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Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à Sud Radio le 3 novembre 2026, sur la prise en charge de la santé mentale des jeunes, le déploiement de 3 000 "docteurs juniors" sur le territoire, le mois sans tabac, les cures thermales, la médecine esthétique, les aides au carburant pour les infirmières et les infirmiers et la procréation médicalement assistée.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : Sud Radio

Texte intégral

BENJAMIN GLAISE
Bonjour, Stéphanie Rist.

STÉPHANIE RIST
Bonjour Benjamin Glaise.

BENJAMIN GLAISE
Et merci d'être avec nous sur Sud Radio ce matin. Commençons par le mouvement des lycéens et des étudiants. Au-delà des revendications, il y a un profond mal-être de notre jeunesse, en preuve, il y a la plateforme que vous avez lancée. 12 % des contributions lycéennes portent sur la prise en charge de la santé, et notamment de la santé mentale. Quelles réponses le Gouvernement va-t-il leur apporter ?

STÉPHANIE RIST
Oui, alors, vous avez raison d'en parler parce que, vous savez, 20 % des lycéens disent avoir eu, dans l'année, des idées suicidaires néfastes. C'est un véritable enjeu de santé publique. Et vous savez, on est dans l'année de la grande cause nationale, la santé mentale. Et donc, au début du printemps de l'année dernière, avec Édouard Geffray notamment et d'autres ministres, puisque c'est très interministériel, nous avons annoncé des mesures qui permettent de mieux prendre en charge la santé mentale des jeunes. Et typiquement, pour être très concret, dès ce mois-ci, tous les lycées auront un numéro de téléphone direct qui permettra une prise en charge, d'orienter le jeune en fonction de ses troubles. S'il a besoin d'une mesure urgente, d'un soin urgent ou d'un soin dans les 24 ou 48 heures, il aura un rendez-vous. Et donc, ça, c'est une mesure qu'on avait appelée le "coupe-file" et pour laquelle j'ai travaillé avec les professionnels, les psychiatres, les organisations sur les territoires. Et on peut le mettre en place, on le met en place. Et donc, ça sera une avancée, je crois, importante pour toutes les familles qui nous écoutent et qui peuvent être face, parfois, à se dire : "Mais le rendez-vous est dans six mois, comment je vais faire ?" Eh bien, dès maintenant, il y aura un numéro unique à appeler, qui permet une prise en charge de ces jeunes s'il y a besoin.

BENJAMIN GLAISE
Ce coup de fil, a priori, il devait être mis en place à la rentrée. Est-ce qu'on a déjà des lycéens, des ados qui ont pu en bénéficier depuis ?

STÉPHANIE RIST
Alors très probablement oui, puisque ce sont des organisations de territoire où, vous savez, c'est ce qu'on appelle le service d'accès aux soins. Ça existe déjà pour tout ce qui n'est pas santé mentale. Et dans plus de la moitié des départements, ils existent pour la psychiatrie. Puis, quand il n'existe pas, on a mis en place d'autres organisations qui permettent aussi d'avoir un numéro de téléphone, un accès direct à un professionnel qui va dire : "Oui, il faut que ce jeune soit vu aujourd'hui ou dans une semaine", et on lui donne son rendez-vous. Et donc, les familles ne seront pas abandonnées et le lycéen aura une prise en charge. Donc oui, c'est démarré. Évidemment, il y a une prise en charge possible dorénavant.

BENJAMIN GLAISE
Mais avant cela, il y a la présence importante au sein de l'établissement scolaire. Édouard Geffray a annoncé la création de 500 postes de psychologues, d'infirmiers, d'assistants de service social. C'est une première réponse. Mais quand on voit sur le terrain 8 000 infirmières scolaires, selon certains parlementaires, il en faudrait 15 000. Il y a un manque de moyens aujourd'hui à ce sujet du côté du Gouvernement ?

