Communiqué des services du Premier ministre, en date du 18 février 2020, sur les principaux axes de travail concernant la réforme de la haute fonction publique.

Communiqué des services du Premier ministre, en date du 18 février 2020, sur les principaux axes de travail concernant la réforme de la haute fonction publique. Services du Premier ministre 18022020 rapport Thiriez fonction publique Remise au Premier ministre du rapport de Frédéric Thiriez sur la réforme de la haute fonction publique, à Paris le 18 février 2020

Le Premier Ministre a confié le 14 mai dernier à M. Frédéric Thiriez, avocat, une mission relative à la réforme de la haute fonction publique.

Après un riche travail d'instruction et une large consultation de l'ensemble des acteurs concernés (260 auditions), F. Thiriez a remis aujourd'hui son rapport qui comprend 42 propositions.

Le Premier ministre a confié à Olivier Dussopt, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Action et des Comptes Publics, le soin de procéder à l'instruction de ces propositions et retient d'ores et déjà les cinq axes de travail suivants :

1/ Un plan ambitieux de diversification sociale et géographique des recrutements, qui comprendra notamment :

- la création de classes "égalité des chances" sur l'ensemble du territoire ;
- l'intégration systématique d'un quota de boursiers dans l'ensemble des masters et classes préparatoires aux grandes écoles de la fonction publique ;
- des actions de tutorat à destination des élèves dès le collège.

Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Olivier Dussopt sont chargés de présenter les détails de ce plan, d'ici fin avril.

2/ Le décloisonnement des formations des hauts fonctionnaires, quelle que soit leur future filière de spécialisation (administrative, judiciaire, technique, santé, territoriale), et notamment le développement d'un tronc commun de formation, ainsi que d'expériences de travail en commun durant la scolarité. L'ENA sera remplacée par une école du management public, avec une vocation élargie.

3/ Le renforcement du caractère opérationnel et de la "dimension terrain" de la formation avec :

- au stade du concours : la refonte totale du contenu des concours dans un sens moins académique, avec au moins une épreuve de mise en situation et le renforcement du potentiel de « leadership » comme critère de recrutement ;
- au stade de la formation : un stage long en territoire et un engagement citoyen obligatoires et/ou une préparation militaire, à réaliser en cours de scolarité ;

4/ La fin de la titularisation et de l'avancement automatiques dans les grands corps.

Titularisation et avancement seront désormais conditionnés à la réalisation réussie d'un temps d'apprentissage dans le corps et de missions de terrain en administration active. Ces corps seront parallèlement davantage ouverts à la promotion interne des cadres des administrations.

5/ La création d'un Institut des hautes études du service public chargé de la détection et de la formation continue des agents destinés aux postes de cadres dirigeants.

Lorsqu'elles nécessitent une modification de nature législative, ces mesures seront intégrées à l'ordonnance prévue par la loi de transformation de la fonction publique qui sera présentée avant la fin du deuxième trimestre.

Les concours 2020 et 2021 auront lieu selon les anciennes modalités. L'année 2022 sera la première année de mise en œuvre des nouvelles modalités de sélection et de formation des hauts fonctionnaires.


Source https://www.gouvernement.fr, le 21 février 2020 
 

Fonction publique Haut fonctionnaire Formation Filiere de formation Concours de recrutement Mixite Grande ecole 202000473
Date et heure de mise à jour

Mission haute fonction publique - Propositions

Mission haute fonction publique - Propositions Rapport Thiriez Mission haute fonction publique Propositions

Auteur(s) : Frédéric Thiriez - Florence Méaux - Catherine Lagneau

Premier ministre pdf Gratuit - 3.86 Mo (nouvelle fenêtre) Haut fonctionnaire Fonctionnaire Recrutement ENA Concours de recrutement Proposition Formation professionnelle Fonction publique Lire la lettre de mission (pdf - 2.08 Mo) (nouvelle fenêtre)

Le rapport constate que la formation actuelle à la haute fonction publique souffre d'une diversité très insuffisante, avec une sur-représentation des classes supérieures, une répartition par sexes profondément déséquilibrée et un quasi-monopole parisien pour la préparation aux différents concours et également d’un manque d’attractivité.
Le rapport formule 42 propositions qui visent à décloisonner la haute fonction publique, à diversifier le recrutement et à dynamiser les carrières.
Il préconise notamment le remplacement de l’Ecole nationale de l’administration (ENA) par une « école d’administration publique » (EAP) et la création d’un tronc commun de formation initiale d’une durée de six mois comprenant trois semaines de préparation militaire supérieure, trois semaines consacrées à l’encadrement des jeunes du service national universel et 4 mois de stage opérationnel pour les sept grandes écoles du service public, dont l’Institut national des études territoriales (INET). Il propose également de supprimer le classement de sortie des écoles et la création de vingt classes préparatoires à ces écoles. 

Synthèse 

Introduction 

Constats 

Orientations 
Postulats de départ 
Objectifs 

Décloisonner 

La nécessité d’une formation initiale 

Une formation initiale commune pour tous les cadres supérieurs 

Une nouvelle organisation des écoles de service public 
Clarifier le statut et les missions des écoles 
Réorganiser les écoles de service public 

Professionnaliser la procédure de sortie 

Repenser le système des grands corps 

Conserver la « marque ENA » à l’international 

Diversifier 

La transformation du concours « étudiant » 
Permettre le succès du plus grand nombre 
Simplifier les concours 
Accompagner la diversification des viviers de recrutement 

Encourager la promotion interne et les parcours de mobilité 

Une promotion active de la diversification 
Renouveler la communication autour des métiers de la fonction publique 
Créer de nouveaux programmes de promotion de la diversité 

Dynamiser 

Des outils modernes de gestion des cadres supérieurs de l’État 
Consacrer trois principes fondamentaux 
Affirmer un pilotage stratégique interministériel 
Renforcer les outils d’une gestion ministérielle et 
Répondre au besoin de fluidification des carrières et de reconnaissance des cadres 
Poursuivre la simplification des cadres de gestion 

Une gestion renouvelée des carrières des cadres supérieurs 
Garantir la publicité des postes et anticiper les besoins 
Évaluer, valoriser les résultats et former tout au long de la carrière 
Valoriser les mobilités 
Encourager et sécuriser les passages entre les secteurs public et privé 
Promouvoir 
Valoriser toutes les compétences 

Conclusion

Annexes

1 - L’école d’administration publique (EAP) 
2 - Maquette pédagogique de la formation initiale à l’EAP 
3 - Origine par corps des cadres dirigeants de l’État et des membres du vivier 
4 - L’Institut des hautes études sur service public (IHESP) 
5 - Le GIP des écoles du service public 
6 - La fonctionnalisation des grands corps 
7 - Conditions de mise en oeuvre d’un nouveau concours de recrutement et situation juridique des dernières promotions de l’ÉNA 
8 - Liste des personnes auditionnées par la mission 
9 - Lettre de mission 

Rapport officiel 96 Premier ministre 204000152

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à RMC le 17 janvier 2020, sur le coût économique de la grève, l'industrie en France et les salaires des hauts fonctionnaires.

Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à RMC le 17 janvier 2020, sur le coût économique de la grève, l'industrie en France et les salaires des hauts fonctionnaires. Agnès Pannier-Runacher 17/01/2020 Politique économique

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes avec Agnès PANNIER-RUNACHER qui est Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Economie et des Finances. Bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. J'ai une question avant de parler du fabriqué en France, des produits qui vont être exposés à l'Elysée, produits tricolores exposés à l'Elysée. Vous savez combien ici je me bats depuis toujours pour le fabriqué en France. Agnès PANNIER-RUNACHER, j'ai une question. La Fédération nationale des agents immobiliers demande la mise en place d'un fichier national recensant les locataires mauvais payeurs. Est-ce que vous êtes favorable à cette idée ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne suis pas très à l'aise par rapport à cette idée. Pourquoi ? D'abord parce que tout ce qui est fichage individuel, comme vous le savez, c'est très contrôlé en France et je pense que légitimement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par la CNIL notamment.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce que c'est une question de données privées et on ne sait pas très bien où circulent ces informations. Et puis quel est l'usage de ce fichier. Vous pouvez avoir un jour un incident de paiement parce que vous avez eu un problème et, franchement, vous y avez mis toute votre bonne volonté, et derrière est-ce que ça veut dire qu'à chaque fois que vous bougerez de location, on vous fermera la porte. Donc il faut, je crois, que la FNAIM précise son projet mais en l'état…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je crois qu'il y a une proposition de loi émanant d'un député de la majorité La République en Marche qui sera discuté au printemps dans le cadre d'un rapport. Il y aura un rapport qui sera rendu au printemps.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement. Donc ce genre de sujet, ce n'est pas noir et blanc. Discutons-en. Je comprends très bien que les propriétaires n'aiment pas les abonnés mauvais payeurs, on peut le comprendre. Inversement il faut protéger les droits des gens et, en particulier, on sait quand on fiche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas très favorable.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vous donne un exemple. Sur les défaillances d'entreprise, on a enlevé dans la loi le fait lorsque vous avez été liquidé, le fait d'avoir cette marque-là, qui fait qu'ensuite vous ne trouvez plus de financement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, c'est encore dans les systèmes d'information des banques et quelqu'un qui a eu un accident de parcours dans son parcours d'entrepreneur ne retrouve plus de financement et je trouve ça triste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je croyais que c'était le droit à l'oubli.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je croyais que le droit à l'oubli était instauré.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, sauf que vous ne l'avez plus à la Banque de France mais les informations restent dans les systèmes d'information.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les systèmes. Mais comment nettoyer ? Comment effacer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est une très bonne question et aujourd'hui, je ne sais pas y répondre et je trouve que c'est lourd pour les entrepreneurs et c'est pour ça que nous avons pris ce sujet dans la loi Pacte et c'est pour ça que nous continuons à y travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Agnès PANNIER-RUNACHER, vous êtes notre invitée ce matin. Nous allons parler de plusieurs sujets avec vous, notamment le coût de la grève à la SNCF. On est à près d'un milliard d'euros. Près d'un milliard d'euros ! (…)
- Notre invitée est Agnès PANNIER-RUNACHER, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Economie et des Finances. Merci d'être avec nous ce matin. Près d'un milliard d'euros, c'est ce que vont coûter les grèves à la SNCF. Vous confirmez ? Enfin, c'est le président de la SNCF qui donne les chiffres. Un milliard d'euros. Comment faire, qui va payer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous connaissez la réponse. Il va falloir que la SNCF trouve les moyens de rééquilibrer ses comptes. Je trouve très étonnant qu'on découvre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le voyageur qui va payer, quoi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le voyageur ou on va rogner sur les marchés, etc. Je trouve très étonnant qu'on découvre qu'une grève, ça coûte. Allez interroger les commerçants, allez interroger les artisans. Moi je les ai eus au téléphone encore hier, ils n'en peuvent plus. Ils ont perdu, ils ont donné les chiffres, plus de 3% de chiffre d'affaires. Les grandes surfaces, juste sur le mois de décembre, 12% sur une semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Essentiellement en Ile-de-France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Essentiellement en Ile-de-France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Même 90 % des demandes d'aide viennent de Paris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
90 % des demandes d'aide viennent de Paris.

