Texte intégral
G. Leclerc : Êtes-vous satisfaite des mesures du gouvernement ?
N. Notat : Nous demandions de renflouer les régimes sociaux. Chaque Français a envie que soit préservée son assurance-maladie ainsi que le reste. Il faut trouver de l'argent. La mesure la plus juste, c'est la CSG. Nous attendons quand même du gouvernement qu'il garantisse que cette mesure conserve un caractère de progressivité. J'entends parler de sa déductibilité. Pourquoi pas ? À condition qu'il y ait une petite différence en fonction du salaire dans l'effort qui sera demandé. À partir du moment où la CSG touche les retraités, il faut que le gouvernement leur assure immédiatement l'allocation dépendance qu'ils attendent depuis la création de la CSG. Il n'est plus que temps de la décider.
G. Leclerc : Et la hausse du forfait hospitalier
N. Notat : Nous attendons de voir. Cela ne peut pas constituer une mesure isolée d'un ensemble. Nous souhaitons réfléchir aux moyens de maîtriser l'évolution des dépenses de santé. Il y a là le moyen de retrouver le chemin de la négociation de la convention avec les médecins.
G. Leclerc : Et les mesures pour la retraite ?
N. Notat : Nous dirons à S. Veil : "pas de précipitation…" Il faut faire les choses dans l'ordre : réformer, d'accord, mais réformer équitablement. Ne rien faire aujourd'hui reviendrait à nous rendre coupables pour non-assistance à retraite en danger.
G. Leclerc : L'allongement de la durée des cotisations…
N. Notat : Pas tout de suite, ce n'est pas la première mesure à prendre. Il faut que le gouvernement garantisse le paiement des cotisations pendant les périodes où les gens ne sont plus en activité. C'est la première mesure à prendre. Il faut un fonds de solidarité que le gouvernement s'était engagé à alimenter : il faut que ce gouvernement le valide. Il faut aussi qu'il s'engage pour aider les partenaires sociaux à franchir le cap des années 2005-2025. Il faut qu'il garantisse sa part d'efforts dans cette situation exceptionnelle. Les partenaires sociaux doivent discuter des réformes supplémentaires à conduire.
G. Leclerc : Cela fait des années !
N. Notat : Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités avec les partenaires sociaux si l'État a pris les siennes. Sur la durée de cotisations, nous disons : pas de réforme à sens unique. Cela ne peut pas se faire tant que des salariés qui sont toujours au travail après plus de 40 ans de travail. Il faut que ces gens-là puissent partir de manière anticipée. C'est un échange : pas de réforme à sens unique.
G. Leclerc : Que doivent faire les entreprises des 8 milliards de cotisations familiales prises en charge par l'État ?
N. Notat : Nous mettons le gouvernement en garde : changer le financement des allocations familiales, pourquoi pas ? À condition que les retombées que l'on en attend sur l'emploi soient des retombées réelles. Il n'y a pas de lien automatique. Nous demanderons au Premier ministre que sa décision s'accompagne d'un engagement quasi obligatoire du CNPF et des chambres patronales pour ouvrir des négociations dans toutes les professions, de telle sorte que l'on décide du développement de la formation en compensation de cette mesure, la création d'emplois, des efforts en matière de réduction de temps de travail. Autant de mesures qui doivent porter un effet réel sur l'emploi.
G. Leclerc : 32 milliards à trouver pour l'UNEDIC. Comment ?
N. Notat : Il y aura ce déficit si rien n'est fait en attendant. Il faut trouver de l'argent frais pour que les chômeurs soient payés en juin. Nous allons en discuter avec le gouvernement. On n'échappera sans doute pas à une augmentation de la cotisation.
G. Leclerc : C'est un remake annuel, les déficits sociaux !
N. Notat : Si les salariés sont prêts à fournir un effort exceptionnel, ils ne sont pas prêts à le faire de la sorte tous les six mois. Il faut aller à des réformes en profondeur et s'attaquer à la source des problèmes : le chômage. Il faut des politiques de l'emploi plus audacieuses, plus efficaces. Le gouvernement a une impulsion importante à donner en articulation avec la négociation. C'est cette direction que nous attendons un gouvernement.
