEON
Non. Il y a deux choses, je crois. Si on pensait qu'il n'y avait pas d'enjeu de moyens quand on parle de l'institution judiciaire, nous n'aurions pas nous-mêmes augmenté le budget de la justice depuis neuf ans. Pour autant, ce qu'on dit, c'est que dans le cas présent, dans l'affaire de Lyhanna et de toutes ces jeunes femmes, ces jeunes filles qui ont été touchées, il y a de toute évidence des failles, des fautes qui sont aussi des failles et des fautes individuelles qu'on ne peut pas nier. Et je crois que c'est le rôle des chefs d'administration en capacité de regarder la situation en face, de voir où ont été les erreurs et de les sanctionner si nécessaire, ce qui n'épuise pas l'ensemble des sujets qui sont posés lorsqu'on parle de l'institution judiciaire, qu'ils soient des sujets de budget ou qu'ils soient des sujets législatifs par ailleurs.
JULIEN LÉCUYER
Loin de moi l'idée d'insister, mais pour reprendre quand même la question d'Oriane, quand l'État a failli comme c'est évidemment le cas et qu'il y a des responsables in fine qui sont les ministres, dans beaucoup de pays, ils en tireraient les conséquences.
MAUD BREGEON
Je vais dire plusieurs choses. D'abord, j'ai écouté Gérald Darmanin depuis plusieurs jours maintenant. Je trouve qu'il s'exprime avec beaucoup de courage et beaucoup de sincérité. Qu'un ministre de la Justice, mais qu'un ministre tout court, aille au 20 heures de TF1, présente ses excuses au nom de l'institution qu'il représente alors même qu'il n'a pas le pouvoir d'interférer - il faut le rappeler - dans des affaires individuelles depuis la loi Taubira, c'est extrêmement rare. Ensuite, que les ministres fassent toute la transparence, c'est attendu. Et la responsabilité ensuite de l'ensemble du Gouvernement, c'est d'en tirer les bonnes conclusions. Et les bonnes conclusions, ce sont celles qui feront avancer le système dans le bon sens. Donc encore une fois, ce sont d'abord des conclusions liées à l'affaire. Et là, laissons le temps encore une fois des inspections de se faire. Et ensuite, ce sont des conclusions plus systémiques, d'où les questions législatives notamment qui sont posées.
ORIANE MANCINI
Oui, mais pourquoi la démission ne ferait pas partie de ces solutions ?
MAUD BREGEON
En quoi la démission de Gérald Darmanin changerait profondément et concrètement les erreurs, les fautes, les problèmes auxquels nous sommes confrontés lorsque nous parlons de cette affaire ou des dysfonctionnements et des carences de l'institution judiciaire ? En rien, donc on peut…
ORIANE MANCINI
Mais quand la justice a failli et qu'il est Garde des Sceaux, est-ce que quelque part, il n'y a pas une responsabilité, des conclusions à en tirer ?
MAUD BREGEON
On peut se faire, d'une part, le ministre de la Justice n'a pas le pouvoir, je le redis, d'interférer dans des affaires individuelles. Il a le pouvoir de donner des directives générales, c'est ce qu'il a fait quand était arrivé.
ORIANE MANCINI
Il faut revenir sur cette loi Taubira ou il ne faut pas y toucher ?
MAUD BREGEON
La question pourra se poser. Mais en l'état, le ministre de l'Intérieur ne donne pas de directives individuelles. Il donne des directives générales. Et ensuite, on peut se faire plaisir à demander la démission du ministre de la Justice. Mais ça ne résoudra pas les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui.
ORIANE MANCINI
Gérald Darmanin qui exige des procureurs qu'ils réexaminent les 70 000 dossiers de violences sexuelles sur mineurs, et ce d'ici le 14 juillet. Est-ce qu'on a envie de vous demander, Maud Bregeon, comment c'est possible ? Est-ce qu'on n'est pas clairement dans de la communication et dans de l'affichage politique ?