AGNES PANNIER-RUNACHER
87 %.

JEAN-JACQUES BOURDIN
87 % viennent de Paris. Les aides que vous allez apporter.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les aides que nous apportons en ce moment. Nous sommes en train de nous déployer sur Paris. On fait rue par rue, on va au devant des commerçants grâce à la Chambre de commerce et d'industrie, grâce à la Chambre des métiers, et puis il y a des fédérations qui organisent des réunions spécifiques pour que les commerçants puissent venir, parce que l'important aujourd'hui, c'est qu'ils se saisissent de ces dispositifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'impact de ces grèves sur la croissance française ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Difficile à établir aujourd'hui parce qu'on ne sait jamais s'il y a du report, du report d'abord géographique ou du report dans le temps. Mais effectivement, vous avez les chiffres de la SNCF, vous avez les chiffres des commerçants. Les restaurateurs ne rattraperont pas les repas qui n'ont pas été servis, c'est clairement aujourd'hui le secteur le plus touché à Paris, là où l'hôtellerie retrouve des couleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
0,1 ? 0,2, l'impact ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Dans ces eaux-là. 0,1. c'est quand même deux milliards cinq donc ce n'est pas l'épaisseur du trait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
0,1, vous pensez, autour de 0,1. Bien, Agnès PANNIER-RUNACHER, j'ai une autre question à vous poser. Je voudrais que nous parlions des constructeurs automobiles. Je vais un peu vous surprendre, pourquoi ? Parce que les chiffres tombent et ça ne va pas très fort pour les constructeurs français. PSA… Je n'ai pas encore les chiffres de RENAULT, ils doivent tomber là, je pense incessamment. Vous les avez peut-être, les chiffres de vente de RENAULT en 2019 ? Vous les avez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pas encore. Ils vont tomber là. En tout cas, PSA a vendu 10 % de voitures en moins dans le monde. Inquiétant ou pas pour l'automobile ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est la situation des marchés. Le marché américain est en recul, le marché chinois est en fort recul. C'est pour cela que le 2 décembre dernier nous avons réuni la filière automobile, précisément pour préparer l'année 2020. Parce que nous, nous pensons que ça va être une année compliquée, compliquée parce que les marchés sont en dégradation. Le marché américain en règle générale, vous fabriquez beaucoup aux Etats-Unis mais ce n'est pas très bon. Le marché chinois, RENAULT a des usines en Chine. Mais sur le marché européen, on voit les chiffres des fabricants allemands aussi, ils ne sont pas bons. L'automobile en Allemagne est en difficulté. Donc nous avons un plan de 50 millions d'euros pour accompagner en particulier la sous-traitance. Nous avons missionné Hervé GUYOT qui a fait trente ans de sa carrière, quarante ans de sa carrière dans l'automobile pour nous faire des propositions sur la compétitivité de la filière automobile, mais également sur les relations donneurs d'ordres-sous-traitants pour passer de la meilleure façon ce moment qui n'est pas forcément évident. Après, la France elle a des atouts. La fusion PEUGEOT-FIAT, ça renforce ce groupe-là. RENAULT est en train de retravailler sur son alliance plutôt dans le bon sens. Je salue le travail mené par Jean-Dominique SENARD, donc il faut aussi regarder le verre à moitié plein.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Et puis mettre en valeur les produits français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous faites puisque vous exposez des produits français à l'Elysée. Combien ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
120 produits.

JEAN-JACQUES BOURDIN
120 produits que vous avez sélectionnés.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Que nous avons sélectionnés avec un jury.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec un jury.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Avec un jury. Avec Arnaud MONTEBOURG, avec Yves JEGO, avec députés, sénateurs, patrons d'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est à fond derrière, je vous le dis tout de suite, Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et vous avez bien raison.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je n'ai pas d'états d'âme avec ça. Je suis à fond et je l'ai dit à Arnaud MONTEBOURG, je l'ai dit à Yves JEGO, je vous le dis. On est à fond derrière : acheter français ! Parce que les Français hésitent encore. Pour 57 % des Français, le prix est un frein à l'achat d'un produit français mais ce n'est pas vrai. Le prix aujourd'hui n'est pas plus cher. Le prix d'un produit français à peine plus cher.

AGNES PANNIER-RUNACHER
A peine plus cher car c'est la qualité, la durabilité du produit qui compte. C4est-à-dire que si vous achetez un tee-shirt à 5 euros et qu'il dure un mois, il vaut mieux acheter un tee-shirt à 20 euros qui dure dix ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le calcul est vite fait. Et on a aussi des pépites cachées sur le territoire, on a des entreprises incroyables qui exportent. J'étais hier chez COTTEN. Donc COTTEN, c'est le ciré. C'est le ciré jaune, c'est breton. On se dit : "Bon, ce n'est pas très intéressant." Dans ce ciré-là, vous avez des brevets. COTTEN, c'est le ciré pour madame tout-le-monde mais c'est aussi le ciré pour les pêcheurs dans le monde entier. C'est aussi le ciré pour les agriculteurs dans le monde entier et c'est près de 50% d'exportations. Voilà le type d'entreprise qui ne cesse de recruter, qui ne cesse de créer de l'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils pourraient fabriquer des gilets jaunes aussi, remarquez ! Parce que c'est presque la même matière, pourquoi pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est joyeux, le jaune.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est beau le jaune.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est beau le jaune. C'est le soleil sous la pluie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le soleil sous la pluie, oui. Mais COTTEN, il y a d'autres entreprises. Tout à l'heure, reportage dans le journal d'une entreprise française qui fabrique des brosses à dents.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui a rapatrié, relocalisé la fabrication de brosses à dents à la fois avec du plastique recyclé et en bois.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Formidable !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc on a à la fois voulu mettre des produits d'usage courant qu'on utilise tous, pour montrer que nous, individus, on pouvait acheter français. Et puis en même temps, on voulait des produits dont on n'imagine pas qu'on peut les produire dans le Cantal. C'est une machine. C'est une machine à mesurer les colonies bactériennes dans le Cantal. Alors les journalistes vous disent : "Incroyable !", mais il faut aller sur le territoire, il faut aller voir ces pépites cachées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, je suis bien d'accord.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez des entreprises de taille intermédiaire incroyables et tout ça c'est dans une séquence plus générale où on veut montrer qu'aujourd'hui on est capable de mener cette reconquête industrielle. On réunit à Versailles lundi 200 chefs d'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
500 dirigeants. Combien ? 500 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
200 étrangers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, 200 étrangers, voilà.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà. 200 étrangers à qui on va montrer qu'on est capable de fabriquer en France. Nos performances, on est le premier pays d'accueil de projets d'investissements étrangers en France pour l'industrie. Pour l'industrie. Deux fois plus que les Allemands.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que les entreprises étrangères veulent investir en France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ? Alors qu'il y a des grèves, alors qu'il y a les Gilets jaunes, mais pourquoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ils veulent investir en France d'abord parce qu'en termes d'environnement, nous avons réussi avec la politique du gouvernement à rééquilibrer notre compétitivité par rapport aux autres grands pays avec qui on est en compétition : l'Allemagne, ce type de pays. Ça, c'est le premier élément. Le deuxième élément, c'est qu'en France il y a des ingénieurs incroyables. Les gens nous disent que la qualité de la formation est remarquable, et notamment nous avons des gens qui sont créatifs, et ça c'est très important aujourd'hui en particulier quand on déploie l'usine du futur. On a besoin en fait non seulement d'avoir des ingénieurs mais des techniciens et même des opérateurs qui soient capables de prendre des initiatives. Et ça c'est quelque chose qui est très français et qui est très valorisé. Et puis on a, c'est ce que je dis des pépites cachées c'est-à-dire qu'on a de l'innovation. On a des entreprises qui ont un coût du travail plus élevé que dans la plupart des autres pays, qui ont des exigences environnementales plus élevées que dans la plupart des pays et qui, malgré tout, exportent à l'international. Donc ça montre bien qu'aujourd'hui, on est capable de recréer de l'emploi industriel et on le fait. 27 000 emplois industriels recréés depuis le début du quinquennat. (…)

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un livre "Les voraces", écrit par l'un de nos confrères Vincent JAUVERT dénonce les dérives de la Haute Fonction publique sous Emmanuel MACRON. Le niveau de revenus des très hauts fonctionnaires, les cumuls et les conflits d'intérêts. Expliquez-nous.

NICOLAS POINCARE
Alors commençons par l'opacité des revenus. Les salaires de ces très hauts fonctionnaires ne sont pas de publics parce qu'ils ont finalement échappé de justesse à l'obligation de déclaration de leur fortune et de leurs revenus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un peu dommage ça, non, Agnès PANNIER-RUNACHER ? Que les salaires des hauts fonctionnaires ne soient pas publics.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Est-ce que les salaires des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, on est dans le privé, pardonnez-moi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne me renvoyez pas ça parce que là je suis très clair. Moi je travaille dans le privé et je n'ai pas à donner mon salaire. Quand vous travaillez dans le public, vous êtes au service du public.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non mais vous avez des règles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont les impôts qui payent le salaire du public. Moi, ce ne sont pas les impôts.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez des règles du jeu dans le public. Moi je veux juste dire une chose : il y a eu une amélioration singulière de l'exemplarité dans le public sur la transparence, sur la rationalité des salaires. Et je trouve assez dangereux d'alimenter la chronique sur ces sujets-là. Je prends des exemples. Les députés en arrivant de La République en Marche, ils ont d'eux-mêmes - personne ne leur avait demandé - changé leur système de retraite. Ils ont vissé tout ce qui était, comment dire, frais etc.