11 mai 1993
Europe 1
J.-P. Elkabbach : Serez-vous associés à la journée de grève de la CGT du 27 mai ?
N. Notat : Non, nous n'entrerons pas dans une contestation globale à tout ce qui est en train de se faire aujourd'hui. Nous allons développer une intervention ciblée en fonction de quelques critiques de fond que nous avons au plan Balladur. Nous voulons agir avec efficacité, faire pression sur le gouvernement et les entreprises en développant d'abord la concertation.
J.-P. Elkabbach : Les manifs et les grèves ne sont pas des réponses adéquates ?
N. Notat : Il ne faut pas les exclure le cas échéant. Nous souhaitons mettre nos actions au service de propositions que nous faisons aujourd'hui pour orienter dans le bon sens la réforme de la retraite, les mesures pour l'emploi.
J.-P. Elkabbach : Quelles mesures trouvez-vous les plus dangereuses ?
N. Notat : C'est le volet emploi. Le gouvernement vient d'offrir aux entreprises des allégements financiers sans précédent. J'ai beaucoup entendu parler le responsable du CNPF d'asphyxie. Aujourd'hui, les entreprises sont au pied du mur. Elles vont devoir faire la démonstration que l'emploi va être au rendez-vous. De ce point de vue, le gouvernement aurait tort de faire un chèque en blanc aux entreprises. Aujourd'hui il n'y a pas les contreparties. L'emploi n'est pas seulement une question de confiance. Il s'agit de voir les meilleures mesures possibles qui doivent se traduire en emplois. Je pense en particulier à la formation pour les personnels les moins qualifiés, à la réduction du temps de travail.
J.-P. Elkabbach : Quand vous avez pris connaissance du programme Balladur, vous êtes-vous dit qu'on en verra la réussite l'an prochain ?
N. Notat : Je souhaite que la réussite soit au bout du chemin. Ce qui est en cause, c'est de venir enfin à bout du chômage. C'est aller plus loin, ce que ne fait pas le plan Balladur, dans des politiques plus offensives sur l'emploi.
J.-P. Elkabbach : Le patronat tient le destin de la société entre ses mains ?
N. Notat : Les entreprises ont une responsabilité essentielle. Il lui appartient de donner rapidement des signes tangibles pour que l'emploi soit au bout du chemin.
J.-P. Elkabbach : La CSG va augmenter. En acceptez-vous le taux, la déductibilité et la destination ?
N. Notat : À l'évidence, les décisions que vient de prendre Balladur, c'est une ponction sévère sur le pouvoir d'achat des ménages. Nous aurions encore plus regretté que nos régimes sociaux ne soient pas sauvés. La question est de savoir si cet effort ne sera pas gâché. Nous étions favorables à la CSG, c'est la mesure là moins injuste. Ce sont des mesures bien classiques dont on nous a habitués autant sous les gouvernements de gauche que sous les gouvernements de droite.
J.-P. Elkabbach : À propos des retraites, refusez-vous la réforme ?
N. Notat : Ne pas réformer notre système de retraite aujourd'hui, ce serait faire de la non-assistance à retraités en danger pour demain. Il faut réformer de manière équitable. Nous souhaitons que le gouvernement ne décide pas unilatéralement par la loi la réforme pour 20 ans, il faut dégager de l'espace à la discussion.
J.-P. Elkabbach : La réforme à 60 ans vous semble menacée ?
N. Notat : Non, nous restons attachés à la retraite à 60 ans.
J.-P. Elkabbach : La réforme du Code de la nationalité vous choque-t-elle ?
N. Notat : Ce débat est inopportun. Il y a 23 000 enfants nés de parents étrangers qui accèdent à la nationalité française par an. Où est le problème ? Nous avons demandé à M. Méhaignerie de reconsidérer les positions qu'il est en train de prendre. L'accumulation de problèmes à l'accès à la nationalité revient toujours à montrer l'étranger comme le bouc émissaire alors que les questions de fond aujourd'hui sont les questions de la concentration, de la ville, de l'emploi, du logement social.