Texte intégral
Monsieur le Président,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Je suis heureux d'inaugurer ce MIDEST 93, 23e marché international de la sous-traitance industrielle. C'est avec grand plaisir que j'ai répondu à la demande du Premier ministre de le représenter en cette occasion, et de renouer avec une tradition, initiée lorsque j'étais ministre de l'Industrie.
Le MIDEST – un salon leader
Votre salon est le salon-leader au plan international dans le domaine de la sous-traitance :
- par sa remarquable dimension internationale (2 200 exposants en provenance de 30 pays) ;
- par le reflet de l'industrie dans son ensemble, qu'il constitue : tous les matériaux, tous les métaux, les plastiques, les caoutchoucs, tous les procédés de façonnage, de décolletage… ;
- par la qualité de son organisation. Le carrefour de la sous-traitance me paraît une excellente illustration du profit que peuvent tirer les entreprises d'une bonne organisation.
Il donne aux donneurs d'ordre européens une occasion unique de détecter de nouveaux sous-traitants, et une opportunité majeure pour ceux-ci de se faire connaître sur la scène européenne.
Cette trop courte visite, s'est effectuée au pas de course, l'allure favorite des ministres quand ils visitent un salon. J'ai pu cependant mesurer, très concrètement, à travers la grande variété des métiers de la sous-traitance, le formidable réservoir d'entrepreneurs que ces professions représentent.
Le MIDEST 93 : réussite remarquable dans une conjoncture difficile
Ce salon intervient dans une conjoncture économique extrêmement difficile, aux difficultés inégalées depuis la guerre : les destructions d'emplois l'emportent hélas sur les créations d'emplois ; le rythme des défaillances d'entreprises s'est brutalement accéléré en début d'année. Les défaillances d'entreprises ont touché et touchent particulièrement les entreprises sous-traitantes, qui ajoutent à leur fragilité de PME, la fragilité d'un impayé, la défaillance d'un créancier. Dès mon arrivée dans ce département, j'ai eu à me préoccuper de cette question, et des mesures d'urgence ont été prises (SOFARIS). Le ralentissement du rythme de défaillances constaté – je suis prudent – nous conduit à penser que ces mesures ont commencé à porter leurs fruits.
Au-delà des mesures d'urgence, le Gouvernement a proposé, lors de l'examen au Parlement de la proposition de loi sur les difficultés des entreprises, des dispositions visant par la modification de la clause de réserve de propriété à mieux prémunir les entreprises fournisseurs contre les risques du crédit qu'elles consentent aux acheteurs.
La question de l'internationalisation de la sous-traitance touche l'opinion, qui s'inquiète de voir des industries françaises délocaliser leurs machines et leur savoir-faire.
Nous sommes dans cette situation aujourd'hui car nous sommes en récession, et plus grave, en récession déflation, puisqu'à une baisse de l'activité s'ajoute une baisse des prix sur la plupart des prix industriels.
Cette récession touche l'Europe. Elle frappe notre Industrie et en particulier notre industrie de la sous-traitance.
Dans ces circonstances économiques difficiles, vous auriez pu vous décourager. Tel n'a pas été le cas, au contraire. Le succès formidable de ce 23e MIDEST est un résultat qui n'en est que plus remarquable. Il témoigne de votre talent d'organisateur, mais aussi du dynamisme et de la créativité de toutes les entreprises, et notamment des PME. Cette réussite ne peut que satisfaire le ministre de la compétitivité des entreprises.
La sous-traitance, un secteur clé de notre économie, qui est en profonde mutation.
Aucun secteur d'activité ne pèse aussi lourd que le secteur de la sous-traitance : 5 500 entreprises de plus de 20 salariés se partagent un marché français de 187 milliards de francs. Il faut y ajouter le poids économique des moins de 20 salariés estimé à 60 milliards de francs pour 21 500 entreprises.
Le marché européen est estimé à 1 300 milliards de francs, soit 1/5 du PIB de la France. C'est considérable.
Le volume de la sous-traitance Industrielle a augmenté de 40 % en 20 ans.
