Déclarations de M. Jacques Chirac, président du RPR, sur le bilan des gouvernements socialistes depuis cinq ans et sur les grandes lignes du programme de l'opposition pour l'alternance, Nantes le 3 février 1993, Manosque le 9, Troyes le 11, Camaret le 16 et Nice le 17.

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Circonstance : Meetings pour la campagne électorale des élections législatives 1993 à Nantes le 3, Manosque le 9, Troyes le 11, Camaret le 16 et Nice le 17 février 1993

Texte intégral

3 février 1993
Nantes

Mes chers amis,

Je ne suis jamais las de parcourir les chemins de notre pays, et je le suis moins encore lorsqu'ils me conduisent chez vous, en Loire-Atlantique et ici, à Nantes.

Beaucoup de liens me rattachent à votre région, à ses responsables, et comme nous sommes sur une terre où la fidélité n'est pas un vain mot, je ressens à chaque fois l'accueil que j'y reçois comme étant celui du cœur.

J'en suis d'autant plus touché que je connais les difficultés qui assaillent votre département et votre cité, comme l'ensemble de notre pays. Vous êtes aujourd'hui durement éprouvés dans toutes les composantes de votre diversité, cette combinaison réussie entre agriculture développée et une solide tradition industrielle.

Votre agriculture, pourtant puissante et organisée est frappée de plein fouet par les décisions en matière de politique agricole commune. Vous subissez aussi les conséquences de la crise économique sur l'emploi industriel, notamment dans les secteurs majeurs que sont ici l'industrie navale et l'aéronautique.

Le chômage atteint en Loire-Atlantique 13,4 %, niveau bien supérieur à la moyenne nationale et ce, au moment où notre pays bat, mois après mois, de tristes records en nombre de demandeurs d'emplois.

Je sais donc que vous mesurez, mieux encore que d'autres, l'état de la France et les difficultés quotidiennes qui assaillent nombre de ceux qui y vivent.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Lorsque les gouvernants socialistes ont repris la responsabilité du pays, il y a près de cinq années, ils ont pourtant eu une chance exceptionnelle. La France était en ordre de marche, grâce à la politique d'assainissement menée par mon Gouvernement avec le soutien de la majorité UDF-RPR de l'époque. Des finances publiques rétablies, une économie en croissance, un chômage qui avait amorcé sa décrue depuis l'été 1987, autant de conditions remplies pour fonder solidement l'action de la nouvelle équipe formée par nos successeurs.

Deux tâches essentielles étaient à l'ordre du jour : la première consistait à poursuivre le redressement de l'économie et de l'emploi et à bien préparer les Français et leurs entreprises à la compétition européenne, accrue du fait de l'entrée en vigueur du grand marché au premier janvier 1993.

La seconde, plus ambitieuse encore, était d'engager les réformes profondes que nécessite la société française : refondre un système éducatif à bout de souffle et qui engage chaque année des dizaines de milliers de jeunes vers le chômage ; préserver l'équilibre de notre territoire national, gravement menacé par l'opposition entre des villes trop peuplées et des campagnes trop vides ; prendre à bras le corps la situation de la protection sociale, qui inspire aux Français attachement légitime et craintes sérieuses.

Pour mener à bien sa tâche, M. Rocard a disposé de deux atouts, bien rarement réunis dans la main d'un Gouvernement : le temps, puisqu'aucune échéance politique nationale ne s'imposait à lui avant cinq ans et l'argent, grâce aux énormes plus-values fiscales héritées de notre gestion.

Alors que la législature s'est achevée et alors que le grand marché européen s'est ouvert, il est temps de mesurer le chemin parcouru depuis le printemps 1988 et de se demander si ces cinq années ont été bien utilisées pour la France.

La réponse saute aux yeux. Notre pays vient de perdre cinq années. Cinq années de gâchis au bout desquelles l'économie est en panne et secrète le chômage, un chômage qui frappe officiellement trois millions de nos compatriotes, mais en réalité, plus de cinq millions, lorsque l'on dresse le triste inventaire de tous ceux, allocataires du RMI et bénéficiaires des différentes formes de traitement social, qui ne sont pas réellement insérés dans le monde du travail.

Cinq années de gâchis pendant lesquelles rien n'a été fait pour remédier véritablement aux défauts majeurs de notre éducation nationale. Les gouvernements socialistes se gargarisent des 80 milliards de francs supplémentaires et des 55 000 créations d'emplois engloutis par la machine éducative depuis 1988.

Leur autosatisfaction serait peut-être légitime, si l'ambition était d'en faire la plus grande garderie du monde. Mais quel est le véritable bilan, celui qui s'apprécie en termes de transmission du savoir et de préparation des jeunes à la vie professionnelle et sociale ? La moitié de nos enfants quittent l'école primaire sans réellement savoir bien lire, écrire et compter ; la filière professionnelle demeure le paria de l'enseignement et le grand dessein de Madame Cresson en faveur de l'apprentissage a disparu avec elle. Près de 60 % des jeunes qui s'engagent dans l'enseignement supérieur abandonnent dans les deux ans qui suivent, sans aucun diplôme. Et au bout du chemin, c'est le chômage qui attend près d'un jeune Français sur quatre, c'est-à-dire un taux trois fois plus élevé qu'en Allemagne.

Cinq années de gâchis quant à la préservation de la protection sociale. Dès le printemps 1988, mon Gouvernement avait, à l'issue des États Généraux de la sécurité sociale, posé le diagnostic quant aux menaces qui pèsent sur elle et particulièrement sur l'assurance vieillesse. Qu'ont fait les trois Gouvernements socialistes qui se sont succédé ? Rien ; de livre blanc en commissions des sages, de table ronde en rapport d'experts, ils ont laissé la question de l'avenir de la protection sociale en France dans l'état exact où ils l'ont trouvé. À une différence près toutefois ; le taux des prélèvements sociaux sur la richesse nationale est passé de 19,8 % en 1988 à 20,6 % en 1992, soit 55 milliards de francs de cotisations supplémentaires que les Français doivent acquitter chaque année ; en dépit de cet énorme effort, nos régimes sociaux, encore globalement équilibrés en 1988, accumulent les déficits : près de 40 Mds F pour la seule année 1993, et n'évitent la cessation de paiement que par des expédients quotidiens.

Au cours de ces cinq années, les Gouvernements socialistes ont gâché la chance historique qui s'offrait à notre pays de faire jeu égal avec l'Allemagne. Ce sont nos compatriotes qui en auraient bénéficié avec davantage d'emplois et une solidarité accrue envers les plus faibles. Les socialistes ont aussi soigneusement évité d'engager les transformations indispensables pour corriger les défauts de notre société et garantir l'égalité des chances pour chacun.

La France est donc restée immobile, alors qu'autour d'elle le monde et notre continent ont davantage bougé que pendant les quarante années précédentes.

Obsédés par la conservation de leur pouvoir, les socialistes ont tenté de se maintenir en ne touchant plus à rien, eux dont l'ambition première était de tout remettre en cause et de changer la vie.

Mais le rejet qui les frappe ne se nourrit pas que de leur inaction. Les socialistes portent aujourd'hui devant les Français le poids de leurs fautes.

Ce sont eux qui ont laissé se désagréger notre territoire. En acceptant, sans réagir, la désertification de 40 % de l'espace national, en étant complices d'une honteuse réforme de la politique agricole commune qui transformera les paysans en assistés et les terres cultivées en espaces stériles, ils ont sapé les fondements de la prospérité de notre espace rural et mis en danger un secteur essentiel de notre activité économique qui nous apporte plus de 50 Mds F d'excédents extérieurs annuels. Vous le savez bien, ici dans un département où l'agriculture a trouvé son prolongement naturel dans une industrie agro-alimentaire puissante et exemplaire.68

Comme si cela ne suffisait pas, les socialistes ont pratiqué la solidarité à l'envers en distribuant les grandes infrastructures routières et ferroviaires et les centres universitaires aux régions les plus offrantes et en délaissant les plus pauvres, celles qui ont besoin d'être soutenues pour asseoir leur développement. Par indifférence pour le monde rural, les socialistes ont porté atteinte à notre équilibre social, à l'enracinement et à l'identité de chacun d'entre nous.

Ce sont eux aussi qui ont transformé la France en simple figurant sur la scène internationale. À force d'accumuler les contresens sur la marche du monde, qu'il s'agisse de la réunification allemande ou de l'évolution interne de l'ex-Union Soviétique, à force d'affaiblir nos capacités militaires, tristement mises en lumière chaque fois qu'il est question d'intervention extérieure, dans le Golfe, en Somalie ou dans l'ex-Yougoslavie, M. Mitterrand et ses Gouvernements successifs ont privé notre pays de sa capacité à faire entendre son message. La France s'illustre, certes, dans l'action humanitaire, mais elle n'a plus de politique étrangère. Notre pays ne peut se satisfaire de jouer le rôle dévolu aux organisations caritatives internationales, si respectable soit-il. La France n'est pas ure association, mais une grande Nation et il lui faut retrouver sa place et son rang, ceux que l'histoire, la volonté de ses dirigeants successifs et le génie de son peuple lui ont permis d'occuper des siècles durant.

Ce sont les socialistes enfin, qui ont affaibli l'État, l'un des fondements de notre République. En laissant bafouer son autorité dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme, en tentant de manipuler la justice au profit d'intérêts partisans ou personnels, en s'appropriant la fonction publique à travers des nominations de complaisance alors que seule devrait compter la compétence, les socialistes ont porté atteinte à l'honorabilité et à l'impartialité de l'État. Il ne faut donc pas s'étonner si, aujourd'hui, les Français ne lui font plus confiance.

J'en veux pour preuve supplémentaire les réactions actuelles de beaucoup de juges. L'entrée en vigueur le 1er mars de certaines dispositions de la loi du 4 janvier 1993 modifiant le code de procédure pénale inquiète à juste titre les magistrats, rejoints d'ailleurs dans leur protestation par les policiers.

Le vote de cette loi estiment-ils s'est effectué dans la précipitation et, comme c'est malheureusement souvent le cas avec le gouvernement socialiste, les moyens supplémentaires nécessités par son application n'ont pas été prévus. Tout cela risque d'engendrer la confusion.

Mais il y a plus inquiétant. Les magistrats, je les cite : "s'insurgent contre l'irréalisme et l'incohérence d'un texte dont le résultat le plus immédiat apparaît à l'évidence profiter aux délinquants et aux criminels professionnels les plus asociaux".

Cette accusation est grave, à un moment où la France est confrontée à l'augmentation de la criminalité et où, comme vient de le montrer un récent rapport parlementaire, notre territoire n'est plus à l'abri des entreprises de la mafia. Qu'on veuille conforter les libertés individuelles et renforcer la présomption d'innocence est une ambition. Mais cela ne peut se faire dans le désordre administratif et au détriment de la sécurité et de la lutte contre la grande criminalité. Il faudra nécessairement revoir d'urgence celles de ces dispositions qui affaiblissent la justice et renforcent le crime.

Devant ce constat et alors que les consultations électorales qui se succèdent depuis les élections régionales et cantonales de mars 1992 font apparaître l'ampleur de leur discrédit et la sévérité légitime de l'opinion à leur égard, les dirigeants socialistes ont-ils modifié leur politique ou au moins infléchi leur attitude ? C'est trop demander. Ils vont répétant à loisir que tout est bien, en tout cas mieux qu'ailleurs, que les critiques et les mécontentements qui fusent de toutes parts sont le fruit de la mauvaise foi des uns et de la mauvaise compréhension des autres. M. Bérégovoy, appelé soi-disant pour rétablir une situation gravement compromise par Madame Cresson, n'a rien fait d'autre que poursuivre une politique dont il est, depuis 1988, l'un des principaux responsables et aujourd'hui le plus ardent défenseur.

Mieux encore, avec ce mélange d'arrogance et d'intolérance dont sont affligés nombre de dirigeants socialistes, ils s'en prennent à l'opposition, soit parce que c'est elle qui serait responsable des échecs de l'économie et des difficultés du franc, ou bien encore, parce que d'après eux, elle s'apprêterait à s'approprier l'État.

Étrange reproche de la part de ceux qui, depuis de trop nombreuses années, ont fait du pouvoir le pire exercice qui se puisse imaginer. Ils en ont largement abusé pour servir des intérêts partisans et parfois individuels. En revanche, ils n'en ont guère usé pour accomplir ce pour quoi il est fait : servir le pays et préparer son avenir.

Je sais qu'il n'est guère nécessaire que je m'appesantisse encore pour vous convaincre et, au-delà de vous, la très grande majorité des Français, que le socialisme a fait son temps. Mais dresser la longue liste de ses méfaits dans notre pays, c'est d'abord mesurer la gravité de notre situation et l'ampleur de la tâche qui attend ceux qui assumeront la responsabilité du pays en avril prochain, et qui devront avoir le temps et la totalité des moyens nécessaires pour l'indispensable redressement de la France.

Aucun d'entre nous ne doit avoir d'illusion ni en entretenir chez les autres ; la seule vertu de l'alternance, même si elle se produit avec toute l'ampleur désirée, ne dissipera pas les difficultés, ne rétablira pas rapidement une situation de l'emploi dramatique et ne chassera pas le cortège de misère et de solitude qui l'accompagne. Ce miracle a d'autant moins de chances de se produire que toute l'énergie restant à l'actuel Gouvernement est employée à entraver l'action de son futur successeur : empilement de déficits publics, accumulation des engagements de dépenses non financés, report de décisions urgentes au-delà de l'échéance électorale, tentatives pour faire obstacle à l'indispensable politique de privatisation ou bien encore frénésie de nominations partisanes à des postes de responsabilités dans l'État et dans les entreprises publiques, comme chaque jour nous en apporte dorénavant le scandaleux exemple.

Est-ce à dire que devant la gravité des maux dont souffre le pays et la perspective des difficultés accumulées il faut baisser les bras ou renoncer, en s'installant dans l'atmosphère de résignation qui, peu à peu, a gagné notre pays ? Si je le croyais, je ne serais pas devant vous, et je ne ferais pas tout ce qui est en mon pouvoir pour que l'Opposition actuelle remporte les élections législatives et les remporte largement.

Je crois profondément que, dans leur cœur, les Français sont, en dépit des difficultés, fidèles au Générai de Gaulle et comme lui, "jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance". C'est l'objet de cette campagne, pour les responsables de l'opposition, que d'aider à faire briller cette lueur et c'est le sens des propos que je vous tiens ce soir.

Pour parvenir à réveiller l'espoir, sans susciter l'illusion, nous devons nous engager dans un triple combat. Celui du redémarrage de notre économie au service de l'emploi ; celui de la suppression des blocages de notre société au service de l'égalité des chances, celui de la préservation de la solidarité au service des plus faibles.

La première des urgences c'est de tout faire pour que l'économie nationale, aujourd'hui en panne, reparte.

La manière d'y parvenir est au centre du débat public entre opposition et Gouvernement et aussi parfois, au sein même de l'opposition. Ce débat est légitime, car rien ne mérite davantage l'attention des responsables politiques que les moyens de stabiliser la montée du chômage, puis d'amorcer sa décrue.

Encore faut-il se garder des extrêmes ou des solutions chimériques. Pour ma part, je ne me range pas dans le camp des contemplatifs, qui considèrent que la politique menée aujourd'hui est la seule concevable et qu'il suffit d'attendre je ne sais quel mystérieux salut qui viendrait de l'extérieur. Je ne me range pas non plus dans celui des alchimistes, c'est-à-dire ceux qui cherchent la solution dans des manipulations monétaires et dans le retour de l'inflation.

Je me tiens à égale distance de deux attitudes : l'une qui consiste à tout miser, comme le font nos gouvernants, sur le niveau des taux d'intérêts pour asseoir la parité de la monnaie ; l'autre qui consisterait à la manipuler pour relancer la croissance au risque de ne créer que la hausse des prix. Toutes les deux ont en commun de privilégier l'illusion monétaire.

En fait les taux d'intérêts excessifs qui nous étreignent ont pour origine la politique monétaire allemande, c'est vrai, mais aussi l'augmentation croissante de nos déficits et de notre dette qui pèsent lourdement sur le marché. Seule une politique de désendettement, de réduction des déficits publics et d'incitation à l'épargne nous permettra d'améliorer la situation et d'être plus exigeants vis-à-vis de l'Allemagne.

Ma conviction est donc qu'il y a place pour une autre politique, à même de favoriser le retour de la croissance, sans pour autant sacrifier la stabilité des prix et malmener la monnaie qui ne doit en aucun cas être un enjeu de campagne électorale.

Mais pour réussir cela, il faut agir sur ce qui est bien réel dans notre économie et qui peut nourrir la croissance : accélérer le rythme de l'investissement des entreprises, augmenter le niveau de la consommation des Français et développer l'épargne qu'ils peuvent consacrer à leur logement, où au financement des entreprises.

C'est l'objectif central de la politique qui devra être engagée au printemps prochain et qui doit utiliser plusieurs leviers :

La réduction du poids de l'État dans la vie nationale grâce à la stabilisation du déficit et à un coup d'arrêt à l'emballement de la dette ; les ponctions de l'État sur l'épargne disponible, aujourd'hui insupportables, pourront alors être réduites ce qui contribuera à la détente du niveau des taux d'intérêt.

La baisse des charges des entreprises qui, combinée à cette réduction des taux, leur permettra d'investir et de créer des emplois ; il reste beaucoup de chemin à faire puisqu'elles continuent à supporter dans la compétition qui les oppose à leurs concurrentes européennes des charges qui représentent 17 % de la richesse nationale, contre 10 % environ en Allemagne et en Grande-Bretagne.

La hausse du salaire direct, plus faible en France que chez certains de ses concurrents, notamment en Allemagne. Elle passe, en premier lieu, par la prise en charge progressive, par le budget de l'État, des cotisations familiales, aujourd'hui à la charge des entreprises. Ces sommes seront intégralement reversées aux salariés qui pourront, au choix, les affecter à leur consommation ou, en bénéficiant d'une exonération fiscale, à la constitution d'une épargne retraite. La seconde mesure consistera à réduire le nombre de tranches que comporte le barème de l'impôt sur le revenu. Cette réforme, qui atténuera la progressivité de l'impôt, bénéficiera tout particulièrement aux salariés des classes moyennes, qui sont aujourd'hui les plus pénalisés.

En outre, pour créer l'électrochoc salutaire dont notre économie a besoin, il sera nécessaire d'aider directement les secteurs du logement, du bâtiment et des travaux publics, aujourd'hui sinistrés, alors qu'ils constituent une source importante d'emplois.

Pour le premier, je souhaite un puissant dispositif fiscal, comportant le relèvement de la déduction forfaitaire à laquelle ouvrent droit les revenus locatifs, ainsi que le rétablissement du droit d'imputer les déficits fonciers sur le revenu global des contribuables à l'impôt sur le revenu. Afin de soutenir immédiatement la construction de logements neufs, ces deux mesures devraient être complétées par une exonération des droits de première mutation pour les logements à usage locatif acquis ou réhabilités pendant une période donnée. Il faudra enfin, dès avril prochain, augmenter sensiblement les crédits affectés au logement social. Passer de 260 000 à 350 000 logements lancés est nécessaire et possible et permettra de créer immédiatement 150 000 emplois.

En matière de travaux publics, je crois que l'État doit reprendre au plus vite l'initiative de grands projets routiers et ferroviaires, notamment en matière de TGV, que les socialistes ont graduellement abandonné. Cette action en faveur de l'activité devra bien entendu s'inscrire dans la politique de renouveau de l'aménagement de notre territoire qui sera une préoccupation majeure du nouveau gouvernement. Il n'est pas question de facturer aux régions en difficulté le prix des infrastructures destinées à les aider à s'en sortir, mais bien de mobiliser, à leur profit, les ressources de la collectivité nationale, notamment une fraction des recettes de privatisation.

