Déclaration de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, sur la mise en place d'outils de communication et d'information sur la ménopause, à Paris le 15 octobre 2026.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Stéphanie Rist - Ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées

Circonstance : Assises de la Ménopause

Texte intégral

Mesdames et messieurs, Chers amis,

Me revient désormais la tâche de conclure ces Assises.

Au début de nos échanges, je nous enjoignais à sortir de nos couloirs habituels, à confronter nos expériences et à créer de nouvelles alliances. Vous l'avez fait.

Je veux remercier les intervenants qui ont nourri ces échanges.

On l'a vu, il n'existe pas une expérience unique de la ménopause.

Mais toutes les expériences devraient pouvoir trouver une réponse adaptée.

Or, aujourd'hui encore, cette réponse dépend trop souvent de la capacité de chaque femme à se débrouiller seule.

- À elle de comprendre ce qui lui arrive,
- À elle de démêler des informations parfois contradictoires,
- À elle de rencontrer le bon professionnel,
- À elle de trouver souvent seule les mots pour en parler dans sa vie intime ou professionnelle.

Je crois qu'il n'y a en réalité pas de résistance à agir.

Il n'y a qu'une ignorance et un impensé collectif. Impensé pour nos politiques, impensé pour nos entreprises et, je dois le dire, impensé pour le combat féministe.

Pour y répondre, il me semble falloir garder 3 boussoles : écouter les femmes, décider à partir des preuves scientifiques, et choisir l'action collective.

Pour cela, et contre l'océan d'informations parfois contradictoires, il faut d'abord fixer des repères.

Dès cet hiver, nous lançons, avec Santé Publique France, une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux.

Elle sera portée avec le média Mesdames Productions dont la force d'impact n'est plus à démontrer.

10 vidéos courtes aborderont 10 dimensions très concrètes de la périménopause et de la ménopause.

Il s'agira d'informer sans créer de climat anxiogène et de reconnaître les difficultés sans réduire la ménopause à une période de déclin.

Cette exigence-là devra désormais guider l'ensemble de la communication publique. Des mots peuvent maladroitement être enfermant plutôt que libérateurs.

Mes services vont donc élaborer un guide de bonnes pratiques de communication sur la ménopause à destination de l'ensemble des acteurs publics.

Et dans l'espace public, les créateurs de contenu ont une place essentielle : ils ont ouvert la parole là où les institutions étaient restées trop discrètes.

Les réseaux sociaux sont des espaces d'écoute, souvent le premier endroit où les femmes osent poser leurs questions.

Mais lorsqu'ils ne sont pas professionnels de santé, les créateurs de contenu n'ont pas toujours les moyens de se retrouver dans le flot d'informations disponibles.

C'est pourquoi nous publions aujourd'hui le 1er guide de bonnes pratiques qui leur est dédié. Il ne prétend pas répondre à tout et devra évoluer. Il s'enrichira avec vous, dans le temps.

Mais il doit permettre de pouvoir mieux identifier les sources fiables, présenter avec justesse ce que dit la science et ce qu'elle ne dit pas, repérer les signes de désinformation et orienter vers les ressources adaptées.

Nous mettons aussi aujourd'hui en ligne sur le site Santé.fr un mini-site entièrement dédié à la ménopause, comme il existe déjà sur l'endométriose.

Il rassemble des contenus fiables, accessibles, hiérarchisés et les plus pédagogiques possibles. Ils seront régulièrement actualisés.

Là aussi, ce mini-site a vocation à s'enrichir au fil du temps.

Et, au fond, le vide informationnel ne reste jamais vide bien longtemps.

Il est occupé par des remèdes miracles, des affirmations invérifiables, des faux professionnels, des contenus commerciaux qui dépassent le discours du bien-être et des propos anxiogènes.

On constate que la rapidité des outils de traduction par l'IA accélèrent par ailleurs la désinformation venue notamment d'outre-Atlantique.

C'est pourquoi je mène actuellement des travaux sur la désinformation en santé. Je vous annonce ici que la ménopause y sera pleinement intégrée.

Mais développer l'information ne suffit pas sans prise en charge et sans orientation adaptées.

Aujourd'hui, la qualité de la réponse dépend encore trop souvent du professionnel rencontré.

Non pas que les professionnels de santé manquent de bonne volonté. Mais ils manquent de repères communs.

Demain, les mêmes connaissances devront irriguer l'ensemble du système de santé.

La Haute Autorité de Santé – que je remercie pour son intervention – publiera des recommandations très complètes en début d'année prochaine.

Ces recommandations seront déterminantes pour transformer concrètement les pratiques dans les cabinets, les consultations et les formations.

