Texte intégral
PATRICK COHEN
Le sexisme au Parlement, c'est fréquent ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Ah, malheureusement, hein, c'est récurrent, c'est résistant, c'est assez terrifiant dailleurs. Jai eu une vie parlementaire sur quatre législatures, jai connu des moments comme ça, où, par manque de vigilance, par abaissement, désinhibition, des parlementaires se laissaient aller.
PATRICK COHEN
Ou par abus dalcool, apparemment, ce qui était le cas lautre nuit.
CHRISTIANE TAUBIRA
Il arrive que, effectivement, les déjeuners ou les diners ne soient pas très sobres, c'est même assez fréquent, ça.
PATRICK COHEN
Votre projet de réforme pénale, Christiane TAUBIRA, a été présenté hier en Conseil des ministres et les Français nen comprennent pas forcément la logique, beaucoup pensent que lon doit répondre à laugmentation de la délinquance par un alourdissement des peines. Que leur répondez-vous ?
CHRISTIANE TAUBIRA
D'abord, je pense que lavis des Français, repose essentiellement sur des caricatures qui ont abondamment fleuri ces derniers mois, puisque c'est un projet de loi qui a é été construit de façon très rigoureuse. Je me déplace, vous savez que jentame un tour de France depuis début septembre, je me déplace et je rencontre les Français, ce sont de vraies rencontres citoyennes, c'est-à-dire que jexplique mais je prends des questions et jy réponds, et je vois bien dabord la curiosité, lintérêt, jentends les inquiétudes, les questions sont claires, elles sont franches, les réponses le sont aussi, et je vois bien, à la fin de ces rencontres, que les choses sont clairement posées. Alors, ce que je vais vous dire, c'est dabord la méthode, c'est une méthode de grande rigueur, puisque vous savez que jai installé une conférence de consensus, avec un comité et un jury, indépendants lun de lautre et indépendants absolument du ministère de la Justice, y ont participé des chercheurs, des universitaires bien sûr...
PATRICK COHEN
Cétait en février.
CHRISTIANE TAUBIRA
De septembre à février, ils ont travaillé pendant 5 mois, ils ont traité 700 contributions. Ils ont tenu deux journées dauditions publiques, avec une participation de 2 300, donc, avec des sensibilités différentes, du PS et de lUMP, par exemple, pour les élus, mais évidemment les métiers.
PATRICK COHEN
Mais la logique du projet, Christiane TAUBIRA ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Alors, la logique du projet, dabord c'est de ramener de la démocratie, de la République et de lefficacité surtout, dans les politiques pénales. Les politiques pénales ont été inefficaces. Les peines plancher, par exemple, que nous abrogeons...
PATRICK COHEN
Oui, pourquoi les supprimer ?
CHRISTIANE TAUBIRA
D'abord parce quelles avaient été annoncées pour lutter contre la récidive, elles nont pas contenu la récidive. Le taux de récidivistes na cessé daugmenter. Vous vous souvenez que les peines plancher ont été adoptées...
PATRICK COHEN
Ça na pas bougé, en fait.
CHRISTIANE TAUBIRA
Non monsieur, les peines plancher ont été adoptées en 2008, le taux de récidivistes était de 8 %, ce ne sont pas nos chiffres, nous nétions pas aux responsabilités, il était de 8 % en 2007, il est passé à 9,8 % en 2009, à 12,1 % en 2011. Ça c'est une réalité, et la réalité c'est laugmentation aussi des délinquances, mais notre souci, c'est lefficacité. Et ce texte de loi vise à lutter contre la récidive. La récidive, ce sont de nouveaux actes de délinquance, ce sont de nouvelles victimes. Nous avons une politique en faveur des victimes, dont nous ne faisons pas de tapage, mais qui est réelle, mais qui tranche indiscutablement avec la politique ancienne, qui a instrumentalisé les victimes, joué sur les émotions. Vous savez, la droite, mais moi je lui reconnais davoir mené des batailles sémantiques et des batailles culturelles, efficaces ces dernières années. La droite a vécu dans le monde très réel des privilèges quelle a maintenus, et elle a organisé, elle a vendu aux Français, un monde très irréel, un monde très irréel, avec par exemple ses coups de menton qui ont fait croire quelle avait de lautorité, elle na pas eu dautorité. La marque de lancien quinquennat c'est un manque dautorité. Elle a fait croire quelle était efficace, sa marque c'est linefficacité. Elle a montré par une profusion de textes de loi, 70 textes de loi qui ont modifié le code Pénal et le code de procédure pénale. Donc, nous, nous revenons au monde réel, c'est-à-dire la rigueur dans la méthode, avec la conférence de consensus, lefficacité dans les mesures, et tout cela se mesure. Lorsque je vous donne les taux de récidivistes sous la droite, je vais vous les donner aussi monsieur COHEN, après lapplication de cette réforme de gauche.
