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© Sved Oliver - stock.adobe.com

Nappes phréatiques : un niveau d'eau en baisse

Temps de lecture  7 minutes

Par : La Rédaction

Les faibles pluies et la sécheresse ont augmenté la vidange des nappes phréatiques en juillet et en août 2026. L'eau souterraine est une ressource très utilisée : dans l'Hexagone, elle alimente notamment près des deux tiers de la consommation d'eau potable et plus du tiers de celle du monde agricole. Le point en 5 questions.

Le 1er septembre 2026, 90% des niveaux des nappes phréatiques sont en baisse, constate le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM). 61% des points d'observation présentent encore un niveau en-dessous des normales mensuelles. "La situation des nappes reste majoritairement dégradée en lien avec le déficit de pluie efficace du mois d’août et avec la demande en eau encore importante pour les différents usages", souligne le BRGM. 

Le 15 août 2026, 92% des niveaux des nappes phréatiques étaient en baisse. Le BRGM relevait alors une dégradation de la situation avec 64% des points d'observation en dessous des normales mensuelles. 

Le BRGM notait déjà une dégradation en 15 juillet 2026 avec 94% des niveaux des nappes phréatiques en baisse et 60% des points d’observation en dessous des normales mensuelles (notamment en Nouvelle Aquitaine). 

La progression de la vidange concerne presque toutes les nappes en raison d'une faible pluviométrie en juillet et en août (un déficit de 50% de précipitations) et de l'augmentation des prélèvements due aux fortes chaleurs.

À la fin de l'hiver, la situation était pourtant favorable. En février 2026, 84% des niveaux des nappes phréatiques étaient en hausse selon le BRGM. Et le 1er mars 2026, la recharge des nappes était "exceptionnellement importante".

Par ailleurs, 1 424 cours d'eau ne s'écoulent plus ou sont en situation d'assec au 1er septembre 2026 selon l'Office français de la biodiversité (OFB). Tout le territoire est touché avec une dégradation plus marquée sur l'axe entre la Vendée la région Grand Est. Une intensification est constatée en Bretagne, dans les Pays de la Loire et dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine. Les départements les plus touchés sont notamment la Creuse, la Vendée, la Loire-Atlantique, l’Aveyron, la Côte-d’Or et la Nièvre. L'Observatoire national des étiages (ONDE) évoque une situation "exceptionnelle" et "deux fois plus dégradée" qu'en 2025.

Le bulletin de situation hydrologique de Météo France pointe un indicateur d'humidité des sols très bas dès la fin du mois de juin, qui a progressé en juillet pour atteindre "des niveaux équivalents à ceux d'août 2022".

Globalement, au niveau mondial, les ressources en eau s'affaiblissent. "À l’échelle mondiale, l’année 2025 a été l’une des années les plus sèches de ces 35 dernières années" selon le bilan annuel de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) publié le 17 septembre 2026. La baisse des réserves d'eau douce et le recul des glaciers auront des conséquences lourdes sur les populations et les économies. "L’eau ne respecte pas les frontières. Le bilan hydrique d’un bassin fluvial peut dépendre de ce qui se passe dans un autre pays. Le recul d’un glacier dans un pays modifie la disponibilité de l’eau pour des populations situées à des centaines de kilomètres en aval" souligne l'Organisation.

Les nappes phréatiques sont des réservoirs naturels d’eaux souterraines. C’est dans les nappes phréatiques que l’eau potable est captée en priorité, notamment parce que la filtration naturelle de l’eau avant d’atteindre la nappe, lui a donné les qualités pour être consommée et permet des traitements simples. Ce sont les nappes phréatiques qui alimentent les puits et les sources en eau potable.

Les eaux souterraines regroupent l’ensemble des réserves d’eau qui se trouvent dans le sous-sol.