La deuxième ambition que nous devons proposer aux Français, de plus longue haleine, c'est de débarrasser notre société des obstacles et des blocages qui font qu'aujourd'hui encore, l'égalité des chances n'y est pas véritablement assurée. Je dis bien égalité des chances et non pas nivellement ou égalitarisme, qui ignorent le mérite et désespèrent l'initiative. Il n'y a rien d'anormal à ce que celui qui déploie davantage d'énergie reçoive davantage de reconnaissance et de responsabilités. À la condition que, sur la ligne de départ de l'existence, tous aient disposé des mêmes chances de participer.

Y parvenir, c'est d'abord casser le moule du système éducatif pour tous et rendre à l'école sa vocation : prendre en compte la personnalité de chaque enfant et lui donner les moyens de la réussite.

Nous avons en la matière des projets précis qui s'ordonnent autour de plusieurs principes : autonomie des établissements et responsabilité des chefs d'établissements ; ouverture sur le monde extérieur, et tout particulièrement sur l'entreprise ; coopération avec les collectivités locales ; évaluation, pour parvenir à une meilleure information des parents et des élèves ; qualité de la formation des maîtres. Ces orientations devront donner lieu à un débat national. La réforme de l'éducation, qui en sera issue, devra être ensuite soumise à un référendum, parce que l'enseignement et la formation sont l'affaire de tous les Français. Voilà pour l'avenir.

Mais à court terme, différentes décisions peuvent être prises. Par exemple, une école primaire ne sera pas gérée de la même façon si le directeur est déchargé de ses cours, et donc mieux à même de se consacrer à la bonne marche de son établissement. Une classe n'a pas les mêmes résultats quand elle compte 28 élèves et quand elle en compte 35. Dans l'enseignement professionnel, beaucoup de choses changeraient si des professeurs contractuels, issus des entreprises, notamment des préretraités, pouvaient être recrutés par les Régions, pour des durées déterminées, afin de résoudre la pénurie des enseignants dans ce secteur. Ce ne sont que des exemples, mais qui montrent que de réelles améliorations peuvent être apportées dans l'immédiat.

L'égalité des chances, c'est aussi tout faire pour permettre le bien-être des familles qui sont le premier lieu de la transmission des valeurs et de la connaissance. L'égalité des chances, c'est permettre à chaque femme de choisir librement l'équilibre qu'elle souhaite entre sa carrière professionnelle et sa vie au foyer. L'égalité des chances enfin, dans la vie professionnelle, c'est donner à chaque travailleur la possibilité de se former à de nouvelles techniques et à de nouveaux métiers, à mesure des nécessités. Le maître mot, en la matière, c'est la promotion sociale qui doit guider les relations du travail et la vie dans l'entreprise, de façon à offrir à chacun, selon ses goûts et ses aptitudes, des perspectives d'évolution de son métier et une véritable carrière professionnelle.

Mais mieux ajuster les engrenages de notre société et éviter de compromettre d'emblée l'avenir de certains de ses membres en éliminant les rigidités ne suffira pas. Il y a aujourd'hui cinq millions de nos compatriotes qui sont déjà, sous des formes diverses, laissés pour compte.

La véritable atteinte aux acquis sociaux, c'est cette misère, omniprésente dans nos cités, dans nos rues, depuis que l'incapacité socialiste à conduire l'économie sur le bon chemin a multiplié les exclus. Ne pas s'en préoccuper, ne pas s'efforcer de donner à chacun une seconde chance en le replaçant dans le courant de la vie sociale, puis professionnelle, serait une double faute. Une faute contre l'homme d'abord et contre la conception que nous avons de ses devoirs et de sa dignité. Une faute contre la société ensuite, dont l'équilibre ne peut plus être efficacement et durablement maintenu alors qu'elle connaît une telle déchirure.

La remise en marche de l'économie doit donc se faire au profit de tous et d'abord de ceux qui sont, aujourd'hui, à l'écart. Nous devons tout mettre en œuvre pour les réintégrer dans la société et dans le monde du travail. Cela passe par le développement de formes nouvelles d'emplois, particulièrement dans le secteur des services aux personnes, qu'ils aient une vocation sociale, culturelle ou qu'ils permettent, tout simplement, de rendre une présence et un visage à des activités de la vie quotidienne où les machines tendent, le plus souvent sans véritable profit, à devenir les seuls interlocuteurs du consommateur.

Enfin, notre préoccupation doit être de rendre à la protection sociale, et d'abord au système de retraite, les bases solides dont l'avait doté le Général de Gaulle dès 1945. L'avenir des retraites des Français ne doit être ni le mistigri que les gouvernements socialistes s'ingénient à repasser à leur successeur, ni l'occasion de monter une combinaison à quadruple détente contre l'opposition, comme les affectionne M. Mitterrand, qui ne daigne se pencher sur les sujets sérieux que dans la mesure où il y trouve matière à machination politicienne.

Notre premier objectif doit être d'empêcher la faillite qui menace aujourd'hui le système de répartition, dont j'ai déjà dit et dont je répète, notamment à l'intention de M. Bérégovoy qui paraît-il lit entre les lignes, qu'il doit être impérativement maintenu. Son remplacement par un système fondé sur l'épargne constituerait une profonde injustice et conduirait de nombreux Français à payer deux fois, ce qui est inacceptable. Ce sauvetage de l'assurance vieillesse impose davantage de souplesse dans son fonctionnement et notamment la possibilité, pour ceux qui le souhaitent, de prolonger leur activité au-delà du couperet que constitue aujourd'hui la soixantième année.

Simultanément nous devons, pour compléter les effets du système de répartition et aider au financement de l'économie, encourager les Français à constituer une épargne volontaire grâce à des incitations fiscales attractives. Enfin il faut savoir que seule une politique active et efficace de lutte contre le chômage permettra de rétablir l'équilibre de nos comptes sociaux.

Voilà, mes chers amis, quelques-uns de nos projets pour la France. Voilà pourquoi l'opposition a besoin de votre soutien pour gagner, puis de votre énergie et de votre enthousiasme pour réussir, si elle exerce demain les responsabilités du gouvernement, ce qu'elle ne pourra faire que si elle les exerce réellement et pleinement.

L'enjeu n'est pas médiocre ; il ne se réduit pas à quelques querelles subalternes dont la vie politique, c'est vrai, n'est pas avare, ni à quelques intérêts partisans, où à quelques ambitions individuelles.

Il ne s'agit pas non plus de demander simplement aux Français de mettre fin au socialisme dans notre pays.

Ce qui est en cause, c'est la France elle-même, son être en tant que Nation, sa puissance en tant qu'État, sa cohésion en tant que communauté humaine.

C'est de cela que l'opposition veut entretenir les Français, pour les convaincre, qu'après le long et patient travail accompli depuis de nombreux mois, elle est aujourd'hui à même de faire face, prête à engager et à réussir le redressement social, économique et moral de la Nation.

Pour ma part, j'y consacrerai toutes mes forces, aujourd'hui, pour soutenir nos idées, et demain, quand sera venu le temps de l'action,

Vive la Loire-Atlantique.

Vive la République.

Vive la France.

 

9 février 1993
Manosque

Chers amis,

Il est des régions qui parlent, plus que d'autres, à l'imagination et à la mémoire, au point que chacun a le sentiment de les connaître et de les aimer. La Provence est de celles-là, peut-être parce que les plus grands peintres ont immortalisé ses paysages, parce que les plus grands écrivains ont chanté le courage et la force d'âme de ses habitants. Et comment, ici, ne pas évoquer Jean Giono, l'enfant de Manosque ?

Votre terre est une terre de vieilles traditions. Vous êtes fiers de votre histoire, vous êtes fiers de votre langue, vous êtes profondément attachés à vos racines. Pour autant, vous avez su accueillir les technologies les plus modernes, dont le site de Cadarache est l'éclatant symbole, preuve que le présent et le passé peuvent coexister harmonieusement.

C'est pour toutes ces raisons que je suis heureux d'être avec vous ce soir.

Et pourtant je sais que vous êtes inquiets. Comme beaucoup de Français, vous voulez renouer avec la prospérité au sein d'une France enfin sortie de ses cauchemars. Vous voulez préserver tout ce qui fait votre identité. En un mot, vous voulez tenir votre rôle dans notre pays comme dans le siècle.

C'est pour tracer avec vous les voies de l'avenir que je suis ici devant vous. À moins de deux mois d'un scrutin décisif pour notre patrie, je voudrais vous parler de la France que nous allons construire ensemble.

Il est temps de bâtir ure France nouvelle. Notre pays ne peut demeurer davantage dans cet état de langueur qui paralyse ses énergies, qui fait douter par avance de tout ce que l'on entreprend, en un mot qui obscurcit l'espérance. C'est de notoriété publique, et la presse s'en fait l'écho à longueur de colonnes : la France est en crise. Cette crise est si profonde que les Français cherchent dans leur passé non pas le fondement de l'histoire présente, mais bien l'oubli de l'histoire présente, comme on l'a vu récemment lors de la commémoration de la mort de Louis XVI.

Cette crise sur laquelle s'achèvent toutes ces années de socialisme revêt des formes multiples. Je n'y insisterai pas, puisque chacun, désormais, en France, a conscience de vivre dans une nation affaiblie, sous l'égide d'un État déconsidéré.

Je rappellerai simplement que notre pays traverse une crise sociale et économique très grave. Dans tous les domaines, les gouvernements socialistes successifs ont démontré leur incapacité à répondre aux attentes légitimes de nos compatriotes. Les Français veulent des emplois : le chômage atteint des chiffres vertigineux. Trois millions de chômeurs, inscrits, cinq millions d'exclus du monde du travail, conjuguent au présent l'angoisse de l'avenir. Les Français veulent pour leurs enfants une formation digne de ce nom : c'est la sélection par l'échec qui règne dans notre système éducatif. Ils veulent conserver la protection sociale qui a été l'une des grandes réussites de la Ve République : le système est désormais menacé. Les Français, enfin, veulent préserver leurs racines : nous assistons, chaque jour davantage, à l'effondrement du monde rural et à la désertification de nos campagnes. Triste bilan !

Au-delà de cette crise sociale et économique, s'approfondit une crise de l'État, très préoccupante dans un pays comme le nôtre, où l'État est le garant de la souveraineté et de la solidarité, ainsi que le protecteur naturel de chaque citoyen. Quel peut être le crédit de l'État quand la loi et le droit sont bafoués dans certaines parties de notre territoire, en Corse ou dans certains quartiers de banlieue interdits à la police ? Quel peut être le crédit de l'État quand l'insécurité s'aggrave chaque jour ? Quand rien n'est fait pour donner un coup d'arrêt à l'immigration clandestine ?

Quel peut être le crédit de l'État quand les inégalités se creusent, en fonction du milieu social ou de la région où l'on naît ? Où est la politique d'aménagement du territoire qui aurait pu combattre des déséquilibres de plus en plus insupportables entre villes et campagnes, régions riches et régions pauvres ?

Quel peut être le crédit de l'État quand la Justice, qui inspirait à nos compatriotes un si grand respect, donne tous les signes d'un malaise qui confine à la crise d'identité ? Aujourd'hui, des juges d'instruction, demandent à être relevés de leurs fonctions pour protester contre une réforme de la procédure pénale, systématiquement favorable aux criminels. Hier, des magistrats disaient publiquement leur réprobation quand une loi d'amnistie, que les socialistes ont fait voter, soustrayait à la Justice ceux qui auraient dû comparaître devant elle. Pressions politiques, interventions en tous genres, scandales, dont le plus récent et le plus terrible a été celui du sang contaminé, les socialistes n'ont rien négligé pour donner à notre peuple le sentiment d'une justice à plusieurs vitesses, dans laquelle l'essentiel semblait être la protection du prince. Les résultats sont là : c'est l'indépendance et la dignité de la justice qui en sortent affaiblies.

Tel est l'héritage : des pauvres et des malheureux de plus en plus nombreux, une économie asphyxiée, un État discrédité, un système de valeurs en crise. Et, conséquence logique de tout cela, une France dont le rôle et l'influence se réduisent comme une peau de chagrin sur la scène internationale.

L'on serait, en effet, bien en peine de discerner, je ne dirais même pas une vision, mais des lignes directrices fortes dans notre politique étrangère. Par incapacité de sortir des schémas anciens, faux pas et erreurs de jugement se succèdent depuis quelques années. Souvenez-vous de l'atonie française au moment de la réunification de l'Allemagne. Souvenez-vous de la visite de Monsieur Mitterrand dans une Allemagne de l'Est à l'agonie, ou encore de sa réaction face au putsch manqué de Moscou. Voyez notre paralysie face à la tragédie yougoslave. Par crainte de déplaire à la Serbie, nous avons participé à une interminable valse-hésitation européenne qui a abouti à l'inacceptable, alors qu'il eut été possible d'agir de manière rapide et ciblée, ainsi que les plus hautes autorités le reconnaissent désormais.

Même si l'action humanitaire est en soi noble et nécessaire, même si les associations qui s'en réclament accomplissent sur le terrain un travail admirable, l'humanitaire, je le redis avec force, ne saurait se substituer à une politique étrangère défaillante. Je crains, malheureusement, que cette politique de faux-semblants soit la seule dont le pouvoir socialiste soit capable. La gestion à la petite semaine et l'immobilisme obstiné s'accompagnent rarement, au plan international, de l'éclat et du panache qui ont été la marque, notamment sous le Général de Gaulle, de notre politique extérieure. Tout est lié.

C'est pourquoi, mes Chers Amis, il est tellement urgent de changer le cours des choses. Je sais que l'idée de changement soulève toujours un certain scepticisme, comme si notre pays était la proie d'une série de fatalités : fatalité du chômage, fatalité de l'injustice, fatalité, encore, de la mort lente du monde rural. Je vous dis, moi, qu'il n'en est rien. Entre l'attentisme et la morosité, il existe une troisième voie : celle que propose l'opposition dans son projet d'alternance.

C'est de ce projet d'alternance dont je voudrais vous parler ce soir. En réponse aux sceptiques qui se complaisent dans l'idée que rien n'est jamais possible, je voudrais vous prouver que là où il y a de l'imagination, de l'audace, de l'ambition pour notre pays, en bref, de la volonté politique, il y a un chemin.

Ce projet d'alternance, au sens propre, c'est-à-dire ce projet d'une autre politique pour la France, comment le définir ? Je dirais qu'il s'inspire de trois principes en forme d'exigence : l'esprit de vérité et de responsabilité ; l'esprit de réforme ; l'esprit de solidarité.

Premier principe : faire preuve du sens des responsabilités. Dire la vérité aux Français. Nous allons trouver en héritage une situation profondément dégradée. Ce n'est pas parce que les socialistes vont quitter le pouvoir et rentrer dans leurs foyers que tous les problèmes de la France vont se trouver résolus d'un coup de baguette magique. Il faudra du temps, du courage et de la persévérance pour inverser de manière significative les courbes du chômage, pour réformer notre système éducatif, pour lutter efficacement contre l'exclusion sous toutes ses formes, pour redonner au monde rural des raisons de vivre et d'espérer, pour protéger la France et les Français.

Nul ne peut prévoir aujourd'hui l'ampleur exacte des difficultés que nous allons rencontrer, tout simplement parce que le gouvernement actuel, contrairement à toutes les règles du civisme et de la démocratie, pratique la politique de la terre brûlée. Non content de multiplier les nominations de socialistes, dans le but de "verrouiller" par avance l'appareil d'État. Non content d'annoncer à son de trompe, quasi quotidiennement, des plans et des promesses qui ont pour caractéristique d'être dépourvus de tout financement, le pouvoir s'ingénie à placer sous les pas du gouvernement futur des bombes à retardement en tous genres.

Je pense, par exemple, au déséquilibre croissant de nos finances publiques. Chacun sait que le déficit budgétaire pour 1993 a purement et simplement doublé, en sorte que la charge des seuls intérêts de la dette, qui s'élève désormais à plus de 200 Mds F par an, est devenue le deuxième budget civil de l'État. Cela signifie en clair que chaque Français, y compris les bébés et les centenaires, devra rembourser près de 40 000 F de dette socialiste ! Il faut vraiment beaucoup d'audace à l'actuel Premier ministre pour stigmatiser par avance "l'irréalisme économique" de l'Opposition ! La vérité est plus cruelle : c'est que la situation de la France est telle qu'elle ne répond plus, aujourd'hui, aux critères d'entrée dans l'Union Économique et Monétaire Européenne. Singulier paradoxe lorsque l'on se souvient des discours de ceux qui nous gouvernent lors de la campagne du référendum pour Maastricht !

Autre exemple de bombe à retardement : notre système de retraite. Chacun sait qu'à force de réformes ajournées, de décisions éternellement repoussées, et remplacées par des mesures palliatives, quand il ne s'agit pas de tours de passe-passe, nos systèmes de retraite sont en situation virtuelle de cessation de paiement. Cette menace, de plus en plus précise, a inspiré récemment au gouvernement un grand projet qui consistait, selon la méthode inaugurée jadis par le Sapeur Camembert, à creuser un trou pour en boucher un autre. Heureusement pour la France que nous avons, en ce qui nous concerne, des propositions un peu plus sérieuses pour préserver notre protection sociale !

C'est assez dire qu'un audit très approfondi sera indispensable. Il faudra dresser le plus rapidement possible un état des lieux, afin que nos compatriotes soient exactement informés de l'état de la France, et que les responsabilités soient clairement établies. L'essentiel du travail vient d'être fait et rendu public par M. Balladur. II ne restera plus qu'à le préciser lorsque nous aurons accès à toutes les sources d'information.

Deuxième principe, deuxième ardente obligation quand on mesure les méfaits de l'immobilisme socialiste : la volonté de réforme. Nous avons le devoir de conduire des réformes. Des réformes structurelles, que nous mènerons dans un esprit constant de concertation avec les Français et leurs représentants, et qui demanderont du temps. Mais aussi des réformes plus ponctuelles, plus ciblées, qui joueront un rôle non négligeable pour changer le climat psychologique de notre pays.

Je ne vais pas me lancer devant vous dans un exposé exhaustif de toutes les réformes que nous avons l'intention de mettre en œuvre. Je voudrais plutôt m'attacher à en définir l'esprit et la méthode.

Première exigence : nous devrons agir vite. L'expérience montre que la période qui suit immédiatement l'alternance est particulièrement propice au lancement des réformes indispensables. Notre peuple les attend. C'est une faute très grave qu'a commise le gouvernement Rocard, à ses débuts, que de ne rien décider et de ne rien entreprendre, alors qu'il disposait de caisses pleines et d'une conjoncture économique très favorable, En ce qui nous concerne, même confrontés à une situation infiniment plus difficile, nous agirons sans tarder.

Deuxième exigence : nous devrons aller loin sur la voie de la réforme. Il n'y a pas plus de citadelles imprenables que de problèmes insolubles.

Je prendrais l'exemple de notre système éducatif. Comment admettre que notre pays consacre à l'éducation 300 Mds de Francs par an, soit plus que le produit de l'impôt sur le revenu, pour avoir un système éducatif qui brille davantage par ses échecs que par ses succès ? Comment admettre que près d'un enfant sur deux quitte l'école primaire sans maîtriser les apprentissages fondamentaux : la lecture, le calcul et l'écriture ? Comment admettre que 100 000 jeunes quittent l'éducation nationale chaque année sans qualification, et donc sans perspective d'emploi ? Comment admettre que 60 % des étudiants sortent de l'université, après le premier cycle, sans le moindre diplôme, avec le sentiment d'avoir perdu deux ou trois années ? Comment admettre enfin que l'enseignement professionnel demeure le parent pauvre du système, avec des filières saturées qui mènent, trop souvent, à des métiers déjà dépassés ?