NICOLAS POINCARE
Non mais je ne parlais pas des élus. Je m'apprêtais à parler des hauts fonctionnaires.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les hauts fonctionnaires. Il y a vingt ans dans les cabinets, vous aviez des enveloppes avec de l'argent… qui fonctionnait. Ça n'existe plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, heureusement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout est vissé. Tous les éléments sont transparents. Donc laisser à croire que des gens qui, dans la Fonction publique, sont en train de… Parce que là vous dites "sous Macron" : il y a une amélioration drastique de cette économie-là et une amélioration drastique de la transparence. Regardez il y a vingt ans. Il faut parler de ce qui est positif, il faut parler de ce qui marche dans ce pays. J'insiste parce que lorsque vous êtes fonctionnaire, à un moment vous vous dites : "C'est vraiment désespérant parce que je suis toujours la mauvaise personne. C'est-à-dire je ne fais jamais assez bien."

NICOLAS POINCARE
Je n'ai pas commencé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez, attendez, Nicolas ! On ne va pas des ministres parce que ça, c'est déclaré. C'est officiel. Mais les hauts fonctionnaires, on ne sait pas. Certains hauts fonctionnaires cumulent. Parlez-moi de ceux qui cumulent.

NICOLAS POINCARE
Alors commençons si vous voulez par ceux qui cumulent parce que, effectivement, les hommes politiques n'ont pas le droit d'être député et maire, sénateur et président de conseil départemental. Les hauts fonctionnaires, eux, ont le droit. Par exemple le maire de Toulouse Jean-Luc MOUDENC est aussi haut fonctionnaire à Bercy. Il est au contrôle général économique et financier. Vous connaissez bien Bercy, c'est ce qu'on appelle là-bas le cimetière des éléphants. Il gagne donc 6 000 euros net comme maire de Toulouse, ce qui n'a rien de scandaleux, et 8 000 euros comme fonctionnaire soit 14 000 euros net. C'est plus que le président de la République. Autre exemple Hervé GAYMARD, président du département de la Savoie et administrateur hors classe au ministère des Finances. Il gagne 4 508 euros comme élu et 7 850 euros comme fonctionnaire. Et le cas d'Hervé GAYMARD est intéressant parce qu'il a été ministre des Finances puis il redevient employé de ce même ministère, et il a longtemps aussi été député. Et pendant sa carrière politique, quand il était donc ministre et député, il était en détachement. Alors qu'est-ce que c'est qu'un détachement ? Ça, c'est intéressant. C'est la différence entre détachement et disponibilité. Vous devez connaître ça très bien. Quand vous êtes en détachement, vous n'êtes pas payé mais votre carrière se poursuit. C'est-à-dire que vous gravissez les échelons de l'administration à l'ancienneté et vous marquez vos points retraite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je m'arrête là. Donc impossible dans le privé. Continuez.

NICOLAS POINCARE
Hervé GAYMARD donc avait quitté la Fonction publique pendant 24 ans, eh bien il est revenu avec le plus haut grade : administrateur hors classe. Et c'est comme ça aussi que Jacques CHIRAC par exemple ou François HOLLANDE ont pu toucher une retraite complète de conseiller à la Cour des comptes, alors qu'ils n'avaient quasiment jamais mis les pieds de leur vie à la Cour des comptes. Quand il est à l'Elysée, François HOLLANDE était fonctionnaire de la Cour des comptes détaché à la présidence de la République. Détaché comme président et donc il se préparait deux retraites complètes. Voilà quelques-uns des scandales qui sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a aussi la question des hauts fonctionnaires qui font des allers-retours entre le privé et le public.

NICOLAS POINCARE
Voilà, en monnayant dans le privé leur carnet d'adresses parfois souvent à la limite du conflit d'intérêts. On appelle ça le pantouflage : quand on quitte l'administration pour aller dans le privé, et le rétro-pantouflage quand on revient du privé dans le public. Et l'exemple vient d'en haut puisque Emmanuel MACRON c'est un rétro-pantoufleur. Il a été inspecteur des finances puis banquier puis il est revenu à Bercy. Edouard PHILIPPE, il a été conseiller d'Etat puis lobbyiste pour AREVA puis retour dans le public. Vous êtes vous-même aussi citée, Agnès PANNIER-RUNACHER, comme pantoufleuse, rétro-pantoufleuse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous êtes rétro-pantoufleuse ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors c'est très intéressant. Je suis passée donc du public. Mon premier pantouflage, c'est au FSI. Le FSI, c'est une structure 100% publique et je me suis mis en disponibilité de manière à ce qu'il n'y ait pas d'écart entre les personnels qui venaient du privé et moi. Pour qu'on soit tous sous structure privée.

NICOLAS POINCARE
Et après vous partez à LA COMPAGNIE DES ALPES.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non. Après je pars chez FAURECIA. Je peux vous assurer que chez FAURECIA où je développe des panneaux de porte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans l'automobile.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Dans l'automobile. Où je projets non pas dans l'automobile où je développe des panneaux de porte pour des clients étrangers, il est assez peu probable que j'ai eu à monnayer mon carnet d'adresses. En revanche, je vais ensuite à LA COMPAGNIE DES ALPES où j'ai multiplié au passage par trois les résultats de LA COMPAGNIE DES ALPES en six ans dans une structure…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les stations de ski.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et les parcs de loisirs, les parcs de loisirs qui ont nourri cette croissance. Et je reviens en sacrifiant 80 % de mon salaire comme ministre et en utilisant les compétences que j'ai construites. Je ne suis pas sûre aujourd'hui que je travaille pour LA COMPAGNIES DES ALPES puisque de fait, j'ai demandé explicitement à ne pas avoir à toucher à aucun sujet qui concerne LA COMPAGNIES DES ALPES.

NICOLAS POINCARE
C'est ce qui s'appelle être obligé de se déporter et donc vous êtes effectivement secrétaire d'Etat à l'Economie obligée de déporter lorsqu'il est question de LA COMPAGNIE DES ALPES, du secteur des parcs et loisirs, des sociétés de remontées mécaniques, des tours opérateurs, de l'hôtellerie, de la restauration, de la compagnie BOURBON & ELIS parce que vous en avez été administratrice et de la société ENGIE parce que votre mari y travaille. Ce qui n'a rien d'illégal, c'est juste, voilà, on précise qu'effectivement quand on fait des allers retours public-privé, qu'on se retrouve ministre - ce qui est votre cas - avec plein de domaines dont on n'a pas le droit de traiter.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, pas beaucoup de domaines.

NICOLAS POINCARE
Je viens de faire la liste. Ça en fait quelques-uns.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le tourisme, il se trouve que c'est dans le portefeuille de Jean-Baptiste LEMOYNE, donc je me déporte d'un truc qui n'est pas dans mon portefeuille. Et s'agissant des trois compagnies, LA COMPAGNIE DES ALPES, je vous rassure. On a eu un contact avec le ministère des Finances une fois en six ans, et encore pour une précision sur une réglementation, donc il faut aussi savoir raison garder. L'économie c'est beaucoup plus que ce que vous citez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. En tout cas « Les voraces », c'est le livre de Vincent JAUVERT. Merci dans tous les cas d'avoir accepté de venir nous voir et répondre franchement à ces problèmes-là. Problème ou pas problème.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas problème. Vous voyez, c'est… Voilà, en application pratique en fait c'est hyper cadré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les hauts fonctionnaires qui devraient donner leurs revenus, moi je trouverais ça normal.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je dirais les fonctions. On devrait donner les revenus des fonctions. Ce n'est pas madame Michu, c'est les fonctions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les revenus des fonctions.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je suis d'accord.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2020

Politique économique Locataire Greve Industrie automobile Investissement etranger Haut fonctionnaire 203000179

Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 29 mars 2019, sur l'imminence du remaniement ministériel, les respect des processus de délibération des institutions et le contrôle parlementaire.

Interview de M. Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, à Public Sénat le 29 mars 2019, sur l'imminence du remaniement ministériel, les respect des processus de délibération des institutions et le contrôle parlementaire. Marc Fesneau 29/03/2019 politique gouvernementale
  • Marc Fesneau - Ministre chargé des relations avec le Parlement

CYRIL VIGUIER
Et l'invité politique en direct ce matin sur ce plateau, c'est le ministre chargé des Relations avec le Parlement. Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Merci d'être avec nous. Pour vous co-interviewer avec moi ce matin Fabrice VEYSSET-REDON du groupe EBRA qui représente dans Le Progrès de Lyon sur ce plateau ce matin, merci Fabrice. Et Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat.

MARCELO WESFREID
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Bonjour Marcelo, merci d'être là. Je reçois ce matin ministre des Relations avec le Parlement, mais aussi peut-être le futur porte-parole du gouvernement, ça vous intéresserait ou pas comme une poste ?

MARC FESNEAU
Ça ne se pose honnêtement pas comme ça, quand on essaie d'être au service de son pays la question n'est pas de savoir ce qu'on veut la question, la seule question c'est de savoir où on sera utile. Les périodes de remaniement sont des périodes toujours intéressantes pour le monde politique et pour les journalistes, parce que c'est des périodes où on peut faire des paris. Moi j'invite dans ces périodes-là à plutôt rester dans le silence, parce que je ne suis pas sûr que ça intéresse vraiment les citoyens à vrai dire. Deux, les choses se font en bonne ordre généralement, donc…

CYRIL VIGUIER
En bon ordre, ça veut dire au tout dernier moment par un coup de fil dans les 20 dernières secondes ?

MARC FESNEAU
Ah non, non, non, en tout cas pour ce qui s'est passé pour moi au mois d'octobre, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Mais ils se font dans le bon ordre au sens qu'il n'y a pas besoin d'être à une pression particulière. Il faut que le Premier ministre et le président de la République puissent changer…

CYRIL VIGUIER
Pour ce soir, pour ce soir ?

MARC FESNEAU
En tout cas, on est dans ce calendrier-là, ce soir ou demain, après on a des échéances lundi puisque nous avons un Conseil des ministres. Mais enfin en même temps, il y a un ministre des Affaires étrangères chargé aussi des Affaires européennes… enfin les choses peuvent aussi tourner quelques jours sans que ce soit non plus un drame. Je trouve que souvent les uns et les autres, je ne dis pas seulement les médias, les médias et parfois le monde politique est assez ridicule dans ces périodes de remaniement, on croirait qu'on est dans une phase très éruptive est très importante de la vie politique. C'est une période toujours qui s'ouvre, mais enfin ce n'est pas une période déterminante et je le répète, je ne suis pas sûr que ce soit ce soit ce qui passionne.