PATRICK COHEN
Oui, mais je voudrais que lon parle de votre projet, de la logique de votre projet et des mesures que vous voulez prendre.
CHRISTIANE TAUBIRA
Protéger les victimes, lutter contre la récidive, empêcher de nouveaux actes de délinquance, dans de nouvelles victimes...
PATRICK COHEN
Avec moins de prison pour les délinquants.
CHRISTIANE TAUBIRA
Ce n'est pas ça le sujet, ce n'est pas ça le sujet, je lai dit depuis lannée dernière, en juin 2012. Mon sujet, mon souci n'est pas de gérer les flux carcéraux ; ce que la droite a essayé de faire, lorsquelle a constaté linefficacité de sa politique, elle a mis en place deux mécanismes qui visaient à gérer les flux carcéraux, elle a donné deux injonctions contradictoires, de réprimer de plus en plus, dincarcérer de plus en plus et en même temps daménager de plus en plus. Donc, nous, nous sommes dans le monde réel. Conférence de consensus, rigueur dans la méthode, évaluation, et je vous répète...
PATRICK COHEN
Avec une peine en milieu ouvert, c'est la contrainte pénale, sans la prison...
CHRISTIANE TAUBIRA
Oui, lefficacité. Lefficacité monsieur COHEN.
PATRICK COHEN
Quest-ce que ce sera que purger une peine en milieu ouvert et quelle différence avec ce qui existe déjà, c'est-à-dire la prison avec sursis, assortie dune mise à lépreuve ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Alors, justement, dans votre question, il y a une contradiction. Quelle différence avec ce qui existe déjà ? Eh bien justement, il existe déjà des façons dexécuter une peine en milieu ouvert. Ça existe déjà. La contrainte pénale est plus rigoureuse que ce qui existe déjà. La contrainte pénale existe déjà dans un certain nombre de pays, de pays européens, et elle fonctionne bien. Dans certains pays elle existe depuis plus de 20 ans, elle fonctionne bien, il y a des retours et des évaluations. La contrainte pénale, c'est une peine en milieu ouvert, elle est restrictive de liberté. Elle a une différence essentielle avec les autres dispositions que lon connait, notamment le sursis avec mise à lépreuve, c'est quelle est immédiatement exécutoire. Par exemple, lancien gouvernement a mis en place un dispositif qui retarde automatiquement lexécution des peines. Les députés UMP, les parlementaires UMP narrêtent pas de crier sur la non-exécution des peines, mais c'est leur dispositif, organisé par la loi, qui retarde lexécution des peines. La contrainte pénale sera immédiatement exécutoire. A la sortie de laudience, la personne commence à exécuter sa contrainte pénale, donc une série dinterdictions, une série dobligations, avec un contrôle, et ce contrôle sera renforcé, vous avez entendu le Premier ministre, annoncer la création dun millier de postes de conseillers dinsertion et de probation.