STÉPHANIE RIST
Vous savez, il y a eu beaucoup de débats ces derniers jours, ces dernières semaines, et on est en plein débat du budget, du budget de l'État. Cette augmentation est vraiment la bienvenue. Et Édouard Geffray est vraiment engagé, encore une fois, depuis que je travaille avec lui, il y a un an, sur les sujets de santé mentale des jeunes. C'est un engagement très fort. On ne fait pas d'ailleurs que ce coupe-file. Il y a aussi beaucoup…

BENJAMIN GLAISE
Ce n'est pas seulement une goutte d'eau, cette annonce d'Édouard Geffray ?

STÉPHANIE RIST
Non, il y a aussi beaucoup de mesures qui sont mises en place, notamment de former les professionnels autour des jeunes, et notamment dans l'Éducation nationale, des kits qui sont mis en place pour la formation des professeurs, pour les encadrants. Et c'est très… C'est des mesures qui sont majeures. Nous devons tous pouvoir repérer les signes chez un jeune qui va mal. D'ailleurs, on met en place aussi les premiers secours en santé mentale. Ça marche chez les adultes aussi. On a de plus en plus de Français qui se forment pour prendre en charge les gens dans leur entourage, pour repérer les problèmes de santé mentale. Et nous allons le faire aussi chez les jeunes. Et ça, il y a un engagement fort du ministre de l'Éducation sur le sujet.

BENJAMIN GLAISE
Stéphanie Rist, des bonnes nouvelles, on a ces 3 000 docteurs juniors déployés partout en France depuis lundi. 80 % de ces internes ont été affectés dans des zones en grande difficulté de soins, dans des déserts médicaux. Le stage dure un an. Qui dit qu'ils resteront ensuite justement dans ces déserts médicaux ?

STÉPHANIE RIST
Oui. Alors, c'est sûr, en termes d'accès aux soins, il y a encore des difficultés. Évidemment, je ne veux pas dire à tous nos auditeurs qu'aujourd'hui ils n'ont plus de problèmes d'accès aux soins, mais ce que je leur dis, c'est qu'on est en train de gagner le combat contre les déserts médicaux. Et comment on l'a fait ? On l'a fait notamment en augmentant le nombre de professionnels, de médecins formés. Hier, lundi, 10 000 internes ont pris leur poste. Ça veut dire une augmentation. Si je prends la psychiatrie, c'est 32 % d'augmentation d'internes en psychiatrie, on est en moyenne à 24 % d'augmentation du nombre de médecins. C'est la fin du numerus clausus. Hop, ça arrive. Ensuite, il y a ces docteurs juniors. Alors, les docteurs juniors, c'est… On a rajouté une année de formation aux médecins généralistes. Il s'agit de médecins qui ont leur thèse, donc ils ont les compétences médicales, mais qui avaient besoin d'une année de formation, notamment pour tout ce qui est l'apprentissage de leur future installation, tous les trucs pour savoir comment on fait pour s'installer, remplir les… les sujets administratifs, etc. Et donc, ces jeunes qui sont dans leur dernière année d'études, qui sont en formation, ils sont encadrés, mais ils sont dans des territoires où spontanément ils n'iraient pas forcément, soit parce qu'ils ne connaissent pas ces territoires, soit parce qu'ils ont peur de s'y retrouver tout seuls. Et là, ce qu'on fait, c'est qu'ils ne seront pas seuls puisqu'ils seront encadrés. Et donc, en un an, ils auront la possibilité de s'y sentir bien et de rester s'installer sur place.

BENJAMIN GLAISE
Se sentir bien dans un territoire, ça suffit pour justement les garder dans ces territoires ?

STÉPHANIE RIST
Oui. Ce qui faisait que les jeunes n'allaient pas dans ces territoires, c'est vraiment la peur de se retrouver seuls et de ne pas être en capacité de bien soigner leurs malades. Et donc là, on leur donne cette assurance, et cette assurance va permettre que la plupart s'installeront. Et puis, tous les ans, il va y avoir ces docteurs juniors. On est à plus de 3 500 pour l'année.

