Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée en charge de l'énergie, à RTL le 15 juin 2026, sur l'annonce d'un accord de paix entre les États-Unis et l'Iran, l'invitation de Donald Trump au Château de Versailles, l'appel des associations à une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants et le projet de loi sur les casseurs-payeurs.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Maud Bregeon - Porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée chargée de l'énergie ;
  • Thomas Sotto - Journaliste

Média : RTL

Texte intégral

THOMAS SOTTO
Elle est la porte-parole du Gouvernement et la ministre déléguée en charge de l'Énergie, Maud Bregeon est l'invitée de RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Maud Bregeon.

MAUD BREGEON
Bonjour à tous.

THOMAS SOTTO
Est-ce que la guerre est terminée ce matin entre l'Iran et les États-Unis ?

MAUD BREGEON
En tout cas, on a des raisons d'être optimistes et, comme l'a fait le président de la République, je salue l'accord qui a été conclu cette nuit. Le souhait de la France, c'est évidemment que les négociations qui doivent se poursuivre se poursuivent le plus rapidement possible et que cet accord soit mis en œuvre, là encore, le plus rapidement possible. Vous connaissez les conditions françaises et notamment la réouverture inconditionnelle du détroit d'Ormuz.

THOMAS SOTTO
Mais c'est un accord de paix ou c'est un cessez-le-feu qui sera signé vendredi normalement entre les États-Unis et l'Iran ?

MAUD BREGEON
Ce qui nous est présenté, c'est un accord de paix. Un accord de paix qui doit, je le redis, embarquer la question libanaise et permettre cette réouverture inconditionnelle le plus rapidement possible du détroit d'Ormuz, absolument essentielle pour le commerce international et pour, pardonnez-moi, le pouvoir d'achat des Français qui nous écoutent en ce moment même.

THOMAS SOTTO
On va y venir au pouvoir d'achat, mais quand même, Donald Trump, ça fait quarante fois qu'il nous annonce un accord de paix. Là, la différence, c'est que les Iraniens disent oui, on est prêts à signer quelque chose. Trump a dit : "Il y a moins de trois jours, que l'Iran vient d'accepter de ne jamais se doter de l'arme nucléaire". Est-ce que vous y croyez ou est-ce qu'il enfume tout le monde, Donald Trump ?

MAUD BREGEON
La question n'est pas est-ce que j'y crois ou est-ce que je n'y crois pas.

THOMAS SOTTO
C'est important de savoir si c'est dans le…

MAUD BREGEON
Il y a, pardonnez-moi, il y a un texte qui de toute évidence doit être instruit et des négociations qui doivent se poursuivre, et elles se poursuivront de toute évidence dans les prochains jours. La question du nucléaire iranien fera évidemment partie de ces discussions. Là encore, vous avez vu la déclaration française, nous continuerons, nous, dans le rôle qui est le nôtre, à jouer notre rôle.

THOMAS SOTTO
Est-ce que la France a reçu une copie de ce projet d'accord ou pas ? Est-ce qu'on est au courant ?

MAUD BREGEON
Moi, je n'ai pas davantage d'informations à vous donner là-dessus ce matin, je vous redis que c'est la position française.

THOMAS SOTTO
Chez nous, est-ce qu'on peut espérer voir les prix de l'essence baisser vraiment ? Qu'est-ce que vous dites aux distributeurs, aux pétroliers ce matin ?

MAUD BREGEON
Si cet accord est mis en place, que le détroit d'Ormuz rouvre dans les plus brefs délais, alors on observera une baisse du cours du Brent et donc du prix du baril.

THOMAS SOTTO
On l'observe déjà, il y a eu lieu début mars.

MAUD BREGEON
On commence à l'observer effectivement ce matin et c'est une très bonne chose. Moi, je dis quelque chose de clair ce matin : les prix à la pompe devront refléter les baisses des cours du Brent. Les baisses devront être aussi rapides que les hausses l'ont été.

THOMAS SOTTO
À propos de l'essence, le Gouvernement a promis cent euros d'aide aux gros rouleurs et aux travailleurs modestes. Le problème, c'est que ceux qui l'ont demandée n'ont toujours rien reçu. Quand vont-ils recevoir ces cent euros ? Pourquoi ça traîne ?

MAUD BREGEON
Cette semaine. Les versements seront effectués cette semaine à 700 000 Français qui ont effectué cette demande et qui remplissent les conditions de cette aide aux gros rouleurs. Et les aides bien évidemment annoncées il y a un mois maintenant et qui courent, je pense notamment pour les secteurs d'activité les plus en difficulté, jusqu'au mois d'août, seront maintenues.

THOMAS SOTTO
Elles seront éventuellement prolongées ou la question ne se pose pas aujourd'hui ?