Certaines roches qui constituent le sous-sol sont suffisamment poreuses et/ou fissurées pour que l'eau puisse y circuler. Cette eau est stockée dans les zones appelées aquifères. L’eau peut progressivement s’accumuler dans ces espaces vides pour former des nappes phréatiques qui occupent tout ou partie de cette zone.

Les eaux souterraines sont dispersées de manière variée sur le territoire, en raison des spécificités géologiques. Les roches qui les composent (calcaires, sables, craies) sont poreuses et peuvent accueillir un volume d’eau important. Ces nappes souterraines peuvent être très profondes, jusqu'à plus de 1 000 mètres.

Loin d’être isolées du cycle de l’eau, ces nappes communiquent avec les milieux aquatiques de surface. 

En France, 95% de l’eau douce est stockée dans les nappes souterraines.

On compte plusieurs milliers de nappes, de taille très variable dont 650 sont suffisamment significatives pour faire l’objet d’une surveillance. Les nappes les plus importantes sont :

  • la nappe de Beauce, d’une surface de 9 000 km2 avec une capacité de 20 milliards de m3 ;
  • la nappe rhénane ayant une capacité de 35 milliards de m3. La nappe se poursuit largement en Allemagne et plus faiblement en Suisse.

Leur niveau est amené à varier en fonction des infiltrations - et, plus en amont, des précipitations - et des prélèvements d'eau. Des mesures sont prises pour surveiller le niveau des nappes phréatiques.

La distribution des précipitations sur l’année comme la distribution temporelle des consommations varie fortement, faisant du printemps et de l’été une période de tension sur la ressource. Seulement un tiers des eaux de pluie sont utiles à recharger les nappes phréatiques :

  • l'essentiel des apports d’eau se fait à l’automne et en hiver, et les réserves se remplissent. La pluviométrie est alors plus abondante, l'évaporation plus faible, l'humidité des sols favorisant l'infiltration et les plantes consomment peu d'eau.
  • en été, en revanche, les roches n'accumulent pas d'eau, mais alimentent les cours d'eau. Les besoins pour la consommation domestique ont tendance à augmenter avec les températures et les besoins du secteur agricole pour la pousse des végétaux ;
  • l’été, environ 30% des départements français voient plus de 20% de leurs cours d’eau totalement asséchés. 

Quand la pluie ne remplit pas les nappes

Chaque année, sur 510 milliards de m3 d’eau (soit plus de 900 mm de pluie par an), seulement 40% de ce total vont vers les nappes souterraines ou les cours d’eau. 60% des précipitations s'évaporent. En été, les sols sont souvent très secs et empêche l'eau de s'infiltrer (elle s'évapore ou ruisselle) et les plantes la consomme avant qu'elle pénètre le sol.

Il faut distinguer :

  • l'eau consommée, qui n'est pas restituée à la nature une fois prélevée (elle s'évapore ou est absorbée par les plantes, par exemple) ;
  • et l'eau prélevée, qui peut être rendue à la nature après utilisation (centrales nucléaires, notamment).

Les eaux prélevées en France proviennent en grande majorité (80%, soit environ 26 milliards de m3) des eaux de surface, généralement plus faciles et moins chères à prélever.

Selon un rapport du Sénat de 2022, l’agriculture est l'activité qui consomme le plus d'eau (58%). L’irrigation agricole représentant près des deux tiers des 4,4 milliards de m3 consommés en France. L'eau prélevée par les plantes n'est pas restituée : elle sert à faire grandir la plante et le surplus passe en évapotranspiration. Toutefois, le secteur ne représente que 11% des prélèvements (irrigation et élevage).

L'énergie est en tête des prélèvements (47%), essentiellement pour refroidir les centrales nucléaires. Mais elle consomme 14% d'eau. L'eau utilisée étant presque totalement (98%) restituée au milieu naturel, elle n'est pas considérée comme "consommée". 

L’industrie rejette une grande partie de l’eau qu’elle prélève et consomme 9% de l'eau.

L'eau domestique représente 12% de la consommation totale d'eau.