Texte intégral
Q - Aujourd'hui 11 novembre, date anniversaire, vous voir ainsi, deux femmes ensemble, une Française et une Allemande (Mme Schwall-Düren, vice-présidente du SPD), partenaires alliées, peut-être amies, est-ce que c'est un symbole ?
R - C'est peut-être l'illustration de ce que les femmes sont un peu l'avenir de l'Europe, puisque l'Europe est le lieu de l'égalité entre les hommes et les femmes. Au Parlement européen, il y a beaucoup de femmes. Dans nos groupes parlementaires européens allemands et français, il y a 40 % de femmes représentées.
Q - Le 11 novembre la France rend hommage aux poilus, à ces soldats rarement rescapés d'un calvaire mais surtout victimes d'une guerre barbare, il y a eu 2 millions de morts. (,,,) Diriez-vous comme François Mitterrand : le nationalisme, c'est la guerre ?
R - Le nationalisme, c'est la peste, comme disait Stéphane Zweig dans le "Monde d'hier", qui a si bien décrit pourquoi cela a conduit à la guerre. Je voudrais aussi rappeler qu'après la guerre de 1914, il y a eu une renaissance des idées européennes. C'est à cette époque que le prix Nobel de la paix a été attribué à Aristide Briand, un grand ministre français des Affaires étrangères, et Streseman, un grand ministre allemand. C'est parce qu'ils n'ont pas pu poursuivre leur projet de paix en Europe que nous avons eu la guerre.
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Q - Il y a deux événements actuels, la conférence entre les Etats - la Conférence intergouvernementale jusqu'en décembre - avec des débats sur les institutions et il y a aussi le Forum social européen qui s'ouvre demain pour 4 jours à Paris St Denis : c'est l'Europe du marché, de la concurrence excessive, du capitalisme financier qui est mis en accusation. Qu'en pensez-vous ?
R - Les problèmes qui sont soulevés sont réels. Il est vrai qu'il y a beaucoup de pauvreté dans le monde. Trois milliards d'individus, c'est-à-dire la moitié de la population mondiale, vit avec 2 euros par jour. C'est vrai aussi, comme le soulignent les altermondialistes, qu'il y a une certaine dégradation de l'environnement dû à notre mode de croissance et de consommation énergétique un peu exagéré. Pourquoi ne suis-je pas altermondialiste ? Parce que je crois que les effets de mode ne doivent pas cacher la difficulté de régler les problèmes. Car on ne peut construire que sur la base de l'ouverture, des échanges et du commerce. Si la Chine, par exemple, connaît aujourd'hui des taux de croissance à 2 chiffres, c'est parce qu'elle s'est ouverte au marché. Et si l'Europe est l'un des pôles les plus compétitifs tout en maintenant son modèle social, c'est aussi parce qu'elle s'est ouverte tout en développant sa croissance et qu'elle a su, en consolidant la démocratie, garantir une redistribution de ses richesses. Donc l'altermondialisme : oui pour les questions mais pour les réponses, on attend encore.
Q - Le parti socialiste demande que l'Europe harmonise le prix des cigarettes, quelle est votre réponse ?
R - Nous sommes en train de le faire : déjà, il y a une certaine harmonisation. Sans l'Europe ces prix seraient beaucoup plus différenciés, puisque les Etats se sont imposés de taxer les cigarettes au-delà d'un certain seuil.
Q - Mais allez-vous harmoniser le prix des cigarettes ou la fiscalité ?
R - La France, avec la Grande-Bretagne, va demander très prochainement à ses partenaires européens, dont l'Allemagne ainsi qu'à la Commission, d'harmoniser davantage la fiscalité européenne. Mais c'est une fiscalité qui doit tenir compte du grand combat qu'est la lutte contre le cancer. Parce qu'il y a un lien direct entre la consommation du tabac et le cancer.
Q - Mais est-ce que cela va entraîner en France une baisse des prix du tabac ?
R - L'harmonisation des prix, et peut-être demain de la fiscalité, se traduira non pas par une augmentation des prix en France, mais de manière générale plutôt vers l'augmentation des prix dans les autres pays.
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Q - La Commission de Bruxelles est souvent divisée, et même si elle aide, n'est-elle pas parfois un obstacle au développement national ?
R - La Commission de Bruxelles ne fait qu'une chose : appliquer les règles que les Etats se sont assignées à eux-mêmes (,,,)
Q - D'accord, cela c'est la théorie mais par exemple il y avait de grands projets européens et sur une base franco-allemande dont on nous a beaucoup parlé au mois de septembre, et alors ?
R - Comme vient de le dire Mme Schwall-Düren, nous avons fait des propositions en septembre dernier, à l'issue du conseil des ministres franco-allemand pour relancer la croissance. Et je crois savoir que la Commission va reprendre aujourd'hui la plupart de nos demandes, notamment la réalisation du TGV Est avec l'interconnexion vers l'Allemagne, c'est-à-dire que les deux pays seront arrimés vers la nouvelle et grande Europe,,,
Q - Pour aujourd'hui dites-vous ?
R - Aujourd'hui même.
Q - Le 11 novembre peut être aussi une date pour des coordinations et des décisions communes ?
R - Pour la relance de la croissance. Nous représentons à nous seuls - France et Allemagne - deux tiers de l'économie de la zone euro.
Q - C'est-à-dire 10 ans après, l'Europe donne raison à Jacques Delors ?
R - Tout à fait, je pense que Jacques Delors avait raison en 1993 et qu'il a encore raison aujourd'hui de dire que pour maintenir un niveau de compétitivité et d'emploi élevé, il faut de grands équipements d'infrastructures. C'est ce que nous avons proposé.
Q - Vous êtes toutes les deux unies dans cet hymne à l'Europe, mais dommage que vous représentiez deux Etats, la France et l'Allemagne, malades de déficit qu'ils n'arrivent pas à contenir.
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R - Pour ce qui est de la France il y a aussi une conjoncture qui n'est pas bonne et qui était bien meilleure il y a quelques années. Nos deux gouvernements ont engagé des réformes structurelles en profondeur et nous n'allons pas lâcher prise,,,
Q - Cela c'est le débat théorique, Schröder/ Chirac s'entendent très bien, la France/l'Allemagne aussi, vous avez vu la une du Parisien ce matin. Jusqu'où ira la coopération, l'union ?
R - Il faut continuer à souder notre union. Il y a des consulats communs par exemple qui vont être mis en place pour joindre nos efforts. On pense à des ambassades communes, ce qui est plus difficile. L'Union entre nos deux pays oui, mais pas au prix de l'exclusion des autres car nous avons un devoir en Europe : c'est d'ouvrir nos propositions aux autres. C'est d'ailleurs notre vocation depuis le début de la construction européenne
(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 novembre 2003)