BENJAMIN GLAISE
Simple et plus efficace. Pardon, Stéphanie, ça n'aurait pas été plus simple et plus efficace juste de mettre en place une obligation d'installation dans les déserts médicaux, finalement ?

STÉPHANIE RIST
Parce que si vous mettez cette obligation, vous faites en sorte que des jeunes vont arriver à un endroit où ils ne connaissent personne et où ils vont considérer qu'ils soignent mal les patients. Et donc, ils ne le feront pas. Parce qu'en médecine, vous avez la possibilité de faire plein de trucs pour aller bosser dans les hôpitaux où il y a des postes disponibles, dans l'industrie pharmaceutique, à la Sécu, etc. Donc, ils ne le feront pas, ça ne marchera pas. C'est une mesure inefficace. L'obligation, ça a été fait dans d'autres pays, les gens reviennent en arrière parce que ça ne marche pas. Alors que l'installation avec un encadrement, avec un accompagnement, ça va marcher.

BENJAMIN GLAISE
Et puis, il faut reconnaître aussi l'implication de beaucoup de communes pour faire venir ces médecins, et c'est important de le dire. Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, je le rappelle, on est en plein Mois sans tabac, aujourd'hui, à titre personnel, vous vous étiez prononcée en faveur de l'interdiction de la vente des cigarettes pour toutes les personnes nées après 2009. Selon vous, il faudra forcément arriver un jour à une génération sans tabac ?

STÉPHANIE RIST
Oui. Alors, moi, je suis favorable à une génération sans tabac. Vous savez, on n'y est pas très loin. Si on regarde les chiffres pour les 16 ans, on est à 3 % de jeunes de 16 ans qui fument. Donc, il nous reste cette marge des 3 %.

BENJAMIN GLAISE
Pas besoin d'interdire finalement, dans ce cas-là, si on va dans le bon sens ?

STÉPHANIE RIST
Oui, mais vous envoyez un message très important en disant aux jeunes : "Eh bien non, c'est interdit, vous ne fumerez plus." Et c'est… Si on le fait avec des jeunes qui sont prévenus que, quand ils arrivent à l'âge adulte, ils n'ont pas le droit, vous savez, ça a été fait dans d'autres pays et cela fonctionne. Mais au final, on est à 3 %, on a baissé de 10 % en dix ans le nombre de consommateurs de tabac. C'est une bonne chose. On a une politique qui marche de prévention, d'accompagnement et de fiscalité, qui a fonctionné, qui fonctionne et qu'il faut poursuivre.

BENJAMIN GLAISE
Mais le Gouvernement, du coup, là-dessus, vous suit ou pas sur cette interdiction ?

STÉPHANIE RIST
Il y a deux choses, qu'il ne faut pas mélanger. Là où on est défavorable, et je le suis aussi, c'est parce qu'il est proposé dans le budget de la Sécurité sociale un amendement qui visait à taxer. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut arriver à une génération sans tabac. On voit que finalement, on y arrive et qu'on n'aura même peut-être pas besoin de mettre l'interdiction. Mais, en tout cas, penser une société sans tabac, c'est possible.

BENJAMIN GLAISE
L'Assemblée a rejeté en première lecture le budget de la Sécu. Un amendement qui avait été adopté visait à geler l'indexation des prix du tabac sur l'inflation. Est-ce que vous y seriez favorable vous-même ?

STÉPHANIE RIST
Alors, on arrive à ce qui était l'objectif que nous nous étions posé dans cette politique de ces dix dernières années, qui est un paquet à 13 euros. C'est une politique, la fiscalité sur le tabac, qui a fonctionné, mais elle a fonctionné… Elle est accompagnée, c'est-à-dire qu'il y a des mesures de prévention, il y a des financements qui sont mis pour faire de la prévention, notamment auprès des jeunes, mais aussi des personnes les plus loin de cette prévention, pour ce qu'on appelle "aller vers". Aller vers les populations qui continuent à fumer plus que d'autres parce qu'elles ont moins l'information, la sensibilisation, la prévention. Et puis, nous accompagnons. Nous avons mis en place des mesures de remboursement des substituts nicotiniques par un grand nombre de professionnels de santé, ce qui permet vraiment d'être efficaces sur cette politique.

