Violences conjugales : l’effet "révélateur" du confinement

Chargée de procéder à l'évaluation des situations de violences conjugales pendant le confinement et des mesures de protection déployées, la mission interministérielle pour la protection des femmes (MIPROF) estime que l'adaptation et le renforcement des dispositifs de lutte contre les violences ont permis de libérer la parole des victimes.

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Femme tuméfiée au téléphone et regardant entre les lamelles d'un store.
La très forte hausse du nombre d'appels révèle, à la fois, que les victimes se sont davantage manifestées et que les moyens mis en œuvre par l’État leur ont donné la possibilité de le faire. © Warren Goldswain - stock.adobe.com

La mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) recense l'ensemble des données disponibles sur les violences conjugales pendant le confinement dans un rapport remis à la ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes le 29 juillet 2020.

44 235 appels au 3919 pendant le confinement

Le nombre d’appels reçus par le service d’écoute des victimes de violences conjugales a bondi d'environ 400% entre la semaine du 9 mars 2020 (soit avant le confinement) et la semaine du 20 avril 2020 (pendant le confinement). Le nombre d’appels est ainsi passé de 2 145 à 8 213. 

Pour la MIPROF, ce chiffre ne signifie pas nécessairement que le nombre de violences a augmenté durant cette période : "Le nombre de victimes accompagnées a augmenté, sans pouvoir en tirer la conclusion que le confinement a eu un effet "déclencheur" des violences dans le couple". En revanche, ce chiffre révèle, d’une part, que les victimes se sont davantage manifestées et, d’autre part, que les moyens mis en œuvre par l’État leur ont donné les moyens de le faire. Ces nouveaux dispositifs ont été les suivants :

  • création de lieux "refuges", dans les centres commerciaux et pharmacies permettant aux victimes de se signaler, afin de pallier la fermeture des lieux d’accueil habituels ; 
  • interventions systématiques à domicile des forces de l’ordre à la suite d’un signalement ;
  • priorisation du traitement judiciaire des violences intrafamiliales (comparutions immédiates, ordonnances de protection, attribution de téléphones) ;
  • mise en place de moyens silencieux tels que les tchats, les SMS (via le 114 qui a été ouvert à toutes les victimes de violences conjugales à partir du 31 mars) ou les plateformes de signalement

Les recommandations de la MIPROF

La MIPROF présente une série de recommandations visant à confirmer la pertinence et l'efficacité des actions mises en oeuvre pendant le confinement. Les améliorations proposées peuvent être appliquées y compris en dehors d'une crise sanitaire :

  • rendre accessible le numéro d’écoute national (3919) aux personnes en situation de vulnérabilité ou de précarité, les femmes en situation de handicap et les femmes non francophones ;
  • renforcer le système technique du numéro d’écoute national pour supporter l’afflux d’appels de victimes (de nombreux appels n’ont pu être pris en charge durant le confinement, par exemple 2 357 durant le semaine du 20 avril 2020) ;
  • maintenir le signalement de violences conjugales dans les pharmacies ;
  • encourager le développement des permanences d’accompagnement dans les centres commerciaux et l’étendre à d’autres lieux de vie ;
  • créer une ligne d’écoute spécifique pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) victimes de violences conjugales.