Construction de réacteurs EPR2 : quel coût, quels risques ?

Un rapport d'évaluation du projet de construction de réacteurs EPR de deuxième génération (EPR2) afin de renouveler le parc nucléaire vieillissant a été réalisé à la demande du gouvernement. Le rapport évalue le coût, le calendrier et les risques d'un tel programme ainsi que les capacités industrielles de la filière nucléaire.

Vue de la centrale nucléaire de Flamanville (Normandie).
Le scénario médian fait état d’un coût de 51,7 milliards d’euros pour la construction de trois paires d'EPR2, sur une durée de 25 ans. © Alexis Morin - EDF

Le 10 février 2022, le président de la République a présenté la nouvelle stratégie énergétique de la France et a annoncé la construction de six réacteurs nucléaires de type EPR2 d'ici 2050. Cette décision s'appuie sur des travaux préparatoires dont les conclusions ont été publiées dans un rapport diffusé le 18 février.

Le réacteur EPR de deuxième génération est un nouveau modèle de réacteur développé par EDF à partir de l'EPR afin de sécuriser les opérations de construction, de maintenance et d'exploitation et de l'adapter aux exigences accrues de sûreté nucléaire. Ce réacteur, développé depuis 2015, est élaboré pour prendre en compte le retour d'expérience des chantiers EPR en cours, dont celui de Flamanville.

Quelle est l'évaluation du coût de l'EPR2 ?

Selon la méthode d'évaluation des coûts d'EDF, jugée "robuste" par le rapport, le scénario médian fait état d’un coût de 51,7 milliards d’euros pour la construction de trois paires d'EPR2 (soit six réacteurs) sur une durée de 25 ans. Une marge calendaire de deux ans est envisagée pour anticiper d'éventuels retards sur les délais réglementaires préalables à la construction. Une vision dégradée du scénario médian prévoit un surcoût de 4,6 milliards d’euros.

Le budget étudié intègre les coûts de démantèlement et de gestion des déchets des centrales ainsi qu’une provision de 6,9 milliards d’euros anticipant les surcoûts liés aux incertitudes et aux aléas divers.

Si le calendrier est respecté, le coût actualisé du mégawatt heure (MWh) évoluerait entre 40, 60 et 100 euros en fonction du coût du capital contre un coût actuel de 49 euros.

La filière nucléaire est-elle capable de mener un tel chantier ?

Les retards du chantier de Flamanville et les difficultés rencontrées dans la construction des autres EPR en Finlande, en Chine ou au Royaume-Uni conduisent le Gouvernement à vouloir s'assurer de la capacité de la filière nucléaire à construire de nouveaux réacteurs. L'évaluation de la capacité de la filière fait l'objet d'un chapitre du rapport.

Le retour d'expérience sur le chantier de Flamanville a montré que les défaillances industrielles proviennent principalement d'un défaut d'organisation au sein d'EDF et d'un défaut de maîtrise industrielle chez Framatome. EDF a adopté des mesures correctives dans le cadre du plan Excelle, par exemple.

Sur l'ensemble de la filière, le Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire (GIFEN) pointe des faiblesses dans les segments : chaudronnerie/forgés, électricité/instrumentation, ingénierie, logistique, essais/contrôles, process nucléaire, radioprotection, robinetterie, tuyauterie-soudage. Pour ces activités, les entreprises du secteur ne sont pas certaines d'être en mesure d'assumer la charge liée à la construction des nouveaux réacteurs.

Les travaux d'évaluation doivent être poursuivis pour affiner le plan de charge de la filière.

Quelles conséquences pour la gestion des déchets nucléaires ?

S’agissant de la gestion des déchets radioactifs produits par les futurs EPR2, les besoins de stockage sont correctement évalués selon les auditeurs et devraient correspondre, pour les déchets de faible radioactivité aux capacités actuelles.

Pour les déchets les plus radioactifs, la construction des six EPR2 nécessitera un ajustement du projet Cigéo actuellement en cours de développement, dans l’hypothèse de la prolongation de sa durée de fonctionnement. Des études complémentaires doivent être menées pour en estimer le coût.