C'est pourquoi, dès leur publication, je souhaite qu'elles soient largement diffusées.

- Par une communication spécifique de l'Assurance maladie à destination des professionnels,
- Ou encore par l'intégration de l'enjeu dans les chantiers que je mène sur les outils d'aide à la décision médicale.

Mais c'est aussi un mouvement de fond, de formation qui doit s'engager.

C'est pourquoi :

- La ménopause sera intégrée parmi les orientations prioritaires de la formation continue des professionnels ;
- Et nous veillerons à leur diffusion auprès de l'ensemble des Unités de Formation et de Recherche en Santé.

À la fin, chaque professionnel ne deviendra pas spécialiste de la ménopause.

Mais chaque professionnel devra pouvoir écouter, répondre et, lorsque cela est nécessaire, orienter.

Pour cette orientation, Mon Bilan Prévention doit avoir une place centrale. Proposé à toute personne âgée de 45 à 50 ans, ils sont une formidable porte d'entrée pour être informée et orientée.

C'est pourquoi nous renforcerons le dispositif dès publication des recommandations de la Haute Autorité de Santé.

En tout état de cause, l'orientation pourra se faire vers une consultation longue permettant aux femmes de réaliser un bilan à 360°.

Engagement du président de la République, j'ai tenu à en inscrire le principe dès mon arrivée au ministère.

Dédiée aux médecins et aux sages-femmes, ces consultations doivent désormais être appliquées grâce aux négociations conventionnelles entre les professionnels et l'assurance maladie.

Celles avec les médecins, ouvertes au printemps dernier, n'ont pas abouti. D'autres devront s'ouvrir.

Mais je vous annonce aujourd'hui que les négociations conventionnelles vont s'ouvrir entre l'Assurance maladie et les sages-femmes dans les toutes prochaines semaines, incluant la consultation longue.

En parallèle, nous continuons de faire évoluer les prises en charge, avec chacun des professionnels concernés.

Depuis septembre, les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire certains traitements locaux non hormonaux : je pense aux hydratants et lubrifiants.

Et je souhaite examiner avec sérieux le renforcement de la place des sages-femmes dans la prise en charge.

Elles assurent déjà des consultations gynécologiques à cet âge et sont confrontées à ces situations au quotidien. Elles pourront assumer demain des consultations longues ménopause.

Ce sont aussi des professionnelles de la prévention, dont le rôle peut être renforcé dès lors que l'on n'entre pas dans des indications à risque. Elles connaissent leurs limites.

C'est la raison pour laquelle j'ai saisi la Haute Autorité de Santé afin d'examiner les conditions et les garanties dans lesquelles elles pourraient demain prescrire le traitement hormonal de la ménopause.

Je ne préjuge pas son avis et me fonderai sur ce que la science nous dit, elle s'impose à tous et je sais ici que tout le monde s'y attache.

Voici pour les repères, les boussoles, les relais qui m'apparaissent fondamentaux.

Mais il reste un point important : mesurer pour accélérer.

Pour que cette cause soit durable, il faut chiffrer et objectiver les conséquences sociales, professionnelles et économiques de la ménopause.

C'est pourquoi je signerai dans les prochaines heures une lettre de mission.

Elle confiera au Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan la charge d'étudier le coût social et économique du manque d'information, d'accompagnement et de prise en charge de la ménopause. Pour les femmes. Pour les employeurs. Et pour la société. Ce chiffre, je le rappelle, avait été estimé à 11 milliards d'euros par an au Japon.

Mais cette étude ne devra pas seulement dire ce que coûte une ménopause mal considérée. Elle devra démontrer tout ce que les femmes, les employeurs et la société ont à gagner en la considérant.

Je souhaite que sa publication puisse intervenir à l'occasion de la prochaine journée mondiale de la ménopause, en 2027.

Mesdames et messieurs,

Ces mesures dessinent un nouveau chemin que j'appelle de mes vœux :

- Pour passer du silence à une information plus accessible ;
- D'un parcours subi à un parcours plus organisé ;
- D'un sujet renvoyé à chaque femme à une responsabilité plus collective.

Ces mesures n'épuisent pas les questions posées aujourd'hui et les initiatives qu'il reste à soutenir.

Elles nous donnent – elles vous donnent - de nouveaux points d'appui.

Car rien ne changera depuis les seuls bureaux de mon ministère.

État, entreprises, associations, professionnels de santé, créateurs de contenu, chercheurs, employeurs : nous avons tous un rôle à jouer.

Maintenant, c'est à nous de jouer !

Je vous remercie.


source https://sante.gouv.fr, le 16 octobre 2026