PATRICK COHEN
Quest-ce qui vous dit que les juges se saisiront de ce nouvel outil, quils prononceront des contraintes pénales ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Je le souhaite, parce que moi jai la plus haute estime pour les magistrats, jestime que dans une société où on confie à des citoyens, comme dautres, mais sur à la fois la formation, le choix de la profession, et le serment prononcé, on leur confie la lourde responsabilité, lourde, belle mais lourde responsabilité de requérir au nom de la société, de juger, de prononcer des restrictions de liberté ou des privations de liberté dautres citoyens. On doit être capable de faire confiance à ces magistrats-là. C'est-à-dire supprimer justement lautomaticité. Les peines plancher, cétait une intrusion de lexécutif dans lautorité judiciaire.
PATRICK COHEN
Les juges pouvaient contourner lautomaticité.
CHRISTIANE TAUBIRA
Ils pouvaient la contourner, mais nempêche quils pouvaient la contourner, vous savez à quelles conditions, en présentant des garanties exceptionnelles. Lorsque vous avez par exemple une personne très marginalisée, sans domicile fixe, qui en est à son troisième ou quatrième vol, et je vous parle de cas très précis qui sont dans les établissements pénitentiaires, troisième ou quatrième vol, cette personne ne présente pas de garantie exceptionnelle, elle nen présente pas, elle na pas dhébergement, elle na pas de relations sociales, donc elle ne présente pas de garantie exceptionnelle. Donc très clairement, la suppression des peines plancher, c'est la fin des jugements automatiques, c'est la fin des jugements automatiques, donc c'est un retour vers la liberté dappréciation des magistrats, et ces magistrats, je pense quils vont sapproprier cette peine, parce que ces magistrats savent que les dispositifs actuels ne sont pas efficaces et ils souhaitent lefficacité.
PATRICK COHEN
Quelques mots de politique, on va y revenir dans la revue de presse. Dans ce contexte de poussée du Front national, vous servez, vous, Christiane TAUBIRA et votre projet, dépouvantail, aussi bien pour l'UMP que pour le FN qui vous accusent de vouloir vider les prisons. Lépouvantail restera-t-il caché ou discret, dans les mois à venir, avant la campagne et les élections municipales ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Je me sens assez blessée que vous me traitiez, vous, dépouvantail, les autres peu mimporte, mais que vous, vous me demandiez si en tant quépouvantail...
PATRICK COHEN
Vous avez entendu les guillemets ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Non, je ne les ai pas entendus, malheureusement, mais je crois que même avec les guillemets ils sont inacceptables, le terme est inacceptable, donc moi peu mimporte la façon dont me qualifient le Front national et l'UMP, mais je mène des batailles politiques, incontestablement, je mène des batailles culturelles, incontestablement...
PATRICK COHEN
Vous avez parlé hier dun risque politique...
CHRISTIANE TAUBIRA
Avec cette réforme pénale, nous ramenons la République dans lInstitution judiciaire, nous ramenons la démocratie dans linstitution judiciaire, nous ramenons la démocratie, elle ny était plus, la séparation des pouvoirs, le fondement même de la démocratie, la séparation des pouvoirs, mais c'était terminé. Lorsque sous lancien quinquennat on introduisait les peines -plancher, donc c'est lexécutif qui délimitait les conditions dans lesquelles le magistrat prononce une peine, un jugement automatique avec les peines plancher. Mais il ny avait pas que ça, les instructions individuelles, incursions, c'est une transgression institutionnelle, incursion du gouvernement de lexécutif dans linstitution judiciaire et son fonctionnement, avec les nominations de magistrats du Parquet contre lavis du CSM, donc nous, nous ramenons la démocratie, nous ramenons de la séparation des pouvoirs, nous ramenons la République, parce que la République cest lindividualisation, c'est la décision, individualiser et ajuster. Donc, effectivement, ce sont des conceptions politiques différentes, incontestablement différentes.
PATRICK COHEN
Pourquoi avoir repoussé lexamen du projet après les municipales ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Mais personne na rien repoussé, puisquil ny avait pas de date monsieur COHEN, c'est quand même extraordinaire.
PATRICK COHEN
Vous avez souhaité, fin août, que ce projet soit examiné dès que possible.