Loin de moi l'idée de dresser un tableau uniformément noir de notre éducation nationale. Il y a des réussites exemplaires. Nous avons des grandes écoles performantes, des instituts technologiques efficaces, et de plus en plus d'universités qui se spécialisent dans des formations utiles, parce qu'elles ont compris leurs responsabilités à l'égard des jeunes. Nous avons aussi et surtout un corps enseignant de qualité, auquel je voudrais rendre hommage, parce qu'il travaille avec compétence et dévouement dans un contexte souvent difficile. Mais à côté de ces réussites, que d'échecs, que d'orientations mal faites, que de départs manqués sur les chemins de la vie !

Je le dis clairement devant vous, le moment est venu de remettre en question le fonctionnement même d'un système sclérosé, qui subit depuis des décennies à l'emprise sans partage d'un pouvoir syndical conservateur et corporatiste.

Ainsi, nous sommes décidés à transformer l'enseignement technique et professionnel et à mener une nouvelle politique de formation initiale et continue, afin de mieux préparer les Français aux emplois de demain et d'après-demain. Cela signifie que les principes d'autonomie, de décentralisation, de partenariat, doivent entrer dans les faits, parce que l'heure est venue de connecter enfin le monde éducatif et le monde économique. Les collectivités locales, de même que les principaux acteurs de la vie économique doivent jouer pleinement leur rôle dans notre système éducatif, y compris dans le choix des filières d'enseignement et dans la définition des programmes. C'est indispensable si nous voulons donner à l'apprentissage un second souffle, et faire de l'enseignement professionnel une filière de formation noble et à part entière.

De même, nous sommes décidés à faire en sorte que l'enseignement général remplisse mieux ses missions. L'école primaire est le socle sur lequel repose l'ensemble du système. Il faut que les directeurs, déchargés de toute fonction pédagogique, puissent se consacrer à la bonne marche des établissements. Il faut que les maîtres reçoivent des instructions claires l'animation et l'éveil sont choses importantes, mais beaucoup plus important encore est l'apprentissage de la lecture. Il faut que des moyens soient dégagés pour mieux soutenir les élèves en difficulté, parce qu'échouer dans le primaire, c'est échouer pour toujours.

À l'autre bout de la chaîne, les universités ont certes vocation à transmettre une culture et à favoriser la recherche, mais elles ont aussi vocation à préparer à un métier. Je trouverais tout à fait normal que les facultés qui jouent ce rôle, qui s'attachent à doter leurs étudiants d'un bagage qui leur sera utile sur le marché de l'emploi, voient leurs moyens renforcés.

Dans la mise en œuvre de ces réformes, nous allons rencontrer de multiples résistances, nous en sommes conscients. C'est pourquoi nous ferons appel au peuple français, par voie de référendum, dont le champ d'application devra être élargi, parce que seule l'opinion publique peut triompher des corporatismes les plus divers. Je le répète, il n'y a pas de citadelle imprenable.

Il n'y a pas non plus de problème insoluble. Je prendrai l'exemple de l'immigration. Donner un coup d'arrêt à l'immigration clandestine, c'est possible. Appliquer les décisions, je pense par exemple aux décisions de reconduite à la frontière, c'est possible. Rendre notre pays moins attractif pour les étrangers, c'est possible. Nous l'avons montré entre 1986 et 1988, avec les résultats que l'on sait. En la matière, tout est une question de volonté politique.

La volonté politique, nous l'avons. C'est pourquoi nous restaurerons le dispositif de contrôle d'identité, et nous généraliserons l'usage des cartes d'identité infalsifiables. On ne peut tolérer plus longtemps que les papiers d'identité fassent l'objet, comme c'est aujourd'hui le cas, d'un trafic scandaleux.

C'est pourquoi aussi, nous créerons un corps "d'officiers de l'immigration", qui collaborera avec les agents de la douane, afin de donner toute son efficacité à notre combat contre l'immigration clandestine.

C'est pourquoi nous réserverons le regroupement familial aux seuls étrangers titulaires d'une vraie carte de long séjour.

C'est pourquoi, nous changerons, enfin, le code de la nationalité, conformément aux conclusions de la Commission Marceau Long. Tout simplement parce que l'acquisition de la nationalité française est un acte solennel, qui doit faire l'objet d'une demande expresse. Être Français est un honneur qui donne des droits mais qui impose aussi des devoirs. Il est temps que cette évidence soit prise en compte dans notre législation.

Voilà, mes chers amis, de quelle façon nous voulons agir : avec rapidité et avec force. Qu'il me soit permis, au passage, de répondre à ceux qui dénoncent par avance le coût des réformes, et qui prétendent que nous n'aurons pas les moyens de nos ambitions. Je m'inscris en faux contre cette assertion. Il y a, c'est vrai, des réformes coûteuses, qui supposent que soient dégagées les marges de manœuvre nécessaires. Nous l'avons prévu. Mais il y a aussi des réformes, beaucoup plus nombreuses que l'on croit, qui n'exigent rien d'autre que la volonté de les mettre en œuvre. C'est le cas de la modification du code de la nationalité. Dans le domaine de la justice, dont il importe de garantir l'indépendance, c'est le cas de la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature, qui gère la carrière des magistrats, et dont tous les membres, aujourd'hui, sont nommés par le Président de la République. Ces exemples, et j'aurais pu en prendre beaucoup d'autres, montrent qu'en matière de réforme, comptent d'abord et avant tout la détermination et le courage politique.

Troisième exigence, qui est au cœur de notre projet d'alternance : la solidarité. Le tissu social de la France se délite sous nos yeux. Ce n'est pas acceptable. Je dis que l'on ne gouverne pas de la même façon un pays qui compte 5 millions d'exclus du monde du travail, et un pays qui compte quelques centaines de milliers de chômeurs, comme c'était le cas dans les années 60/70, même si chaque chômeur, bien entendu, est un chômeur de trop. Je dis que la lutte contre l'exclusion, le resserrement des liens sociaux doivent venir en tête de toutes nos préoccupations. C'est dans cet esprit que je voudrais proposer aux Français un véritable pacte social, dont le principe sera de mettre l'économie au service de l'homme.

Pour cela, nous devrons redonner vie aux droits les plus fondamentaux des citoyens. Le droit de se soigner dans les meilleures conditions, en s'appuyant sur une politique de santé publique qui veille à l'égalité d'accès aux soins. Le droit de bénéficier d'une retraite garantie, dans le cadre du système par répartition qui est et qui doit rester la clé de voûte de notre assurance-vieillesse. Le droit, pour les femmes, de concilier vie professionnelle et vie familiale. Le droit de se loger dignement, grâce à la relance du logement social. Enfin, et surtout, le droit de travailler et le droit de vivre, autant que faire se peut, dans la région où l'on naît.

Le droit de travailler, cela signifie une nouvelle politique de l'emploi. Il est faux de prétendre que tous les pays sont logés à la même enseigne, et sont pareillement désarmés face au chômage. Voyez l'Allemagne, où le taux de chômage est inférieur à 5 %, voyez les États-Unis, où il est à peine supérieur à 7 % ; voyez le Japon, où il avoisine les 2 %. Chez nous, en France, c'est plus de 10 % de la population qui est privée d'emploi. La conclusion est claire : notre politique de l'emploi doit être profondément renouvelée.

Chacun le reconnaît, la reconquête de l'emploi exige une autre politique économique, davantage orientée vers le soutien de la croissance et la baisse des taux d'intérêt. Cela suppose une politique budgétaire plus rigoureuse, et une concertation accrue avec nos principaux partenaires européens pour desserrer la contrainte des taux d'intérêts dans la Communauté.

Une autre politique économique, c'est aussi l'allègement des charges qui pèsent sur les entreprises, et qui freinent l'investissement et l'emploi. Je pense notamment aux charges sociales, beaucoup plus élevées dans notre pays que chez nos principaux concurrents, d'où le choix de certaines sociétés internationales de s'installer en Grande-Bretagne, par exemple, plutôt qu'en France. C'est pour cela que nous avons l'intention de transférer le financement des allocations familiales, actuellement supporté par les employeurs, sur le budget de l'État. C'est pour cela que nous entendons exonérer de charges sociales, selon des modalités à définir, les emplois nouvellement créés dans les petites et moyennes entreprises. Ces mesures ont bien sûr un coût, mais qui sera beaucoup moins élevé, en tout état de cause, que le coût du chômage. Rien ne coûte plus cher que le chômage. Savez-vous qu'un chômeur coûte à la collectivité 100 000 F par an. Toute mesure fiscale ou financière, coûtant moins de 100 000 F par an ? et permettant de créer un emploi fait donc faire une économie à la France.

Naturellement, ces mesures, jointes à une nouvelle politique éducative, n'auront pas des effets immédiats. Il faudra donc prendre d'autres décisions, d'autres initiatives pour obtenir des résultats plus rapides. Je pense à l'aménagement du temps de travail et à la relance du temps partiel, qui devront être favorisés par des incitations fiscales ou sociales significatives. Le temps partiel, en effet, est souhaité par beaucoup de Français, et tout particulièrement par des mères de famille.

Je pense à la relance de certains secteurs d'activité. Ainsi, toute une panoplie de mesures fiscales et budgétaires est prévue pour sortir le bâtiment du marasme qu'il connaît, et lui rendre son dynamisme. Nous voulons faire en sorte que les mises en chantiers passent de 260 000, chiffre actuel, le plus bas depuis 1954, à 350 000, ce qui permettra de créer près de 150 000 emplois et de répondre aux besoins des français, notamment en matière de logement social.

Je pense au développement de nouvelles formes d'emplois, et notamment aux emplois dits "de proximité", qui représentent, tout le monde s'accorde à le dire, un gisement sous-exploité. Notre société a profondément changé. Les femmes qui travaillent sont de plus en plus nombreuses. Par ailleurs, de plus en plus de Français vivent seuls, c'est particulièrement vrai pour les personnes âgées. Compte tenu de ces évolutions, les aides à domicile, les aides ménagères, les assistantes maternelles, tous ceux qui apportent non seulement un service mais une présence, joueront un rôle de plus en plus important. Ils sont l'une des réponses que nous pouvons apporter à la solitude, à l'isolement, qui sont trop souvent le lot de nos sociétés modernes. C'est pour cela que nous voulons changer le statut fiscal du chef de famille, qui pourra, comme le chef d'entreprise, déduire de son revenu imposable les salaires et charges qu'il verse lorsqu'il emploie une personne pour aider à la vie quotidienne.

À mes yeux, il n'y a pas de petits boulots. D'ailleurs, dans les pays étrangers l'expression "petit boulot" n'existe pas. Il y a tout simplement des emplois. Je ne suis pas sûr que l'on fasse toujours le bon choix en recherchant la productivité à tout prix, qui passe trop souvent par la suppression de l'intervention humaine, essentiellement dans le secteur des services. Voyez ces supermarchés où il devient de plus en plus difficile de trouver un vendeur pour obtenir un renseignement. Voyez ces parkings d'où il est impossible de sortir si vous n'avez pas les pièces de monnaie que réclame une machine impersonnelle. Voyez ces stations-services, dites "automatiques", où personne n'est là pour vous aider, sans parler des transports en commun qui fonctionnent avec de moins en moins de personnel, ce qui a aggravé le sentiment d'insécurité des usagers. C'est chaque fois la même logique. Pour gagner en productivité, on a perdu non seulement des emplois, mais aussi de l'assistance, de la chaleur, de la solidarité. Est-ce un progrès ? Je ne le crois pas. Cela signifie qu'au-delà des réformes nécessaires, c'est toute la psychologie collective de la France qui doit changer pour faire progresser la cause de la solidarité. J'ajoute qu'aucun autre grand pays industriel ne mène ainsi une politique d'automatisation à tous crins dans le secteur des services. Cela devrait nous faire réfléchir !

La solidarité, elle doit aussi s'exercer en direction des régions rurales, qui traversent une crise d'une exceptionnelle gravité. Vous le savez bien, vous qui vivez dans ces Alpes de Haute-Provence où l'agriculture occupe, dans ses formes multiples, une place essentielle, qu'il s'agisse de l'arboriculture, de l'agriculture de montagne ou de l'élevage.

Je voudrais dire solennellement devant vous, à Manosque, que la France a le devoir sacré de soutenir son agriculture, et de préserver le monde rural. Il n'y a pas deux France, une France agricole contre une France citadine. Il y a une seule France, solidaire, qui doit défendre ses paysans, parce que c'est ainsi qu'elle défendra son identité. Là encore, il n'y a pas de fatalité. Il est possible de conduire une autre politique, afin de donner un coup d'arrêt à la désertification des campagnes, qui a pour conséquence dramatique l'hypertrophie des villes et de leurs banlieues.

Notre agriculture joue un rôle capital dans notre économie. Il faut savoir qu'un emploi sur cinq est lié à la filière agricole et agro-alimentaire, qui représente, pour notre commerce extérieur, 50 Mds Francs d'excédents annuels.

Notre agriculture est aussi, il faut en être conscient, l'un des instruments de l'influence française dans le monde. Quand plus d'un milliard d'hommes, de femmes et d'enfants souffrent de la faim, comment admettre que le gouvernement français ait accepté de mettre en jachère 15 % des terres et de payer des paysans compétents pour qu'ils ne travaillent pas ? Les États-Unis, eux, n'ont consenti aucun sacrifice, parce qu'ils sont conscients de ce que représente le pouvoir vert, et qu'ils veulent en détenir le monopole.

C'est pour toutes ces raisons que je refuse de toutes mes forces la mort lente de nos campagnes. C'est pour toutes ces raisons que nous sommes décidés à agir dans trois directions.

En premier lieu, nous devrons faire preuve d'une fermeté extrême dans les négociations internationales. Au GATT, bien entendu, où nous devons refuser tout accord qui rendrait irréversibles les réductions d'exportation imposées par monsieur Delors et les euro-technocrates. À Bruxelles également, où il faudra exiger des mesures d'accompagnement et des compensations financières à la réforme de la PAC, qui aura pour notre agriculture des conséquences très graves.

Le dossier agricole, à l'évidence, ne doit plus être géré par la Commission qui n'a pas la légitimité nécessaire face aux États-Unis. Il faut aussi être conscient que les négociations agricoles sont un test pour l'ensemble des secteurs couverts par le GATT. Si nous capitulons sur ce dossier, l'Europe capitulera sur tous les dossiers. C'est cela, l'enjeu de la fermeté.

Deuxième priorité : aider les exploitations agricoles, avec la préoccupation constante de remettre nos agriculteurs en situation de compétitivité économique. Pour cela, il faudra alléger les charges fiscales, sociales et financières qui les écrasent. Je pense notamment à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, et au droit de mutation et de succession qui sont autant d'obstacles à l'installation des jeunes agriculteurs. Dans le même esprit, il faudra favoriser la diversification des débouchés, je pense en particulier aux utilisations industrielles des produits de la terre. Il faudra enfin augmenter sensiblement les aides compensatrices des handicaps naturels dans les zones de montagne et les zones défavorisées. La règlementation communautaire nous le permet. D'autres pays l'ont fait.

Mais au-delà de cette politique spécifiquement agricole, le renouveau du monde rural passe aussi par l'aménagement de notre territoire. Permettre aux paysans de rester sur leurs terres est une chose. Permettre aux villages de survivre en est une autre. Comment ne pas mesurer l'importance qui s'attache, par exemple, au maintien des services publics, écoles, bureaux de poste, perceptions, gendarmerie ? Déjà, dans nos campagnes, trop de services publics ne sont ouverts que certains jours, à certaines heures. Qu'arrivera-t-il quand ils fermeront définitivement leurs portes ?

De la même façon, tout doit être fait pour encourager le maintien des commerces, qui sont des foyers de vie locale, et pour favoriser le maintien et l'implantation d'activités nouvelles, industrielles, artisanales touristiques ou libérales. Cela suppose une politique d'incitation fiscale ou financière, justifiée par l'éloignement, et qui coûte beaucoup moins cher que les indemnités de chômage payées à ceux qui quittent nos campagnes pour ne pas trouver d'emploi dans nos villes.

Il faut enfin accroître les aides dont bénéficient les petites communes rurales. Cela suppose de modifier les modalités de calcul de la dotation globale de fonctionnement qui, aujourd'hui, les pénalisent.

Aménager notre territoire, c'est aussi désenclaver les régions qui le sont encore, par les infrastructures routières et ferroviaires appropriées. Ainsi, il n'est pas admissible que l'autoroute A 51 soit arrêtée depuis deux ans à Sisteron.

Qu'il me soit permis, à ce sujet, de faire quelques observations en ce qui concerne l'environnement. La préservation de notre héritage naturel fait partie de nos préoccupations essentielles. Je sais d'ailleurs que la ville de Manosque partage ce souci puisque votre municipalité est en pointe dans le combat pour un meilleur environnement. L'action exemplaire de votre ville s'inscrit dans la philosophie générale qui a inspiré le Parc Naturel du Lubéron. Mais pour moi, la politique de l'environnement, dans une région donnée, ne doit pas se faire contre les intérêts des hommes et des femmes qui l'habitent. Cela signifie que le désenclavement est une priorité. Cela signifie que la sauvegarde des atouts économiques d'une région est aussi une priorité. Je pense par exemple au site de Cadarache, qui est un centre pilote, et qui joue un rôle majeur dans la politique nucléaire, tant civile que militaire, de la France. Je le dis clairement devant vous, à Manosque : il serait dangereux de diminuer notre effort en matière de défense nucléaire, de même qu'il serait irréaliste de méconnaître l'importance de la filière des surgénérateurs. Si l'avenir du centre de Cadarache est essentiel pour votre ville et votre région, il compte aussi pour l'avenir de notre pays, nous en sommes tout à fait conscients. Nous trouverons toujours les moyens d'assurer la prospérité et le développement de ce centre prestigieux, où sont concentrés tant de compétences et de talents. La France et l'Europe ont besoin de Cadarache.

Voilà l'idée que je me fais de l'avenir : des droits fondamentaux réaffirmés. Une nouvelle politique de l'emploi et de la solidarité Une nouvelle politique agricole. Une nouvelle politique d'aménagement du territoire. C'est cela, le pacte social que nous proposons à nos compatriotes.

Telles sont, mes chers amis, quelques-unes de nos ambitions pour la France de demain.

Vous le voyez, nous avons des idées, nous avons un projet. Nous ne voulons pas d'une victoire par défaut qui ne serait due qu'au rejet du socialisme. Nous voulons une vraie et grande victoire, qui emporte, d'un souffle puissant, l'attentisme et la morosité.

La France en a besoin. Les Français en ont besoin. Il est temps que les générosités individuelles, si nombreuses dès lors qu'une tragédie touche nos concitoyens au cœur, s'unissent pour devenir une solidarité collective.

Il est temps que les indignations individuelles soient le ferment d'une société plus juste, plus exigeante, en un mot, plus morale.

Il est temps que les aspirations individuelles, trop souvent limitée à la poursuite d'objectifs personnels, nourrissent une espérance que tous pourraient partager.

C'est tout le sens de notre projet. Projet social, économique, politique, bien sûr. Mais aussi et surtout, projet pour une autre France, plus forte, plus généreuse, plus ambitieuse. Une France que les Français soient fiers de servir. C'est cette France-là qui est au cœur des prochaines élections législatives. Je vous attends pour la construire.

Vive Manosque,

Vive la République,

Vive la France.

 

11 février 1993
Troyes

Mes chers amis,

Je ne suis jamais las de parcourir les chemins de notre pays, et je le suis moins encore lorsqu'ils me conduisent chez vous, dans l'Aube et ici, à Troyes.