BENJAMIN GLAISE
Il faudra arriver un jour à un paquet à 15 euros, selon vous ?

STÉPHANIE RIST
Écoutez, ce qui est important, c'est qu'on regarde à chaque fois si ça fonctionne ou pas. Comme je vous le disais, chez les 16 ans, on est plutôt bons. Il reste encore 18 % de fumeurs, donc c'est encore trop dans la population. Donc, nous devons continuer cette politique, je le crois.

BENJAMIN GLAISE
Et puis, lutter aussi contre le marché noir, puisque ça va de pair également.

STÉPHANIE RIST
Oui, c'est ce qui est fait avec le ministre des Comptes publics de façon importante.

BENJAMIN GLAISE
Stéphanie Rist, les cures thermales dans le viseur de votre Gouvernement. Vous demandez de transférer 200 millions d'euros du remboursement des cures de l'Assurance maladie vers les mutuelles. Certains dénoncent un déremboursement déguisé. Vous ne craignez pas de mettre en danger l'activité des cures thermales, des cités thermales de tout un tas de territoires ? 25 000 emplois, 5 milliards de retombées économiques tout de même.

STÉPHANIE RIST
Alors, ma responsabilité est de faire que l'Assurance maladie soit soutenable, que les dépenses d'Assurance maladie, on puisse les maintenir dans les droits. Vous savez que nous avons deux financeurs : nous avons l'Assurance maladie obligatoire et nous avons les complémentaires, les mutuelles. Ce qu'on dit, c'est qu'une partie du remboursement qui était actuellement pris en charge par l'Assurance maladie va être transférée aux complémentaires. Nous l'avons fait, et j'ai pris un décret cet été, vous le savez, pour les médicaments qui ont un service médical rendu modéré, pour lesquels nous avons diminué le remboursement de l'Assurance maladie obligatoire en le passant aux complémentaires. Nous faisons pareil pour les cures thermales.

BENJAMIN GLAISE
Vous avez commandé un rapport pour évaluer scientifiquement l'apport médical de ces cures thermales. Il ne sera rendu qu'en février prochain. C'est bien cela ? Pourquoi ne pas avoir attendu les résultats de ce rapport ? En fait, vous avez privilégié, d'une certaine manière, la raison économique, la mesure d'économie à l'enjeu de santé publique.

STÉPHANIE RIST
Je dirais la mesure de cohérence. A partir du moment où on a dit que la science nous guidait, et nous l'avons fait pour les médicaments, c'est-à-dire, comme je vous le disais, la diminution du remboursement par l'Assurance maladie des médicaments à plus faible activité, il était cohérent de le faire aussi pour les cures thermales. Mais nous avons le débat. Vous savez, le PLFSS, le budget de la Sécu, il passe la semaine prochaine au Sénat. C'est un débat qui se fait et je suis sûre que sur ce sujet, nous aurons un débat.

BENJAMIN GLAISE
Stéphanie Rist, je rappelle, vous êtes ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. Vous restez avec nous. A suivre, votre carte blanche. Il sera question de médecine esthétique. Vous avez une annonce à nous dévoiler à ce sujet, à tout de suite.

(…)

BENJAMIN GLAISE
8 h 45 sur Sud Radio. Bienvenue si vous nous rejoignez. Nous sommes toujours avec Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. C'est l'heure, Stéphanie Rist, de votre carte blanche, vous avez décidé de la consacrer à la médecine esthétique. Vous avez une annonce à faire ce matin à ce sujet sur Sud Radio ? Allez-y.