Les relations donneur d'ordre sous-traitants se sont progressivement internationalisées. L'augmentation de 10 % en un an du nombre d'exposants étrangers de votre salon est une illustration saisissante de ce phénomène.
Le secteur de la sous-traitance est en pleine mutation. J'illustrerai ce propos sur la filière automobile, à laquelle je porte une attention particulière. Des évolutions majeures sont intervenues ces dernières années chez les sous-traitants : diminution du panel fournisseurs de premier rang, développement et réalisation de fonctions plus que de pièces, accroissement de la valeur ajoutée, partenariat Inter-entreprises de sous-traitance, développement des fonctions étude et recherche, productivité accrue, maîtrise de la qualité totale. Aujourd'hui, 60 à 70 % de la valeur ajoutée industrielle incorporée dans une voiture est apportée par les équipementiers. Elle était de 50 %, Il y a une dizaine d'années.
En matière de confort, de sécurité, de protection de l'environnement, d'agrément de conduite ou d'aide à la conduite, que d'évolution dans les produits. La compétition entre constructeurs se livre de plus en plus sur le terrain de l'équipement de leurs véhicules.
Cette évolution vers l'enrichissement des fonctions est porteuse d'espoir pour les équipementiers et sous-traitants automobiles. Elle signifie que ce secteur dispose de solides perspectives de croissance, même dans l'hypothèse d'une stagnation en volume du marché automobile.
L'industrie de la sous-traitance dispose de solides atouts : les capacités d'innovation, la qualité, les hommes.
Les capacités d'innovation
Il n'est pas besoin de visiter longtemps ce salon, pour avoir confirmation que les entreprises de sous-traitance – qui sont en majorité des PMI – rassemblent un potentiel de savoir-faire et témoignent d'un dynamisme remarquable.
Dans le domaine de la sous-traitance, il y a place pour découvrir des marchés nouveaux, créer des produits nouveaux, de meilleure qualité ou moins cher, inventer des façons nouvelles de fabriquer.
Il se n'agit non pas de se partager une richesse préexistante, mais bien de la créer.
Les industriels de la sous-traitance ont su progressivement développer des compétences de haute technicité, et acquérir la maîtrise de technologies pointues. La création pour la première fois cette année d'un secteur "Ingénierie-Étude-Recherches" démontre une fois de plus que votre salon sait s'adapter aux évolutions.
La qualité
Plus de 90 % des chefs d'entreprises françaises placent la qualité au premier rang de leurs préoccupations. Les entreprises se sont rapidement mobilisées et la situation de la France se rapproche de l'Allemagne, des États-Unis et du Japon. En seulement 4 ans, le nombre d'entreprises dotées d'une démarche structurée de qualité est passée de 33 à 45 %. Dans le même temps, le nombre d'entreprises certifiées a été multiplié par huit. Avec 1 500 certificats délivrés par l'association française d'assurance de la qualité (AFAQ), la France se situe en deuxième position au plan mondial derrière la Grande-Bretagne. Enfin, le niveau de qualité des produits et services français s'est indiscutablement amélioré : le redressement de notre balance commerciale en témoigne.
Cet engouement pour la qualité et la certification d'entreprises ne relève pas d'une mode passagère. Au contraire, je pense qu'elle répond à une tendance lourde du marché. Depuis plus d'une décennie, les économies des pays industrialisés sont confrontées à une profonde évolution : le passage de l'ère où prévalaient confiance et réputation, à celle où Il est nécessaire pour vendre d'apporter les preuves objectives de sa compétence ou de la qualité de ses services.
Il n'y a d'ailleurs pas lieu de s'étonner que, dans une période où l'offre dépasse la demande, les acheteurs soient de plus en plus exigeants et soucieux d'obtenir des garanties sur les capacités de leurs fournisseurs.
Une autre raison justifie à mes yeux le rôle crucial joué par la qualité dans cette bataille de la compétitivité.
La qualité est un passeport pour la compétitivité dans une économie qui s'internationalise.