Beaucoup de liens me rattachent à votre région, à ses responsables, et comme nous sommes sur une terre où la fidélité n'est pas un vain mot, je ressens à chaque fois l'accueil que j'y reçois comme étant celui du cœur.

J'en suis d'autant plus touché que je connais les difficultés qui assaillent votre département, comme l'ensemble de notre pays. Vous êtes aujourd'hui durement éprouvés dans toutes les composantes de votre diversité, cette combinaison réussie entre une agriculture développée et une solide tradition industrielle.

Votre agriculture est frappée de plein fouet par les décisions néfastes prises en matière de politique agricole commune. Vous subissez aussi les conséquences de la crise économique sur l'emploi industriel.

Je sais donc que vous mesurez, mieux encore que d'autres, l'état de la France et les difficultés quotidiennes qui assaillent nombre de ceux qui y vivent.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Lorsque les gouvernants socialistes ont repris la responsabilité du pays, il y a près de cinq années, ils ont pourtant eu une chance exceptionnelle. La France était en ordre de marche, grâce à la politique d'assainissement menée par mon Gouvernement avec le soutien de la majorité UDF-RPR de l'époque. Des finances publiques rétablies, une économie en croissance, un chômage qui avait amorcé sa décrue depuis l'été 1987, autant de conditions remplies pour fonder solidement l'action de la nouvelle équipe formée par nos successeurs.

Deux tâches essentielles étaient à l'ordre du jour : la première consistait à poursuivre le redressement de l'économie et de l'emploi et à bien préparer les Français et leurs entreprises à la compétition européenne, accrue du fait de l'entrée en vigueur du grand marché au premier janvier 1993.

La seconde, plus ambitieuse encore, était d'engager les réformes profondes que nécessite la société française : refondre un système éducatif à bout de souffle et qui engage chaque année des dizaines de milliers de jeunes vers le chômage ; préserver l'équilibre de notre territoire national, gravement menacé par l'opposition entre des villes trop peuplées et des campagnes trop vides : prendre à bras le corps la situation de la protection sociale, qui inspire aux Français attachement légitime et craintes sérieuses.

Pour mener à bien sa tâche, M. Rocard a disposé de deux atouts, bien rarement réunis dans la main d'un Gouvernement : le temps, puisqu'aucune échéance politique nationale ne s'imposait à lui avant cinq ans et l'argent, grâce aux énormes plus-values fiscales héritées de notre gestion.

Alors que la législature s'est achevée et alors que le grand marché européen s'est ouvert, il est temps de mesurer le chemin parcouru depuis le printemps 1988 et de se demander si ces cinq années ont été bien utilisées pour la France.

La réponse saute aux yeux. Notre pays vient de perdre cinq années. Cinq années de gâchis au bout desquelles l'économie est en panne et secrète le chômage, un chômage qui frappe officiellement trois millions de nos compatriotes, mais en réalité, plus de cinq millions, lorsque l'on dresse le triste inventaire de tous ceux, allocataires du RMI et bénéficiaires des différentes formes de traitement social, qui ne sont pas réellement insérés dans le monde du travail.

Cinq années de gâchis pendant lesquelles rien n'a été fait pour remédier véritablement aux défauts majeurs de notre éducation nationale. Les gouvernements socialistes se gargarisent des 80 milliards de francs supplémentaires et des 55 000 créations d'emplois engloutis par la machine éducative depuis 1988.

Leur autosatisfaction serait peut-être légitime, si l'ambition était d'en faire la plus grande garderie du monde. Mais quel est le véritable bilan, celui qui s'apprécie en termes de transmission du savoir et de préparation des jeunes à la vie professionnelle et sociale ?

La moitié de nos enfants quittent l'école primaire sans réellement savoir bien lire, écrire et compter ; la filière professionnelle demeure le paria de l'enseignement et le grand dessein de Madame Cresson en faveur de l'apprentissage a disparu avec elle. Près de 60 % des jeunes qui s'engagent dans l'enseignement supérieur abandonnent dans les deux ans qui suivent, sans aucun diplôme. Et au bout du chemin, c'est le chômage qui attend près d'un jeune Français sur quatre, c'est-à-dire un taux trois fois plus élevé qu'en Allemagne.

Cinq années de gâchis quant à la préservation de la protection sociale. Dès le printemps 1988, mon Gouvernement avait, à l'issue des États Généraux de la sécurité sociale, posé le diagnostic quant aux menaces qui pèsent sur elle et particulièrement sur l'assurance vieillesse. Qu'ont fait les trois Gouvernements socialistes qui se sont succédés ? Rien ; de livre blanc en commissions des sages, de table ronde en rapport d'experts, ils ont laissé la question de l'avenir de la protection sociale en France dans l'état exact où ils l'ont trouvé. À une différence près toutefois ; le taux des prélèvements sociaux sur la richesse nationale est passé de 19,8 % en 1988 à 20,6 % en 1992, soit 55 milliards de francs de cotisations supplémentaires que les Français doivent acquitter chaque année ; en dépit de cet énorme effort, nos régimes sociaux, encore globalement équilibrés en 1988, accumulent les déficits : près de 40 Mds F pour la seule année 1993, et n'évitent la cessation de paiement que par des expédients quotidiens.

Au cours de ces cinq années, les Gouvernements socialistes ont gâché la chance historique qui s'offrait à notre pays de faire jeu égal avec l'Allemagne. Ce sont nos compatriotes qui en auraient bénéficié avec davantage d'emplois et une solidarité accrue envers les plus faibles. Les socialistes ont aussi soigneusement évité d'engager les transformations indispensables pour corriger les défauts de notre société et garantir l'égalité des chances pour chacun.

La France est donc restée immobile, alors qu'autour d'elle le monde et notre continent ont davantage bougé que pendant les quarante années précédentes.

Obsédés par la conservation de leur pouvoir, les socialistes ont tenté de se maintenir en ne touchant plus à rien, eux dont l'ambition première était de tout remettre en cause et de changer la vie.

Mais le rejet qui les frappe ne se nourrit pas que de leur inaction. Les socialistes portent aujourd'hui devant les Français le poids de leurs fautes.

Ce sont eux qui ont laissé se désagréger notre territoire. En acceptant, sans réagir, la désertification de 40 % de l'espace national, en étant complices d'une honteuse réforme de la politique agricole commune qui transformera les paysans en assistés et les terres cultivées en espaces stériles, ils ont sapé les fondements de la prospérité de notre espace rural et mis en danger un secteur essentiel de notre activité économique qui nous apporte plus de 50 Mds F d'excédents extérieurs annuels.

L'heure est venue de remettre notre agriculture en situation de compétitivité. Ce qui suppose d'alléger les charges sociales, fiscales et financières qui pèsent sur les exploitations. Ce qui suppose aussi d'accroître la qualité de nos produits et de diversifier nos débouchés. C'est la raison pour laquelle je suis personnellement très favorable au développement des utilisations industrielles des produits de la terre, en particulier des bio-carburants.

Voire département joue un rôle pionnier en la matière et doit être soutenu.

Comme si cela ne suffisait pas, les socialistes ont pratiqué la solidarité à l'envers en distribuant les grandes infrastructures routières et ferroviaires et les centres universitaires aux régions les plus offrantes et en délaissant les plus pauvres, celles qui ont besoin d'être soutenues pour asseoir leur développement. Par indifférence pour le monde rural, les socialistes ont porté atteinte à notre équilibre social, à l'enracinement et à l'identité de chacun d'entre nous.

Ce sont eux aussi qui ont transformé la France en simple figurant sur la scène internationale. À force d'accumuler les contresens sur la marche du monde, qu'il s'agisse de la réunification allemande ou de l'évolution interne de l'ex-Union Soviétique, à force d'affaiblir nos capacités militaires, tristement mises en lumière chaque fois qu'il est question d'intervention extérieure, dans le Golfe, en Somalie ou dans l'ex-Yougoslavie, M. Mitterrand et ses Gouvernements successifs ont privé notre pays de sa capacité à faire entendre son message. La France s'illustre, certes, dans l'action humanitaire, mais elle n'a plus de politique étrangère. Notre pays ne peut se satisfaire de jouer le rôle dévolu aux organisations caritatives internationales, si respectable soit-il. La France n'est pas une association, mais une grande Nation et il lui faut retrouver sa place et son rang, ceux que l'histoire, la volonté de ses dirigeants successifs et le génie de son peuple lui ont permis d'occuper des siècles durant.

Ce sont les socialistes enfin, qui ont affaibli l'État, l'un des fondements de notre République. En laissant bafouer son autorité dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme, en tentant de manipuler la justice au profit d'intérêts partisans ou personnels, en s'appropriant la fonction publique à travers des nominations de complaisance alors que seule devrait compter la compétence, les socialistes ont porté atteinte à l'honorabilité et à l'impartialité de l'État. Il ne faut donc pas s'étonner si, aujourd'hui, les Français ne lui font plus confiance.

Et je voudrais évoquer ici, aux côtés de Robert Galley, la question si importante de la défense nationale, parce que je suis frappé, là aussi, par l'absence de réflexion, par l'immobilisme et l'incohérence qui ont caractérisé l'action du gouvernement socialiste durant ces dernières années.

Certes, plus de 10 000 soldats français sont actuellement engagés à l'étranger et remplissent, sous le mandat de l'ONU, des actions d'autant plus courageuses et risquées que les missions qui leur sont confiées ne paraissent pas toujours claires. Je veux rendre hommage à leur courage, à leur détermination et à leur professionnalisme.

Certes, des initiatives ont été prises, que j'approuve, comme la création d'un corps d'armée franco-allemand, confortant et renforçant la brigade mixte mise en place alors que j'étais Premier ministre.

Certes, nous avons participé à la guerre du Golfe et plus récemment nous avons servi de soutien à la dernière action aérienne contre l'Irak.

Jamais, pourrait-on dire, depuis les guerres coloniales et le second conflit mondial, la France n'est apparue aussi guerrière. Mais, et c'est bien la question que nous devons nous poser : quelle est, à supposer qu'elle existe, la conception de la sécurité de la France qui inspire ses actions ? Jusqu'à la chute du Mur de Berlin, les choses étaient claires : l'adversaire principal était bien identifié : il était à l'Est. La France lui faisait face dans le cadre de l'Alliance atlantique dirigée par les États-Unis et dans laquelle le Général de Gaulle avait su préserver notre autonomie que justifiait, entre autres, notre statut de puissance nucléaire. Enfin, nous avions des responsabilités particulières sur le continent africain où notre présence était souhaitée.

Aujourd'hui, tout a changé. L'Union Soviétique s'est disloquée et a cessé d'être porteur d'une idéologie d'agression. Les risques de ce côté-là ont diminué même si la détention par les Républiques, nées sur les débris de l'Union, de missiles et de charges nucléaires demeurent inquiétantes. De nouveaux risques sont apparus, avec le surarmement de l'Irak et de l'Iran et la prolifération des armes nucléaires et chimiques. En Europe, les Américains retirent leurs troupes, tout en essayant de maintenir un contrôle sur l'Alliance et sur l'OTAN.

L'accord de Maastricht ouvre quelques perspectives en faveur d'une Europe de la défense. Mais la réalité est là : les Occidentaux sont aujourd'hui impuissants, dramatiquement impuissants, à éviter l'aggravation du conflit dans l'ex-Yougoslavie qui se déroule à leur porte.

Quand a-t-on débattu en France des conséquences de ces changements historiques sur notre doctrine militaire, sur nos engagements internationaux, sur les moyens qu'il convenait d'affecter à la défense, qu'il s'agisse des hommes ou des équipements ? Jamais.

Le gouvernement s'est contenté, au fil des budgets, de réduire les ressources consacrées à notre sécurité, en tentant de dissimuler ses choix, comme s'il en avait honte. Aujourd'hui, la France n'a plus les moyens de ses ambitions. Aujourd'hui, les personnels militaires, dont la situation s'est sensiblement dégradée, s'interrogent et doutent.

Le prochain gouvernement aura la lourde tâche de sortir du brouillard et de lever les incertitudes. Il lui faudra élaborer une nouvelle politique de défense, clarifier nos objectifs, redonner une cohérence à nos actions, aborder franchement les problèmes de la condition militaire.

Ma première conviction est que notre stratégie conventionnelle, jusqu'à présent fondée sur le principe d'un engagement massif et annonciateur du feu nucléaire, est devenue largement caduque avec la disparition des forces du Pacte de Varsovie. Nous devons repenser notre stratégie militaire en fonction de quelques principes simples : la mobilité, la polyvalence et le professionnalisme des personnels. Ceci suppose une réorganisation de nos armées.

Je crois ensuite que notre outil militaire doit être redéfini pour tenir compte de la nature et de la complexité de nos interventions. Il doit être plus resserré, plus souple d'utilisation et moins dépendant des contraintes que fait peser sur son emploi l'existence de régiments mixtes, composés pour moitié de professionnels et pour moitié d'appelés. C'est pourquoi il est inévitable de poursuivre la constitution de divisions entièrement professionnalisées, pouvant intervenir sans délai.

Ces évolutions posent, à l'évidence, la question du maintien de la conscription. Sa réforme s'imposera à l'avenir, d'autant qu'il lui est reproché d'être devenue inégalitaire et porteur de discriminations. Des propositions ont été formulées en ce sens, notamment par le Rassemblement pour la République. Je souhaite qu'un grand débat puisse être organisé Sur ce sujet car la réforme du service national est l'affaire de tous, des militaires comme des civils et chacun doit pouvoir s'exprimer.

J'observe enfin que, sans négliger l'effort en faveur de l'armement conventionnel, l'arme nucléaire demeurera une donnée clé pour assurer l'équilibre en Europe et faire face aux menaces résultant de la diffusion des armes et des cerveaux de l'ex-Union Soviétique vers le sud. J'en suis convaincu : l'arme nucléaire doit rester le garant ultime de notre sécurité. Elle constitue un atout irremplaçable pour la défense de l'Europe.

Il nous revient donc de maintenir nos compétences et nos équipes dans le domaine nucléaire afin d'être capables, le moment venu, de concevoir, de développer et de produire les systèmes indispensables à notre sécurité. Ce qui suppose le lancement d'un nouveau programme stratégique, porteur de progrès technologiques, permettant de disposer de deux composantes modernes. Mais il nous faut aussi nous libérer des concepts et des doctrines figés en donnant à notre politique de défense, y compris dans le domaine nucléaire, une dimension européenne. Pourquoi, sans rien abandonner de notre autonomie de décision, ne chercherions-nous pas à définir avec nos partenaires le rôle des forces nucléaires françaises ou britanniques dans le cadre d'une politique de sécurité commune ?

Cette approche européenne de notre sécurité extérieure doit aussi nous conduire à revoir notre attitude à l'égard de l'Alliance atlantique. Bien sûr, nous devons veiller à conserver notre autonomie de décision politique et plaider pour l'interopérabilité qui s'impose au détriment des mécanismes d'intégration militaire dont la raison d'être a disparu. Mais il nous faut aussi faire preuve de souplesse à l'égard de nos alliés. Les événements récents de l'ex-Yougoslavie montrent bien le caractère surréaliste des discussions sur les mérites respectifs de l'OTAN et de l'UEO. J'en suis persuadé : les grandes nations européennes doivent forger des instruments militaires pouvant être rapidement mis en œuvre en liaison avec les alliés américains. C'est pourquoi la France pourrait prendre l'initiative de proposer, au sein de l'Alliance atlantique, les modalités d'une nouvelle association, privilégiant la complémentarité entre les organisations, mettant ainsi un terme à une compétition qui débouche sur l'impuissance européenne.

En tardant à apporter les réponses aux questions que je viens d'évoquer, en maintenant l'ambiguïté sur nos rapports avec nos alliés, en n'adaptant pas nos forces à nos nouvelles missions, en laissant le malaise se développer dans le personnel militaire, Monsieur Mitterrand et le gouvernement socialiste ont pris une lourde responsabilité. Il est temps, là aussi, de réagir et de préparer l'avenir. Il est urgent de susciter le débat indispensable sur la stratégie, sur l'organisation et les moyens de notre défense, qu'impose la nouvelle donne internationale.

Devant ce constat et alors que les consultations électorales qui se succèdent depuis les élections régionales et cantonales de mars 1992 font apparaître l'ampleur de leur discrédit et la sévérité légitime de l'opinion à leur égard, les dirigeants socialistes ont-ils modifié leur politique ou au moins infléchi leur attitude ? C'est trop demander. Ils vont répétant à loisir que tout est bien, en tout cas mieux qu'ailleurs, que les critiques et les mécontentements qui fusent de toutes parts sont le fruit de la mauvaise foi des uns et de la mauvaise compréhension des autres. M. Bérégovoy, appelé soi-disant pour rétablir une situation gravement compromise par Madame Cresson, n'a rien fait d'autre que poursuivre une politique dont il est, depuis 1988, l'un des principaux responsables et aujourd'hui le plus ardent défenseur.

Mieux encore, avec ce mélange d'arrogance et d'intolérance dont sont affligés nombre de dirigeants socialistes, ils s'en prennent à l'opposition, soit parce que c'est elle qui serait responsable des échecs de l'économie et des difficultés du franc, ou bien encore, parce que d'après eux, elle s'apprêterait à s'approprier l'État.

Étrange reproche de la part de ceux qui, depuis de trop nombreuses années ont fait du pouvoir le pire exercice qui se puisse imaginer. Ils en ont largement abusé pour servir des intérêts partisans et parfois individuels. En revanche, ils n'en ont guère usé pour accomplir ce pour quoi il est fait : servir le pays et préparer son avenir.

Je sais qu'il n'est guère nécessaire que je m'appesantisse encore pour vous convaincre et, au-delà de vous, la très grande majorité des Français, que le socialisme a fait son temps. Mais dresser la longue liste de ses méfaits dans notre pays, c'est d'abord mesurer la gravité de notre situation et l'ampleur de la tâche qui attend ceux qui assumeront la responsabilité du pays en avril prochain, et qui devront avoir le temps et la totalité des moyens nécessaires pour l'indispensable redressement de la France.

Aucun d'entre nous ne doit avoir d'illusion ni en entretenir chez les autres ; la seule vertu de l'alternance, même si elle se produit avec toute l'ampleur désirée, ne dissipera pas les difficultés, ne rétablira pas rapidement une situation de l'emploi dramatique et ne chassera pas le cortège de misère et de solitude qui l'accompagne. Ce miracle a d'autant moins de chances de se produire que toute l'énergie restant à l'actuel Gouvernement est employée à entraver l'action de son futur successeur : empilement de déficits publics, accumulation des engagements de dépenses non financés, report de décisions urgentes au-delà de l'échéance électorale, tentatives pour faire obstacle à l'indispensable politique de privatisation ou bien encore frénésie de nominations partisanes à des postes de responsabilités dans l'État et dans les entreprises publiques, comme chaque jour nous en apporte dorénavant le scandaleux exemple.

Est-ce à dire que devant la gravité des maux dont souffre le pays et la perspective des difficultés accumulées il faut baisser les bras ou renoncer, en s'installant dans l'atmosphère de résignation qui, peu à peu, a gagné notre pays ? Si je le croyais, je ne serais pas devant vous, et je ne ferais pas tout ce qui est en mon pouvoir pour que l'opposition actuelle remporte les élections législatives et les remporte largement.

Je crois profondément que, dans leur cœur, les Français sont, en dépit des difficultés, fidèles au Général de Gaulle et comme lui, "jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance". C'est l'objet de cette campagne, pour les responsables de l'opposition, que d'aider à faire briller cette lueur et c'est le sens des propos que je vous tiens ce soir.