STÉPHANIE RIST
Oui, pour dire que dans les jours qui viennent, il va y avoir un décret qui va diminuer l'activité des médecins esthétiques pour libérer du temps de dermatologues et de médecins. Ce décret va dire quoi ? Et en fait, c'était une demande aussi de l'Ordre des médecins, avec qui j'ai beaucoup travaillé sur ce sujet, une demande des parlementaires. On avait eu le débat avec certains parlementaires. On a un accès aux soins de dermatologie qui est très diminué, ou de médecins généralistes aussi, qui ont et certains, une activité à temps complet de médecine esthétique. Et ce qu'on dit demain, c'est que ces professionnels ne pourront pas avoir une activité à temps complet de médecine esthétique, mais qu'elle sera limitée dans le temps.

BENJAMIN GLAISE
Limitée à combien ?

STÉPHANIE RIST
Alors, dans le décret, il y a deux cas. Soit vous êtes un nouveau médecin, vous n'avez pas commencé la médecine esthétique, et donc votre temps sera limité à 30 % de votre temps en médecine esthétique. Et par contre, si vous êtes un médecin qui fait de la médecine esthétique à 100 % de votre temps depuis de nombreuses années, l'Ordre des médecins va accompagner ces professionnels-là pour que, dans les deux ou trois ans qui viennent, ils puissent diminuer leur temps de médecine esthétique.

BENJAMIN GLAISE
Concrètement, comment vous allez contrôler ces dermatologues ? Comment vous ferez pour vérifier qu'ils ne consacrent, pour ceux dont vous parliez, pas plus de 30 % de leur activité à faire de la médecine esthétique ?

STÉPHANIE RIST
Alors, c'est quelque chose qu'on fait déjà, par exemple, sur la limitation de la télémédecine. Vous savez, quand les médecins sont limités à un pourcentage de leur temps sur la télémédecine. Et donc, en fait, il y a des codages. Ils codent les actes pour être remboursés par l'Assurance maladie, et l'Assurance maladie regarde le pourcentage d'actes d'une activité ou d'une autre activité.

BENJAMIN GLAISE
Avec des sanctions possibles, du coup, envisageables.

STÉPHANIE RIST
En fait, ce qu'on a fait avec l'Ordre des médecins, c'est qu'on a créé un exercice complémentaire de la médecine. Et donc, la médecine esthétique sera un exercice complémentaire, ce qui permet de valoriser cet exercice, d'avoir des professionnels qui seront formés, avec des contrôles possibles.

BENJAMIN GLAISE
Oui. La médecine esthétique, pour précision, c'est notamment les injections d'acide hyaluronique qui permettent de combler les rides, notamment de redonner du volume aux lèvres. Le décret, pour quand ?

STÉPHANIE RIST
Il devait sortir ce matin. Je pense que ce sera demain matin, en tout cas avant la fin de la semaine.

BENJAMIN GLAISE
Ça sera demain matin ou, au plus tard, en fin de semaine. Un mot rapide sur les injections illégales, les "fake injectors", comme on les appelle. Une femme en est encore décédée cet été à Nice. Que fait le Gouvernement pour lutter contre ce fléau ?

STÉPHANIE RIST
Oui, là, c'est un vrai sujet, qui est un sujet différent de ceux dont on vient de parler, puisqu'il s'agit de gens qui ne sont pas des professionnels de santé et d'un exercice illégal. Donc, avec le ministre Papin et le ministre des Comptes publics, nous travaillons à faire beaucoup plus de contrôles, à lutter contre ces fraudes et à sanctionner plus sévèrement les personnes qui ont cette activité qui, je le rappelle, est une activité illégale.

BENJAMIN GLAISE
Stéphanie Rist, on passe à la question des auditeurs.

MARIE-ALICE DE BEAUVILLE, AUDITRICE
Bonjour, Madame la Ministre. Marie-Alice, de Beauville, ma question est la suivante : je suis infirmière libérale et je fais 48 kilomètres par an en secteur semi-rural. Ma rémunération ne me permet pas d'avoir accès aux aides carburant, bien que gros rouleur, et mes charges ne cessent de peser sur mon pouvoir d'achat et me contraignent à augmenter mon temps journalier de travail afin de subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Que proposez-vous pour sortir de cette impasse accentuée par le désert médical ? Merci pour votre réponse.