CHRISTIANE TAUBIRA
Je nai jamais souhaité... non, non, jai dit très clairement que ce serait une faute politique... Oui, mais je continue à dire, dès que possible, mais dès que possible et dès que possible, franchement...
PATRICK COHEN
Dès que possible, ça sera après les municipales, en avril.
CHRISTIANE TAUBIRA
Attendez, moi, monsieur COHEN, j'ai trois textes en souffrance, que jai présentés en Conseil des ministres, en avril et en mai 2012, dont un qui vous intéresse sans doute, le secret des sources des journalistes. Jai trois textes en souffrance qui demandent beaucoup moins de temps. La collégialité de linstruction, jai un texte qui est déposé au Parlement, je nai pas encore de date, donc oui, dès que possible, en sachant que lon est en session budgétaire, en sachant quà cause des élections, la session parlementaire sera levée plus tôt, donc dès que possible, mais ce texte vit, puisque je me déplace sur le territoire pour le présenter. Il y a eu ce débat sur lagenda parlementaire, alors que lagenda gouvernemental nétait même pas terminé, le Conseil des ministres a examiné le texte hier, et ça fait plus dun mois et demi quil y a un débat sur lagenda parlementaire, c'est quand même assez extraordinaire comme mode de fonctionnement.
PATRICK COHEN
Et si la loi était votée, elle sera appliquée rapidement aussi ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Mais bien entendu.
PATRICK COHEN
Et sur tout le territoire ? Parce que lon a vu, on a entendu André VALLINI, le sénateur de lIsère, proche de François HOLLANDE, suggérer une expérimentation de cette réforme dans, un test dans une ou deux cours dappel, c'est une bonne idée ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Je pense pour ma part que la justice doit être égale sur lensemble du territoire, c'est un principe républicain, donc je pense que c'est sur lensemble du territoire quon doit mettre en oeuvre une mesure de justice. Je vous rappelle simplement que le texte a prévu une évaluation de cette contrainte pénale au bout de trois ans dapplication.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 octobre 2013
Le sexisme au Parlement, c'est fréquent ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Ah, malheureusement, hein, c'est récurrent, c'est résistant, c'est assez terrifiant dailleurs. Jai eu une vie parlementaire sur quatre législatures, jai connu des moments comme ça, où, par manque de vigilance, par abaissement, désinhibition, des parlementaires se laissaient aller.
PATRICK COHEN
Ou par abus dalcool, apparemment, ce qui était le cas lautre nuit.
CHRISTIANE TAUBIRA
Il arrive que, effectivement, les déjeuners ou les diners ne soient pas très sobres, c'est même assez fréquent, ça.
PATRICK COHEN
Votre projet de réforme pénale, Christiane TAUBIRA, a été présenté hier en Conseil des ministres et les Français nen comprennent pas forcément la logique, beaucoup pensent que lon doit répondre à laugmentation de la délinquance par un alourdissement des peines. Que leur répondez-vous ?
CHRISTIANE TAUBIRA
D'abord, je pense que lavis des Français, repose essentiellement sur des caricatures qui ont abondamment fleuri ces derniers mois, puisque c'est un projet de loi qui a é été construit de façon très rigoureuse. Je me déplace, vous savez que jentame un tour de France depuis début septembre, je me déplace et je rencontre les Français, ce sont de vraies rencontres citoyennes, c'est-à-dire que jexplique mais je prends des questions et jy réponds, et je vois bien dabord la curiosité, lintérêt, jentends les inquiétudes, les questions sont claires, elles sont franches, les réponses le sont aussi, et je vois bien, à la fin de ces rencontres, que les choses sont clairement posées. Alors, ce que je vais vous dire, c'est dabord la méthode, c'est une méthode de grande rigueur, puisque vous savez que jai installé une conférence de consensus, avec un comité et un jury, indépendants lun de lautre et indépendants absolument du ministère de la Justice, y ont participé des chercheurs, des universitaires bien sûr...
PATRICK COHEN
Cétait en février.