MAUD BREGEON
Je pense que c'est impérativement nécessaire que de faire ce travail.
ORIANE MANCINI
Mais comment on fait ça en un mois ?
MAUD BREGEON
Puisque la question qui se pose derrière, c'est : y a-t-il d'autres affaires Lyhanna ? Si la réponse est oui, si la réponse peut être oui, alors toutes les dispositions doivent être prises. Et elles doivent être prises cette fois par les ministres en charge pour que ça ne se reproduise plus.
ORIANE MANCINI
Mais ce qui pose question, ce n'est pas l'opportunité de revoir les dossiers. C'est comment on fait ça en un mois avec les moyens actuels de la Justice.
MAUD BREGEON
Il y a une priorisation que le Garde des Sceaux a détaillée. D'abord, les dossiers que connaissent les magistrats et les juridictions. Dans un premier temps, les dossiers qui concernent des mineurs, qui sont toujours mineurs, qui sont les populations, les jeunes femmes, les jeunes hommes les plus fragiles, les plus importants à protéger. Et ensuite, il y a, je crois, une détermination aussi de l'institution judiciaire qui est consciente du problème auquel on est confrontés.
JULIEN LÉCUYER
Ils sont très conscients, Maud Bregeon. Mais le problème, c'est qu'ils sont face, là aussi, à un manque de moyens. Ils le disent et ils le répètent dans tous les tribunaux de France : "Si nous faisons ça, nous mettons de côté l'ensemble de notre travail restant." Vous les mettez un peu en difficulté, quand même.
MAUD BREGEON
Non. Ça prendra le temps que ça prendra. Mais personne ne peut se dédouaner, là encore, de ses responsabilités. Et cette question : "Y a-t-il d'autres affaires Lyhanna ?", c'est une question que chacun doit se poser. Le ministre de la Justice se la pose. Nous, nous la posons au Gouvernement. Les parlementaires se la posent. L'institution judiciaire, les juges, les magistrats doivent aussi se la poser. C'est normal.
ORIANE MANCINI
Puisqu'on parle d'autres affaires, la mère d'une autre victime présumée de Jérôme Barella porte plainte contre l'État pour faute lourde, contre Gérald Darmanin pour mise en danger de la vie d'autrui. Est-ce que vous la comprenez, cette mère de famille ?
MAUD BREGEON
On ne peut que comprendre sa colère quand on voit…
ORIANE MANCINI
Elle a raison de porter plainte contre l'État et contre le Garde des Sceaux ?
MAUD BREGEON
Écoutez, moi, je n'ai aucune leçon à donner à cette femme. Il s'agit de sa fille qui a, je crois, dix ou onze ans, qui relate des faits absolument abominables, qui frôlent l'indicible. Et donc je suis bien mal placée, vous voyez, pour venir lui dire ce qu'elle est à même ou pas de ressentir. Et je vous le dis, c'est une situation qui est émotionnellement très dure pour tout le monde.
ORIANE MANCINI
Mais elle a dit : "C'est la faute de l'État." Elle n'arrêtait pas de répéter hier "Pourquoi, pourquoi, pourquoi."
MAUD BREGEON
Mais c'est une question qu'on se pose tous. D'où les enquêtes, d'où les 70 000 plaintes, d'où les questions budgétaires qui vont continuer de se poser, d'où les questions législatives que nous mettons sur la table.
JULIEN LÉCUYER
Il y a les plaintes d'une part, mais il y a aussi le processus et l'enquête au niveau de la gendarmerie. Parce que, qu'est-ce que vous ressentez quand la mère de Rosa dit qu'elle a été reçue par la gendarmerie, quasiment accusée de harceler les forces de l'ordre ? Il y a quand même quelque chose qui est de l'ordre-là du scandale, non ?
