Déclaration de M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur la nécessité de réformer la PAC (politique agricole commune) pour mieux répondre aux défis alimentaire, écologique et sanitaire, Bruxelles le 5 juin 2008.

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Circonstance : Colloque européen "Pour qu'alimentation rime avec santé publique", à Bruxelles les 5 et 6 juin 2008

Texte intégral

« La réforme de la PAC à l'aune de la santé publique »
Le sujet vital dont vous traitez à l'invitation de Confrontations Europe m'intéresse au premier chef. Ministre de l'agriculture et de la pêche, j'ai en effet l'ambition, par les réformes que je mets en oeuvre, de devenir le ministre de l'alimentation, du développement rural durable, de l'agriculture et de la pêche.
Pour relever le défi alimentaire et écologique qui nous est posé, nous devons produire à la fois plus et mieux ; c'est notre stratégie. Nous voulons aussi replacer les questions de nutrition au coeur de la politique de l'alimentation, qui doit notamment privilégier la lutte contre l'obésité, susciter de nouveaux comportements chez les consommateurs et définir des recommandations de politiques publiques relatives à la santé et à la consommation.
Agriculture et pêche sont au coeur des enjeux sociaux dont vous avez traité : l'alimentation, sa quantité et sa qualité ; le défi du développement durable; la biodiversité ; la recherche. A cet égard, le Ministère français de l'agriculture et de la pêche a lancé le plan ECOPHYTO 2018 qui vise à réduire de moitié en dix ans l'usage de pesticides dans l'agriculture française. Nous voulons aussi tendre à la valorisation énergétique de toutes les exploitations et ainsi à leur autonomie énergétique.
Il nous faut encore préserver la PAC et, pour cela, la rénover pour permettre qu'elle accompagne la présence de PME agricoles sur tout le territoire de l'Union européenne et non, seulement, dans certaines régions davantage tournées vers l'industrie agricole. La PAC, dont je suis un ardent militant, est actuellement en débat à Bruxelles. Elle doit être rendue plus équitable et plus durable pour permettre le maintien du modèle agricole européen, qui diffère des modèles chinois et américain. Les produits agricoles de l'Union sont en effet des produits de qualité, pleins de goût et de saveur, traçables, souvent labellisés, porteurs d'identité et d'authenticité.
La politique alimentaire que nous appelons de nos voeux rejoint les objectifs plus généraux de santé que l'on retrouve, en France, dans le Programme national nutrition santé défini en collaboration avec le Ministère de la santé. Faut-il, pour la mettre en oeuvre, privilégier des mesures contraignantes ? Parce que je crois plus au contrat qu'à la contrainte, je pense que des chartes de qualité nutritionnelle signées, par exemple, avec les entreprises de restauration collective, permettraient de renforcer la consommation de fruits et de légumes, de réduire celle d'acides gras saturés et d'encourager l'activité physique, qui est l'une des composantes de l'équilibre physiologique.
On ne peut aborder la nutrition en passant sous silence que de fortes inégalités subsistent. Je suis sensible à la double inégalité alimentaire qui frappe les jeunes et singulièrement ceux des milieux défavorisés : ainsi, nos enfants mangent quatre fois moins de fruits que leurs grands-parents, et ceux des familles les plus modestes moins encore. Cette constatation nous a conduits à lancer, avec le soutien de l'Union européenne, l'opération Un fruit pour la récré, programme de distribution gratuite de fruits, dès septembre prochain, dans mille écoles au moins. J'espère que l'opération se généralisera.
Enfin, PAC et aide alimentaire sont liées, la seconde étant imputée sur le budget de la première. Le très récent sommet de la FAO a été l'occasion de débattre des très graves sujets que sont l'insécurité alimentaire, la famine et la crise de l'eau. Dans un tel contexte, le soutien qu'offre la PAC à nos agriculteurs est juste et nécessaire, mais nous ne pouvons prétendre ignorer le reste du monde. L'Europe doit demeurer un grand continent producteur mais elle doit aussi être en tête de la solidarité et, pour cela, aider à reconstruire l'agriculture des pays les plus pauvres. Nombreux sont les pays, africains notamment, qui trouveraient avantage à mutualiser, à leur manière, leurs productions, la gestion des aléas climatiques et sanitaires, le stockage stratégique de secours. L'Union, qui n'est pas indifférente à ce qui se passe dans le reste du monde, pourrait soutenir de tels projets régionaux.
Le Ministère français de l'agriculture et de la pêche est très attentif à vos travaux, qui sont en relation directe avec la politique que je mène. Je remercie Claude Fischer et Philippe Herzog d'en être les initiateurs et je leur redis mon amitié et ma fidélité à Confrontations Europe.
Source http://www.confrontations.org, le 25 août 2008