Un rapport publié le 21 avril 2026 par la Cour des comptes dresse un état des lieux des soutiens publics octroyés à la filière des semi-conducteurs de 2018 à 2025.
Des atouts stratégiques en France et dans l'Union européenne
Une puce électronique est un morceau de matériau semi-conducteur pouvant contenir des milliards de composants électroniques microscopiques. Les puces constituent le principal moteur de l’innovation technologique et industrielle. La filière microélectronique se caractérise par :
- une chaîne de valeur mondialisée et fragmentée ;
- un niveau élevé de recherche et développement et d’investissement ;
- des subventions publiques massives dans la plupart des pays.
L’Union européenne (UE) représente 7% de la production mondiale de puces. Peu présente sur le segment des puces les plus sophistiquées, elle oriente sa production vers l’automobile et les équipements industriels.
L’UE compte quatre entreprises dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 10 milliards d'euros (Md€) dont une entreprise franco-italienne STMicroelectronics. Elle détient la seule entreprise au monde capable de fabriquer des machines de photolithographie, nécessaires pour réaliser des puces, et trois centres de recherche parmi les plus en pointe. Le Chips Act (2023) vise à porter à 20% la part de l’UE sur le marché mondial des semi-conducteurs d’ici 2030.
La France est un haut lieu de la sous-traitance électronique avec le deuxième plus important contingent d’entreprises de l’UE (derrière l’Allemagne) et un pôle de recherche très réputé. Elle affiche un excédent commercial de 1,8 Md€ en 2024. La stratégie électronique de France 2030 vise à accroître de 90% la capacité de production de semi-conducteurs à l’horizon 2030 mais ne s’appuie pas sur une cartographie de l’offre et de la demande.
Des aides publiques de 8,7 Md€ entre 2018 et 2025
Les aides publiques programmées sur la période 2018-2025 s’élèvent à 8,7 Md€ et proviennent :
- de l’État (7,7 Md€, dont 1,6 Md€ de crédit d’impôt recherche). Ces soutiens, en hausse, ont une faible conditionnalité et peu de bénéficiaires ;
- de fonds européens (715 millions d’euros – M€) ;
- des collectivités locales (219,5 M€). Ces aides reculent.
La filière bénéficie aussi de l’actionnariat public (3,6 Md€ sur la période). L’atteinte de l’objectif capacitaire de la stratégie électronique repose sur le projet Liberty, qui mobilise un investissement majeur mais n’a pas fait l’objet d’une évaluation socioéconomique complète. L’efficacité des aides est freinée par la lenteur de leur octroi, une architecture budgétaire complexe et une charge de gestion élevée. De plus, leur impact sur l’emploi et la souveraineté n’est pas mesuré.
Comment soutenir plus efficacement la filière ?
Le rapport préconise notamment de :
- cartographier l’offre et la demande de puces en France et dans l’UE et leur évolution prévue ;
- préciser la stratégie française en matière de microélectronique (objectifs chiffrés) ;
- établir un tableau actualisé des aides versées et de privilégier les avances remboursables ;
- suivre le chiffre d’affaires généré par les projets d’industrialisation soutenus.