Pour parvenir à réveiller l'espoir, sans susciter l'illusion, nous devons nous engager dans un triple combat. Celui du redémarrage de notre économie au service de l'emploi ; celui de la suppression des blocages de notre société au service de l'égalité des chances, celui de la préservation de la solidarité au service des plus faibles.

La première des urgences c'est de tout faire pour que l'économie nationale, aujourd'hui en panne, reparte.

La manière d'y parvenir est au centre du débat public entre opposition et Gouvernement et aussi parfois, au sein même de l'opposition. Ce débat est légitime, car rien ne mérite davantage l'attention des responsables politiques que les moyens de stabiliser la montée du chômage, puis d'amorcer sa décrue.

Encore faut-il se garder des extrêmes ou des solutions chimériques. Pour ma part, je ne me range pas dans le camp des contemplatifs, qui considèrent que la politique menée aujourd'hui est la seule concevable et qu'il suffit d'attendre je ne sais quel mystérieux salut qui viendrait de l'extérieur. Je ne me range pas non plus dans celui des alchimistes, c'est-à-dire ceux qui cherchent la solution dans des manipulations monétaires et dans le retour de l'inflation.

Je me tiens à égale distance de deux attitudes : l'une qui consiste à tout miser, comme le font nos gouvernants, sur le niveau des taux d'intérêts pour asseoir la parité de la monnaie ; l'autre qui consisterait à la manipuler pour relancer la croissance au risque de ne créer que la hausse des prix. Toutes les deux ont en commun de privilégier l'illusion monétaire.

En fait les taux d'intérêts excessifs qui nous étreignent ont pour origine la politique monétaire allemande, c'est vrai, mais aussi l'augmentation croissante de nos déficits et de notre dette qui pèsent lourdement sur le marché. Seule une politique de désendettement, de réduction des déficits publics et d'incitation à l'épargne nous permettra d'améliorer la situation et d'être plus exigeants vis-à-vis de l'Allemagne.

Ma conviction est donc qu'il y a place pour une autre politique, à même de favoriser le retour de la croissance, sans pour autant sacrifier la stabilité des prix et malmener la monnaie qui ne doit en aucun cas être un enjeu de campagne électorale.

Mais pour réussir cela, il faut agir sur ce qui est bien réel dans notre économie et qui peut nourrir la croissance : accélérer le rythme de l'investissement des entreprises, les aider à préserver leur marché, augmenter le niveau de la consommation des Français et développer l'épargne qu'ils peuvent consacrer à leur logement, ou au financement des entreprises.

C'est l'objectif central de la politique qui devra être engagée au printemps prochain et qui doit utiliser plusieurs leviers :

a) La réduction du poids de l'État dans la vie nationale grâce à la stabilisation du déficit et à un coup d'arrêt à l'emballement de la dette ; les ponctions de l'État sur l'épargne disponible, aujourd'hui insupportables, pourront alors être réduites ce qui contribuera à la détente du niveau des taux d'intérêt.

b) La baisse des charges des entreprises qui, combinée à cette réduction des taux, leur permettra d'investir et de créer des emplois ; il reste beaucoup de chemin à faire puisqu'elles continuent à supporter dans la compétition qui les oppose à leurs concurrentes européennes des charges qui représentent 17 % de la richesse nationale, contre 10 % environ en Allemagne et en Grande-Bretagne.

c) La hausse du salaire direct, plus faible en France que chez certains de ses concurrents, notamment en Allemagne. Elle passe, en premier lieu, par la prise en Charge progressive, par le budget de l'État, des cotisations familiales, aujourd'hui à la charge des entreprises. Ces sommes seront intégralement reversées aux salariés qui pourront, au choix, les affecter à leur consommation ou, en bénéficiant d'une exonération fiscale, à la constitution d'une épargne retraite. La seconde mesure consistera à réduire le nombre de tranches que comporte le barème de l'impôt sur le revenu. Cette réforme, qui atténuera la progressivité de l'impôt, bénéficiera tout particulièrement aux salariés des classes moyennes, qui sont aujourd'hui les plus pénalisés.

En outre, pour créer l'électrochoc salutaire dont notre économie a besoin, il sera nécessaire d'aider directement les secteurs du logement, du bâtiment et des travaux publics, aujourd'hui sinistrés, alors qu'ils constituent une source importante d'emplois.

Passer de 260 000 à 350 000 logements lancés est nécessaire et possible et permettra de créer immédiatement 150 000 emplois.

En matière de travaux publics, je crois que l'État doit reprendre au plus vite l'initiative de grands projets routiers et ferroviaires, notamment en matière de TGV, que les socialistes ont graduellement abandonné. Cette action en faveur de l'activité devra bien entendu s'inscrire dans la politique de renouveau de l'aménagement de notre territoire qui sera une préoccupation majeure du nouveau gouvernement. Il n'est pas question de facturer aux régions en difficulté le prix des infrastructures destinées à les aider à s'en sortir, mais bien de mobiliser, à leur profit, les ressources de la collectivité nationale, notamment une fraction des recettes de privatisation.

Enfin, ici à Troyes, au cœur de l'industrie de la maille, je tiens à évoquer la défense de nos entreprises face à la concurrence déloyale d'un certain nombre de pays étrangers.

Vos marques prestigieuses portent dans le monde entier les couleurs françaises. Vos créateurs font école et vous êtes devenus une des capitales de la mode.

Et pourtant l'industrie du textile-habillement se porte mal. Les quelques 10 000 emplois perdus dans l'Aube l'attestent douloureusement.

À cela plusieurs raisons majeures : la concurrence des producteurs des pays du tiers-monde qui utilisent la misère, l'absence de protection sociale, singulièrement dans le Sud-Est asiatique, le travail des enfants, voire celui des prisonniers, pour obtenir des coûts de main-d'œuvre dix à vingt fois inférieurs aux nôtres ; la fermeture des marchés de ces mêmes pays qui nous inondent de leurs articles à bas prix, souvent copiés sur les nôtres ; enfin l'incroyable laxisme dont font preuve les autorités de Bruxelles dans le domaine du textile-habillement. Nous sommes lassés de voir discuter âprement des quotas qui, à peine signés, sont déjà dépassés sans que personne ne proteste ; l'Europe est aujourd'hui une véritable passoire.

Notre industrie textile est la seconde en France par le nombre des emplois (750 000 emplois directs et indirects), la première pour la répartition régionale. Elle est pour nous une priorité nationale.

Pour l'aider à sorti de ses difficultés, pour la soutenir, il nous faut agir au plan international et au plan national. Il faut : d'abord exiger l'ouverture réciproque et progressive de tous les marchés, aujourd'hui fermés par des droits de douane abusifs ou des mesures discriminatoires ; supprimer la piraterie internationale, les vols de marques, les copies de modèles, alors que le GATT se propose de les légaliser ; insérer dans les accords du GATT une charte sociale et une charte de protection de l'environnement, applicables à tous les pays producteurs. Enfin établir en Europe un système efficace de contrôles et de sanctions.

Je suis conscient que la mise en œuvre du projet actuel du GATT mettrait en péril au cours des dix prochaines années 350 000 emplois en France et près de 2 000 000 dans la Communauté. Ceci, nous ne l'admettrons pas !

Au plan national : nous devrons continuer de moderniser le régime du travail dans cette branche d'industrie pour lui donner plus de flexibilité. Il nous faudra lutter avec sévérité contre le travail clandestin qui pèse comme un impôt supplémentaire sur les entreprises. Comme pour toutes les autres industries de main-d'œuvre, nous nous engageons à procéder dans un délai de quelques années à fiscaliser les charges d'allocations familiales qui sont du domaine de responsabilité de l'État. Enfin nous devrons aborder avec détermination la révision des bases de la taxe professionnelle.

Telles sont les mesures qui permettront de redresser une situation devenue préoccupante.

La deuxième ambition que nous devons proposer aux Français, de plus longue haleine, c'est de débarrasser notre société des obstacles et des blocages qui font qu'aujourd'hui encore, l'égalité des chances n'y est pas véritablement assurée. Je dis bien égalité des chances et non pas nivellement ou égalitarisme, qui ignorent le mérite et désespèrent l'initiative. Il n'y a rien d'anormal à ce que celui qui déploie davantage d'énergie reçoive davantage de reconnaissance et de responsabilités. À la condition que, sur la ligne de départ de l'existence, tous aient disposé des mêmes chances de participer.

Y parvenir, c'est d'abord casser le moule du système éducatif pour tous et rendre à l'école sa vocation : prendre en compte la personnalité de chaque enfant et lui donner les moyens de la réussite.

Nous avons en la matière des projets précis qui s'ordonnent autour de plusieurs principes : autonomie des établissements et responsabilité des chefs d'établissements : ouverture sur le monde extérieur, et tout particulièrement sur l'entreprise ; coopération avec les collectivités locales ; évaluation, pour parvenir à une meilleure information des parents et des élèves ; qualité de la formation des maîtres. Ces orientations devront donner lieu à un débat national. La réforme de l'éducation, qui en sera issue, devra être ensuite soumise à un référendum, parce que l'enseignement et la formation sont l'affaire de tous les Français. Voilà pour l'avenir.

Mais à court terme, différentes décisions peuvent être prises. Par exemple, une école primaire ne sera pas gérée de la même façon si le directeur est déchargé de ses cours, et donc mieux à même de se consacrer à la bonne marche de son établissement. Une classe n'a pas les mêmes résultats quand elle compte 28 élèves et quand elle en compte 35. Dans l'enseignement professionnel, beaucoup de choses changeraient si des professeurs contractuels, issus des entreprises, notamment des préretraités, pouvaient être recrutés par les Régions, pour des durées déterminées, afin de résoudre la pénurie des enseignants dans ce secteur Ce ne sont que des exemples, mais qui montrent que de réelles améliorations peuvent être apportées dans l'immédiat.

L'égalité des chances, c'est aussi tout faire pour permettre le bien-être des familles qui sont le premier lieu de la transmission des valeurs et de la connaissance. L'égalité des chances, c'est permettre à chaque femme de choisir librement l'équilibre qu'elle souhaite entre sa carrière professionnelle et sa vie au foyer. L'égalité des chances enfin, dans la vie professionnelle, c'est donner à chaque travailleur la possibilité de se former à de nouvelles techniques et à de nouveaux métiers, à mesure des nécessités. Le maître mot, en la matière, c'est la promotion sociale qui doit guider les relations du travail et la vie dans l'entreprise, de façon à offrir à chacun, selon ses goûts et ses aptitudes, des perspectives d'évolution de son métier et une véritable carrière professionnelle.

Mais mieux ajuster les engrenages de notre société et éviter de compromettre d'emblée l'avenir de certains de ses membres en éliminant les rigidités ne suffira pas. Il y a aujourd'hui cinq millions de nos compatriotes qui sont déjà, sous des formes diverses, laissés pour compte.

La véritable atteinte aux acquis sociaux, c'est cette misère, omniprésente dans nos cités, dans nos rues, depuis que l'incapacité socialiste à conduire l'économie sur le bon chemin a multiplié les exclus. Ne pas s'en préoccuper, ne pas s'efforcer de donner à chacun une seconde chance en le replaçant dans le courant de la vie sociale, puis professionnelle, serait une double faute. Une faute contre l'homme d'abord et contre la conception que nous avons de ses devoirs et de sa dignité. Une faute contre la société ensuite, dont l'équilibre ne peut plus être efficacement et durablement maintenu alors qu'elle connaît une telle déchirure.

La remise en marche de l'économie doit donc se faire au profit de tous et d'abord de ceux qui sont, aujourd'hui, à l'écart. Nous devons tout mettre en œuvre pour les réintégrer dans la société et dans le monde du travail. Cela passe par le développement de formes nouvelles d'emplois, particulièrement dans le secteur des services aux personnes, qu'ils aient une vocation sociale, culturelle ou qu'ils permettent, tout simplement, de rendre une présence et un visage à des activités de la vie quotidienne où les machines tendent, le plus souvent sans véritable profit, à devenir les seuls interlocuteurs du consommateur.

Enfin, notre préoccupation doit être de rendre à la protection sociale, et d'abord au système de retraite, les bases solides dont l'avait doté le Général de Gaulle dès 1945. L'avenir des retraites des Français ne doit être ni le mistigri que les gouvernements socialistes s'ingénient à repasser à leur successeur, ni l'occasion de monter une combinaison à quadruple détente contre l'opposition, comme les affectionne M. Mitterrand, qui ne daigne se pencher sur les sujets sérieux que dans la mesure où il y trouve matière à machination politicienne.

Notre premier objectif doit être d'empêcher la faillite qui menace aujourd'hui le système de répartition, dont j'ai déjà dit et dont je répète, notamment à l'intention de M. Bérégovoy qui paraît-il lit entre les lignes, qu'il doit être impérativement maintenu. Son remplacement par un système fondé sur l'épargne constituerait une profonde injustice et conduirait de nombreux Français à payer deux fois, ce qui est inacceptable. Ce sauvetage de l'assurance vieillesse impose davantage de souplesse dans son fonctionnement et notamment la possibilité, pour ceux qui le souhaitent, de prolonger leur activité au-delà du couperet que constitue aujourd'hui la soixantième année.

Simultanément nous devons, pour compléter les effets du système de répartition et aider au financement de l'économie, encourager les Français à constituer une épargne volontaire grâce à des incitations fiscales attractives. Enfin il faut savoir que seule une politique active et efficace de lutte contre le chômage permettra de rétablir l'équilibre de nos comptes sociaux.

Voilà, mes chers amis, quelques-uns de nos projets pour la France. Voilà pourquoi l'opposition a besoin de votre soutien pour gagner, puis de votre énergie et de votre enthousiasme pour réussir, si elle exerce demain les responsabilités du gouvernement, ce qu'elle ne pourra faire que si elle les exerce réellement et pleinement.

L'enjeu n'est pas médiocre ; il ne se réduit pas à quelques querelles subalternes dont la vie politique, c'est vrai, n'est pas avare, ni à quelques intérêts partisans, ou à quelques ambitions individuelles.

Il ne s'agit pas non plus de demander simplement aux Français de mettre fin au socialisme dans notre pays.

Ce qui est en cause, c'est la France elle-même, son être en tant que Nation, sa puissance en tant qu'État, sa cohésion en tant que communauté humaine.

C'est de cela que l'opposition veut entretenir les Français, pour les convaincre, qu'après le long et patient travail accompli depuis de nombreux mois, elle est aujourd'hui à même de faire face, prête à engager et à réussir le redressement social, économique et moral de la Nation.

Pour ma part, j'y consacrerai toutes mes forces, aujourd'hui, pour soutenir nos idées, et demain, quand sera venu le temps de l'action,

Vive l'Aube,

Vive la République,

Vive la France.

 

Mardi 16 février 1993
Camaret

Chers Amis,

C'est toujours un très grand plaisir pour moi de venir dans le Vaucluse, et tout particulièrement à Camaret, à deux pas de cette superbe ville d'Orange qui peut s'enorgueillir d'un passé prestigieux. Des pages importantes de notre Histoire, de notre histoire religieuse comme de notre histoire tout court, se sont écrites à Orange. C'est pourquoi la fierté, l'esprit d'indépendance, l'attachement à tout ce qui fait votre identité sont, en quelque sorte, inscrits dans les gènes de votre cité.

Pour beaucoup, qu'ils viennent de France ou de l'étranger, le Vaucluse, c'est une vie culturelle active, et pas seulement l'été à l'occasion de festivals prestigieux, ce sont des sites et des paysages exceptionnels qui ont inspiré les plus grands peintres, les plus grands poètes, tel René Char, l'enfant de l'Isle-sur-Sorgue.

Mais au-delà de ces atouts historiques, culturels, géographiques, le Vaucluse est aussi une région dynamique, qui joue tout son rôle dans notre pays comme dans le siècle. Vous avez une agriculture et une viticulture célèbres. Vous avez un tissu industriel important et diversifié qui sont autant de cartes majeures pour l'avenir.

Certes, les graves problèmes qui sont ceux de la France d'aujourd'hui n'épargnent pas votre région. Entreprises en difficulté, notamment dans le secteur agro-alimentaire, villages désertés, exploitations agricoles et viticoles menacées, vous vivez dans votre chair la crise économique, sociale, rurale, qui secoue notre pays.

À ces inquiétudes que partagent beaucoup de nos compatriotes, se sont ajoutées les conséquences de la catastrophe survenue en septembre 1992. Les images en provenance de Vaison-la-Romaine, de Bédarrides et de bien d'autres villages ont alors bouleversé toute la France.

Pourtant, face à l'épreuve, vous avez redressé la tête avec un courage que je voudrais saluer. Vous avez été portés, c'est vrai, par un extraordinaire élan de solidarité, qui doit se traduire, bien évidemment, par une aide publique légitime et méritée. Mais le Vaucluse, dans ses parties les plus éprouvées, a su trouver en lui-même les ressources nécessaires pour repartir de l'avant.

C'est ce que j'attends, aujourd'hui, de la France tout entière, et c'est l'enjeu des élections législatives de mars prochain. Repartir de l'avant. Se mobiliser. Redevenir un peuple solidaire décidé à changer le cours des choses. Ce n'est pas un vœu pieux. C'est une ambition pour notre pays. C'est la nôtre et c'est la vôtre. Je voudrais qu'elle soit demain l'ambition de tous les Français.

Je sais que les mots "changement", "mobilisation", "espoir" suscitent un certain scepticisme comme si, pour avoir disparu du langage socialiste, ils avaient disparu de notre langue et de notre imaginaire.

Où est l'espoir, me demandera-t-on, quand trois millions de chômeurs, cinq millions d'exclus du marché du travail, s'interrogent chaque jour sur leurs chances de réinsertion et sur leur avenir ?

Où est l'espoir quand des milliers et des milliers de jeunes doutent d'un système éducatif qui les conduit, trop souvent, vers des voies de garage ?

Où est l'espoir, quand l'immense majorité de nos paysans vit dans l'inquiétude, non seulement pour leur avenir immédiat, mais aussi pour l'avenir du monde rural dans son ensemble ?

Où est l'espoir, enfin, quand tant de nos compatriotes vivent dans ces quartiers et ces banlieues difficiles, confrontés quotidiennement, surtout les plus faibles, à une insécurité qui ne fait que croître ?

Parfois, c'est vrai, l'espérance bat de l'aile. Pour user d'une expression familière, les Français en ont trop vu. Ainsi, au cours des cinq années de la mandature qui s'achève, ils ont successivement entendu Monsieur Rocard annoncer à sons de trompe qu'il allait accomplir "douze travaux d'Hercule". Rien ne s'est passé. Puis Madame Cresson déclarer la guerre à nos concurrents et tout particulièrement à nos concurrents japonais. Rien ne s'est passé, hors une tempête diplomatique bien inutile. Ils entendent, enfin, l'actuel Premier ministre, qui est depuis dix ans l'un des principaux artisans de l'échec socialiste, leur affirmer que tout va bien, ou plus exactement, que tout va mieux qu'ailleurs, alors que chaque mois, tombent, comme un couperet, les derniers chiffres du chômage. Quand les faits contredisent à ce point les discours, c'est la méfiance à l'égard du politique qui s'installe.

C'est sans doute le plus grave reproche que je ferais aux socialistes. Échouer est une chose. Décourager un peuple en est une autre. Susciter en lui le doute à l'égard de l'État et de l'action politique en est encore une autre. C'est de tout cela que je les accuse aujourd'hui.

Les socialistes ont découragé nos compatriotes en leur répétant inlassablement que notre pays ne peut rien contre les fatalités qui l'accablent. Fatalité du chômage. Fatalité de l'insécurité. Fatalité de l'immigration. Fatalité du déclin agricole, fatalité du déclin tout court. Comme si la France n'était rien d'autre qu'une nation ordinaire obligée de faire son deuil de ses ambitions passées. Comment s'étonner dans ces conditions que beaucoup de Français, malgré leur générosité foncière, soient tentés de cultiver leur pré carré, en s'occupant le moins possible de ce qui se passe dans leur pays ?

