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© Andrey Popov - stock.adobe.com

Souveraineté numérique : comment limiter la dépendance aux géants du numérique ?

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

Navigateurs internet, outils bureautiques, réseaux sociaux, moteurs de recherche, hébergement de données... la quasi-totalité des couches structurantes du numérique sont contrôlées par des acteurs dominants, américains et chinois, sans réelle concurrence. Comment limiter cette dépendance ?

Le Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique (Cianum) est une instance indépendante placée auprès de la ministre chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. Le 22 mai 2026, le Cianum a publié un rapport appelant à organiser la coopération entre la puissance publique, le secteur privé et les communs numériques, pour sortir des dépendances numériques.

Que propose l'Union européenne en matière de souveraineté numérique ?

Dans le cadre du plan européen de souveraineté technologique présenté le 3 juin 2026, l'Union européenne (UE) souhaite pour sa part réserver notamment les contrats publics dans les secteurs les plus sensibles de l'intelligence artificielle et de l'informatique à distance (cloud) à des fournisseurs européens.

 

Une dépendance technologique exposant à des risques majeurs

Le rapport rappelle que la dépendance technologique des pays européens s’observe à tous les niveaux de la chaîne de valeurs :  

  • les infrastructures physiques (centres de données, câbles sous-marins, semi-conducteurs) pour lesquels l'Europe reste très dépendante de l'Asie (TSMC, Samsung) et des États-Unis (Nvidia, Intel, Qualcomm) ;
  • les terres rares et matériaux critiques dont l’extraction et le raffinage sont concentrés à plus de 80% en Chine ;
  • l’infrastructure cloud avec 92% de ces infrastructures utilisées par les administrations de l'Union européenne (UE) hébergées par trois opérateurs américains (Amazon Web Services - AWS, Microsoft Azure et Google Cloud Platform) ;
  • les logiciels avec 83% des achats numériques européens auprès de l’industrie américaine ;
  • les protocoles et standards, influencés dans leur définition et leur adoption par des acteurs américains ;
  • les données et modèles d'IA avec des grands modèles de langage (GPT, Claude, Gemini) principalement développés aux États-Unis.

Cette dépendance expose les citoyens, administrations et entreprises à des risques massifs : 

  • risques de sécurité et de surveillance (espionnage, cyberattaques, application extraterritoriale des droits américain et chinois) ;
  • risques politiques (lobbying des géants du numérique dans l’élaboration des politiques publiques, pouvant conduire à une régulation affaiblie, des pratiques anticoncurrentielles et à un environnement numérique centralisé, abusif et antidémocratique) ;
  • pressions économiques (hausses unilatérales de tarifs) et géopolitiques (restriction d'accès aux services technologiques).

Organiser une coopération structurée entre l'État, le marché et les communs numériques

Selon les termes du rapport : "L'enjeu n'est pas d’atteindre une souveraineté absolue, ambition illusoire, mais d'organiser une coopération structurée entre l'État, le marché et les communs afin de réduire progressivement nos vulnérabilités."

Les rapporteurs proposent une feuille de route visant une coordination public-privé-communs renforcée au service de la souveraineté numérique et consistant à :

  • structurer une gouvernance pour mutualiser la demande et prioriser l’établissement de standards communs au service d’une action pérenne et interopérable (création d’une Fabrique des Communs Numériques, création d’un label public certifiant les solutions sur étagère, cartographie nationale des briques numériques existantes) ;
  • trouver des structures juridiques adaptées aux communs numériques et des leviers financiers (création d’un fonds public dédié aux communs numériques, commande publique) pour fiabiliser les projets et les inscrire dans la durée ;
  • mutualiser les efforts à l'échelon européen (création d'un fonds européen dédié aux communs numériques, adoption obligatoire de standards ouverts dans les politiques publiques européennes, création d'un label européen pour certifier les projets et solutions conformes aux standards ouverts).

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