CHRISTIANE TAUBIRA
De septembre à février, ils ont travaillé pendant 5 mois, ils ont traité 700 contributions. Ils ont tenu deux journées dauditions publiques, avec une participation de 2 300, donc, avec des sensibilités différentes, du PS et de lUMP, par exemple, pour les élus, mais évidemment les métiers.
PATRICK COHEN
Mais la logique du projet, Christiane TAUBIRA ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Alors, la logique du projet, dabord c'est de ramener de la démocratie, de la République et de lefficacité surtout, dans les politiques pénales. Les politiques pénales ont été inefficaces. Les peines plancher, par exemple, que nous abrogeons...
PATRICK COHEN
Oui, pourquoi les supprimer ?
CHRISTIANE TAUBIRA
D'abord parce quelles avaient été annoncées pour lutter contre la récidive, elles nont pas contenu la récidive. Le taux de récidivistes na cessé daugmenter. Vous vous souvenez que les peines plancher ont été adoptées...
PATRICK COHEN
Ça na pas bougé, en fait.
CHRISTIANE TAUBIRA
Non monsieur, les peines plancher ont été adoptées en 2008, le taux de récidivistes était de 8 %, ce ne sont pas nos chiffres, nous nétions pas aux responsabilités, il était de 8 % en 2007, il est passé à 9,8 % en 2009, à 12,1 % en 2011. Ça c'est une réalité, et la réalité c'est laugmentation aussi des délinquances, mais notre souci, c'est lefficacité. Et ce texte de loi vise à lutter contre la récidive. La récidive, ce sont de nouveaux actes de délinquance, ce sont de nouvelles victimes. Nous avons une politique en faveur des victimes, dont nous ne faisons pas de tapage, mais qui est réelle, mais qui tranche indiscutablement avec la politique ancienne, qui a instrumentalisé les victimes, joué sur les émotions. Vous savez, la droite, mais moi je lui reconnais davoir mené des batailles sémantiques et des batailles culturelles, efficaces ces dernières années. La droite a vécu dans le monde très réel des privilèges quelle a maintenus, et elle a organisé, elle a vendu aux Français, un monde très irréel, un monde très irréel, avec par exemple ses coups de menton qui ont fait croire quelle avait de lautorité, elle na pas eu dautorité. La marque de lancien quinquennat c'est un manque dautorité. Elle a fait croire quelle était efficace, sa marque c'est linefficacité. Elle a montré par une profusion de textes de loi, 70 textes de loi qui ont modifié le code Pénal et le code de procédure pénale. Donc, nous, nous revenons au monde réel, c'est-à-dire la rigueur dans la méthode, avec la conférence de consensus, lefficacité dans les mesures, et tout cela se mesure. Lorsque je vous donne les taux de récidivistes sous la droite, je vais vous les donner aussi monsieur COHEN, après lapplication de cette réforme de gauche.
PATRICK COHEN
Oui, mais je voudrais que lon parle de votre projet, de la logique de votre projet et des mesures que vous voulez prendre.
CHRISTIANE TAUBIRA
Protéger les victimes, lutter contre la récidive, empêcher de nouveaux actes de délinquance, dans de nouvelles victimes...
PATRICK COHEN
Avec moins de prison pour les délinquants.
CHRISTIANE TAUBIRA
Ce n'est pas ça le sujet, ce n'est pas ça le sujet, je lai dit depuis lannée dernière, en juin 2012. Mon sujet, mon souci n'est pas de gérer les flux carcéraux ; ce que la droite a essayé de faire, lorsquelle a constaté linefficacité de sa politique, elle a mis en place deux mécanismes qui visaient à gérer les flux carcéraux, elle a donné deux injonctions contradictoires, de réprimer de plus en plus, dincarcérer de plus en plus et en même temps daménager de plus en plus. Donc, nous, nous sommes dans le monde réel. Conférence de consensus, rigueur dans la méthode, évaluation, et je vous répète...
PATRICK COHEN
Avec une peine en milieu ouvert, c'est la contrainte pénale, sans la prison...