MAUD BREGEON
Là encore, vous me permettrez de laisser les inspections faire leur travail. Si ces faits étaient avérés, c'est profondément choquant et absolument inadmissible. Et ça pose la question, au fond derrière, de l'écoute de la parole des victimes, de l'écoute de la parole des femmes, de l'écoute de la parole des enfants.
JULIEN LÉCUYER
Mais on pensait qu'il y avait des formations, il y a des formations des gendarmes ?
MAUD BREGEON
Mais je crois qu'au fond, la place qu'on donne à la parole des enfants dans notre société, la façon dont on les écoute, de même que la façon dont on écoute les femmes, c'est probablement au cœur du sujet qu'on évoque aujourd'hui. Et il y a un problème systémique derrière.
ORIANE MANCINI
Il est très attendu, ce rapport d'inspection. Il sera remis quand ?
MAUD BREGEON
Les premières conclusions sont attendues pour le 19 juin.
ORIANE MANCINI
Parce qu'il sera fait en plusieurs temps ?
MAUD BREGEON
Les premières conclusions, je vous dis ce qu'a exprimé le Premier ministre hier. Les résultats d'enquête seront attendus le 19 juin. Et ils seront évidemment publiés, ils seront publics, de telle sorte que tous les journalistes et tous les Françaises et les Français puissent y avoir librement accès.
JULIEN LÉCUYER
Au-delà de cette enquête, justement, Bruno Retailleau, président des Républicains et sénateur, réclame l'ouverture d'une commission d'enquête sur les dysfonctionnements de la justice. En plus de cette enquête proprement dite sur l'affaire Lyhanna, est-ce que ce ne serait pas utile, justement, cette commission d'enquête ?
MAUD BREGEON
Écoutez, les parlementaires sont légitimes à faire leur travail de contrôle. Ça ne peut pas porter sur une enquête judiciaire en cours. Du reste, si les parlementaires estiment nécessaire de porter une commission d'enquête sur les dysfonctionnements institutionnels, et notamment en matière judiciaire en général, et non pas sur un cas particulier d'une enquête en cours - parce que, je le dis, ce n'est pas possible -, ils sont tout à fait, encore une fois, légitimes à le faire, bien sûr.
ORIANE MANCINI
Alors les parlementaires, et notamment par la voix de Yaël Braun-Pivet, demandent que la proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles soit inscrite à l'ordre du jour du Parlement. Est-ce que le Gouvernement va s'en emparer et le faire ?
MAUD BREGEON
Le Gouvernement a répondu clairement hier, là encore, par la voix du Garde des Sceaux et du Premier ministre. D'abord, on a une loi qui arrive au Parlement, qui a été présentée au Conseil d'État, en Conseil des ministres, sur les violences faites aux enfants. Cette loi sera…
ORIANE MANCINI
C'est une loi antérieure. C'est une loi sur la protection de l'enfance.
MAUD BREGEON
Tout à fait. Cette loi sera amendée via une saisine rectificative du Conseil d'État, le Conseil d'État qui, par ailleurs, a été saisi dans le cadre de cette loi intégrale. Attendons de voir ce qu'il répond. Mais nous sommes évidemment, par principe, favorables à avancer dans toutes les directions qui permettront de faire en sorte qu'une telle affaire ne se reproduise plus.
JULIEN LÉCUYER
C'est quoi ces directions ?
MAUD BREGEON
Maintenant, attention, il ne faut pas mentir aux Français. Ce n'est pas une loi ou un cadre législatif qui amènera à zéro le risque que d'autres affaires de ce type-là rejaillissent dans la société française. Ce n'est pas qu'une affaire législative. Et dans le cas présent - là encore, je reprends les mots du Garde des Sceaux -, ce n'est pas qu'une affaire d'ordre législatif. Il y a derrière des failles, des fautes qu'il nous faut regarder en face.