MAUD BREGEON
Encore, nous voulons être optimistes sur la réouverture de ce détroit et sur un retour des prix à la normale. Ce qui se passe depuis quelques heures peut être une très bonne nouvelle pour les Français. Vous savez qu'il y a beaucoup de vos auditeurs qui vont partir en vacances, qui vont prendre leur voiture, qui vont aller faire leur plein à plusieurs reprises. Si cette réouverture se confirme et que donc vos auditeurs, les Français, voient une baisse significative des prix à la pompe…

THOMAS SOTTO
Pour les départs en vacances, vous souhaitez que ça baisse vraiment ?

MAUD BREGEON
C'est une très bonne chose. Pour eux, je souhaite que les prix, encore une fois, des cours du baril se traduisent par des baisses aussi rapidement que les hausses qui ont été observées il y a quelques mois.

THOMAS SOTTO
Il y aura des contrôles sur les prix ?

MAUD BREGEON
Nous maintenons évidemment un dialogue constant avec l'ensemble des distributeurs, c'est normal. Derrière, c'est le pouvoir d'achat des Français, donc personne ne peut profiter de cette crise.

THOMAS SOTTO
On évoquait Donald Trump, le président américain qui va participer au G7 à Évian en Haute-Savoie cette semaine. Il va être aussi reçu en grande pompe à Versailles, au château de Versailles. Est-ce qu'on n'en fait pas un peu trop avec Donald Trump ?

MAUD BREGEON
C'est un dîner de travail, parce qu'il y a des questions absolument cruciales dont le président de la République et le Président américain notamment doivent discuter. La question du Moyen-Orient, bien sûr, on vient d'en parler. La question de l'Ukraine, on en parle moins, mais c'est absolument crucial pour nous.

THOMAS SOTTO
Mais Maud Bregeon, tout ça ce sont des sujets fondamentaux, mais on peut en parler à l'Élysée, on peut en parler à Évian. Trump, il piétine tout, il ne respecte rien ni personne. Il se moque d'Emmanuel Macron, de la France, de l'Europe, et on le reçoit comme le Roi-Soleil.

MAUD BREGEON
Vous pouvez porter les jugements moraux que vous souhaitez.

THOMAS SOTTO
Non, non, non, je vous pose la question.

MAUD BREGEON
Le fait est que nous devons discuter avec les États-Unis d'un certain nombre de sujets qui sont encore une fois majeurs, majeurs pour le quotidien des Français, majeurs pour notre sécurité lorsqu'on pense à l'Ukraine, majeurs pour nos valeurs aussi. Et je pourrais parler longuement d'accords multilatéraux qui seront discutés lors de ce G7.

THOMAS SOTTO
Mais la flatterie, c'est une façon d'essayer de l'amadouer, de l'attendrir un peu ?

MAUD BREGEON
Mais c'est vous qui qualifiez cela de flatterie. Là encore, je crois que c'est dans l'intérêt de la France, c'est dans l'intérêt des Français qui nous écoutent, c'est dans l'intérêt de leur pouvoir d'achat, c'est dans l'intérêt de leur sécurité que ces discussions puissent se faire dans les meilleures conditions et qu'on trouve des solutions. C'est ça le rôle du président de la République. Le rôle du président de la République, je terminerai là-dessus, c'est de protéger les Français. Quand il a ce type de discussion avec le Président Trump, il contribue à protéger les Français.

THOMAS SOTTO
Maud Bregeon, il y aura ce soir encore des mobilisations devant les palais de justice de tout le pays à l'appel des associations qui réclament une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. C'est une loi qui organise à la fois la prévention, la création d'une juridiction spécialisée pour ce type d'affaires, une accélération des procédures, une prise en charge meilleure des victimes. Est-ce que le Gouvernement est favorable à ce principe de loi intégrale ?

MAUD BREGEON
Le Gouvernement est favorable à une réponse intégrale. Et cette réponse, qui devra se baser sur les conclusions des rapports qui seront remis le 22 juin, pourra être d'ordre législatif. Nous avions nous-mêmes présenté un projet de loi sur la protection de l'enfance. Nous avons annoncé amender ce projet de loi, consolider ce projet de loi. C'est une première forme de réponse. Ces réponses, elles pourront être aussi budgétaires. Et nous avons annoncé une hausse du budget de la justice l'année prochaine.

THOMAS SOTTO
De combien, on sait déjà ou pas ?

MAUD BREGEON
Ce sera, encore une fois, détaillé dans les discussions parlementaires. Mais, comme depuis neuf ans, le budget de la justice augmentera l'année prochaine.

THOMAS SOTTO
Pardon, qu'on comprenne bien. Ce ne sera pas forcément la loi intégrale que réclament les associations, mais dans le projet de loi sur la protection des enfants, il y aura davantage de choses que ce qui était prévu initialement ?