MARCELO WESFREID
Il y a quand même un fait, c'est que c'est le 10ème ministre qui part depuis le début du quinquennat : FERRAND, GOULARD, SARNEZ, BAYROU, HULOT, FLESSEL, etc., je pourrais continuer la liste. Ça c'est quand même inédit par rapport au quinquennat précédent, qu'est-ce qui se passe ?

MARC FESNEAU
C'est pour des motifs de nature différente, vous avez cité un certain nombre pour… de ministres qui sont partis pour des raisons de nature différente. Il ne se passe rien de particulier parce qu'il n'y a pas de corrélation entre ces départs. Après c'est la vie publique, un certain nombre de ceux qui sont partis partent aussi parce qu'ils ont décidé de vivre des aventures municipales. Reconnaissons que c'est une forme de jurisprudence qui s'est installée en disant : quand on est candidat notamment dans une grande ville, il faut qu'on puisse se consacrer pleinement. Je pense que c'est une exigence aussi des citoyens que portent finalement les ministres, donc on aurait pu aussi imaginer il y a 10 ou 15 ans quand vous étiez candidat sur une liste fut-elle européenne, vous restiez ministre ; aujourd'hui vous êtes les uns et les autres – et peut-être à raison – à dire « ce n'est pas tout à fait normal qu'on soit à la fois ministre, en charge d'un dossier et en même temps candidat », bon voilà ! On en tire aussi des conclusions. Il y a 10 ans ces départs-là n'auraient pas eu lieu, mais ce n'est pas la volonté du gouvernement, je pense que c'est une volonté collective que de dire : après tout quand on est candidat, on se consacre complètement à sa mission de candidat.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
L'un de vos principaux interlocuteurs, le président du Sénat Gérard LARCHER, s'est exprimé cette semaine sur ces départs ministériels. Lui, il traduit ça par une forme de solitude pour Emmanuel MACRON.

MARC FESNEAU
Moi je ne partage pas le sentiment du président du Sénat, ça peut arriver et ce n'est pas un drame. Je ne crois pas que ce soit une question de solitude, des gens qui décident de partir pour les 3 que vous venez de citer ou qui partent parce qu'ils sont candidats sur des échéances électorales, donc ce n'est pas une question de solitude. Il me semble que c'est la vie publique, c'est la vie publique normale et je n'ai pas de commentaire supplémentaire à en faire me semble-t-il d'ailleurs, tirer des conclusions…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Sur les nominations à venir, est-ce que vous pensez que les centristes – vous êtes un centriste presque historique maintenant puisque les autres…

MARC FESNEAU
Ça commence à me vieillir, si vous commencez à dire que je suis un centriste historique…
(…) Brouhaha

MARC FESNEAU
Terrible.

CYRIL VIGUIER
De l'ancien monde ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Est-ce qu'ils peuvent peser plus lourd dans ce nouveau gouvernement ?

MARC FESNEAU
Mais moi, je n'ai jamais dit et je l'ai dit d'ailleurs précédemment, donc je ne suis pas en veine de répéter la même chose, que c'est une question simplement de poids politique ou de poids de parti politique…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ce n'est pas important pour vous le fait que les centristes soient bien représentés dans ce gouvernement…

MARC FESNEAU
C'est important… d'abord quand vous dites ça, vous faites un plaidoyer pro domo, donc ce n'est pas très crédible si je peux dire, parce que tout le monde arrive et vient devant les micros dire : il faut que la famille politique je suis soit mieux représentée…

CYRIL VIGUIER
C'est un message.

MARC FESNEAU
Pourquoi dit-il ça, y a-t-il un message subliminal ? Donc ce n'est pas la question. 2) je pense que ce sont des équipes et puis ce sont aussi des compétences qu'il faut répartir. Il y a une majorité à l'Assemblée nationale, elle est sur ces 2 pôles que sont le MoDem et le groupe la République en marche ; et puis des députés du groupe Agir aussi qui sont dans leur majorité, donc c'est là-dessus qu'il faut essayer de travailler. Après, les équilibres politiques ne se ne pèsent pas uniquement au poids, aux responsabilités des ministres dans le gouvernement, même si ça peut avoir son importance. Et de toute façon ça l'a, puisque vous en fait cette lecture-là.

MARCELO WESFREID
Alors autre lecture sur les 3 départs, on a un départ qui est lié à la campagne des européennes, c'est Nathalie LOISEAU ; et 2 départs liés aux municipales : MAHJOUBI et Benjamin GRIVEAUX. Est-ce qu'on ne brouille pas les messages, on est en pleine campagne des européennes et on lance un mouvement sur les municipales ?

MARC FESNEAU
Chacun est dans son timing, la ville de Paris mérite peut-être qu'on prenne le temps de se lancer dans une campagne qui est une campagne assez longue. On est à moins d'un an de ces échéances municipales, Paris est une ville qui nécessite sans doute un engagement assez précoce. Je ne crois pas…

CYRIL VIGUIER
Vous soutenez le porte-parole du gouvernement qui quitte le gouvernement pour aller…

MARC FESNEAU
Oui mais enfin que le porte-parole… que Benjamin GRIVEAUX ait fait le choix de se consacrer à Paris et aux municipales, on aurait pu dire aussi : il est porte-parole et par ailleurs il continue à mener une campagne municipale, il brouille le message du gouvernement. Donc vous voyez, on peut prendre les choses dans tous les sens, ça ne va jamais, donc ça ne brouillera pas le message européen, je ne suis pas sûr que la campagne européenne va très rapidement être parasitée si je peux dire par l'idée que de 2 anciens ministres ou secrétaires d'Etat seraient partis en campagne. C'est légitime que Benjamin GRIVEAUX ou que Mounir MAHJOUBI aient envie de vivre leur vie municipale et d'aller aux échéances municipales.

MARCELO WESFREID
Il y a un 3ème message parallèle, c'est le grand débat qui continue et aujourd'hui, le président de la République reçoit à l'Elysée les élus des Hauts-de-France. Et parmi ces élus, il y aura le président de la région de Xavier BERTRAND qui a fait aujourd'hui une interview dans Le Figaro, dans lequel il pose la question : qui dirige la France ? Et sa réponse c'est la technostructure, sous-entendu le pouvoir politique aujourd'hui a laissé tomber les choses. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette lecture des choses ?

MARC FESNEAU
D'abord c'est toujours une lecture… je connais un peu Xavier BERTRAND, assez peu mais c'est toujours une facilité – quand on cherche des boucs émissaires – de dire « c'est la faute de la technostructure » ou « c'est la faute des médias » ou c'est la faute… moi je ne…

CYRIL VIGUIER
C'est du populisme ?

MARC FESNEAU
Non mais c'est une facilité je trouve, le populisme c'est un peu plus excessif que ça quand même. C'est une facilité de langage parce qu'à force de chercher des boucs émissaires, on en trouve évidemment et la technostructure est un bouc émissaire facile parce que c'est un bouc-émissaire sans visage. Donc on peut dire « c'est la technostructure », on ne sait pas qui est la technostructure…

INTERVENANT
Les hauts fonctionnaires, l'administration de Bercy…

MARC FESNEAU
Oui mais Bercy, quelle est cette boite, donnez-moi un nom et un numéro de téléphone de la technostructure…

CYRIL VIGUIER
Il y en a beaucoup, il y a beaucoup de noms…

MARC FESNEAU
Non mais c'est pour ça. C'est un être qui n'existe pas la technostructure. Et par ailleurs la responsabilité du politique, il y a besoin de gens qui soient des spécialistes d'un certain nombre de ces sujets, c'est ce qu'on appelle la technostructure. Il y a besoin par ailleurs d'élus et de politiques qui se saisissent des questions et qui aient une lecture politique des dossiers, il y a besoin des 2, ce n'est pas l'un sans l'autre. Et souvent quand on est… je ne dis pas que c'est ce que dit d'ailleurs Xavier BERTRAND, mais quand on est à taper sur la technostructure, c'est que le politique ne prend pas ses responsabilités ou se défausse de ses responsabilités en disant « ce n'est pas moi, c'est Bruxelles », « ce n'est pas moi, c'est Bercy », donc que les politiques prennent leurs responsabilités, c'est ce que nous on au gouvernement d'ailleurs et tout ira bien dans le meilleur des mondes. Mais ne cherchons pas des boucs émissaires un peu faciles, il y a d'ailleurs parfois aussi de la technostructure locale, disons les choses comme elles sont, c'est assez… mais moi j'ai été élu local, j'ai été président d'un EPC, d'une communauté de communes, oui ! Il faut toujours résister à ceux qui vous disent « ce n'est pas possible parce qu'on a toujours fait comme ça », ok ! Mais ce n'est pas un acte d'héroïsme.

MARCELO WESFREID
Vous avez vu sa proposition, il propose de supprimer Xavier BERTRAND l'ENA, très concret, vous êtes pour ou contre ?

MARC FESNEAU
Oui, c'est un acte symbolique…

CYRIL VIGUIER
Qu'a dirigé Nathalie LOISEAU, la ministre des Affaires européennes !

MARC FESNEAU
Très bien, c'est d'ailleurs une proposition… je ne veux pas rendre à César ce qui est à César, mais enfin quand même, qui avait été faite par François BAYROU me semble-t-il en 2007, vous voyez comme c'est une idée nouvelle…

MARCELO WESFREID
Vous la soutenez !

MARC FESNEAU
Non mais vous voyez comme c'est une idée nouvelle, donc je…

CYRIL VIGUIER
Donc elle vous plaît…

MARC FESNEAU
Attendez ! Laissez-moi finir, quand on ne sait pas ce qu'on doit faire, on dit « on va supprimer l'ENA », mais vous savez qu'il y a d'autres produits de la technostructure, il n'y a pas que l'ENA qui produit ce qu'on appelle entre guillemets les élites françaises, on va supprimer tous ces gens-là. Donc la question... je veux bien…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Ce n'est pas de supprimer les gens…

MARC FESNEAU
J'entends bien… je veux bien et j'entends bien le symbole, est-ce que ça résout le problème ? Il y aura toujours des gens dans des bureaux et c'est normal et c'est bien qui diront : voilà ce qui devrait être fait, voilà les contingences des décisions que nous devons prendre, si ce n'est pas l'ENA ce sera vite remplacé par autre chose, la nature ayant horreur du vide. Et je vous répète, je ne veux dénoncer personne comme élite, mais il y a des tas de gens qui ne sont pas énarques et qui sont dans la technostructure. Donc là aussi une espèce de facilité, mais peut-être que c'est un sujet qu'il faut mettre sur la table, mais je veux dire est-ce qu'on résout les… franchement ceux qui nous écoutent ce matin, est-ce qu'ils pensent avec crédit que si nous supprimions l'ENA, nous pourrions résoudre l'ensemble des problèmes français…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous-même dans votre cabinet…

MARC FESNEAU
Soyons sérieux quoi.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous-même dans votre cabinet, vous avez des énarques ?