ORIANE MANCINI
Mais juste pour qu'on comprenne bien, Maud Bregeon, vous dites que le Gouvernement ne s'emparera pas de la loi intégrale sur les violences sexuelles parce qu'il y a déjà une autre loi en cours ?
MAUD BREGEON
Non, je dis qu'on a nous-mêmes saisi le Conseil d'État. Et donc on va attendre…
ORIANE MANCINI
Mais qu'est-ce que vous allez faire de cette proposition de loi de violence sur la lutte intégrale ? Qu'est-ce que vous allez en faire ?
MAUD BREGEON
D'abord, on va présenter la loi qui a été, encore une fois, présentée en Conseil des ministres. Et nous avons nous-mêmes saisi le Conseil d'État concernant la loi intégrale, ce qui est bien la preuve que nous sommes tout à fait disposés à la présenter à l'étude au Parlement.
ORIANE MANCINI
Mais quand ? À la rentrée ? À partir du mois d'octobre ?
MAUD BREGEON
Écoutez, laissez quelques jours, le temps d'adapter si nécessaire le calendrier législatif. Nous n'y sommes évidemment pas opposés par principe. Je dis juste une chose. On ne peut pas réduire ce qui s'est passé à une seule question législative. Il y a un problème qui est bien plus profond, qui touche à l'écoute, je le redis, de la parole des victimes, qui touche peut-être à la formation, qui touche à des défaillances, y compris personnelles. Et donc, faire croire aux Français qu'il suffirait d'un projet de loi pour régler l'ensemble des problèmes qui touchent à la protection de l'enfance après tout ce qu'on a vécu, après cette affaire, après les affaires du périscolaire parisien et toutes les autres dont nous n'avons pas suffisamment parlé, serait, je crois, une grosse erreur.
JULIEN LÉCUYER
Maud Bregeon, est-ce que vous croyez que les politiques peuvent être à la hauteur ? On est dans un contexte, ça ne vous a pas échappé, de campagne présidentielle. Il y avait hier une prise de parole très forte de Laure Miller, une députée Renaissance, à ce propos, qui disait sa honte de voir les gens ne pas s'accorder, en fait, de ne pas essayer de trouver un chemin commun pour le bénéfice des enfants et des femmes. Le Premier ministre doit rencontrer d'ailleurs des députés favorables à cette proposition de loi intégrale. Est-ce que vous y croyez, à ce chemin de consensus, sur cette question ?
MAUD BREGEON
Oui, je pense que l'heure est grave, je pense que le pays est bouleversé et que la protection des enfants, ça dépasse très largement, et peut-être plus que n'importe quel autre sujet, les positionnements partisans. Donc je crois qu'on arrivera à trouver un chemin de consensus. Si on ne le trouve pas là-dessus, si on ne sait pas s'accorder pour protéger des jeunes filles et des jeunes garçons de cinq, six, sept ans, victimes de viols d'adultes, on n'arrivera à nous entendre sur rien.
JULIEN LÉCUYER
Un échec collectif, ça, c'est sûr, dernière question, simplement sur ce sujet. Vous avez vu, vous aussi, les 60 000 personnes qui ont manifesté. J'avais juste une question sur la manifestation devant le ministère de la Justice. Elle avait été interdite mardi, des manifestants se sont quand même rassemblés, dont Andréa Bescond, la réalisatrice du film "Les Chatouilles", qui traite justement de ce sujet des violences faites aux enfants. Elle a été placée brièvement en garde à vue. Qu'est-ce que ça vous inspire, une telle décision ?
MAUD BREGEON
Moi, je n'ai pas les détails de ce qui s'est passé sur cette garde à vue précisément, ou en tout cas cette interpellation précisément. Donc d'une part, je ne le confirme pas. D'autre part, cette manifestation a été interdite pour des raisons de trouble à l'ordre public.
JULIEN LÉCUYER
Pourquoi une telle interdiction enfin ?