Plus grave encore : les socialistes ont jeté le discrédit sur un certain nombre des valeurs et des institutions qui fondent l'État et la République. Comment un vieux pays jacobin comme le nôtre, qui s'est construit autour d'une certaine idée de l'État, ne serait pas atteint dans ses fondements quand il voit ce qu'est devenu l'État aujourd'hui ?

Un État désormais incapable de remplir ses missions essentielles. Garant de la souveraineté nationale et du droit, il a renoncé à faire appliquer la loi dans certaines parties de notre territoire. Voyez ce qui se passe en Corse !

Garant de la sécurité des citoyens, il a quasi renoncé à faire régner l'ordre dans certains quartiers, dans certaines banlieues, préférant des actions socio-culturelles, certes utiles, mais bien dérisoires au regard de la gravité de certaines situations. Vous le savez bien ici.

Garant de l'égalité des chances, l'État socialiste n'a rien fait pour corriger les carences de l'Éducation Nationale qui pratique essentiellement la sélection par l'échec, de même qu'il laisse notre pays se désertifier, et qu'il conduit la décentralisation de telle sorte que les régions riches deviennent plus riches, et les régions pauvres encore plus pauvres.

Garant de la justice, de son indépendance et de sa dignité, l'État socialiste n'a cessé de faire peser sur elle les pressions les plus grossières, au point de donner à nos compatriotes le sentiment odieux d'une justice à plusieurs vitesses, à plusieurs visages. Multiplication des "affaires", loi d'amnistie qui a blanchi les responsables politiques qui auraient dû rendre des comptes. Scandales de toutes sortes dont le plus terrible est celui du sang contaminé, toujours au cœur de l'actualité, les socialistes n'ont rien négligé pour que les citoyens perdent confiance dans la justice de leur pays.

Quoi de plus logique, dans ce contexte délétère, que la fronde des magistrats, qui dénoncent aujourd'hui les effets pervers de la réforme du code de procédure pénale, et la précipitation avec laquelle cette réforme a été conduite ? C'est un signe supplémentaire du profond malaise, que connaît le monde judiciaire.

Enfin, l'État était garant de lui-même, c'est-à-dire de sa propre intégrité. Or, à quoi assistons-nous, sinon à la mise en coupe réglée de l'appareil d'État par le pouvoir actuel ? Nominations en rafale de socialistes à tous les postes-clés, népotisme généralisé. Il faut décidément à l'actuel gouvernement beaucoup d'audace pour dénoncer par avance l'hégémonie de la future majorité, alors qu'il construit méthodiquement, depuis des années, un État PS, au service d'un seul parti !

On voit bien le résultat de cette absence de rigueur, de cette poursuite éperdue d'intérêts particuliers et partisans : un État discrédité et affaibli, des citoyens désabusés, réticents à l'idée de s'engager, par crainte d'être floués une nouvelle fois.

Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que la France joue les utilités dans le débat international. Comment un pays dont l'économie est malade, dont l'État est affaibli, dont le Président est prisonnier de schémas dépassés, pourrait-il avoir une politique étrangère digne de ce nom ? Nous avions pris, notamment avec le Général de Gaulle, l'habitude de compter vraiment sur la scène internationale. Notre action extérieure bénéficiait alors, non seulement de la crédibilité d'une grande puissance, dotée d'une armée moderne et efficace, mais aussi de la prescience et de la capacité d'anticipation du Chef de l'État, auxquelles s'ajoutait ce panache qui ne s'apprend qu'à l'école de l'Histoire. Aujourd'hui, à force d'erreurs et de contresens sur l'évolution du monde, qu'il s'agisse de la réunification allemande, ou du devenir de l'ex-empire soviétique, à force d'affaiblir nos capacités militaires dont on voit les limites chaque fois qu'il est question d'intervenir hors de nos frontières, Monsieur Mitterrand et ses gouvernements font parler la France d'une toute petite voix qui se perd dans le brouhaha général.

Certes, nous occupons avec éclat le terrain humanitaire. C'est fort bien. L'action humanitaire est noble et utile. Mais n'oublions jamais que la France n'est pas la Croix-Rouge. La France est une grande nation qui doit retrouver sa place et son rang, ce qui suppose une politique étrangère, non une politique caritative. Les Français l'attendent. Beaucoup de peuples opprimés l'espèrent.

Tel est, mes chers amis, l'héritage socialiste que la majorité issue des urnes va trouver en mars prochain. Vous le voyez, qu'il s'agisse du redressement économique et social, du renouveau moral et éthique, ou encore du rayonnement de la France dans le monde, la tâche sera rude. Est-elle impossible ? Je vous dis résolument "non", sinon je ne serais pas ici devant vous. C'est tout le sens de notre projet d'alternance que d'ouvrir les voies du possible. C'est de cela que je veux vous convaincre.

Qu'est-ce que l'alternance, sinon la mise en œuvre d'une autre politique ? Je vous le dis, chers amis du Vaucluse, nous sommes déterminés à gouverner autrement, et nous le ferons.

Pour gouverner autrement, il faut deux conditions, et une méthode au service de l'essentiel, c'est-à-dire une ambition nouvelle pour la France.

Deux conditions. La première, c'est le temps. Nous aurons besoin de temps. Au point où nous en sommes arrivés aujourd'hui, ce n'est pas en quelques mois que les graves problèmes qui pèsent sur notre pays pourront être résolus. Chacun en est conscient, et il serait coupable de créer ou de répandre l'illusion. Même si des décisions importantes, dans tous les domaines, pourront être prises rapidement et donner des résultats sensibles, il est clair que l'action qui sera entreprise dans quelques semaines ne sera pas à échéance de deux ans, mais d'aux moins cinq années. En la matière, il faut tenir un langage de vérité et de responsabilité. On ne remettra pas la France d'aplomb en deux temps trois mouvements.

Deuxième condition : la vigilance. Elle nous sera également nécessaire, ne serait-ce que pour déjouer les pièges que l'actuel gouvernement s'ingénie à placer sous nos pas. Toute l'énergie qui reste aux socialistes est en effet employée à entraver l'action du gouvernement futur. Les engagements non financés se multiplient, les déficits publics s'empilent, les décisions urgentes sont systématiquement reportées, quelles qu'en soient les conséquences, au-delà de l'échéance de mars, divers stratagèmes sont imaginés pour faire obstacle aux indispensables privatisations, sans parler, bien entendu, des nominations frénétiques de socialistes que j'évoquais tout à l'heure. Dans tout cela, aucune trace d'esprit civique, aucune trace non plus d'esprit démocratique. Seule la volonté de nuire est au rendez-vous. Ultimes et pitoyables manœuvres qui rendent plus indispensable encore l'état des lieux que devra faire établir la majorité issue des élections, un véritable audit marquant bien quelle est la réalité des choses et où sont les responsabilités.

Quelle méthode sera la nôtre dans la mise en œuvre de notre projet ? Elle tient en trois mots, qui sont autant d'exigences : rapidité, volonté, soutien populaire.

Nous devrons agir vite. Dès que l'on veut conduire des réformes, les résistances sont légion. Tout ce que la France compte de corporatismes et de conservatismes politiques ou syndicaux se liguera pour faire obstacle au changement. Cela signifie que nous devrons mettre à profit la période qui suit immédiatement l'élection, pendant laquelle beaucoup de choses sont possibles, afin de donner au changement une impulsion irrépressible.

Volonté. Il n'y a pas à mes yeux, de problème insoluble, ni de citadelle imprenable. Tout est d'abord une question de détermination politique. Je n'en prendrais qu'un exemple : celui de l'immigration.

En la matière, il n'y a que deux attitudes. Le laisser-faire, qui aboutit à des situations explosives, et qui nuit aux étrangers régulièrement installés sur notre sol, et la rigueur, qui est l'indispensable corollaire de l'intégration. En ce qui me concerne, mon choix est fait.

Pourquoi faudrait-il accepter passivement que nos frontières soient des passoires ? Pourquoi faudrait-il admettre que les décisions prises à l'encontre des clandestins, notamment d'éloignement du territoire, ne soient pas appliquées dans 70 % des cas ? Pourquoi admettre la prolifération des faux papiers d'identité, qu'un clandestin peut se procurer pour 2 500 F et accéder ainsi au droit à l'emploi, aux prestations sociales, aux ASSEDIC, et au droit de faire venir sa famille ?

Il faut donner un coup d'arrêt à tout cela. C'est pourquoi, nous avons la ferme intention de restaurer le dispositif de contrôle d'identité, et de généraliser l'usage des cartes d'identité infalsifiables, refusées de façon incompréhensible par le gouvernement.

C'est pourquoi nous créerons un corps "d'officiers de l'immigration" qui assistera la police de l'air et des frontières partout sur le territoire national.

C'est pourquoi, nous réserverons le regroupement familial aux seuls étrangers titulaires d'une vraie carte de long séjour.

C'est pourquoi nous veillerons à ce que le droit d'asile ne soit pas abusivement détourné. Quand des décisions de reconduite à la frontière seront prises, elles seront exécutées.

C'est pourquoi, enfin, nous réformerons le code de la nationalité, conformément aux conclusions de la Commission Marceau Long, qui avaient reçu l'approbation de tous. Être Français est un honneur qui ne peut vous échoir sans que vous l'ayez même désiré. Il faut vouloir être Français. Il faut accepter les devoirs en même temps que les droits de tout citoyen français. Cette réforme importante au plan du symbole devra être mise en œuvre rapidement.

Je vous le redis, dans ce domaine comme dans les autres, la volonté politique est essentielle et nous l'avons.

Troisième et dernière exigence : nous devrons faire en sorte que nos réformes soient soutenues par les Français. Je prendrais l'exemple de notre système éducatif.

C'est désormais une évidence, il n'y aura jamais d'égalité des chances si notre système éducatif n'est pas réformé. L'égalité des chartes, ce n'est pas l'égalitarisme ni le nivellement par le bas auxquels conduisent ces instituts de formation des maîtres qu'a créés Monsieur Jospin. L'égalité des chances, c'est de faire en sorte que chaque enfant, quel que soit l'endroit où il naît, le milieu auquel il appartient, puisse recevoir la formation qui lui convient, l'orientation qui lui convient, avant de pratiquer le métier qui lui convient.

Nous avons en la matière des projets précis qui heurteront beaucoup d'habitudes. Alors que les syndicats de l'éducation nationale ont toujours voulu que le système éducatif vive en vase clos, sans relation ou presque avec le monde extérieur, nous voulons, nous, que l'enseignement, et tout particulièrement l'enseignement professionnel, fasse l'objet de partenariats entre les collectivités locales, les acteurs économiques locaux, le monde éducatif et l'État, avec l'ambition de créer des filières adaptées au marché et qui ouvrent sur de vrais métiers. Ainsi, alors que les acteurs du monde éducatif sont habitués à dépendre en toute chose du ministère de l'éducation nationale, ce monstre tentaculaire et syndical, nous voulons que les chefs d'établissement aient de plus en plus d'autonomie et de responsabilités, et qu'ils puissent, par exemple, disposer à leur gré d'une enveloppe budgétaire pour mieux répondre aux besoins de leur population scolaire. Ainsi, alors que la carrière des enseignants est régie par les oukases de l'ordinateur, selon certains barèmes, nous voulons, et beaucoup de professeurs le souhaitent, que le travail et le mérite soient enfin reconnus. Nous voulons, en bref, introduire la souplesse là où règne la rigidité. Nous voulons penser le système éducatif en termes d'individus, qu'il s'agisse des élèves comme des enseignants, au lieu de le penser en termes de syndicat.

Ces projets, ambitieux, ne pourront réussir, chacun le comprend, que si l'opinion publique les impose aux lobbies de la rue de Grenelle. C'est pourquoi nous ferons de cette question un débat national à l'issue duquel la réforme éducative sera soumise à référendum. J'ai la conviction, mes chers amis, qu'aucune grande politique ne peut être menée sans les Français. C'est vrai de l'éducation. C'est vrai de l'environnement, qui nécessite l'adhésion personnelle de chacun. C'est vrai, pour prendre un exemple dans un tout autre domaine, de notre politique de Défense. S'assurer du soutien du peuple est un principe gaulliste qui est aujourd'hui, plus que jamais, d'actualité.

Voilà pour la méthode. Quant à l'ambition qui porte notre projet d'alternance, elle est simple et peut se résumer ainsi : nous voulons passer un pacte avec les Français, fondé sur un engagement essentiel : restaurer le lien social dans notre pays.

Restaurer le lien social. C'est nécessaire. Un livre célèbre, consacré à l'ex-URSS, avait pour titre "L'Empire Éclaté". La France est devenue, d'une certaine manière, un pays éclaté parce que les inégalités se sont creusées, inégalités entre les citoyens, inégalités entre les villes et les campagnes, inégalités entre les régions. D'où l'urgence de restaurer le lien social.

Cela veut dire d'abord qu'il faut inventer une nouvelle politique de l'emploi, sans laquelle la collectivité nationale restera une juxtaposition de détresses particulières. C'est possible. Il est faux de prétendre, comme le font les socialistes, que tous les pays sont logés au mème enseigne en matière de chômage. Voyez l'Allemagne, où le taux de chômage est inférieur à 5 %. Voyez les États-Unis, où il est à peine supérieur à 7 % et où il diminue. Voyez le Japon, où il avoisine les 2 %. Chez nous, c'est plus 10 % de la population active qui est privée d'emploi. Que faut-il faire ?

D'abord, à côté des mesures économiques nécessaires pour relancer la croissance et l'investissement, nous devrons tout mettre en œuvre pour favoriser l'embauche. Cela passe notamment par l'allégement des charges, et notamment des charges sociales qui pèsent sur les entreprises, allégement qui permettra d'accroître le salaire direct des salariés. Il est de notoriété publique que les charges sociales sont beaucoup plus élevées dans notre pays que chez nos principaux concurrents. Les alléger, c'est-à-dire recourir davantage à la solidarité nationale, c'est susciter la création d'emplois. C'est aussi éviter ce qui s'est passé récemment, quand telle société internationale a choisi de s'installer en Grande-Bretagne plutôt qu'en France, parce que le coût du travail y était infiniment moins élevé. En la matière, rien ne sert de se lamenter ou de s'indigner. Il faut prendre les mesures adéquates pour rendre notre pays plus attractif qu'il ne l'est. C'est dans cet esprit que nous avons l'intention de transférer le financement des allocations familiales, actuellement supporté par les employeurs, sur le budget de l'État. C'est aussi pour cela que nous entendons exonérer de charges sociales, selon des modalités à définir, les emplois nouvellement créés dans les petites et moyennes entreprises. Ces mesures ont un coût, c'est vrai, mais qui, est infiniment moins lourd, pour la collectivité nationale que le coût du chômage, qui est un drame humain, mais aussi un drame financier pour la France. En un mot il vaut mieux perdre un peu d'argent pour permettre aux Français de travailler que d'en perdre beaucoup pour indemniser des chômeurs.

Il faut ensuite, je n'y reviendrai pas, imaginer une autre politique éducative, tout entière tournée vers un renouveau de la formation initiale et continue, avec une grande ambition : donner à chaque Français une seconde chance.

Troisième ligne d'action : relancer les secteurs d'activité particulièrement sinistrés. Il faudra, notamment, apporter une aide directe aux secteurs du logement et des travaux publics qui constituent une source importante d'emplois.

Pour le logement, je souhaite l'instauration d'un puissant dispositif fiscal, avec relèvement de la déduction forfaitaire à laquelle ouvrent droit les revenus locatifs, et rétablissement, dans le cadre de l'impôt sur le revenu, du droit d'imputer les déficits fonciers sur le revenu global des contribuables. Afin de soutenir la construction de logements neufs, il faudra ajouter à ces deux mesures l'exonération des droits de première mutation pour les logements à usage locatif acquis ou réhabilités pendant une période donnée. Il faudra enfin, dès avril, augmenter les crédits affectés au logement social. Si nous parvenons, c'est notre objectif, à faire passer les mises en chantier de 260 000 à 350 000, ce sont 150 000 emplois environ qui pourront être créés très vite et bien des familles qui pourront être logées convenablement.

Quatrième ligne d'action : tout mettre en œuvre pour favoriser la réinsertion des chômeurs. Cela passe par le développement de formes nouvelles d'emplois. Je pense aux emplois dits "de proximité", qu'ils aient une vocation sociale, culturelle, ou qu'ils permettent tout simplement d'apporter une présence, une chaleur qui brisent l'isolement et la solitude, je pense notamment aux personnes âgées dépendantes. C'est pour favoriser leur développement que nous voulons changer le statut fiscal du chef de famille, qui doit pouvoir, comme le chef d'entreprise, déduire de son revenu imposable les Salaires et charges qu'il verse lorsqu'il emploie une personne pour aider à la vie quotidienne.

En réalité, c'est la notion de "service" qu'il sera urgent de réhabiliter. Je m'étonne, et je l'ai dit récemment, que les entreprises de service n'aient souvent qu'une idée en tête : automatiser, robotiser, ce qui a des conséquences évidentes sur l'emploi, alors qu'elles ne sont pas directement confrontées à la concurrence internationale. Une autre voie est possible, dans laquelle le Japon, par exemple, nous a précédés. Elle consiste à privilégier la qualité du service, quitte à faire payer un peu plus cher, pour favoriser l'émergence de nouveaux emplois. Je pense aux transports publics, qui n'ont pas gagné grand-chose à se robotiser comme ils l'ont fait, hors un accroissement de l'insécurité. Je pense aux grandes surfaces, où il est quasi impossible de trouver un vendeur pour vous conseiller dans vos choix. Je pense aux parkings, d'où l'on ne peut sortir si l'on ne possède pas les pièces de monnaie que réclame une machine impersonnelle. Les exemples abondent de cette déshumanisation des services, dont pâtissent les usagers, et qui les pousse parfois à aller voir ailleurs. En réalité, "compétitivité" ne rime pas forcément avec "productivité" à tout prix, mais plutôt avec "qualité".

Cela signifie, mes chers amis, qu'au-delà d'une politique à conduire et de mesures à prendre, nous devrons susciter un changement dans les mentalités. C'est cela, la dimension exacte de notre combat contre le chômage. C'est cela qu'impose aujourd'hui la solidarité. C'est cela qui doit fonder notre pacte social.

Restaurer le lien social, c'est aussi rétablir les grands équilibres dans le pays. Comment supporter que 40 % de notre territoire soient aujourd'hui en voie de désertification ? Admettre que notre France devienne un pays de jachères, c'est admettre que notre mémoire et notre identité tombent elles aussi en jachère. C'est ce que nous refusons de toutes nos forces.

Il n'y a pas de fatalité au déclin de nos campagnes. Je sais l'importance de l'agriculture, et de la viticulture dans le Vaucluse. Je tiens à vous dire qu'une politique agricole qui aide réellement les agriculteurs, et une politique d'aménagement du territoire qui sauvegarde le monde rural comptent parmi nos toutes premières priorités.

Ce serait folie d'agir autrement. Pour des raisons humaines évidentes : les paysans aiment leur métier, et sont une part essentielle de notre mémoire collective. Pour des raisons sociologiques ensuite : ce sont les paysans qui font vivre les campagnes. Qu'arrivera-t-il quand les agriculteurs seront contraints d'abandonner leurs exploitations, et iront grossir des banlieues déjà hypertrophiées et ingérables ? Pour des raisons économiques enfin : l'agriculture et l'industrie agroalimentaire, si importante dans votre région, représentent en France un emploi sur cinq, et un excédent de 50 Mds F chaque année pour notre solde extérieur. On l'oublie trop souvent.

