Relance du dialogue UE-Turquie sur fond de crise syrienne et migratoire

Le 9 mars 2020, les dirigeants de l'Union européenne ont reçu à Bruxelles le Président de la Turquie qui avait annoncé, fin février, remettre en question l'accord UE-Turquie de mars 2016 à la suite de la crise migratoire de 2015.

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Drapeaux de la Turquie et de l'Europe.
Relance du dialogue UE-Turquie © Simon Lehmann/PhotoGranary - stock.adobe.com

Dans la déclaration commune UE-Turquie du 18 mars 2016, les deux partenaires s'engageaient notamment sur la mise en place d'une aide financière de l'UE à la Turquie en faveur des réfugiés présents en Turquie.

Or, avec l'arrivée récente de nombreux réfugiés à la frontière turque limitrophe de la province syrienne d'Idlib,  la Turquie avait annoncé, le 29 février 2020, ouvrir aux migrants ses frontières avec l'Union.

C'est donc dans ce contexte que, le 9 mars 2020, Recep Tayyip Erdogan a rencontré à Bruxelles le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, puis la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et celui du Conseil, Charles Michel. La Turquie souhaitait non seulement obtenir de nouvelles conditions pour financer le séjour des réfugiés sur son territoire mais également un appui occidental militaire, ou, pour le moins, diplomatique, en Syrie.

Six milliards d'euros pour les réfugiés syriens en Turquie

Le budget total dédié aux réfugiés installés en Turquie, s'élève à six milliards d'euros. Selon un communiqué de la Commission européenne sur l'aide humanitaire en faveur des réfugiés, sur cette enveloppe, 2,4 milliards d'euros destinés à l'aide humanitaire, ont été attribués. Outre ce financement, d'autres projets en faveur des réfugiés mettent l'accent sur l'éducation (600 000 enfants syriens ont pu être scolarisés), la gestion des migrations, la santé, les infrastructures municipales et le soutien socio-économique.

Toutefois, le 9 mars, les dirigeants européens ont, dans un premier point, clarifié auprès du président turc la façon dont l'Union a mis en œuvre ses engagements financiers comme le précise la déclaration du  Président du Conseil européen après sa rencontre avec le Président de Turquie.

Dans un deuxième point a été évoquée la situation en Syrie, entre autre, celle des Syriens dans la province d'Idlib qui fuient en direction de la Turquie, l'armée syrienne y menant une offensive depuis décembre 2019. Ursula von der Leyen et Charles Michel ont affirmé qu'une intervention humanitaire de l'Union dépendrait d'un apaisement militaire sur place.

C'est, dans ce cadre qu'une rencontre est prévue à Istanbul le 17 mars entre le Président turc, la Chancelière fédérale allemande Angela Merkel et le Président français Emmanuel Macron.

Un contexte tendu entre la Turquie et l'UE

Pour sa part, la Turquie reproche à l’Union de ne pas partager équitablement la charge des réfugiés tout en déclarant aussi avoir comme objectif de lancer une "nouvelle ère" dans ses relations avec l'Union. Par ailleurs, la Turquie considère que l'Union n'a pas tenu certaines de ses promesses comme, par exemple, l’exemption de visas pour les Turcs voyageant dans l’espace Schengen, la poursuite des négociations d'adhésion, la mise à jour de l’union douanière entre la Turquie et l’UE...

Du côté de l'Union, les reproches adressés à la Turquie sont également nombreux :

  • l'achat de systèmes de défense antimissiles S-400 à la Russie (2019) ;
  • les activités de forage illégal dans la zone maritime exclusive chypriote (2019) ;
  • le protocole d'accord avec la Libye concernant la délimitation des zones de juridiction maritime en mer Méditerranée (décembre 2019) ;
  • l'offensive sur la région frontalière au nord-est de la Syrie contre les populations kurdes (octobre 2019).