MAUD BREGEON
Ce n'est pas à moi, en tant que porte-parole du Gouvernement, n'ayant pas connaissance des détails de ce qui s'est passé d'aller préjuger du bien-fondé…
ORIANE MANCINI
Non mais vous comprenez bien que dans le contexte actuel, ça choque, Maud Bregeon. Dire qu'on a Jérôme Barella qui n'a jamais été entendu et on a Andréa Bescond qui est mise en garde à vue.
MAUD BREGEON
Non mais, pardonnez-moi, je l'entends complètement, mais prenons un peu de hauteur, en fait. Là, ce qui compte, c'est comment est-ce qu'on avance sur les questions de protection de l'enfance. Que des femmes et des hommes, d'ailleurs, aient manifesté ces derniers jours, je le comprends aussi complètement, en tant que porte-parole du Gouvernement et en tant que citoyenne. Maintenant, les cas individuels de ce qui s'est passé durant cette manifestation dont je n'ai pas connaissance, je ne vais pas les commenter ici. Je ne botte pas en touche, je n'ai juste pas connaissance des faits.
ORIANE MANCINI
Maud Bregeon, vous êtes porte-parole du Gouvernement, mais vous êtes également ministre chargée de l'Énergie. Les Français, ils sont toujours préoccupés, évidemment, par leur pouvoir d'achat. Est-ce que les prix de l'électricité vont augmenter dans les prochaines semaines ?
MAUD BREGEON
D'abord, depuis le début de cette crise, nous ne parlons pas de hausse des prix de l'électricité. Et pour cause, nous avons une chance immense en France. Les Français sont protégés par le parc nucléaire, qui tourne à plein, qui a produit 373 térawattheures l'année dernière. Nous sommes en excédent de production et ça contribue massivement à les protéger. L'électricité en France est 30 à 40 % moins chère que chez nos amis allemands ou italiens. Et ça, c'est grâce au nucléaire français. Quand est-ce qu'on continue dans cette direction ? On continue en produisant massivement chez nous une électricité décarbonée. Et c'est tout le sens de la stratégie politique que l'on mène avec le président de la République depuis des années maintenant, et qui porte ses fruits. On a des centrales qui vont être prolongées à cinquante ans. On en a de nouvelles qui sont en passe de démarrer leur construction. Et on a des énergies renouvelables qui trouvent là-dedans toute leur place. Il y a une proposition de loi sur l'hydroélectricité qui a été votée récemment à l'Assemblée et au Sénat, et dont les conclusions de la commission mixte paritaire seront votées a priori, je l'espère, la semaine prochaine. Il y a des appels d'offres qui sont lancés pour déployer l'éolien offshore, l'éolien sur terre, le photovoltaïque.
JULIEN LÉCUYER
Vous tiendrez le calendrier là-dessus ? Puisqu'en effet…
MAUD BREGEON
On tiendra le calendrier. L'État tiendra son calendrier. Il y a ensuite une responsabilité, bien sûr, des industriels, mais on sera à leurs côtés. Et donc on a là probablement un des chantiers du siècle : construire des réacteurs nucléaires, de nouveaux réacteurs nucléaires. C'est un défi absolument colossal, mais on y arrivera, et ça protège les factures d'électricité des Français.
ORIANE MANCINI
Mais on entend tout ça, Maud Bregeon, mais, juste, pardon, je vais le dire plus clairement : est-ce que le 1er août, les Français vont voir leur facture d'électricité augmenter ?
MAUD BREGEON
Ce que je peux vous dire, c'est que l'électricité est en France bien moins chère que chez nos amis européens, et que contrairement à ce que nous avons vécu, par exemple, suite à la guerre en Ukraine et à la crise énergétique qui a suivi - vous vous en souvenez, les factures d'électricité et de gaz ont massivement augmenté, parce que nous ne produisions pas assez, parce que nous étions davantage dépendants du gaz, et que la raréfaction du gaz a fait augmenter les prix -, là encore, vous vous en souvenez très bien, on a dû mettre en place un bouclier tarifaire.