D'où l'urgence d'une politique agricole volontariste et dynamique, qui devra s'articuler autour de trois axes majeurs.

En premier lieu, nous devrons montrer une extrême fermeté dans les négociations internationales. Au GATT, naturellement, où nous devons refuser l'accord imposé par Monsieur Delors et son aréopage euro technocrate, fut-ce au prix d'une crise avec nos partenaires de la CEE. À Bruxelles, également, où il faudra exiger des compensations financières à la réforme de la PAC, qui a pour notre agriculture des conséquences tragiques.

Je pense notamment à la mise en place d'un plan social d'accompagnement, au bénéfice des agriculteurs et des salariés des secteurs qui se trouvent en amont et en aval de la production. Je pense à l'adaptation du taux de jachère à la situation effective du marché. Je pense à un dispositif progressif de diminution des charges fiscales, sociales, et financières supportées par les exploitations. Bonifications d'intérêt, suppression de la taxe foncière sur les propriétés non bâties, réforme des droits de mutation et de succession qui constituent autant d'obstacles à l'installation des jeunes agriculteurs, réductions sensibles enfin des cotisations sociales. Telles sont quelques-unes des mesures qui seront à l'ordre du jour. Elles ont un coût, c'est vrai, mais sachez qu'il est inférieur à celui de la désertification, du chômage et de l'émigration des ruraux vers les villes.

Et puis, mes chers amis, une politique agricole c'est avoir toujours en tête la sauvegarde des intérêts agricoles. Je n'en prendrai qu'un exemple : celui de la loi Evin. Les intentions de cette loi sont honorables, et ne peuvent qu'être approuvées dès lors que l'on est soucieux de la santé publique. Ceci étant, avoir placé les vins d'appellation d'origine contrôlée, qui sont la fierté de bien des terroirs français, dans la même catégorie que les alcools, avec toutes les conséquences qui s'ensuivent en termes de publicité, est pour le moins surprenant. Quand la crise est une douloureuse réalité, il faut faire très attention à ce que l'on fait, et montrer beaucoup de circonspection. C'est l'avenir immédiat de la viticulture qui est en jeu. Les modalités d'application de cette loi devront être revues en concertation étroite avec la profession.

Sauvegarder le monde rural, c'est aussi une autre politique d'aménagement du territoire qui doit s'articuler autour de trois mots-clés : aider, maintenir, désenclaver.

Aider, c'est accroître les subventions dont bénéficient les petites communes rurales. Elles sont aujourd'hui désavantagées par les modalités de calcul de la dotation globale de fonctionnement. Cela doit changer. Aider, c'est bien entendu faire en sorte que la solidarité nationale joue pleinement quand survient une catastrophe. Il n'est pas tolérable qu'à force de lenteurs administratives, des villages, avec leurs commerces, leur artisanat, soient contraints de tenir, pendant des mois et des mois, avant qu'arrive l'aide publique. Et puis, chers amis, il y a quand même des priorités ! Est-il normal de consacrer 500 MF au soutien de la Formule 1 et du circuit de Magny-Cours, et 200 MF au Vaucluse sinistré ?

À l'évidence, non. C'est vraiment se moquer de la détresse des victimes !

Maintenir, c'est faire en sorte que tout ce qui concourt à la vie des villages puisse demeurer. Je pense aux services publics, écoles, bureaux de poste, perceptions, gares, gendarmeries. Déjà certains d'entre eux ne sont ouverts que certains jours, à certaines heures. Qu'arrivera-t-il quand ils auront fermé leurs portes ? Je pense aussi aux commerces, qui sont autant de foyers de vie, et qu'il faut aider par des incitations fiscales et sociales. Les commerçants aiment leur village et ne demandent qu'à y rester. Encore faut-il leur en donner les moyens. Là encore ces moyens sont inférieurs au coût moyen d'un chômeur supplémentaire qui est de 100 000 F par an !

Enfin, il faut désenclaver. Aucune région ne peut rester à l'écart des grands réseaux européens de communication. L'État devra reprendre l'initiative de grands projets routiers et ferroviaires, et le faire dans un esprit de solidarité. Les socialistes n'ont rien trouvé de mieux que de facturer aux régions en difficultés le prix des infrastructures qui leur permettraient de s'en sortir. C'est exactement le contraire qu'il faut faire. Je souhaite qu'une partie des recettes des privatisations soit affectée à la réalisation des infrastructures sans lesquelles le désenclavement restera lettre morte. Un tel enjeu mérite largement un effort national.

Restaurer le lien social, c'est enfin rassurer les Français. Ils sont aujourd'hui profondément inquiets de l'avenir de leur protection sociale, et plus particulièrement, du système de retraite.

Nous devrons apaiser ces inquiétudes. Non pas, à l'instar des socialistes, en niant le problème, ou en repoussant son traitement aux calendes grecques, mais en faisant en sorte de rendre à notre protection sociale les bases solides dont l'avait doté le Général de Gaulle, dès 1945.

Pour m'en tenir à la seule question de la retraite, il est totalement exclu de remplacer le système de répartition actuel par un système qui serait fondé sur l'épargne individuelle. Je tiens à l'affirmer devant vous. Ce serait en effet une grave injustice, qui amènerait de nombreux Français à payer deux fois, ce qui est évidemment inacceptable.

En revanche, il me semble indispensable de mettre en place un système de retraite à la carte, afin que les Français soient libres de choisir l'âge de leur retraite, et puissent, s'ils le souhaitent, prolonger leur activité au-delà de leur soixantième année en améliorant ainsi le montant de leur retraite.

Il sera également souhaitable, pour compléter les effets du système de répartition et aider au financement de l'économie, d'encourager les Français à constituer une épargne volontaire qui devra bénéficier d'un régime d'imposition très privilégié.

En réalité, même dans ce secteur qui doit faire face à de très sérieuses menaces, je suis confiant. Il faut savoir, en effet, que l'amélioration de la situation de l'emploi aura des effets immédiats sur l'équilibre de nos comptes sociaux. Ce n'est pas la moindre motivation du combat que nous allons engager contre le chômage.

Voilà, mes chers amis, l'ambition majeure que porte notre projet d'alternance : rendre tout son sens au mot de solidarité.

Nous sommes aujourd'hui à un mois seulement d'un scrutin essentiel pour notre pays. L'opposition unie devrait remporter la victoire. Je voudrais que cette victoire annoncée ne soit pas, pour les Français qui nous soutiennent, une raison de se démobiliser. Rien n'est jamais sûr. Rien n'est jamais acquis Je demande à chacun d'entre vous de se conduire comme si cette victoire ne dépendait que d'une voix, la sienne.

C'est ainsi que notre victoire sera telle que je la souhaite : forte, indiscutable, capable d'emporter avec elle les forces grises de la désespérance.

Il faut que nous disposions d'une très large majorité à l'Assemblée afin que nous ayons la force politique indispensable pour lancer, de manière durable et irrépressible, le train du changement.

Il faut que cette majorité, par son évidence et son éclat, annihile par avance les manœuvres politiciennes : auxquelles Monsieur Mitterrand pourrait être tenté de se livrer.

Il faut que cette majorité ne soit pas une union de circonstance, mais bien l'alliance, sur des objectifs clairs, de familles politiques qui partagent l'essentiel, c'est-à-dire une certaine idée de l'homme, une certaine idée de la France, une certaine idée de la France dans l'Europe et dans le monde.

Il faut enfin que cette majorité s'appuie sur le seul socle qui vaille : le soutien de notre peuple. Je veux que cette victoire soit celle de la confiance et de l'espérance.

Vous tous qui voulez, vous engager dans la plus belle aventure qui soit, celle qui s'attache au renouveau de sa patrie, je vous donne rendez-vous en mars. Je sais que je peux compter sur vous comme vous pouvez compter sur moi.

Vive le Vaucluse !

Vive la République !

Vive la France !

 

Mercredi 17 février 1993
Nice

Mes chers amis,

Cela fait près de 4 mois que je sillonne la France et que je vais à la rencontre des Français. Quatre mois de dialogue et d'échanges qui m'ont beaucoup apporté, beaucoup enrichi, beaucoup appris.

Le rôle d'un homme politique est de proposer clairement la ligne qui doit être suivie, mais il doit, pour cela, prendre le temps d'écouter pour mieux comprendre.

C'est tout le sens de ma démarche. C'est pourquoi je suis particulièrement heureux de me retrouver, ce soir, avec vous sur cette terre bénie des Dieux qu'est la Côte d'Azur.

De l'avion qui nous conduisait à Nice, je regardais tout à l'heure ce formidable panorama.

Les sommets du Mercantour qui semblent prendre naissance dans la baie des Anges avec tous ces superbes villages qui surplombent Nice et la Vallée du Var.

Nulle part ailleurs, dans le monde, on ne retrouve un tel spectacle.

Nice est à tous égards une ville exceptionnelle où l'on se rend toujours avec plaisir. Je ne peux pas non plus oublier qu'en 1988, c'est dans les Alpes-Maritimes que j'ai obtenu mon meilleur score en France à l'occasion des élections présidentielles.

Magnifique région, mais région en crise. Les difficultés ne vous ont pas épargnés. La crise sociale et économique que traverse notre pays a fait chez vous de nombreuses victimes. Le chômage frappe ici plus qu'ailleurs. Je sais que vous souffrez, davantage que d'autres, de l'échec du socialisme.

Voilà, mes chers amis, les raisons pour lesquelles j'ai grand plaisir à me retrouver parmi vous ce soir, ici à Nice, au cœur de notre civilisation, pour vous parler de l'avenir de la France, de votre avenir, de notre place dans le monde.

L'Union pour la France vient de présenter son projet d'alternance, démontrant s'il en était besoin, que l'actuelle Opposition incarne désormais la seule véritable perspective de changement.

Je dois vous confier que grande fut ma stupéfaction devant les commentaires d'un certain nombre de membres du gouvernement et de responsables du Parti Socialiste. Ce projet, à leurs yeux, ne serait au mieux qu'un retour au passé, au pire une aventure incertaine proposée aux Français.

Comment peuvent-ils ainsi oublier leurs responsabilités dans la crise sociale, économique et morale que traverse notre pays ?

Eux qui ont laissé le chômage frapper près de cinq millions d'hommes et de femmes, atteints dans leur dignité, leur niveau de vie et leur espérance.

Eux qui n'ont pas été capables de réformer notre système éducatif qui fonctionne comme une formidable machine de sélection par l'échec.

Eux qui ont sacrifié notre agriculture aux intérêts américains avec toutes les conséquences qu'une telle capitulation comporte pour l'équilibre de notre territoire et notre identité nationale.

Eux qui ont doublé la dette publique en cinq ans et porté à des niveaux records les taux d'intérêt, au détriment de l'investissement et de l'emploi.

Eux qui ont laissé s'accumuler les déficits de notre protection sociale, hypothéquant l'avenir de nos régimes de retraite et de notre politique de santé.

Eux qui ont démoralisé et démobilisé les forces de l'ordre et la magistrature, mettant en cause notre capacité à lutter contre la délinquance et la criminalité.

Eux qui ont réduit notre politique étrangère à l'action humanitaire et cantonné la France au rôle de puissance de second rang.

Eux enfin dont le bilan est si accablant que personne n'est aujourd'hui en mesure de chiffrer avec précision l'étendue du déficit budgétaire. Et ce sont ces mêmes responsables, qui ont conduit la France où elle est aujourd'hui, qui prétendent s'ériger en donneurs de leçons. Je vous le dis, il y a des limites à tout, y compris à une telle impudence !

Oui, décidément, les socialistes ne manquent pas d'audace ! Et c'est aussi pourquoi les Français les jugent aujourd'hui avec une telle sévérité. Ils ont échoué gravement. Ils ont affaibli et divisé la France et nos compatriotes le ressentent profondément.

Si je me suis engagé personnellement, avec résolution et passion, dans cette campagne électorale, c'est parce que je crois possible de redonner espoir aux Français.

C'est tout le sens du projet d'alternance que défendent les candidats de l'Opposition républicaine.

Un projet qui dit la vérité aux Français. Le redressement de notre pays exigera du temps. Rien ne sera simple ni rapide. La reconquête de l'emploi, la réforme de l'Enseignement, la reconstruction de l'État, l'assainissement de nos finances publiques, la lutte contre l'exclusion et les inégalités, toutes ces priorités demanderont de la persévérance, de l'imagination et de la volonté.

Notre projet, c'est aussi un nouveau pacte social proposé aux Français. Un pacte qui met la solidarité au cœur de nos préoccupations quotidiennes. Car s'il est une qualité aujourd'hui indispensable, c'est celle du cœur. La solidarité est une idée forte. À nous de la faire vivre.

Notre projet, c'est enfin une profonde volonté de réforme et de changement. Il n'y a pas de citadelle imprenable. Il n'y a pas de fatalité de l'échec. Nous avons des idées. Nous avons un programme et nous sommes fermement décidés à le mettre en œuvre pour que la France retrouve sa cohésion et sa place dans le monde.

Je voudrais profiter de notre rencontre, ce soir, pour évoquer avec vous quelques sujets qui me tiennent particulièrement à cœur.

Pour parvenir à réveiller l'espoir, notre premier combat à mener, c'est le combat contre le chômage. C'est clair : la première des priorités, c'est l'emploi.

Trois millions de chômeurs officiels, auxquels s'ajoutent un million et demi de personnes faisant l'objet de ce que l'on appelle le traitement social du chômage et 600 000 bénéficiaires du RMI. Voilà la triste réalité. Voilà les chiffres qui doivent nous amener à renouveler en profondeur notre façon de concevoir la lutte contre le chômage.

Une autre politique budgétaire, plus rigoureuse, est nécessaire pour permettre la baisse des taux d'intérêt et relancer la croissance, donc l'emploi. Tout simplement parce qu'elle augmentera la confiance des investisseurs dans l'économie française et qu'elle libérera pour les entreprises des ressources d'épargne actuellement accaparées par l'État.

Nous devrons engager parallèlement, en étroite concertation avec nos partenaires européens, notamment allemands, une politique coordonnée de baisse des taux dans la Communauté. Tout en démontrant son attachement à la stabilité de la monnaie, le prochain gouvernement devra engager tout son poids dans cette direction qui suppose de rompre avec la politique d'endettement et de déficits qui caractérise l'action de M. Bérégovoy.

Une autre politique en faveur des petites et moyennes entreprises est également nécessaire. Car de leur prospérité dépend la création d'emplois et la vitalité de notre économie.

Il faudra encourager leurs investissements et accompagner leur développement grâce à des mesures fiscales et des aides en trésorerie. Il faudra aussi alléger leurs charges. Je songe en particulier aux charges sociales, sensiblement plus élevées dans notre pays que chez nos principaux concurrents. C'est la raison pour laquelle nous proposons le transfert du financement des allocations familiales, actuellement supportées par les employeurs, au budget de l'État. C'est aussi pourquoi nous entendons exonérer de toutes charges sociales, selon des modalités qui doivent être définies dans leur détail, les emplois nouvellement créés.

Contrairement à ce que j'entends dire parfois, nous aurons les moyens de financer ces allégements de charges. Tout simplement parce qu'un Français qui travaille coûte moins cher à la collectivité qu'un chômeur indemnisé. Il est grand temps de redécouvrir le sens des réalités. Il vaut mieux dépenser un peu d'argent pour aider ceux qui créent ou qui maintiennent l'emploi plutôt que d'en dépenser beaucoup pour indemniser des chômeurs.

Voilà pour les mesures à caractère générai. Des initiatives plus ponctuelles seront également nécessaires pour soutenir les secteurs les plus créateurs d'emplois. Je m'en tiendrai à un seul exemple : le bâtiment et les travaux publics. C'est un secteur d'importance vitale dans votre département.

L'heure est venue de réagir vite et fort devant la crise qui affecte les entreprises du bâtiment. Un programme d'urgence doit être mis en place pour soutenir les investissements immobiliers en France. Je pense à l'accession à la propriété, grâce à des facilités accrues de déduction d'intérêts d'emprunt et à l'exonération des droits de première mutation pour les logements nouvellement acquis. Je pense aussi à la construction locative privée qui doit être aidée fiscalement, et au logement social dans son ensemble qui doit redevenir une véritable priorité budgétaire. Passer de 260 000 logements lancés en 1992, chiffre le plus bas depuis 1954, à 350 000 permettrait de répondre à un besoin évident et de créer immédiatement 150 000 emplois faisant ainsi une considérable économie dans nos comptes budgétaires et sociaux.

Mais, ces mesures de relance, qu'elles soient globales ou sectorielles, ne suffiront pas à enrayer le développement du chômage. Nous devrons aussi nous interroger sur le statut du travail dans notre société.

Notre économie, je l'ai souvent dit, souffre de multiples rigidités qui sont autant de freins à l'emploi. Des charges sociales qui renchérissent le coût du travail, notamment des personnes les moins qualifiées. Des contraintes réglementaires en tous genres, parce que l'État a trop souvent légiféré au lieu de faire confiance aux partenaires sociaux. Un système de formation initiale, replié sur lui-même, qui ignore tout de l'entreprise, de ses besoins et de ses attentes.

Il faut des réformes en profondeur, de nature à déverrouiller notre économie. Ce sont ces réformes que nous proposons au pays pour réhabiliter les formations en alternance et l'apprentissage, alléger le coût du travail, développer le temps partiel et encourager les emplois de proximité.

J'ai exprimé récemment, avec une certaine vigueur, mon étonnement devant le comportement de certaines entreprises de service. Alors qu'elles ne sont pas directement confrontées à la concurrence internationale, elles informatisent, automatisent et robotisent plus qu'ailleurs, avec d'évidentes conséquences sur l'emploi. Trop souvent, le choix du moindre service à moindre prix a été fait.

Une autre voie est possible, comme nous le montrent des pays aussi avancés et compétitifs que le Japon et les États-Unis. Il s'agit de privilégier la qualité du service, quitte à faire payer un peu plus cher, pour favoriser l'émergence de nouveaux emplois. On ne dira jamais assez qu'à Paris, la suppression des poinçonneurs dans le métro s'est traduite par le développement de l'insécurité et de la fraude, alors que baissait la qualité de la prestation offerte à l'usager.

C'est un fait : la capacité concurrentielle dépend de moins en moins des coûts de production. Elle repose aussi, plus que jamais, sur l'implication active des salariés, sur leur imagination, leur motivation, leur capacité à offrir un service de qualité. En un mot : sur leur participation.

Dans une période économique difficile, je crois que cette démarche de participation est plus que jamais nécessaire. Elle peut favoriser l'apparition de nouvelles formes d'emplois. À la condition, bien sûr, de définir un cadre juridique et fiscal permettant de le faire. C'est l'un des engagements que prend l'actuelle Opposition.

Le chômage n'est pas une fatalité, pour peu que l'on s'attaque à la racine du mal et que l'on sorte des vieux schémas. S'il est un domaine où l'imagination doit reprendre le pouvoir, c'est bien celui-là. Je veux que la France mobilise toutes ses énergies contre ce fléau. Le Gouvernement a baissé les bras. Dans sept semaines il faudra que tous ensemble nous relevions ce défi.

Les choses doivent aussi changer en profondeur pour notre Justice qui restera comme l'une des principales victimes de l'expérience socialiste.

Jamais les juges n'ont occupé à ce point l'actualité. Ce sont ces magistrats qui, dans l'affaire du sang contaminé, déclarent, sans aucun doute à juste titre, prescrite l'accusation de non-assistance à personne en danger, suscitant sans le vouloir une profonde émotion dans le pays. Ce sont ces juges d'instruction qui, ici et là, sont amenés à entendre et à inculper les personnalités politiques et médiatiques, donnant à leurs investigations une résonance particulière.