CHRISTIANE TAUBIRA
Oui, lefficacité. Lefficacité monsieur COHEN.
PATRICK COHEN
Quest-ce que ce sera que purger une peine en milieu ouvert et quelle différence avec ce qui existe déjà, c'est-à-dire la prison avec sursis, assortie dune mise à lépreuve ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Alors, justement, dans votre question, il y a une contradiction. Quelle différence avec ce qui existe déjà ? Eh bien justement, il existe déjà des façons dexécuter une peine en milieu ouvert. Ça existe déjà. La contrainte pénale est plus rigoureuse que ce qui existe déjà. La contrainte pénale existe déjà dans un certain nombre de pays, de pays européens, et elle fonctionne bien. Dans certains pays elle existe depuis plus de 20 ans, elle fonctionne bien, il y a des retours et des évaluations. La contrainte pénale, c'est une peine en milieu ouvert, elle est restrictive de liberté. Elle a une différence essentielle avec les autres dispositions que lon connait, notamment le sursis avec mise à lépreuve, c'est quelle est immédiatement exécutoire. Par exemple, lancien gouvernement a mis en place un dispositif qui retarde automatiquement lexécution des peines. Les députés UMP, les parlementaires UMP narrêtent pas de crier sur la non-exécution des peines, mais c'est leur dispositif, organisé par la loi, qui retarde lexécution des peines. La contrainte pénale sera immédiatement exécutoire. A la sortie de laudience, la personne commence à exécuter sa contrainte pénale, donc une série dinterdictions, une série dobligations, avec un contrôle, et ce contrôle sera renforcé, vous avez entendu le Premier ministre, annoncer la création dun millier de postes de conseillers dinsertion et de probation.
PATRICK COHEN
Quest-ce qui vous dit que les juges se saisiront de ce nouvel outil, quils prononceront des contraintes pénales ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Je le souhaite, parce que moi jai la plus haute estime pour les magistrats, jestime que dans une société où on confie à des citoyens, comme dautres, mais sur à la fois la formation, le choix de la profession, et le serment prononcé, on leur confie la lourde responsabilité, lourde, belle mais lourde responsabilité de requérir au nom de la société, de juger, de prononcer des restrictions de liberté ou des privations de liberté dautres citoyens. On doit être capable de faire confiance à ces magistrats-là. C'est-à-dire supprimer justement lautomaticité. Les peines plancher, cétait une intrusion de lexécutif dans lautorité judiciaire.
PATRICK COHEN
Les juges pouvaient contourner lautomaticité.
CHRISTIANE TAUBIRA
Ils pouvaient la contourner, mais nempêche quils pouvaient la contourner, vous savez à quelles conditions, en présentant des garanties exceptionnelles. Lorsque vous avez par exemple une personne très marginalisée, sans domicile fixe, qui en est à son troisième ou quatrième vol, et je vous parle de cas très précis qui sont dans les établissements pénitentiaires, troisième ou quatrième vol, cette personne ne présente pas de garantie exceptionnelle, elle nen présente pas, elle na pas dhébergement, elle na pas de relations sociales, donc elle ne présente pas de garantie exceptionnelle. Donc très clairement, la suppression des peines plancher, c'est la fin des jugements automatiques, c'est la fin des jugements automatiques, donc c'est un retour vers la liberté dappréciation des magistrats, et ces magistrats, je pense quils vont sapproprier cette peine, parce que ces magistrats savent que les dispositifs actuels ne sont pas efficaces et ils souhaitent lefficacité.
PATRICK COHEN
Quelques mots de politique, on va y revenir dans la revue de presse. Dans ce contexte de poussée du Front national, vous servez, vous, Christiane TAUBIRA et votre projet, dépouvantail, aussi bien pour l'UMP que pour le FN qui vous accusent de vouloir vider les prisons. Lépouvantail restera-t-il caché ou discret, dans les mois à venir, avant la campagne et les élections municipales ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Je me sens assez blessée que vous me traitiez, vous, dépouvantail, les autres peu mimporte, mais que vous, vous me demandiez si en tant quépouvantail...