BENJAMIN GLAISE
Stéphanie Rist, vous répondez quoi à Marie-Alice ?

STÉPHANIE RIST
Merci. Merci pour cette question, parce qu'en fait, ça concerne beaucoup d'infirmiers qui me posent cette question. Nous avons, avec le Gouvernement, choisi, et je l'assume réellement aussi, de cibler les aides grands rouleurs, avec effectivement un revenu seuil que nous avons augmenté, élargi. Donc, il y a plus de Français qui peuvent avoir accès à ces aides grands rouleurs qui, je le rappelle, sont de cent euros qui étaient avant l'été, et puis cent euros maintenant. J'ai fait rajouter, pour ces infirmiers, je pense que madame doit être dans cette catégorie, 80 euros qui ont été versés vendredi dernier par l'Assurance maladie pour les infirmiers qui roulent plus de cent kilomètres en moyenne par jour. Donc ça, c'est les aides, je dirais, ponctuelles.

BENJAMIN GLAISE
Combien pourront en bénéficier ? Vous le savez ou pas ?

STÉPHANIE RIST
C'est 25 000 infirmières et infirmiers en pratique avancées qui sont concernés. Donc, un quart à peu près des infirmiers. Tout le monde ne roule pas cent kilomètres par jour. Donc ça, c'est une aide que je dirais ponctuelle. Je me doute que cette aide ne va pas régler le problème de pouvoir d'achat de tous les professionnels. Ensuite, je dois rappeler que la négociation de l'année dernière, des infirmiers à qui on a augmenté leur champ de compétences, ont eu des négociations avec l'Assurance maladie, qui a fait des revalorisations avec une enveloppe de 500 millions d'euros. Donc, on y est. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de difficultés. Évidemment, quand le pouvoir d'achat… l'essence augmente, autant que l'alimentation augmente. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de difficultés, mais, en tout cas, nous faisons le choix, vu l'état de notre pays économique, la nécessité aussi de maîtriser nos dépenses, de cibler les personnes qui en ont le plus besoin.

BENJAMIN GLAISE
Donc, pas de hausse prévue pour leurs indemnités kilométriques ? Ce n'est pas à l'ordre du jour ?

STÉPHANIE RIST
Je rappelle encore une fois que l'année dernière, il y a eu des négociations avec l'Assurance maladie de plus de 500 millions d'euros.

BENJAMIN GLAISE
On poursuit. Stéphanie Rist, Félix Mathieu, vous nous avez rejoint pour parler d'un sujet qui monte sur les réseaux sociaux, Félix, à l'occasion de la Journée mondiale de la fertilité, lundi, Marine Tondelier a révélé avoir eu recours à un examen génétique interdit en France pour tester la viabilité des embryons lors des PMA.

FÉLIX MATHIEU
La leader écologiste a publié sur les réseaux sociaux un long témoignage au sujet de son parcours de procréation médicalement assistée. Au-delà de son cas personnel, Marine Tondelier raconte ça pour en appeler à autoriser cet examen génétique de l'embryon issu d'une fécondation in vitro. Ça s'appelle le DPI-A et ça consiste à détecter d'éventuelles anomalies génétiques de l'embryon avant de l'implanter. Ça permet, par exemple, de se rendre compte que l'embryon n'est pas viable et ça permettrait donc de ne plus l'implanter pour rien, de ne plus implanter un embryon voué à la fausse couche. Marine Tondelier raconte qu'elle a multiplié justement les fausses couches lors de ses tentatives de procréation médicalement assistée. Et, comme elle le racontait déjà auprès de France Télévisions il y a quelques mois, elle s'était rendu compte presque par hasard de l'existence de ces tests.