MARC FESNEAU
Aucun.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est l'école BAYROU ça !

MARC FESNEAU
Ce n'est pas l'école BAYROU, il pourrait y avoir des énarques et je m'entendrai très bien avec des énarques. J'ai déjà croisé des énarques et j'ai réussi à travailler, je n'ai pas été dominé par eux je ne les ai pas écrasés, enfin je veux dire c'est assez amusant cette caricature… pas que vous faites, vous mais de dire « ou on a des énarques on n'en a pas », on peut avoir et des énarques et des pas énarques, je suis je suis assez friand de la diversité et de la diversité des profils aussi.

CYRIL VIGUIER
On a reçu cette semaine Christian JACOB à votre place exactement, le président du groupe LR à l'Assemblée nationale. Il s'en est pris à vous, enfin à l'exécutif pardon…

MARC FESNEAU
Ce n'est pas très nouveau !

CYRIL VIGUIER
Non, il parle de dérive institutionnelle, on va l'écouter et puis on voit votre réaction à ça.

(…)

CYRIL VIGUIER
Que répondez-vous à Christian JACOB ?

MARC FESNEAU
D'abord que Christian JACOB connaît les institutions sans doute mieux que moi ou théoriquement mieux que moi, puisqu'il est depuis plus longtemps dans ces institutions. Un certain nombre de choses qu'il décrit, ce n'est pas des prérogatives du gouvernement, c'est une des prérogatives de l'Assemblée nationale. Je rappelle que les commissions d'enquête, c'est de l'initiative parlementaires et jusqu'à nouvel ordre le Parlement, ça n'est pas le gouvernement. C'est juste pour rappeler quand même de 2-3 choses pour qu'on ait un peu l'esprit clair. 2ème chose, il faut qu'on accepte… alors parfois Christian JACOB peut avoir des propos excessifs, il n'y a pas de dérive institutionnelle, on peut aussi avoir des débats et on peut avoir des controverses avec tel ou tel ou avec telle ou telle institution sans qu'il y ait de dérive institutionnelle. Reconnaissons aussi que parfois, le Sénat n'a pas été exempt y compris de reproches, on aurait pu dire que c'était une dérive institutionnelle. On peut s'interroger par exemple sur le fait qu'en quoi, le Sénat a donné quasiment des ordres un peu comminatoires au service du Premier ministre ou au Premier ministre et au président de la République sur l'organisation de ces services. Que dirait-on si je revenais sur le plateau ce matin et je disais : moi je trouve que les services du président de l'Assemblée nationale ou du président du Sénat ne sont pas comme ils devraient être, donc je leur demande de les réorganiser.

MARCELO WESFREID
…La mission de contrôle du Parlement.

MARC FESNEAU
Vous entendez bien ce que je dis, je suis très vigilant à défendre la mission de contrôle et d'évaluation, non pas parce que j'ai été parlementaire mais parce que je pense que les missions de contrôle sont des missions essentielles, d'ailleurs assez peu… trop peu développées et elles ne doivent pas être développées que sur des sujets comme ceux-là…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est ce que dénonce Christian JACOB, clairement l'Assemblée nationale ne fait pas le sien.

MARC FESNEAU
Mais que l'Assemblée nationale et le Sénat se saisissent des questions qu'ils veulent et qu'ils entendent, c'est leur choix démocratique de le faire ou de ne pas le faire. Enfin je veux dire Christian JACOB, s'il veut respecter les institutions, il faut respecter les processus de délibération des institutions. Que le Sénat puisse se saisir de questions de contrôle et d'évaluation, je n'ai pas de problème, mais quand on commence à dire ; voilà comment doivent être organisés les services de tel ou tel organe de l'exécutif, je ne dis pas qu'il y a une dérive mais il y a quelque chose qui est un peu déroutant de la façon et de la lecture des institutions.

MARCELO WESFREID
Et vous avez vu que ce matin, le président de l'Assemblée nationale Richard FERRAND va à Créteil faire une conférence devant des étudiants de droit. Il devait y aller avec le président LARCHER, le président du Sénat, il y va seul, c'est-à-dire qu'il continue à bouder. Est-ce…

MARC FESNEAU
Mais ce n'est pas une bouderie…

MARCELO WESFREID
Est-ce que les 2 assemblées peuvent se permettre de ne plus se parler ?

MARC FESNEAU
D'abord il n'y a pas de bouderie///

MARCELO WESFREID
Richard FERRAND…

CYRIL VIGUIER
Répondez…

MARC FESNEAU
Richard FERRAND et Gérard LARCHER continuent de se parler, nous parlons avec Gérard LARCHER, enfin je veux dire il faut arrêter de monter en épingle des choses qui ne le sont pas. Après, on peut aussi…

CYRIL VIGUIER
Inaudible.

MARC FESNEAU
Attendez ! Après, après on peut ne pas être en accord, on a le droit de ne pas être en accord, même avec le Sénat, il n'y a pas de vaches sacrées dans la République parce que si on dit que l'Elysée, Matignon ne sont pas des vaches sacrées, personne n'est une vache sacrée, donc on a le droit aussi d'avoir des controverses. On peut aussi avoir des moments qui sont plus éruptifs, mais en même temps je connais bien Richard FERRAND, je connais le président LARCHER et je sais qu'ils sont tous les 2 avec le souci qu'on fasse avancer les choses. On est dans une période de crise qui est assez lourde, dans une période de crise dont il faut qu'on essaie de sortir collectivement, quelles que soient nos différences politiques, sans instrumentaliser les uns et les autres, sans nouer des querelles inutiles. Il n'est pas inutile qu'on puisse dire à un moment ou que les uns et les autres… je crois le sens de la parole de Richard FERRAND que de dire : écoutez ! A un moment, on ne va pas faire les hypocrites, manifestement on a une lecture différente d'un certain nombre de sujets, mettons-le sur la place publique, pas la peine d'aller le lendemain en tribune dire « on fait comme si de rien n'était ». Mais ça n'empêche pas que je sais que le dialogue n'est pas rompu, il ne peut pas y avoir de dialogue rompu parce qu'on a besoin des 2 chambres et 2) on a besoin que les 2 chambres discutent avec l'exécutif.

MARCELO WESFREID
Justement Marc FESNEAU, ces 2 chambres vont discuter du grand débat la semaine prochaine…

MARC FESNEAU
Assemblée nationale d'abord.

MARCELO WESFREID
Sauf que c'est un débat sans vote, pourquoi ?

MARC FESNEAU
Mais parce qu'on est dans la phase… pardonnez-moi, je vous invite à relire ou à redire ce qui avait été dit par le président de la République, parce qu'on ne peut pas être pris en défaut de ne pas faire ce qu'on avait dit qu'on ferait. On avait dit : interruption du grand débat, en tout cas dans sa forme actuelle, le 15 mars et après période de restitution pendant 15 jours-3 semaines environ. On est dans la période de restitution, on ne va pas voter sur une restitution, on ne va pas voter sur ce qui nous paraît être et ce qui paraîtra être vision gouvernement, vision Parlement ce qui ressort du grand débat. Le vote il viendra quand il y aura des textes, le vote il viendra s'il y avait des éléments particuliers à mettre sur la table…

MARCELO WESFREID
Et qu'est-ce que vous attendez du Parlement, des propositions ou un débat (on va dire) théorique sur les maux de la France ?

MARC FESNEAU
Non, mais ce n'est pas théorique, non, non, excusez-moi ! Il faut travailler avec méthode sur cette affaire du grand débat et sur la sortie du grand débat. Il faut d'abord qu'on pose un diagnostic, parce que c'est bien beau de dire « il faut améliorer la démocratie représentative », il faut aussi dire (ce qui est vrai) et poser éventuellement des solutions, il faut aussi dire ce qu'on a perçu de la crise de la démocratie représentative, ce qu'on perçu de l'attente participative. Il ne suffit pas de dire, pour reprendre la question participative, RIC ou pas RIC…

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est qui on, c'est qui on ?

MARC FESNEAU
Non mais les parlementaires, la puissance publique elle a besoin d'exprimer ce qu'auront dit les citoyens et c'est divers ce qu'ils ont dit. C'est parfois contradictoire mais ce n'est pas parce que c'est contradictoire qu'il ne faut pas essayer comme responsable politique de faire des synthèses et d'essayer de donner un horizon et un sens à ce que nous faisons.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Pour vous, la restitution du grand débat c'est abord par le prisme parlementaire, parce qu'on reproche beaucoup président de la République de se l'être accaparé !

MARC FESNEAU
Non, d'abord il n'a pas fait une restitution le président de la République, enfin là aussi il faudrait qu'on sache. On a eu pendant 3 mois… on nous a tympanisé la tête avec l'idée que le président de la République était trop distant, qu'il n'était pas en contact des Français, ça c'était août, septembre, octobre, voire novembre. Et puis alors maintenant qu'il est au contact des Français, on dit « il est tout le temps en contact des Français, c'est quand même invraisemblable, il ferme le débat », il va falloir choisir camarades j'ai envie de dire, pas vous mais les gens qui disent ça, il va falloir qu'ils choisissent, parce que c'est impossible de travailler comme ça. Le président de la République, il a pour mission de donner le cap, il a aussi pour mission d'être en interaction et je pense que c'est ce qu'il fait plutôt plus que ses prédécesseurs. Avec lui c'est fait, on ne va pas lui faire le reproche d'être en participatif à ce point-là. Après, il faut que les Assemblées dans leur diversité, ce n'est pas une question de majorité ou de l'opposition, c'est une question de tout le monde, se saisisse du diagnostic pour dire : voilà ce qu'on a perçu de ce que veulent les Français, avant de dire « moi j'ai… y'a, faut qu'on entend un peu trop sur les plateaux dans les assemblées, il va falloir qu'on en sorte. Il faut que les gens mettent des choses concrètes sur les choses.

MARCELO WESFREID
Très rapidement Marc FESNEAU, demain à nouveau des manifestations et des manifestations interdites. Des députés de la LR proposent qu'on retire le RSA aux casseurs. Est-ce que cette proposition choque, vous surprend ?