PATRICK COHEN
Vous avez entendu les guillemets ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Non, je ne les ai pas entendus, malheureusement, mais je crois que même avec les guillemets ils sont inacceptables, le terme est inacceptable, donc moi peu mimporte la façon dont me qualifient le Front national et l'UMP, mais je mène des batailles politiques, incontestablement, je mène des batailles culturelles, incontestablement...
PATRICK COHEN
Vous avez parlé hier dun risque politique...
CHRISTIANE TAUBIRA
Avec cette réforme pénale, nous ramenons la République dans lInstitution judiciaire, nous ramenons la démocratie dans linstitution judiciaire, nous ramenons la démocratie, elle ny était plus, la séparation des pouvoirs, le fondement même de la démocratie, la séparation des pouvoirs, mais c'était terminé. Lorsque sous lancien quinquennat on introduisait les peines -plancher, donc c'est lexécutif qui délimitait les conditions dans lesquelles le magistrat prononce une peine, un jugement automatique avec les peines plancher. Mais il ny avait pas que ça, les instructions individuelles, incursions, c'est une transgression institutionnelle, incursion du gouvernement de lexécutif dans linstitution judiciaire et son fonctionnement, avec les nominations de magistrats du Parquet contre lavis du CSM, donc nous, nous ramenons la démocratie, nous ramenons de la séparation des pouvoirs, nous ramenons la République, parce que la République cest lindividualisation, c'est la décision, individualiser et ajuster. Donc, effectivement, ce sont des conceptions politiques différentes, incontestablement différentes.
PATRICK COHEN
Pourquoi avoir repoussé lexamen du projet après les municipales ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Mais personne na rien repoussé, puisquil ny avait pas de date monsieur COHEN, c'est quand même extraordinaire.
PATRICK COHEN
Vous avez souhaité, fin août, que ce projet soit examiné dès que possible.
CHRISTIANE TAUBIRA
Je nai jamais souhaité... non, non, jai dit très clairement que ce serait une faute politique... Oui, mais je continue à dire, dès que possible, mais dès que possible et dès que possible, franchement...
PATRICK COHEN
Dès que possible, ça sera après les municipales, en avril.
CHRISTIANE TAUBIRA
Attendez, moi, monsieur COHEN, j'ai trois textes en souffrance, que jai présentés en Conseil des ministres, en avril et en mai 2012, dont un qui vous intéresse sans doute, le secret des sources des journalistes. Jai trois textes en souffrance qui demandent beaucoup moins de temps. La collégialité de linstruction, jai un texte qui est déposé au Parlement, je nai pas encore de date, donc oui, dès que possible, en sachant que lon est en session budgétaire, en sachant quà cause des élections, la session parlementaire sera levée plus tôt, donc dès que possible, mais ce texte vit, puisque je me déplace sur le territoire pour le présenter. Il y a eu ce débat sur lagenda parlementaire, alors que lagenda gouvernemental nétait même pas terminé, le Conseil des ministres a examiné le texte hier, et ça fait plus dun mois et demi quil y a un débat sur lagenda parlementaire, c'est quand même assez extraordinaire comme mode de fonctionnement.
PATRICK COHEN
Et si la loi était votée, elle sera appliquée rapidement aussi ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Mais bien entendu.
PATRICK COHEN
Et sur tout le territoire ? Parce que lon a vu, on a entendu André VALLINI, le sénateur de lIsère, proche de François HOLLANDE, suggérer une expérimentation de cette réforme dans, un test dans une ou deux cours dappel, c'est une bonne idée ?
CHRISTIANE TAUBIRA
Je pense pour ma part que la justice doit être égale sur lensemble du territoire, c'est un principe républicain, donc je pense que c'est sur lensemble du territoire quon doit mettre en oeuvre une mesure de justice. Je vous rappelle simplement que le texte a prévu une évaluation de cette contrainte pénale au bout de trois ans dapplication.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 octobre 2013