JULIEN LÉCUYER
Oui mais sur la question concrète d'Oriane.
ORIANE MANCINI
Il y aura une augmentation le 1er août ou pas ? Est-ce que le 1er août, les Français vont voir leur facture d'électricité augmenter ?
MAUD BREGEON
Là encore, ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est que nous protégeons les factures d'électricité des Français.
ORIANE MANCINI
Il n'y aura pas d'augmentation, du tout ?
MAUD BREGEON
Je vous dis… Pardonnez-moi, vous pouvez préciser votre question, est-ce que vous essayez de me…
ORIANE MANCINI
Non, alors, il me semble que c'est clair : est-ce que le 1er août, les Français vont voir leur facture d'électricité augmenter ? Est-ce que dans les prochaines semaines, il y aura une augmentation de la facture ?
MAUD BREGEON
Ce n'est pas une information que je vous confirme, d'une part. J'essaie de vous le dire par tous les moyens, et je vous redis encore une fois, que ce qui protège les Français, c'est le fait de produire chez nous, c'est le fait de produire massivement, c'est le fait de produire de l'électricité décarbonée. Quand vous êtes, vous seriez italienne ou allemande, vous seriez, pour votre électricité, dépendante du gaz des autres. Et donc, lorsque le gaz des autres augmente, votre électricité augmenterait aussi. Alors, on n'a pas le cas des Français.
ORIANE MANCINI
On a bien compris, donc il n'y aura pas d'augmentation des prix, mais alors, a contrario, on lit que les prix de gros de l'électricité sont en train de s'effondrer, est-ce qu'on peut espérer une baisse de nos factures ?
MAUD BREGEON
Là encore, il faut regarder comment se comporte le marché sur la durée. Vous savez qu'en fonction des particuliers, en fonction des industriels, il y a différents types de contrats. Notre objectif, c'est évidemment de maintenir les prix les plus bas possibles, c'est ce que nous faisons, et ça passe par toutes les politiques qui ont été mises en place depuis plusieurs années.
ORIANE MANCINI
Mais pourquoi la baisse des prix de gros de l'électricité, pardon, n'entraîne pas une baisse des factures ?
MAUD BREGEON
Et je le dis parce qu'il y a beaucoup d'investissements par ailleurs. Le programme EPR2, la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, est chiffré pour les six premiers à 70 milliards d'euros. Vous avez des investissements colossaux à réaliser sur les réseaux pour les adapter parce qu'ils sont pour partie anciens, parce qu'il faut les adapter au changement climatique, pour qu'ils soient davantage résilients. On estime à environ 200 milliards d'euros d'investissement d'ici à 2040. Alors on est sur des investissements de temps long. Ce que je voudrais aussi rappeler, c'est que loin de la guerre qui oppose les renouvelables au nucléaire, l'investissement dans l'un comme dans l'autre ou dans les réseaux, ça coûte aussi de l'argent.
JULIEN LÉCUYER
Dernière question, juste, politique, puisque vous êtes proche de Gérald Darmanin politiquement, Maud Bregeon. Est-ce que, compte tenu de ce qui se passe, il peut encore être candidat à la présidentielle ?
MAUD BREGEON
Écoutez, Gérald Darmanin, et vous vous en doutez bien, est extrêmement concentré sur les affaires qui touchent à son ministère et spécifiquement sur la protection de l'enfance. Il y aurait quelque chose de complètement décalé de ma part à m'exprimer là-dessus ce matin. C'est un grand responsable politique, indéniablement, sur qui il faut compter, sur qui je l'espère il faudra compter, mais qui est aujourd'hui pleinement à sa tâche avec un objectif qui est celui de protéger nos enfants et qui est probablement l'objectif le plus noble qui soit.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juin 2026