MARINE TONDELIER, SECRÉTAIRE NATIONALE (LES ÉCOLOGISTES - EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS)
Quand la médecin… Une fois que j'ai fait tous les tests, j'avais un rendez-vous pour qu'on les examine. Mais moi, j'avais vu dans les résultats qu'il n'y avait pas grand-chose et je lui ai dit : "Mais alors, du coup, est-ce que ce n'est pas un problème avec les embryons ?" Et là, elle me dit : "Alors oui, 20 à 30 % des cas, c'est l'utérus, c'est anatomique, je n'en sais rien. Et les autres cas, parfois jusqu'à 80 % des cas, c'est des embryons. Mais ça, on ne vous en parle pas trop en France parce qu'on n'a pas le droit d'aller chercher." Alors moi, je tombe un peu des nues en disant : "Bah oui, sauf que ça a l'air d'être mon cas." Donc, c'est sûr que si c'est 80 % des cas et qu'on n'a pas le droit d'aller chercher… Et moi, je n'arrêtais pas de dire : "Mais pourquoi on n'a pas le droit ?" Elle me dit : "C'est la loi de bioéthique qui est très précautionneuse sur le sujet."

FÉLIX MATHIEU
Un test pourtant légal, par exemple chez nos voisins espagnols ou belges, explique Marine Tondelier. D'ailleurs, elle, elle a déboursé finalement environ 10 000 euros pour le faire en Belgique, ce test. Alors, s'ils étaient légaux en France, on éviterait des fausses couches à beaucoup de femmes lors des tentatives de PMA. Sans compter que tout le monde, elle, n'a pas les moyens de payer parfois plusieurs fois 10 000 euros pour faire vérifier son embryon à l'étranger. La leader écologiste en appelle donc à soutenir une proposition de loi transpartisane pour autoriser ces tests en France. Madame la Ministre, est-ce que le Gouvernement soutient cette proposition de loi ?

STÉPHANIE RIST
Alors c'est un débat que nous avons eu dans les dernières lois de bioéthique, il y a quelques années maintenant, et on avait commencé à entendre ce débat. Depuis, le Conseil national d'éthique s'est saisi de cette question, qui peut être clivante parce que vous allez sélectionner. Donc, il y a des gens qui sont très défavorables à cette mesure. Moi, à titre personnel, je suis assez à l'aise, j'y suis assez favorable à titre personnel, mais je pense que notre organisation en France est très bien faite, c'est-à-dire que nous avons un Conseil national d'éthique qui a fait ses travaux pendant l'année sur le sujet, qui doit apporter des éléments dans ce débat. Et ça doit faire partie, pour moi, je le crois, de véritables débats parlementaires dans le cadre de lois de bioéthique qui permettent d'avoir du temps, d'entendre tous les avis, de pouvoir regarder les données scientifiques. Encore une fois, je pense qu'il faut avancer sur ce sujet et je pense qu'il faut le faire dans le débat que nous avons régulièrement sur ces sujets éthiques, et donc attendre que le Conseil national d'éthique apporte sa contribution et puis que des lois de bioéthique se rouvrent sur ce débat.

BENJAMIN GLAISE
Donc, ça veut dire que précisément, sur cette proposition de loi transpartisane, vous ne la soutenez pas ?

STÉPHANIE RIST
Je ne dis pas ça aujourd'hui. Je pense que…

BENJAMIN GLAISE
Que dira le Gouvernement si ça arrive à l'Assemblée ?

