Transports : le défi écologique des nouvelles mobilités

Vélo, trottinette, covoiturage, autopartage... Depuis les premiers Vélib', les solutions de mobilités douces se sont multipliées dans les grandes villes avec de nouveaux services accompagnés par l'essor de l'électrique. Mais ces évolutions limitées territorialement peinent à modifier les usages qui se portent encore largement sur la voiture.

La définition de la mobilité douce en matière de transports est large : elle englobe les modes de mobilité dits "actifs", qui ne font appel qu’à la seule énergie humaine (marche, vélo, trottinette…) mais aussi tout moyen de mobilité, collectif ou individuel, contribuant à une baisse des émissions de CO2. Les politiques d’incitation à ces pratiques de mobilité douces se sont accélérées ces dernières années, en particulier dans les territoires, face aux enjeux environnementaux.

Une voiture toujours dominante

Si les modes de mobilité ont fortement évolué ces dix dernières années avec l’essor de la mobilité partagée et l’émergence de moyens de déplacement individuels non carbonés, la voiture reste de loin le premier recours pour les trajets quotidiens.

La circulation routière, composée à 92% de voitures et de véhicules utilitaires légers, connait une hausse de 1,5% chaque année selon le bilan annuel des transports en 2019.

L’enquête "Mobilités des personnes" conduite par le ministère de la transition écologique montre une évolution de 2008 à 2019 dans les pratiques de mobilité : le recours à la voiture recule légèrement (-1,8 point) au profit de la marche à pied, deuxième mode de déplacement (+1,2 point) et des transports en commun (+0,8 point). Avec 2,8% des modes de déplacement la part du vélo quant à elle reste stable sur la même période.

Cette tendance est confirmée dans l'étude de l’Observatoire des mobilités émergentes, 3e édition, réalisée entre 2016 et 2018, qui fait état d’un léger recul du nombre d’actifs utilisant leur véhicule pour les trajets domicile-travail (de 68 à 66%) et, plus globalement, d’une baisse de 9 points du nombre d’automobilistes quotidiens.

Cette inflexion est plus marquée dans les villes de plus de 20 000 habitants et les grandes agglomérations : à Paris la marche à pied est devenue le premier mode de mobilité (38% des déplacements, +4 points par rapport à 2008) devant la voiture, en baisse de 8 points, et les transports en commun (un quart des déplacements), en hausse de 5 points. À l’inverse, dans les territoires ruraux où les trajets domicile-travail sont souvent plus longs et l’offre en transports en commun plus rare, le recours à la voiture est largement dominant avec quatre déplacements sur cinq, le recours à la voiture ne baissant pas.

Tous territoires confondus, ces évolutions dans les modes de déplacement concernent les populations les plus mobiles, entre 25 et 54 ans, dont le temps moyen hebdomadaire consacré au transport a progressé de 45 minutes en 10 ans. Elles sont visibles dans deux classes d'âge :

  • les 19-24 ans qui utilisent de plus en plus les transports en commun (+6 points) ;
  • les 25-34 ans chez qui la baisse de l’usage de la voiture est la plus marquée (-5 points) au profit de la marche (+4 points) et des transports en commun (+1,6 point).

Chez les plus de 75 ans en revanche l’usage de la voiture est en hausse (+5 points).

Le vélo, une alternative encore cantonnée aux zones urbaines

Depuis l'arrivée des premiers Vélib', la pratique urbaine du vélo pour les trajets quotidiens progresse, en particulier dans les centres villes de plus de 100 000 habitants où 60% des distances parcourues sont inférieures à cinq kilomètres.

De 2015 à 2020, la part d’actifs à vélo a progressé de 2 points dans les communes-centres (de 4 à 6%). Les villes novatrices dans l'aménagement urbain pour la pratique du vélo comme Grenoble et Strasbourg comptent 17% d'usagers quotidiens. À l’échelle de l’ensemble du territoire cette progression est plus modeste (+0,9 point), le vélo représentant 2,9% des modes de déplacement. 

Développement du VAE

Le développement du marché des vélos à assistance électrique (VAE), depuis une dizaine d’années, a attiré une nouvelle catégorie de population, plus âgée ou moins portée sur l’activité physique, vers la pratique quotidienne du vélo. Le VAE constitue, plus que le vélo classique, une alternative à la voiture, comme l’observe une étude de l’Ademe selon laquelle 71% des usagers du VAE utilisaient auparavant la voiture (contre 16% depuis le vélo classique). En 2017, le marché du VAE doublait, sous l’effet des aides publiques à l’achat et de l’extension de l’offre. Il est en croissance régulière (+12% en 2019).

Si la relance de la pratique urbaine du vélo est observée dès la mise en place des Vélib’ dans les métropoles à partir de 2005 (2007 à Paris, Lyon, Toulouse, Marseille), c’est à la suite des Assises nationales de la mobilité qui se tiennent en 2017 qu'une politique publique nationale pour la promotion de la pratique du vélo est engagée. Cette politique, inscrite dans la loi d’orientation des mobilités (loi LOM) de 2019, s’adresse aux territoires et propose une aide logistique et financière pour la réalisation d’infrastructures dédiées à la pratique du vélo. Elle instaure également la décentralisation des autorités organisatrices des mobilités (AOM) afin de donner aux territoires une plus grande autonomie en matière d’organisation des transports.