Ce sont surtout ces magistrats qui s'inquiètent de l'entrée en vigueur de la dernière réforme du Code de Procédure Pénale. Et qui, je les cite, "s'insurgent contre l'irréalisme et l'incohérence d'un texte dont le résultat le plus immédiat apparait à l'évidence profiter aux délinquants et aux criminels professionnels les plus asociaux".

Qu'on veuille conforter les libertés individuelles et renforcer la présomption d'innocence est une noble ambition. Je ne le conteste pas. Mais pourquoi le faire de façon si maladroite, au détriment de la sécurité et de la lutte contre la grande criminalité, au moment même où la France connaît un surcroît de délinquance et où, comme viennent de le montrer plusieurs parlementaires, notre territoire n'est pas à l'abri de la mafia ?

Une des tâches essentielles du gouvernement d'alternance sera de redonner confiance et indépendance aux magistrats. Je suis persuadé que ce résultat peut être atteint, en poursuivant quelques objectifs simples.

D'abord, le respect de l'indépendance des juges. Ce qui suppose une modification du mode de désignation et des pouvoirs du Conseil supérieur de la magistrature.

Ensuite, le renforcement des moyens de nos juridictions, aussi bien judiciaires qu'administratives, grâce à des créations d'emplois. L'effort à réaliser est tout à fait à notre portée.

Enfin, il faudra rapprocher la justice du justiciable par l'amélioration de l'accès à la justice pour tous, en particulier grâce à une revalorisation de l'aide légale. Mais aussi en créant une justice de proximité, facilement accessible, compétente pour les petits litiges et dans des délais limités.

Voilà des mesures simples pour une société malade de sa justice, sur lesquelles il ne devrait pas y avoir de difficulté pour réunir un large accord. Encore faudra-t-il, pour leur donner une pleine efficacité, mettre un frein à l'inflation des textes qui consiste à multiplier les lois et règlements sans se soucier des conditions de leur application. Au point qu'aujourd'hui, la loi est souvent ignorée ou mal comprise, voire purement ou simplement bafouée.

On oublie trop souvent que la première responsabilité de l'État est d'appliquer la loi, toute la loi.

Cette règle de bon sens a été fréquemment perdue de vue dans les dernières années. C'est tout particulièrement vrai en matière de lutte contre l'insécurité. Inspirés par une idéologie perverse, les socialistes n'ont cessé de rompre le nécessaire équilibre entre la prévention et la répression. Sans se rendre compte qu'à force de privilégier la première au détriment de la seconde, ils ont fini par ôter à l'une comme à l'autre une grande part de leur efficacité.

Le résultat est là : après avoir été sensiblement réduite entre 1986 et 1988, la délinquance a repris sa marche en avant. Plus de sept crimes et délits sont aujourd'hui commis par minute en France. Et la plupart de ces infractions font l'objet d'un classement sans suite.

De ce constat simple résulte notre volonté de reconstruire un État plus efficace, recentré sur l'une de ses missions les plus essentielles, c'est-à-dire la défense de l'ordre public. Car, quand l'insécurité grandit, ce sont d'abord les plus faibles d'entre nous qui sont frappés dans leur vie quotidienne.

Nos compatriotes souhaitent une police plus proche d'eux, davantage présente sur le terrain, déchargée des travaux administratifs qui aujourd'hui l'accaparent inutilement. Ils souhaitent que l'on donne à cette police les moyens d'être efficace, grâce à des directives claires et les renforts nécessaires, je pense en particulier aux auxiliaires du contingent qui permettront d'affecter les fonctionnaires de police les plus expérimentés dans les quartiers les plus difficiles.

C'est ainsi que l'on redonnera confiance aux Français dans leur police. C'est ainsi que l'on remobilisera les forces de sécurité.

Là comme ailleurs, si nous sommes animés d'une véritable volonté politique, il n'y aura pas de fatalité de l'augmentation de la délinquance et de la criminalité.

C'est aussi le cas en matière d'immigration.

C'est un sujet sensible qui, je le sais, préoccupe un grand nombre d'entre nous. Là aussi, que d'imprévoyance et de laisser-faire dans la politique du gouvernement actuel !

On ne souligne pas assez que, depuis l'abrogation de la législation sur les contrôles d'identité, près de 150 000 étrangers pénètrent en France de façon irrégulière chaque année. Et comme rien n'est aujourd'hui plus simple que de se procurer de faux papiers d'identité, nombre d'entre eux postulent à des emplois et bénéficient de la couverture sociale qu'offrent notre Sécurité Sociale et les ASSEDIC. Ils le font d'ailleurs dans un climat de relative impunité puisque le taux d'exécution des mesures de reconduite à la frontière n'excède pas 30 %.

Sur la question essentielle de l'immigration, la France, terre des Droits de l'Homme et patrie des libertés, doit être sans complexe ni faiblesse. Il n'est bien sûr pas question de renvoyer dans leur pays d'origine les populations immigrées régulièrement installées sur notre sol. Il est en revanche absolument capital d'interrompre les flux migratoires ; notre pays ne peut plus accueillir et insérer des immigrés.

Pour y parvenir, il faudra agir sur tous les fronts. D'abord en rendant notre pays moins attractif pour les ressortissants étrangers. Je propose de réserver le droit au regroupement familial aux bénéficiaires d'une carte infalsifiable de long séjour et de réfléchir aux conditions d'attribution des avantages sociaux relevant de la solidarité nationale. C'est un double impératif pour notre pays.

Nous devrons aussi livrer une lutte sans merci aux clandestins. Nos frontières ne doivent plus être des passoires et la France une terre d'asile pour la misère du monde. C'est pourquoi il faut restaurer les contrôles d'identité. Généraliser les papiers d'identité infalsifiables. Appliquer les décisions d'expulsion. Définir strictement les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Trop souvent aujourd'hui, les lois de la République sont ostensiblement bafouées et des situations contraires à nos traditions, comme les mariages blancs ou la polygamie, tolérées. Souvenez-vous, il y a un an, le gouvernement est resté sans réaction face à une manifestation réunissant des milliers d'immigrés clandestins. Peut-on illustrer de meilleure manière l'immobilisme et le laxisme qui lui servent de politique ?

J'ajoute que nous devrons redéfinir les modalités d'acquisition de la nationalité française. Aujourd'hui, on devient français par hasard, par le jeu de procédures automatiques. C'est anormal : l'acquisition de la nationalité française doit être un acte solennel. Il faut qu'elle fasse l'objet d'une demande expresse démontrant que l'intéressé sait qu'en devenant Français, il accède à un certain nombre de droits, mais aussi de devoirs. Le Sénat a déjà voté un texte en ce sens : il appartiendra à la nouvelle majorité de parachever cette réforme législative qui, au-delà du symbole, permettra de renforcer la cohésion nationale et l'adhésion des citoyens à la République.

Cette politique implique, cela va de soi, une politique d'aide au développement permettant de créer dans les pays pauvres les activités nécessaires à l'emploi et chacun comprend que je pense tout particulièrement à l'Afrique. Mais je vous le redis : dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, la volonté politique prime.

Je voudrais maintenant m'adresser à nos compatriotes français rapatriés d'Algérie, du Maroc et de Tunisie, dans cette ville de Nice, qui les a accueillis si nombreux et si bien, à l'issue de leur dramatique exode de 1962.

C'est dans cette même ville que j'avais eu l'occasion, le 27 février 1988, dans le cadre de la campagne des présidentielles, de m'adresser à plusieurs milliers d'entre vous, en présence de l'ensemble des représentants de vos associations et amicales, pour dresser le bilan des dispositions nouvelles que mon gouvernement et moi-même avions prises entre 1986 et 1988, et vous confirmer mon intention de les améliorer si j'étais élu à la Présidence de la République.

Le sort en a décidé alors autrement.

Ce n'est pas sans tristesse que nous avons, durant ces cinq dernières années, constaté l'oubli dans lequel les gouvernements socialistes ont tenu les rapatriés. Au point que les représentants nationaux de vos associations ont pu, à juste titre, se plaindre amèrement de n'avoir jamais obtenu la moindre audience d'aucun des trois derniers premiers ministres socialistes.

Après cette regrettable traversée du désert, je viens aujourd'hui vous apporter l'espérance d'une nouvelle et bienveillante politique, que l'alternance nous permettra d'entreprendre, pour apporter les ultimes solutions aux problèmes qui restent en suspens et pour rendre aussi un hommage éclatant à l'œuvre accomplie par la France et par vous-mêmes outre-mer.

Je veux que vous sachiez que je veillerai personnellement à ce que les diverses lois que mon gouvernement a promulguées en 1986-1988 soient enfin et rapidement appliquées, contrairement à ce qui s'est malheureusement produit durant ces cinq dernières années. L'accélération de l'indemnisation par le raccourcissement de ses délais, une solution urgente et définitive à l'endettement des rapatriés réinstallés passant par un moratoire, la simplification de la loi sur les retraites, constitueront, avec l'insertion de la communauté harki et de leurs enfants, la priorité de notre programme d'action à l'égard des rapatriés.

Je tiens aussi à souligner qu'un effort de solidarité nationale sera entrepris dans les meilleurs délais, pour que justice soit enfin rendue à nos compatriotes Harkis qui ont tant souffert pour rester Français.

Cet effort devra prendre en compte l'ensemble de leurs problèmes : scolarisation, logement, formation professionnelle et emploi, notamment. Nous rattacherons le dossier des rapatriés à un échelon gouvernemental afin que nous puissions, en pleine concertation avec l'ensemble de leurs représentants, parvenir à une véritable insertion de nos compatriotes rapatriés de toutes confessions dans la communauté nationale.

Au-delà de votre légitime préoccupation de voir intervenir de rapides solutions à ces problèmes matériels, je n'oublie pas toute la dimension morale de l'œuvre que vous et les vôtres avez accomplie au-delà de la Méditerranée, à travers plusieurs générations, qui vous ont si fortement enracinés dans ces terres d'Algérie, du Maroc et de Tunisie. Je comprends l'amour que vous avez pu leur porter pour avoir eu le privilège de l'avoir partagé pendant plusieurs de mes années de jeunesse, lorsque j'ai accompli mon devoir militaire dans les djebels d'Oranie, et ensuite en tant que jeune stagiaire au Gouvernement Général à Alger.

Dans cet esprit, je m'attacherai personnellement à la sauvegarde de vos cimetières d'Algérie, dont il est inacceptable que perdure, pour un certain nombre d'entre eux, l'état lamentable d'abandon, voire de profanation, qui les caractérise. Il y va de la dignité de notre pays que d'assurer le respect de ces centaines de milliers de sépultures, représentant tout un pan de la mémoire et de l'histoire de la France. De même, nous n'oublierons pas de donner au Mémorial de la France d'Outre-Mer toute la dimension voulue pour que soient conservés, au fil des générations, le souvenir de l'histoire et de la grandeur de la présence française Outre-Mer.

À l'aube de ces deux prochaines années, je n'oublie pas non plus que devra être célébré avec éclat et solennité le 50e anniversaire d'une série de dates historiques. Les armées d'Afrique se sont en effet glorieusement illustrées, depuis la libération de Tunis en mai 1943, au débarquement de cette formidable armada constituée de 400 000 Français d'Afrique du Nord toutes confessions entremêlées, le 15 août 1944 sur les côtes de Provence, en passant par les campagnes de Tunisie, d'Italie et de Corse.

Ce sera pour nous l'occasion de rappeler à la communauté nationale l'immense participation des Français d'Afrique du Nord à la libération de la France, avec le taux de mobilisation le plus élevé des pays alliés (plus de 18 % de la population). Nous saurons rendre l'hommage de la Nation aux 50 000 des vôtres tombés au champ d'honneur et dont les cimetières militaires témoignent du sacrifice, depuis le Monte Cassino jusqu'aux plaines d'Alsace.

Enfin insérés dans la communauté nationale, après tant d'épreuves et de souffrances, les Français d'Afrique du Nord auront, j'en suis sûr, à cœur d'apporter une contribution active aux solutions de délicats problèmes qui ne cessent et ne cesseront de se développer tout autour de cette Méditerranée si chère à nos cœurs. Votre expérience de vie intercommunautaire, que vous aviez si bien réussie à l'ombre de vos églises, synagogues et mosquées, nous sera des plus utiles pour régler harmonieusement mais sans dérive, les problèmes de société posés par l'immigration.

Je ne doute pas un seul instant que vous saurez développer, à l'aube de ce 3e millénaire, les mêmes qualités de pionniers qui, après la déchirure des années 60, vous ont permis de contribuer largement au succès économique du Sud de la France.

Je voudrais évoquer maintenant, ici à Nice, la vocation méditerranéenne de la France. Une vocation qui devrait pouvoir s'exprimer dans le cadre d'une véritable politique étrangère. Or, là aussi, que constate-t-on au terme de douze ans de gestion socialiste, d'erreurs et de rendez-vous manqués avec l'Histoire ?

Existe-t-il encore une politique étrangère digne de ce nom en dehors de quelques interventions en matière d'assistance et d'aide humanitaire et de quelques gestes spectaculaires et médiatiques sans lendemain ? Comment ne pas se poser cette question quand on garde la mémoire de ce que fut l'action de la France, inspirée par le Général de Gaulle, son poids sur les affaires du monde, et qu'on dresse aujourd'hui le bilan de notre diplomatie ?

Une fuite en avant vers l'Europe fédérale qui a désorienté les opinions européennes, les a effrayées et dont le résultat le plus clair a été de fragiliser l'œuvre entreprise pas à pas depuis 40 ans.

Des dissonances dans le couple franco-allemand dues en partie aux erreurs de jugement et aux faux pas commis au moment de la réunification de l'Allemagne. Nous sommes apparus gênés et inquiets en un moment historique qui marquait la fin de la guerre froide et la victoire dans le combat mené depuis 1946 contre l'impérialisme communiste.

Un conflit à nos portes dans l'ex-Yougoslavie que nous n'avons ni su prévoir, ni arrêter avant qu'il ne sème l'horreur et n'embrase des territoires de plus en plus étendus, et demain, peut-être, les Balkans.

Au Proche-Orient, nous devons constater, après notre engagement militaire dans la guerre du Golfe, une perte d'influence qui nous a écartés de la conférence de Madrid et plus généralement de la recherche de la paix dans une région où, malgré la puissance américaine, nous avions jusqu'ici réussi à faire entendre notre voix.

Un continent africain où nos amis s'interrogent sur notre politique, ou plus exactement sur nos politiques successives, doutent et s'ouvrent, malgré la communauté de langue qui nous unit, à d'autres influences.

Enfin, un Waterloo commercial avec la négociation du GATT où nos intérêts n'ont pas été défendus et où l'affaire a été menée de telle sorte que, depuis la réforme de la Politique agricole commune au mois de mai, nous n'avons plus le choix qu'entre le sacrifice de notre agriculture et le déclenchement d'une crise au sein de la Communauté.

Nous vivons, c'est vrai, un instant particulier de l'histoire où le vieil ordre mondial, celui de 1945, a subi des changements profonds et soudains qui, à la France plus qu'à d'autres pays, ont posé de redoutables problèmes d'adaptation. Je veux bien en tenir compte. Mais ce que nous pouvons reprocher à ceux qui nous gouvernent, c'est précisément de ne pas avoir anticipé les grands bouleversements géopolitiques de ces dernières années et de s'y être résignés comme à regret. Manquant de vision et inspirés par un conservatisme foncier, ils ont cultivé l'ambiguïté et brouillé le message de la France.

Et pourtant quelle époque exceptionnelle ! Quel exceptionnel champ d'actions s'offre à un pays comme le nôtre. Vieille nation européenne, à la croisée des civilisations du Mord et du Sud ; puissance continentale mais aussi maritime avec des intérêts anciens et forts dans le bassin méditerranéen et en Afrique ; avancée de l'Europe vers ces États-Unis qui ont su donner leur sang pour notre liberté ; pays qui s'enorgueillit d'avoir lancé le message des Droits de l'Homme dans une langue toujours partagée et enrichie par d'autres peuples ; pays où le savoir scientifique et la culture restent au premier rang dans le monde.

Oui, la France doit se ressaisir et, à sa place, sans arrogance, mais forte de ce qu'elle a déjà accompli, elle doit aider à la naissance de ce nouvel ordre mondial qui doit s'efforcer de réduire les tensions dans le monde et de lutter contre la misère pour apporter la paix et la prospérité aux générations futures. Je voudrais que le gouvernement de l'alternance sache, avec ardeur et imagination, reprendre le flambeau abandonné et ordonner notre politique étrangère autour de quelques grands axes prioritaires.

Tout d'abord le maintien de l'alliance étroite avec l'Allemagne afin que les deux pays, de concert, œuvrent à l'indispensable construction de l'Europe. D'une Europe plus respectueuse des individualités nationales, moins uniforme, ayant une vision moins technocratique de ses problèmes. Plus ouverte aussi aux nouvelles démocraties de l'Est qui peuvent très vite être associées à la coopération politique et à l'élaboration d'une politique étrangère concertée. Plus décidée enfin à combattre le chaos et les risques d'anarchie apparus dans l'ancien Empire Soviétique qui représentent une menace d'un type nouveau.

Il nous faut aussi maintenir notre effort de défense et amener nos partenaires européens, dont certains sont réticents, à s'engager dans la mise en place d'une organisation européenne de défense fortement articulée sur une Alliance Atlantique rénovée.

Il est également essentiel de contribuer à la stabilité du monde méditerranéen. Nous avons, avec tous les pays qui bordent cette mer, des relations séculaires de proximité, même si elles ont été traversées d'orages. Bien des menaces sur notre avenir ont cette zone pour origine. Nous devons impérativement renouer le dialogue là où il s'est affaibli, relancer la coopération là où elle s'est tarie, et partout aider à la conciliation et au développement.

Il faudra enfin soutenir l'action des Nations Unies afin qu'elles jouent un rôle, qui ne soit pas toujours dépendant des États-Unis, pour le maintien de la paix, pour le sauvetage des nations en péril, en particulier en Afrique, pour la défense de l'humanité, qu'il s'agisse des maladies endémiques ou de l'environnement.

Je pourrais aussi évoquer les efforts que nous devons consacrer à la communauté francophone qui doit être un élément actif de notre diplomatie, et dans un autre domaine, la nécessité d'avoir avec nos partenaires européens une vision commune des problèmes d'immigration doublée d'un effort concerté d'aide aux pays d'émigration pour enrayer les transferts massifs de population qui nous menacent.

Mais cette simple énumération suffit pour faire comprendre qu'il nous faut mener une diplomatie active, sérieuse, imaginative. Le "rang" d'une Nation ne se crie pas sur les toits, ne se proclame pas par décret. Ce sont les autres qui le constatent et en tirent les conséquences. La France a longtemps parlé au monde qui l'écoutait. Il faut que ces temps reviennent.

Voilà quelques-unes de nos ambitions pour la France. Voilà pourquoi les candidats de l'actuelle Opposition républicaine ont besoin de votre soutien pour gagner et de votre enthousiasme pour réussir.

Le défi à relever est considérable. Mais je sais que nous réussirons.

Nous réussirons parce que nous avons des idées et que nous n'avons pas hésité à aller sur des terres que la gauche avait longtemps revendiquées mais qu'elle a laissées à l'abandon : je veux parler des solidarités et des réformes.

Nous réussirons parce que nous croyons en nous et que les Français le sentent. Nous réussirons parce que nous sommes les héritiers de ceux qui ont fait de la France un grand pays.

Ensemble nous reprendrons en mains notre destin et nous redonnerons aux Français de nouvelles raisons d'espérer. C'est ce que la France attend de nous. C'est ce que j'attends de vous.

Vive Nice !

Vive les Alpes Maritimes !

Vive la République !

Vive la France !