MARC FESNEAU
Qu'elle me surprenne non… ce qui me surprend c'est qu'elle arrive… demain on est presque le 1er avril, on aurait aimé que certains s'expriment contre les violences un peu plus tôt, je ne dis pas ceux qui ont déposé cette proposition de loi, il y a déjà des mesures… la question toujours de la…

MARCELO WESFREID
Vous…

MARC FESNEAU
On n'invite pas à la godille au gré des événements, il y a besoin de maintenir l'ordre, il y a des outils et des dispositifs qui sont mis en place, il y a des dispositifs de sécurité qui sont renforcés sur ces manifestations. La question du RSA n'est… il y a des amendes qui sont produites pour les gens, on ne va pas multiplier les outils… enfin en plus c'est les parlementaires, ils connaissent la procédure parlementaire, s'ils déposent un texte aujourd'hui, ils savent bien qu'il ne sera pas voté dans 3 jours, enfin je veux dire il faut être aussi… ce n'est pas sérieux, moi je vais vous dire, je suis parlementaire et défenseur des droits du Parlement, mais si Parlement veut être crédible, il ne faut pas qu'il fasse croire qu'il est capable en 2 jours de résoudre un problème par la loi. Il y a des dispositifs réglementaires, il y a des forces de l'ordre qui font un travail remarquable, c'est plutôt vers elles faut se tourner plutôt que de dire : en supprimant les aides pour ceux qui seraient pris comme casseurs, je vais résoudre le problème. Ce n'est pas très crédible, honnêtement et je ne suis pas sûr que ça renforce le rôle du Parlement.

CYRIL VIGUIER
Marc FESNEAU, Gérald DARMANIN il y a quelques minutes propose de supprimer la redevance télévisuelle, vous savez que c'est 139 euros pour la métropole, 89 pour les DOM-TOM qui vient financer France Télévisions et le service public audiovisuel. C'était prévu ?

MARC FESNEAU
C'est une des pistes qui est envisagée parce qu'on a une 2ème chose, c'est que la redevance audiovisuelle était arrimée, comme vous le savez pour avoir chacun…

CYRIL VIGUIER
A la taxe d'habitation.

MARC FESNEAU
A la taxe d'habitation, donc on a un sujet d'arrimer… la taxe d'habitation étant en perspective en suppression, la redevance audiovisuelle est une question et par ailleurs depuis longtemps, c'est quelque chose qui pose question…

CYRIL VIGUIER
Et on financera comment l'audiovisuel ?

MARC FESNEAU
Non mais c'est la question… on verra, on financera l'audiovisuel public, ne mêlons pas des polémiques, mais on sait très bien que cette question de la redevance est une question et Gérald DARMANIN a raison de la soulever.

CYRIL VIGUIER
Merci.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 avril 2019 
 

Gouvernement Gouvernement Remaniement ministeriel Election europeenne Election municipale Controle parlementaire Haut fonctionnaire Debat public 193000684

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur la nécessité pour les futurs diplômés de l'Ecole nationale d'administration de "sortir des silos avec des carrières toutes tracées", à Strasbourg le 18 mai 2018.

Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur la nécessité pour les futurs diplômés de l'Ecole nationale d'administration de "sortir des silos avec des carrières toutes tracées", à Strasbourg le 18 mai 2018. Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur la nécessité Visite par le Premier ministre de l'Ecole nationale d'administration (ENA) à Strasbourg le 18 mai 2018 « Monsieur le Directeur,
Monsieur le Député,
Monsieur le Président,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs,
Voilà ! Sérieux et joyeux.
Je vous propose que nous mettions un peu plus l'accent aujourd'hui sur le caractère sérieux que sur le caractère joyeux, la presse est avec nous, enfin plus exactement elle est là. Vous avez dit Monsieur le Directeur que j'avais été élève dans cette école, entre 1995 et 1997, à l'époque la scolarité était organisée de la façon suivante : on passait le concours, lorsqu'on était un garçon on faisait son service militaire, sauf quand on ne voyait rien, ce qui est arrivé à un certain nombre de mes collègues qui, eux sont rentrés directement à l'école.
On faisait donc son service militaire et puis après son service militaire, on commençait par deux stages, deux fois 6 mois, un à l'étranger, un en préfecture. Et puis ensuite on venait à Strasbourg pour 7 mois, puis ensuite on repartait à Paris pour 7 mois. La scolarité était à l'époque, ça n'a rien à voir avec aujourd'hui bien entendu, essentiellement tournée vers les opérations relatives au classement. Vous avec donc beaucoup changé aujourd'hui, je ne peux pas croire que le projet pédagogique ne se soit pas enrichi. Il y avait au début de la scolarité, après les stages donc, alors que les membres d'une promotion ne se connaissaient pas beaucoup, certains évidement s'étaient habillés en vert et avaient fait des longues marches dans l'infanterie ou dans l'artillerie ensemble, donc ils se connaissaient mieux, mais enfin pour beaucoup d'entre eux, ils ne se connaissaient pas vraiment.
On allait dans un hôtel, au Ventron je crois, c'est peut-être toujours le cas…
Non !
Ça a changé, merci de me renvoyer à mon âge. On allait au Ventron et la première soirée était consacrée au choix du nom de promotion. Et c'était au fond une allégorie assez intéressante de ce qu'est l'Etat, puisqu'un groupe, pour le coup relativement homogène, 130 personnes, était réuni pour prendre une décision sans qu'aucune règle préétablie ne lui soit imposée. C'est assez savoureux, alors j'imagine que peut-être on fait encore ça quand même... Voilà ! Donc vous voyez assez bien ce que je dire, et donc on y passait une bonne nuit. Et dans mon année, le nom de promotion qui a finalement été choisi après de très longs échanges, toujours emprunts d'un très grand sérieux et d'une merveilleuse bonne foi, le nom qui a été retenu c'était celui de Marc Bloch.
Et je dois dire que je ne suis pas peu fier que c'est le nom de Marc Bloch qui a été choisi, parce qu'à la fin de la discussion, probablement utilisant l'épuisement de mes collègues et de mes camarades de promotion, il se trouve que j'ai réussi à convaincre une majorité, courte je crois, qu'il valait mieux choisir Marc Bloch que l'autre nom qui était en compétition qui était à l'époque Machiavel. Voilà ! C'est-à-dire que si aujourd'hui je venais comme ancien élève de la promotion Machiavel… Alors je n'avais pas ça en tête à l'époque, mais quand même. Donc Marc Bloch.
Il se trouve Monsieur le Directeur que vous avez récemment, je crois dans une interview le 2 mai dernier, j'ai les fiches, je sais ce que vous dites, évoqué la personnalité de Marc Bloch et vous l'aviez fait à juste titre. Car pour tout ceux d'entre vous qui connaîtraient le nom de Marc Bloch, mais ne connaîtraient pas son oeuvre, je vous encourage vivement à vous y plonger, à vous la rendre familière, à découvrir l'homme, ce qu'il a fait et ce qu'il a écrit à voir comment un intellectuel, historien de formation, brillant étudiant se transforme compte tenu des circonstances en officier faisant la guerre entre 1914 et 1918.
Dans ses oeuvres complètes, il y a des pages entières de courriers qu'il adressait aux parents ou aux conjoints des soldats qui servaient sous ses ordres et qui s'étaient fait tuer. Et à chaque fois, il écrivait un courrier expliquant le lien qu'il avait tissé avec le soldat en question et expliquant les circonstances, parfois, de son décès. C'est touchant d'humanité, c'est remarquablement écrit et ça dit beaucoup de choses sur l'obligation morale et le sens, pour le dire en bon français, du leadership que Marc Bloch se faisait de sa mission.
Et puis, c'est l'historien qui reprend le contrôle d'une vie redevenue civile, puis vient la deuxième Guerre mondiale. Et je passe trop vite sur l'apport essentiel de Marc Bloch à la connaissance de monde féodale. Et puis revient la 2nd Guerre mondiale et Marc Bloch a dépassé l'âge de la conscription, il n'a pas vocation à servir sous les drapeaux mail il insiste. Et il revient dans des tâches qui sont plus des tâches de logistique que des tâches de combat, mais néanmoins pour servir le pays. Et puis c'est la défaite et puis il écrit « L'Etrange défaite ». « L'Etrange défaite », que je suis sûr tout le monde ici a lu… Merci. C'est un exercice tout à fait étonnant d'analyse, quasi immédiate, par un historien d'un événement qu'il vit, qu'il analyse mais qu'il vit d'abord avec un… enfin qui constitue un drame, donc pour le coup, très peu de gens ici peuvent avoir même le début du commencement de l'idée de ce qu'il représente. Voilà un homme qui a servi son pays, qui a travaillé au rayonnement intellectuel français, à l'avancée de la science historique et qui voit son pays s'écrouler, son armée s'effondrer, son système politique se déliter et il essaie de l'expliquer.
Et les explications qu'il propose sont pénétrantes d'intelligence, de lucidité sur ce qui a conduit à cet effondrement. Et pour toutes personnes qui a l'immense bonheur et l'immense honneur de servir l'Etat, et donc de servir le pays, se pénétrer de ce que dit Marc Bloch, à la fois de sa lucidité, des leçons qu'il tire de l'effondrement, est me semble-t-il, bien plus utile que tous les cours. Je ne dis pas qu'ils sont inutiles, je dis que cette lecture me semble plus utile, je suis désolé pour les professeurs qui sont là.
Moi j'en retiens de ce livre plusieurs choses et d'abord, le fait que ce qui est ancien et qui paraît fort peu s'effondrer. Retenez-le. Nous vivons parfois trop souvent, en tout cas peut-être ma génération a vécu trop souvent, avec l'idée que ce qui était là depuis longtemps avait forcément vocation à durer. Je crois que s'agissant des constructions politiques, des systèmes politiques, ça n'est pas vrai. Et il faut veiller à ce que les choses qui nous paraissent évidentes, la démocratie, l'empire de la loi, l'état de droit, la paix, la construction européenne, tout ce que nous tenons pour acquis ne soit pas au fond tellement miné et tellement fragilisé, que sous l'impact d'un choc extérieur ou intérieur, le système dans son ensemble s'écroule.
La 2eme chose que je retiens de cette lecture, c'est que ceux qui ont la chance d'être, comme je le dis parfois de façon un peu triviale, aux manettes, soit qu'ils exercent des mandats pour lesquels ils ont été élus, soit qu'ils servent l'Etat dans des fonctions qui les amènent à prendre des décisions et à exercer des responsabilités, ceux la ont un rôle à jouer, une responsabilité, je crois profondément que l'Etat, l'administration peut changer la vie, je crois profondément que de mauvaises décisions peuvent conduire à des catastrophes. Et ça n'est pas du tout incompatible ce que je vous dis avec la conception très claire dans mon esprit que ceux qui servent l'Etat, ceux qui prennent des décisions doivent s'astreindre à la plus grande des modesties, mais ils ont un rôle à jouer. Et c'est ce que dit Marc Bloch, la défaite est avant tout une défaite préparée par l'absence de décision ou par de mauvaises décisions. Alors je ne peux pas dire que j'ai passé le concours de l'ENA, parce qu'ayant lu Marc Bloch, j'avais vu la lumière et qu'évidemment la vocation s'ouvrait à moi. Ca n'est pas vrai, j'avais pris cette décision avant de lire ce livre. Et dans le choix qu'on peut avoir de servir l'Etat, de multiples raisons peuvent intervenir. Mais rétrospectivement, je me dis qu'essayer d'être à la hauteur de ce qu'implique la lecture de Marc Bloch est un objectif parfaitement légitime et probablement très ambitieux pour tous ceux qui, dans cette salle et ils constituent la totalité de ceux qui sont dans cette salle, veulent un jour servir l'Etat et apporter une pierre à l'édifice.
Alors j'ai réfléchi, enfin plus exactement un certain nombre de gens autour de moi ont réfléchi à ce qu'on pouvait dire de façon intéressante à des jeunes gens, si si, qui se destinent à servir l'Etat ou les collectivités territoriales et qui savent déjà beaucoup de choses, souvent beaucoup plus encore que moi. Et on m'avait préparé un discours remarquable, mais peut-être un peu technique. Et au fond je ne crois pas que la technique soit l'essentiel, d'abord si je me souviens bien de ce qu'on fait ici, la technique vous en mangez matin, midi et soir, donc je vous propose de ne pas nous encombrer d'une trop grande technique. Et je voudrais vos indiquer le sens de ce que nous essayons de faire en ce moment au gouvernement et sous l'autorité du Président de la République, je vous mets à l'aise, nous ne sommes pas en meeting, mais je voudrais vous expliquer quel est le sens de l'action que nous engageons et puis ensuite je voudrais très rapidement et de façon peut-être un peu pompeuse qui vous donnera l'impression que c'est un vieux schnock qui vous parle, vous dire deux ou trois choses que j'ai apprises et qui pourraient peut-être le cas échéant vous servir dans le cours de votre carrière.
Qu'est-ce que nous essayons de faire avec le Président de la République et quel est le sens des décisions que nous prenons ?
Le sens des décisions que nous prenons vient d'un constat, qui n'est pas sans lien avec ce que j'évoquais tout à l'heure quand je parlais de Marc Bloch. Il vient du constat que notre pays, que nous aimons profondément tel qu'il est, avec ses lumières, avec ses ombres, avec ses gloires et avec ses moments plus questionnables, notre pays avec ses atouts considérables ne fonctionne pas, ne vit pas, n'a pas le rôle, n'offre pas les opportunités aux Françaises et aux Français à la hauteur de ce que nous espérons et de ce que nous attendons de lui.
Ça part du constat que dans beaucoup d'autres pays très comparables à la France, parce qu'ils sont démocratiques, parce qu'ils vivent dans un monde soumis à des contraintes qui sont les mêmes que les nôtres, des décisions ont pu être prises par le passé qui ont produit des effets, alors que ces décisions n'ont pas été prises en France et qu'elles n'ont donc pas produit d'effet. C'est le constat de ce qu'un système politique, qui a mis l'avantage et qu'il ne me revient pas de critiquer dans son fonctionnement, a conduit à trop de renoncements, à trop de compromis à certains égards, et que les Français le savent, le sentent et s'en inquiètent.
Au fond, notre idée c'est de dire que pour que nous soyons collectivement à la hauteur de nos objectifs, il fallait non pas casser le système mais le transformer profondément. Et en 2017, en faisant les choix qui ont été les siens, le Président de la République a proposé une recomposition politique qui ouvre, me semble-t-il, une fenêtre très particulière. Elle ouvre une fenêtre en essayant de rassembler et en rassemblant, puisque les Français aux élections législative ont voté, une majorité qui se fixe comme objectif de mettre en oeuvre les engagements qui ont été pris par le Président de la République et de transformer, d'essayer, c'est un terme que j'utilise souvent, de réparer toute une série de choses qui ne fonctionnent pas dans le pays. Je ne vous ferai pas la description de ce que nous avons fait autour du triptyque devenu quasi-légendaire, du libérer, protéger et unir, mais je voudrais vous dire que notre objectif c'est bien de réparer, de réparer et de réparer à long terme, en mettant le paquet, pardon pour le caractère trivial de cette expression, sur l'éducation et sur la formation et sur la compétence. Parce qu'il est bien évident que c'est la priorité et la meilleure des protections de nos concitoyens, c'est le sens du dédoublement des classes de CP et de CE1 dans les zones REP et REP + parce que ça se joue là. On verra en nous les effets, nous dans l'exercice de notre mandat, probablement pas, mais en attaquant le sujet et en prenant ces mesures maintenant, nous préparons, je le crois très profondément, des effets pour la suite, en transformant la façon d'entrer dans l'enseignement supérieur et la façon de concevoir le début des études supérieures.
Tout le monde sait en France que le premier cycle de l'enseignement supérieur, qui est fondamental, mille choses s'y jouent : l'intelligence d'une nation, la capacité à chercher, la capacité à former, eh bien que ce premier cycle de l'enseignement supérieur ne fonctionnait pas dans de bonnes conditions.
Il était caractérisé par 2 choses : une sélection par l'échec, 60% de ceux qui rentraient dans l'Enseignement supérieur ne réussissent pas au bout de 3 ans le diplôme qu'ils préparent, 60%. C'est un gâchis humain considérable et c'est un gâchis collectif considérable. Et quand « trop de gens » étaient candidats pour une filière, le tirage au sort. Je ne crois pas que ce soit à la hauteur de la promesse républicaine auquel beaucoup d'entre nous croyons, sur l'idée qu'il faudrait promouvoir et le mérite et le travail et l'effort.
Et donc, nous avons voulu modifier ce système, c'est la loi orientation et réussite étudiante, pour passer d'un système de tirage au sort à un système d'orientation véritablement accompagné, pour faire en sorte que le premier cycle puisse être adapté aux choix des étudiants, plutôt que de faire en sorte de les étudiants qui ne seraient pas adaptés à la formation échouent de façon systématique. C'est un changement de façon d'organiser les choses et c'est un changement parfaitement assumé, dont je suis certain qu'il produira des effets, absolument certain. C'est la raison pour laquelle nous voulons mettre le paquet sur l'apprentissage, sur la formation en alternance.