Les objectifs fixés dans la loi LOM pour le développement des mobilités douces :

  • développement du covoiturage ;
  • nouveau cadre de régulation pour les offres de mobilité en libre-service (trottinettes, vélos, scooters, véhicules sans station d’attache) ;
  • plan vélo doté d’un fonds de 350 millions d’euros pour porter la part modale du vélo de 3 à 9% d’ici 2024 ;
  • mise en place d’un forfait mobilité durable d’un montant de 500 euros pour les salariés en entreprises se rendant au travail à vélo ;
  • enseignement du vélo dans les établissements du premier degré à compter de 2022.

La mobilité partagée, une pratique en développement

Au-delà de l'essor du vélo dans les villes, de nouveaux usages se sont installés ces dix dernières années sous l'impulsion du développement de la géolocalisation et des applications numériques de mobilité.  

Parmi ces pratiques nouvelles ou émergentes, le covoiturage enregistre le plus fort taux de pénétration auprès des populations (30%), devant le vélo (26%) et le recours aux VTC (16%). D’autres usages alternatifs à la voiture demeurent plus confidentiels comme la location de voiture entre particuliers (7%) et l’autopartage (3%), comme le signale l’Observatoire des mobilités émergentes.

Les adeptes de la glisse urbaine progressent (9% de pratiquants, +3 points par rapport à 2016), notamment avec l'essor de la trottinette électrique. Le vélopartage connaît également une forte croissance avec un nombre d’usagers qui a doublé en deux ans.

Dans les grandes agglomérations le marché de la mobilité devient très concurrentiel avec la multiplication des acteurs dans les cinq secteurs émergents : l’autopartage (34% des acteurs du secteur), le vélopartage en partenariat avec les municipalités (30%), le covoiturage (20%), les entreprises de micro-mobilité (location de scooters, trottinettes, vélos électriques, 11%), les VTC (10%).

Au total, 105 services sont déployés sur l’ensemble du territoire avec un taux de croissance pour le secteur des MaaS (Mobility as a Service) de 15% par an.

Quelles solutions d’avenir ?

Si ces nouveaux services, essentiellement urbains, pèsent encore peu en rapport aux 75% d'automobilistes quotidiens, l’Observatoire des mobilités émergentes note une inflexion de l'utilisation de la voiture pour les trajets journaliers.

Le développement des services de mobilité, même s’il s’agit d’une pratique encore clivante, gagne peu à peu les populations et fait reculer l’idéal de la possession d’une voiture. Interrogés sur leur utilisation de la voiture, 10% des automobilistes se disent ouverts à un usage serviciel (autopartage, location ponctuelle) et 7% seraient prêts à se passer de voiture s'il disposent d'une alternative viable.

Cette même étude fait état d'une progression des "agilités" pour les déplacements du quotidien dans les villes de plus de 100 000 habitants avec une hausse de la multimodalité (+8 points) dans un contexte où les contraintes liées aux déplacements professionnels se desserrent avec le télétravail.

Cependant, ces évolutions restent cantonnées aux zones urbaines. Dans les communes rurales 66% des habitants jugent encore insuffisante l’offre en transports et seuls 17% disent pouvoir choisir entre plusieurs modes de mobilité rapporte l'Ademe, malgré les politiques de décentralisations engagées avec la régionalisation des AOM.

Tous types de territoires confondus, deux tiers des automobilistes disent ne pas disposer d’alternatives viables pour leur trajet quotidien en raison de contraintes personnelles (éloignement au lieu de travail, multiplicité des trajets à réaliser dans la journée, nécessité de déposer des enfants à l’école...).

L'arrêt de la fabrication des véhicules à moteur thermique prévu pour 2040 dans la loi LOM accélère la transition vers les véhicules hybrides ou électriques. De nouvelles solutions de transports sont à l’étude (véhicules autonomes, taxis drones, véhicules à énergie hydrogène...).

Création de l'Agence de l'innovation pour les transports (AIT)

Plus récemment, le gouvernement a annoncé pour l’été 2021 la création de l'Agence de l'innovation pour les transports (AIT) dont la vocation est de coordonner les actions de soutien à l'innovation entre deux secteurs : l'énergie (en particulier l'hydrogène) et le numérique. L'objectif est d'identifier les projets innovants portés par les acteurs privés et publics dans les territoires et de les appuyer.

Au-delà de la question des modes de déplacement et de leurs évolutions, l'enjeu pour l'avenir est de mettre en œuvre des solutions individualisées, selon l'Observatoire des mobilités émergentes..."adaptées à chacun des publics et à la diversité de leurs besoins, situations personnelles, contexte et lieu de vie pour leur donner la possibilité d'élaborer leurs propres stratégies de mobilité durable”.

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