Quelle commémoration de la rafle du Vél' d'Hiv' de juillet 1942 ?

La "Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux "Justes" de France" existe depuis 2000. Quelles sont les origines de cette journée ? Comment a-t-elle été décidée ? Le point en cinq questions.

Que s'est-il passé les 16 et 17 juillet 1942 ?

L'année 1942 marque un tournant dans l'histoire de la Shoah en France. L'Allemagne nazie décide d'étendre la mise en œuvre de la "Solution finale" à l'Europe de l'Ouest. En France, début juin, tous les Juifs de plus de six ans doivent porter l'étoile jaune en zone occupée. Le gouvernement de Vichy accepte de livrer à l'occupant des milliers de Juifs. Des arrestations d'une ampleur inédite se préparent. Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 hommes et femmes juifs installés en région parisienne, dont environ 4 000 enfants, sont arrêtés par la police parisienne, massivement mobilisée.

Une partie est envoyée au camp de Drancy, la plupart, notamment les familles avec enfants, est enfermée plusieurs jours, dans des conditions sanitaires déplorables, au sein du Vélodrome d'hiver (le Vél' d'Hiv') dans le 15e arrondissement de Paris. Après un bref transfert vers des camps de transit dans le Loiret (Beaune-la-Rolande et Pithiviers), presque tous finissent déportés à Auschwitz et exterminés par les nazis.

Comment cette date a-t-elle intégré le calendrier des commémorations officielles ?

Un mois avant le cinquantième anniversaire de la Rafle du Vel' d'Hiv', le comité Vel' d'Hiv' 42 publie une pétition dans Le Monde pour demander au président de la République la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la rafle et plus largement dans la persécution et les crimes contre les Juifs. Lors de son interview du 14 juillet, François Mitterrand répond que la République n'est pas responsable des actes de l'État français du gouvernement de Vichy. Il se rend cependant à la commémoration de la rafle organisée par le conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). C'est la première fois qu'un président de la République y participe.

Par la suite, François Mitterrand instaure, par un décret du 3 février 1993, une "Journée nationale à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite “gouvernement de l'État français” (1940-1944)". Elle se tient chaque année le 16 juillet si ce jour est un dimanche, sinon le dimanche suivant.

Deux ans plus tard, le président Jacques Chirac déclare dans son discours du 16 juillet 1995 que "oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français". Tout en reconnaissant la responsabilité de la France, Jacques Chirac rappelle que "cet été 1942, qui révèle le vrai visage de la "collaboration", dont le caractère raciste, après les lois anti-juives de 1940, ne fait plus de doute, sera, pour beaucoup de nos compatriotes, celui du sursaut, le point de départ d'un vaste mouvement de résistance" et poursuit : "il y a aussi la France, une certaine idée de la France, […] présente, une et indivisible, dans le cœur de ces Français, ces "Justes parmi les nations" qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie […] les trois-quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu'elle a de meilleur."

Depuis la loi du 10 juillet 2000, la journée est rebaptisée "Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux "Justes" de France". La cérémonie se tient chaque année au monument commémoratif de la rafle du Vél' d'Hiv', quai de Grenelle à Paris.

Pourquoi commémorer la rafle du Vél' d'Hiv' ?

Outre le rappel de la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, reconnue depuis le discours du président Jacques Chirac en 1995, cette journée permet également d'exprimer un hommage aux Français qui ont protégé les Juifs. En France, environ trois quarts des Juifs ont échappé à la déportation - une exception dans l'Europe occupée par les nazis. Cependant, la reconnaissance de la responsabilité française et son intégration dans la mémoire nationale ont été tardives et le principal lieu de mémoire, le Vélodrome d'hiver, a été démoli en 1959. La commémoration annuelle participe à l'entretien de cette mémoire et permet aux jeunes générations de ne pas ignorer le drame qui s'est déroulé au Vél' d'Hiv' en juillet 1942.

Depuis la loi du 14 avril 1954, le dernier dimanche d'avril est consacré au souvenir des victimes et des héros de la Déportation.

Qui organise la journée de commémoration du 16 juillet ?

La Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux "Justes" de France" est organisée par le ministère des armées. Une cérémonie commémorative officielle a lieu chaque année le 16 juillet, sinon le dimanche suivant, devant le monument des Martyrs juifs du vélodrome d'Hiver quai de Grenelle au 15e arrondissement de Paris, près du site de l'ancien stade, détruit en 1959.

Les cérémonies relevant du ministère des armées sont organisées dans le cadre des journées nationales dont l'existence est prévue par un texte législatif ou réglementaire. Dans les départements et les communes, ces cérémonies sont organisées par le préfet, les sous-préfets et les maires. Par ailleurs, des organisations de la société civile comme la Fondation pour la Mémoire de la Shoah qui organise chaque année une série d'événements en mémoire de la rafle du Vél' d'Hiv', participent à l'entretien de cette mémoire.

Quels sont les monuments commémoratifs de la rafle du Vél' d'Hiv' ?

Plusieurs monuments existent à Paris et en province. À Paris, au carrefour du quai de Grenelle, du quai Jacques-Chirac et du boulevard de Grenelle, se trouve d'un côté la place des Martyrs Juifs du Vélodrome d'Hiver, et de l'autre, au niveau du quai de Grenelle, est implanté le square de la place des Martyrs juifs du Vélodrome d‘Hiver avec une sculpture de Walter Spitzer et Mario Azagury intitulée "N'oublions jamais". C'est ce dernier lieu qui est utilisé lors des commémorations officielles.

Par ailleurs, également à Paris, à l'ancien emplacement du Vélodrome (aujourd'hui occupé par un bâtiment, propriété du groupe LVMH qui accueille entre autres le journal Le Parisien) a été érigé le Jardin mémorial des enfants du Vél' d'Hiv', inauguré le 16 juillet 2017, par le président de la République, Emmanuel Macron, en présence de son initiateur Serge Klarsfeld. Il se trouve rue Nélaton, environ à l'entrée de l'ancien Vél' d'Hiv'. Enfin, au 8 du boulevard de Grenelle, a été installée une plaque commémorative. En face de la station de métro Bir Hakeim-Tour Eiffel (ligne 6), se trouve également un panneau commémoratif.

À Drancy, un monument réalisé par le sculpteur Shelomo Selinger a été édifié en 1976 à l'entrée de la Cité de la Muette sur les lieux de l'ancien camp d'internement. On y trouve également une antenne du Mémorial de la Shoah qui accueille un lieu d'exposition et un centre de documentation.
Des monuments commémoratifs existent aussi sur les lieux des camps d'internement de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers où un nouveau lieu de mémoire sera inauguré dans l'ancienne gare de Pithiviers, le 17 juillet 2022. À Orléans, le Cercil-Musée mémorial des enfants du Vél' d'Hiv' entretient également cette mémoire.