STÉPHANIE RIST
Enfin, moi, je n'ai pas l'habitude de faire semblant. Cette proposition de loi, elle est transpartisane à l'Assemblée. Je ne suis pas sûre qu'elle le soit au Sénat, si je peux être claire. Donc, la question, c'est comment on avance ? Moi, ce qui m'intéresse, c'est comment on avance pour les Français. Je pense qu'il faut avancer sur ce sujet. Encore une fois, à titre personnel, et il me semble que la façon la plus efficace d'avancer sur ce sujet, qui, encore une fois, peut être très clivant, je pense qu'il faut passer par le Conseil national d'éthique puis des lois de bioéthique. C'est de cette façon, à mon avis, qu'on ne fera pas semblant, qu'on ne fera pas semblant pour les Français. Mais ce que je voudrais dire, c'est que c'est le mois de la fertilité ce mois-ci, et qu'un rapport m'a été remis hier et que j'ai pu faire des annonces, parce que ce n'est pas le seul sujet. C'est un sujet important, je ne le nie pas, mais il y a beaucoup d'autres sujets. Il y a le sujet de l'information, la sensibilisation. J'ai pu annoncer hier que toutes les personnes de 29 ans de notre pays vont recevoir un courrier de l'Assurance maladie sur l'information. Pas pour leur dire : "Faut faire des enfants", et pas pour faire des injonctions. Mais oui, sur ce courrier, il y aura des mesures, des informations sur la contraception pour ceux qui ne veulent pas d'enfant. Et puis, il y aura des informations pour trouver les bonnes informations, pour savoir quoi faire si on veut, par exemple, conserver ses ovocytes. J'ai pu annoncer d'ailleurs sur ce sujet, vous savez qu'on a augmenté le nombre de centres de conservation ovocytaire. J'ai pu annoncer que vous allez travailler à ouvrir aux centres privés lucratifs pour qu'on puisse ne plus avoir ces délais qui sont à plus d'un an. Encore, malgré l'augmentation du nombre de centres que nous avons portée, pour que toutes les femmes puissent être prises en charge et mieux accompagnées, avec un parcours mieux personnalisé dans leur parcours de fertilité. D'ailleurs, ça ne concerne pas que les femmes.

BENJAMIN GLAISE
Est-ce qu'il ne faut pas mettre juste aussi plus de moyens, à un moment, sur la PMA et de la congélation ?

STÉPHANIE RIST
Oui, alors, d'ailleurs, on met plus de moyens. On en met aussi sur la recherche, et ce que j'ai pu annoncer, c'est que les efforts sur la recherche vont se poursuivre. On est à peu près à 30 millions d'euros qui sont mis sur la recherche sur la fertilité. Nous mettons aussi des financements sur des plateformes de santé environnementale qui sont très intéressantes, parce qu'il y a des professions qui peuvent être plus exposées. Et nous avons des professionnels et nous allons généraliser cette plateforme. Il y en a une quinzaine en France actuellement. Ce sont des professionnels de santé du travail qui reçoivent les gens en consultation et qui peuvent leur donner des conseils très concrets de prévention pour leur fertilité. Donc, il y a un vrai engagement du Gouvernement que je mets et que j'accélère sur le sujet de la prise en charge de l'infertilité.

BENJAMIN GLAISE
Pour faire face à une situation ubuesque où aujourd'hui, on a des femmes qui partent à l'étranger, qui partent en Espagne, qui partent au Danemark, qui partent ailleurs, justement parce que ce n'est pas possible en France. C'est une situation quand même assez invraisemblable.

STÉPHANIE RIST
Ce n'est pas que ce n'est pas possible en France. En France, c'est pris en charge, et tant mieux, par la Sécurité sociale. C'est vrai que les délais sont longs, une file d'attente d'un an. Et c'est pour ça que je vous dis que… Écoutez, on a ouvert 30 centres de plus de conservation des ovocytes, ça a permis une diminution, mais de quelques semaines. Honnêtement, ce n'est pas satisfaisant. Donc, nous devons augmenter encore le nombre de centres de prise en charge, évidemment sans dépassements d'honoraires, parce que nous sommes sur des mesures qui sont importantes pour les couples français. Donc voilà, encore une fois, nous allons aussi travailler sur le don de gamètes pour favoriser le don de gamètes. Enfin voilà, un ensemble de mesures que j'ai pu prendre hier et qui vont permettre de mieux accompagner les couples qui ont le souhait d'être accompagnés.


source : Service d'information du Gouvernement, le 5 novembre 2026