MAUD BREGEON
Nous ne sommes opposés à rien, par principe. Il faut que nous réussissions à améliorer ensemble la situation. Si les réponses doivent être législatives, elles le seront. Si elles doivent être d'ordre budgétaire, elles le seront. Mais elles doivent aussi être culturelles. La question de la place de la parole des enfants, notamment, ne peut être éludée et ne se résout pas uniquement par voie législative.

THOMAS SOTTO
Deux points très concrets. Est-ce que le Gouvernement souhaite que la perpétuité réelle devienne la règle pour les criminels qui s'en prennent aux enfants ?

MAUD BREGEON
Ça fera partie du débat.

THOMAS SOTTO
Il n'y a pas de position tranchée pour l'instant.

MAUD BREGEON
À titre personnel, en tout cas, j'estime que c'est évidemment une réponse, oui, nécessaire.

THOMAS SOTTO
Et l'imprescriptibilité des crimes sexuels commis contre les mineurs, comme le demande votre collègue du Gouvernement, Aurore Bergé ?

MAUD BREGEON
Nous avons, encore une fois, amendé le projet de loi du Gouvernement sur la protection de l'enfance avec l'imprescriptibilité pour les crimes sériels commis sur les mineurs.

THOMAS SOTTO
Je voudrais qu'on revienne sur les manifestations devant les palais de justice et sur celle qui a été interdite lundi dernier devant le ministère de la Justice, place Vendôme. Pardonnez-moi, mais une semaine après, on ne comprend toujours pas les raisons de cette interdiction.

MAUD BREGEON
C'est une décision qui a été prise par la Préfecture de police du fait des troubles potentiels à l'ordre public.

THOMAS SOTTO
Vous y croyez ? Au moment de la mort de Quentin Deranque, l'ultra-droite a pu parader dans les rues de Lyon avec autorisation préfectorale. Et là, les défenseurs des femmes et des enfants violés seraient plus dangereux ?

MAUD BREGEON
Je comprends les colères. Je comprends la tristesse.

THOMAS SOTTO
Vous n'êtes pas choquée ? Vous êtes aussi mère de famille.

MAUD BREGEON
Je partage cette colère. Je partage cette tristesse. Je n'ai aucune raison de remettre en cause le travail de la Préfecture de police et des agents qui travaillent en son sein. Aucune raison. Je sais que les forces de l'ordre font un travail absolument remarquable et que la justice, dans son ensemble, fait évidemment du mieux qu'elle peut. La question qui se pose aujourd'hui, c'est comment est-ce qu'on améliore la situation ?

THOMAS SOTTO
À propos de la mort de Lyhanna, "on ne répond pas à un drame par des cris", a dit Emmanuel Macron, comme s'il interdisait à des parents ou à tous ceux qui sont touchés par ce drame de hurler leur douleur. Est-ce que vous comprenez que cette formule "on ne répond pas à un drame par des cris" ait pu choquer, Maud Bregeon ?

MAUD BREGEON
Je crois que cette formule s'adressait davantage aux responsables politiques. J'étais présente au Conseil des ministres lorsque le Président a dit : "Tiens, on a parlé, bien sûr".

THOMAS SOTTO
Oui, c'est vous qui avez rapporté les propos aux journalistes.

MAUD BREGEON
Et il a dit une chose simple. Il a dit : "Face à cette situation, qui est de toute évidence complexe, il faut d'une part attendre les conclusions du rapport et, sur cette base, travailler de manière sérieuse, méthodique, sans éluder aucun sujet, mais sans tomber dans des attitudes qui pourraient être politiciennes", c'était ça son message.

THOMAS SOTTO
Dernière question, Maud Bregeon. Un papier dans Le Parisien nous apprend ce matin qu'après les incidents qui ont suivi la finale de la Ligue des champions de foot, le Gouvernement serait en train de préparer un texte, une loi sur les casseurs-payeurs. Est-ce que c'est le cas ?

MAUD BREGEON
Oui, c'est le cas et ce texte sera présenté courant juillet en Conseil des ministres. Le Conseil d'État sera saisi dans les jours à venir. Il met en moyenne un mois pour répondre. L'objectif, c'est simple : ce n'est pas aux contribuables de payer les casses de quelques-uns.

THOMAS SOTTO
Donc il y aura l'idée du prélèvement sur les aides sociales reçues par un majeur ou les parents d'un mineur, ça sera dans le texte ?

MAUD BREGEON
Vous cassez, vous payez. Et si vous êtes assujetti aux aides sociales, alors ces aides sociales doivent pouvoir contribuer évidemment au remboursement et au dédommagement de la société. Ce n'est pas aux Français qui ont déjà du mal à terminer les fins de mois, et qui pour l'immense majorité d'entre eux ne causent aucun trouble, de payer pour une minorité qui casse et qui dérange la société les soirs de match.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup Maud Bregeon d'être venue ce matin.

THOMAS SOTTO
Merci à vous. Restez avec nous, il y a Philippe Caverivière qui arrive.

MAUD BREGEON
Je ne bouge pas.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2026