Là encore, les chiffres ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux français, nous somme à Strasbourg, de l'autre côté du Rhin vous avez un pays qui a fait, qui assume, qui promeut le choix de l'apprentissage et ça marche, ça marche dans toutes les filières.
En France, l'apprentissage se maintient à des chiffres qui sont beaucoup trop faibles, grâce à l'enseignement supérieur. Les formations en alternance dans l'enseignement supérieur sont en train de compenser la diminution continue et préoccupante du nombre de lycéens ou de jeunes gens qui choisissent les formations en alternance. Là encore nous devons inverser la logique, faire en sorte qu'à chaque fois qu'il y a une entreprise qui veut recruter un apprenti et un jeune qui veut se former, on puisse avoir le financement du contrat et la formation qui est proposée. C'est ça l'objectif de la réforme qui sera discutée au Parlement dans les semaines qui viennent. L'école primaire, la réforme du bac, la réforme de l'entrée à l'enseignement supérieur, l'apprentissage, la plan public d'investissement dans les compétences que nous dotons de près de 15 milliards d'euros, tout ça a pour vocation de faire en sorte que nous musclions, que nous formions, que nous préparions la jeunesse française et donc la France, à la compétition internationale et à l'épanouissement individuel, c'est ça l'objectif.
Il est bien évident que nous ne gagnerons pas cette compétition et au fond, on n'est pas là pour gagner des compétitions, on est là pour vivre de la façon dont on veut vivre. Nous ne vivrons pas comme nous voulons si nous ne gagnons pas ce défi de l'intelligence collective. Et mettre le paquet dans tous les domaines et à tous ces échelons, c'est d'une certaine façon répondre quelques décennies après à l'interrogation formulée et au constat dressé par Marc Bloch. C'est aussi pour préparer l'avenir et pour faire en sorte que nous puissions vivre comme nous le souhaitons, pour être maître de nos choix que nous avons décidé de passer un cran et un cran très notable dans la préparation de notre sécurité et de notre défense. Dans le cadre de la loi de programmation militaire, nous avons assumé, assumé de consacrer beaucoup plus de moyens à l'organisation de notre défense et au financement de notre effort militaire. Parce que nous vivions dans un mode qui est dangereux, qui est instable, qui est tendu et que, là encore d'une certaine façon, nous savons et nous avons payé pour savoir dans notre pays que ne pas être prêt était souvent le début d'une défaite parfois morale et parfois militaire. Nous devons donc faire en sorte d'être prêt sans agressivité, mais sans faiblesse non plus à défendre nos intérêts et à pouvoir les faire prévaloir, là où nous considérons qu'il en est ou qu'il en va de la sécurité nationale. Préparer l'avenir, c'est aussi faire oeuvre, difficile, très difficile d'assainissement des comptes publiques. Là encore, il ne s'agit pas de théorie, il s'agit simplement d'expérience.
Des collectivités locales, des Etats nous ont montré ce qui arrivait lorsque le niveau d'endettement était tel que la perte de contrôle de la dépense publique était telle, le décalage, entre ce qui était dit et ce qui était fait, était tel que l'on finissait par perdre une partie de sa souveraineté. Ce que je dis n'est pas théorique, les Grecs l'ont vécu, ils ont perdu une partie de leur souveraineté, à un moment donné de leur histoire parce qu'ils n'avaient pas pris les décisions qui leur permettaient d'éviter de se trouver dans cette situation. Et notre objectif, c'est de faire en sorte que nous puissions tenir les engagements qui ont été pris, de faire en sorte de faire se correspondre dans toute la mesure du possible les engagements et la réalité, les engagements de la France pris il y a longtemps et la réalité d'aujourd'hui et la réalité de demain.
Là encore, l'assainissement des comptes publics, la maîtrise de la dépense publique qui n'est pas un sujet qui disparaîtra d'ici la fin de votre formation, quelque chose me dit que tous vous aurez à connaître de cette exigence, qui va s'imposer durablement, eh bien, ça n'est pas autre chose que le souci de faire en sorte que notre pays puisse vivre dans les conditions dans lequel il le décide et non pas dans les conditions dans lesquelles d'autres nous l'imposeraient. Et dans tous les domaines, il s'agit, je n'ai pas à en faire la description exhaustive car sinon je vais épuiser l'ensemble de la salle, l'objectif, c'est de redonner du crédit à la parole publique, à la position de la France vis-à-vis de ses alliés et à la position de la France vis-à-vis de ceux qui ne sont pas ses alliés.
Redonner du crédit pour défendre notre souveraineté, pour vivre de la façon dont nous souhaitons vivre, ça peut sembler des grands mots et dans le brouhaha permanent de l'actualité en continu, pardon, on perd parfois le fil des choses essentielles, mais lorsqu'on sert l'Etat on doit d'abord servir ce projet, cette idée. Alors, quelques, non pas leçons, je ne suis pas du tout à même de pouvoir vous en donner mais quelques conseils si vous m'y autorisez en tout cas quelques enseignements que j'ai moi-même retirés de ma courte vie administrative. D'abord, je pense qu'on peut tout à fait et je pense même qu'on doit tout à fait lorsqu'on est un serviteur de l'Etat ou un haut fonctionnaire territorial et d'ailleurs simplement lorsqu'on est quelqu'un, lorsqu'on est soi-même, on doit toujours pouvoir faire en sorte d'être sérieux sans se prendre trop au sérieux et je vous encourage vivement à concevoir le service de l'Etat exactement de cette façon.
Servir l'Etat est un honneur, il faut prendre très au sérieux ce que vous faites, très au sérieux mais ce n'est pas la peine de vous prendre, vous, au sérieux. Ça, vraiment, ce n'est pas la peine d'abord parce que ça ne sert à rien, ça ne vous rend pas plus intelligent, ça ne vous rend pas plus audible, ça ne vous rend pas plus convaincant, en revanche, ça peut vous nuire. Mais ce que vous faites, la mission qui est la vôtre, alors celle-là doit être prise au sérieux et je sais parfaitement parce que vous le vivez, on le vivait déjà à mon époque, peut-être le vivait-on 20 ans avant que je devienne élève de cette école, je sais très bien le bruit de fond critique sur les énarques, je sais très bien le bruit de fond critique sur ceux qui par le travail, par les concours s'élèvent et que l'on balaie d'un revers de main en disant qu'ils constitueraient l'élite et qu'à ce titre, ils seraient comptable de toutes les mauvaises décisions qui ont été prises avant eux et de tous les échecs après eux qui surviendraient. Je connais ce bruit de fond, vous l'avez dit, Monsieur le Directeur, le fait que le Premier ministre qui en droit n'est pas simplement un tuteur, est-ce que j'ai la tête d'un tuteur moi ?, mais qui est le chef du gouvernement et qui, au terme de la Constitution dispose de l'administration et qui est donc le patron de cette école. Le fait que les Premiers ministres ne viennent pas indiquer ce qu'ils veulent faire, à ceux qui d'une façon ou d'une autre va permettre la transformation de l'action publique, est, me semble-t-il, une forme de renoncement à laquelle il ne faut pas céder.
Il faut donc que vous soyez fiers de ce que vous faites, sans vous prendre au sérieux mais fiers de ce que vous faites parce que si vous ne l'êtes pas, vous ne ferez pas bien. Pardon de dire des choses qui vous paraissent sans doute évidentes mais enfin, les évidences il y a parfois des moments où c'est utile de les rappeler.
Deuxième chose qui me semble évidente, essayer dans toute la mesure du possible de faire et si vous pouvez de privilégier plutôt les activités de production et d'action que les activités de contrôle et d'analyse. C'est très important le contrôle et c'est un type qui a commencé sa vie administrative au Conseil d'Etat qui vous dit ça. Mais il y a beaucoup plus de satisfaction dans l'administration à faire qu'à contrôler, beaucoup plus d'intérêt même, dans le faire que dans le contrôler. Et on a, je vous le dis comme je le pense dans l'administration d'Etat un besoin considérable de gens qui savent faire, de gens qui sont capables d'être des maîtres d'ouvrage, des chefs de projets, pas simplement de gens qui savent élaborer une norme, vous voyez. Oui, je sais qu'il y a un examen de logistique cet après-midi !
Voilà, je vous encourage à le passer sérieusement parce que c'est important et je vous encourage aussi à privilégier la capacité à faire. Je voudrais vous faire part d'une expérience qui a été la mienne lorsque j'ai commencé mon engagement politique au Havre. J'étais fonctionnaire d'Etat et comme trop souvent, c'était à mettre sur le compte de ma jeunesse et de mon inexpérience mais comme trop souvent, les fonctionnaires d'Etat et parfois les hauts fonctionnaires de l'Etat, j'avais à l'égard des administrateurs territoriaux un sentiment qui n'était pas à la hauteur de ce qu'il aurait dû être. Et je vous le dis à vous qui allez servir l'Etat, il y a dans les collectivités territoriales des fonctionnaires qui n'ont pas le même métier que vous, mais qui font les choses, qui ont la maîtrise d'ouvrage des projets qui transforment la France, qui savent des choses que l'Etat parfois ne sait plus faire. Et donc je crois véritablement que nous gagnerons collectivement si nous faisons en sorte de faire descendre les capacités de décision là où les décisions devraient être prises, et si nous mettons en place des mécanismes qui vous permettent de faire plutôt que de contrôler ou de produire des normes.
Une partie de ça dépend des décisions du gouvernement, j'en suis parfaitement conscient, mais une partie de ça dépend aussi d'une certaine façon de vous et des décisions que vous prendrez. Il ne vous a pas échappé que le gouvernement avait pris la décision de faire en sorte que ceux qui, et c'est bien légitime, choisissent les corps comme on dit d'inspection et de contrôle puissent très rapidement après leur entrée en fonction être envoyés sur des missions qui sont jugées prioritaires par le gouvernement, totalement opérationnelles et sur lesquelles on aura besoin de matière grise et qui vos apprendront beaucoup et dans lesquelles vous pourrez offrir beaucoup, que ce soit dans les territoires ou les collectivités territoriales d'outre-mer, que ce soit sur des missions de transformation de l'administration publique, que ce soit sur des priorités à la complexité technique redoutable, nous avons besoin que, très tôt dans leur carrière, les fonctionnaires et les hauts fonctionnaires de l'Etat puissent venir en soutien des vrais projets opérationnels où ça peut faire une différence. Et ceux de la promotion Churchill seront bientôt missionnés en fonction des missions qui ont été définies comme prioritaires par le gouvernement pour apporter une contribution qui sera utile à la transformation de l'action publique.
Troisième conseil, leçon ou en tout cas élément que moi je retire de ma courte vie administrative et de ma vie politique, sortez des silos au maximum. On a trop, beaucoup trop souvent l'impression, et quand on est dans cette école, c'est parfois pire, que l'action administrative, et même la vie professionnelle, serait constituée de silos qui auraient leur cohérence et qui seraient finalement destinés à perdurer quoi qu'il arrive. On monterait en fonction d'une direction très linéaire les échelons successifs d'une carrière. Au maximum, sortez des silos. A l'intérieur de l'administration, vous aurez de multiples opportunités, certains en auront beaucoup, d'autres en auront moins, mais saisissez-les. A l'intérieur des administrations, allez voir dans les collectivités territoriales, vraiment, allez exercer des fonctions dans une commune, dans une métropole, dans un département, dans une région. Vous y apprendrez énormément de choses, vous y serez utiles et si vous revenez dans la fonction publique d'Etat, ce que je souhaite, vous apporterez une contribution considérable à l'amélioration du fonctionnement de l'administration d'Etat. Je vous le dis tel que je pense. Sortez des silos des administrations pour aller ailleurs, exercez des responsabilités professionnelles dans des associations, dans des entreprises, bien entendu les allers retours de la fonction publique vers les entreprises posent des questions d'éthique ou de conflits d'intérêts qu'il faut évidemment prévenir, évidemment, mais elles n'invalident pas le principe selon lequel on peut apprendre énormément en sortant de l'administration et lui redonner énormément en y revenant et là encore, je vous invite vivement à ne pas envisager la vie professionnelle qui est devant vous comme une espèce de voilà, de grand tube donc on ne pourrait pas sortir. C'est vraiment important pour vous, sans doute, mais ça, vous ferez ce que vous voudrez, mais c'est important pour l'ensemble et pour la vie de l'administration. C'est la raison pour laquelle nous avons préparé des dispositions qui permettront ces allers retours, ces sorties, ces entrées de façon plus souple, plus rapide et qui vous permettront d'une certaine façon de prendre plus de risques.
Voilà des choses très simples que je voulais vous dire. Je ne sais pas si elles sont très simples d'ailleurs mais enfin en tout cas, je voulais vous les dire.
Vous avez dit, Monsieur le Directeur, que j'étais sérieux et joyeux quand j'étais étudiant, je suis toujours sérieux et je crois être demeuré assez joyeux. Il y a une chose que j'ai découvert le lendemain de ma sortie de l'ENA, quand je suis arrivé au Conseil, c'est que ce que j'avais appris à l'ENA n'avait pas beaucoup d'intérêt. Pas beaucoup. En revanche j'avais appris une chose exceptionnellement utile, exceptionnellement utile, c'est que j'avais appris à travailler vite et à apprendre et c'est ça l'essentiel, bien entendu. Ce n'est pas le contenu technique de tel ou tel cours qui est la plus important, vous l'avez parfaitement compris, vous le savez et ça, ça c'est important, car l'agilité intellectuelle, la capacité à travailler en commun, la capacité à s'exprimer, la capacité à définir des objectifs, à des mettre en oeuvre, l'Etat en a sérieusement besoin aujourd'hui et dans les années qui viennent.
Merci des choix que vous avez faits et bon courage pour la suite on a besoin de vous. »
source https://www.gouvernement.fr, le 18 juin 2018
Enseignement supérieur Fonction publique ENA Scolarite Concours Classification professionnelle Carriere professionnelle Mobilite professionnelle Haut fonctionnaire 183001289