Dans son rapport publié le 25 juin 2026, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) souligne qu'en 2025, les actes de haine ont continué d'augmenter. Au total, selon les chiffres du ministère de l'intérieur, 9 737 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été recensés, soit une hausse de 5% par rapport à 2024. Malgré cette progression et malgré la persistance de préjugés, le niveau de tolérance au sein de la société française demeure "élevé et stable" par rapport à l'année précédente estime la CNCDH. La CNCDH attribue notamment cette évolution à l'élévation du niveau de diplôme des jeunes générations et au renouvellement générationnel, les jeunes se montrant généralement plus tolérants que leurs aînés.
Les jeunes générations moins touchées par certains clichés racistes
Depuis le début de ses enquêtes en 1990, la CNCDH observe une acceptation croissante des minorités au sein de la société française. Cette tendance a toutefois connu des fluctuations liées à certains événements marquants, comme les attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas en Israël.
Malgré ces épisodes de tension, le niveau global de tolérance demeure élevé à 64/100, soit le quatrième meilleur score depuis 1990. Pour la CNCDH, cette évolution s'explique notamment par plusieurs facteurs :
- l'élévation du niveau de diplôme
- le renouvellement générationnel ;
- le développement des expériences interculturelles ;
- la diffusion de discours et de politiques favorisant la tolérance.
Malgré une progression globale de la tolérance, certains préjugés demeurent fortement ancrés. Les Roms restent notamment perçus comme un groupe à part dans la société par 64% des personnes interrogées. D'autres stéréotypes persistent également, comme l'association entre les Juifs et l'argent, une idée encore partagée par 48% des personnes âgées de 70 ans et plus (contre 27% des 18-24 ans).
Le sentiment anti-immigrés demeure également important, 59% des répondants estiment que les immigrés viennent en France principalement pour bénéficier de la protection sociale, 44% associent l'immigration à l'insécurité, 23% considèrent que les enfants d'immigrés nés en France ne sont pas "vraiment français".
Selon la CNCDH, le racisme actuel repose davantage sur des arguments basés sur des représentations culturelles et identitaires.
Le rapport souligne toutefois que les jeunes générations adhèrent moins aux stéréotypes racistes que leurs aînés.
10 035 affaires traitées en 2024
Selon les chiffres du ministère de la justice, 10 035 affaires ont été traitées par les parquets en 2024, soit une hausse de 17% par rapport à 2023 avec :
- 7 884 personnes mises en cause pour infractions à caractère raciste (+16% par rapport à 2023) ;
- 3 220 personnes ayant reçu une réponse pénale ;
- 1 907 condamnations.
Comme le souligne le CNCDH, le taux de classement sans suite est "très élevé", au-dessus du contentieux général.
De plus, 97% des personnes qui s’estiment victimes de racisme ne portent pas plainte. Alors que 1,2 million de personnes âgées de 14 ans et plus déclarent être victimes chaque année d’au moins une atteinte à caractère antisémite, raciste ou xénophobe, le rapport souligne un important décalage entre les faits et les plaintes déposées. Ce sous-recours s'explique notamment par un manque de confiance envers les institutions ou par la crainte de représailles.
Du côté des pouvoirs publics, la CNCDH constate également un retard des politiques de lutte contre ces discriminations. Elle pointe notamment les difficultés de pilotage du Plan national de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l'origine dont l'échéance est prévue en 2026.
La CNCDH recommande donc d'agir dès l'enfance, période durant laquelle les préjugés et les mécanismes de construction du racisme peuvent apparaître, notamment à l'école, au collège et au lycée. Pendant l'année scolaire 2023-2024, 3 630 actes racistes ont d'ailleurs été recensés en France.
La CNCDH formule également 46 recommandations afin de mieux lutter contre le racisme.