Nous vivons dans un monde de plus en plus ouvert, où il n'existe plus de rente de situation. Nulle part et pour personne ! Cela a, pour nos entreprises, deux conséquences :
1. L'une est une opportunité : l'ouverture des marchés constitue pour nos entreprises – qui ont acquis la place de quatrième exportateur mondial – une opportunité considérable.
2. L'autre peut être une menace : le marché intérieur français est de plus en plus concurrentiel du fait des importations provenant de tous les pays du monde. Pour faire du libre-échange une chance pour notre pays, nos industries, nos produits, notre main-d'œuvre et nos services doivent être les meilleurs. Il nous faut donc bien gagner la bataille de la qualité.
Les hommes
La matière grise apparait de plus en plus comme la ressource principale pour permettre à l'entreprise de continuer à anticiper l'accélération des changements et l'accroissement de la complexité des systèmes que l'homme contribue à développer. Parmi les forces productrices, la plus importante est, à présent, la connaissance. Car à la différence de la terre, du capital ou du travail physique, la connaissance s'accroît lorsqu'on la partage.
La créativité et la productivité de l'intelligence deviennent les variables centrales de la production de richesses. La résolution des problèmes, c'est-à-dire le pilotage de la complexité passe par l'injection de toujours plus de matière grise dans nos actes, nos activités et nos produits.
Le développement de l'activité immatérielle ne signifie pas pour autant que l'industrie disparaisse de la vie active. Ni même, qu'elle perde l'importance stratégique qu'elle représente dans l'économie. Elle ne fait que souligner l'évolution de l'industrie.
Cet investissement dans l'intelligence peut prendre de multiples formes : – la recherche –développement, le commercial, les nouvelles formes d'organisation de la production, la formation…
L'industrie de la sous-traitance est en premier lieu concernée par cette dématérialisation.
Cette évolution impose d'améliorer toujours la formation des hommes pour atteindre des qualifications élevées et confier au personnel des responsabilités étendues.
En ce sens, les séminaires de formation des responsables de PMI aux exigences des donneurs d'ordre internationaux en matière de qualité, de délais, de coût et de partenariat, me paraissent une heureuse initiative de l'ACFCI et du ministère de l'Industrie. Pour en bénéficier, chaque responsable de PMI peut s'adresser à sa Chambre de commerce et d'industrie.
Développer le partenariat
Autre point important : le partenariat. Celui-ci commence à acquérir ses lettres de noblesse. Les techniques industrielles nouvelles, les stocks zéro, le flux tendu, l'assurance qualité ont su créer une connivence probablement irréversible entre donneurs d'ordre et sous-traitants. Grâce à ce niveau de perfection et de rationalité des systèmes de fabrication, même les donneurs d'ordre les plus importants ne peuvent occulter le respect de ses fournisseurs, ne serait-ce que pour de simples raisons de nécessité industrielle.
Cependant, dans une conjoncture difficile, les solidarités peuvent se fragiliser.
Je ne crois pas à des mesures réglementaires ou à des dispositions législatives pour régler le problème du partenariat, mais plus à l'adhésion à un code de bonne conduite de la sous-traitance. Ainsi, les grandes entreprises réaliseront mieux que leur avenir et leur développement sont liés à la bonne santé de leurs sous-traitants.
Ce problème m'a conduit à mettre en œuvre, en tant que ministre des Entreprises, ce que j'appelle des "chartes de développement local". Elles consistent à faire participer au développement local les grandes entreprises, privées et publiques.
Les 21 grandes entreprises, qui se sont engagées au niveau national, à être partenaires de leurs sous-traitants et de leurs fournisseurs, se sont engagées dans le cadre de leurs contrats de sous-traitance :
- à respecter les principes posés par la Charte de la sous-traitance, établie sous l'égide du Centre national de la sous-traitance ;
- à mettre en pratique les recommandations figurant dans le guide contractuel des relations de sous-traitance ;
- à informer en temps opportun leurs sous-traitants des événements susceptibles de faire subir des variations importantes aux plans de charge de ces derniers.
Je crois beaucoup à la capacité qu'ont ces entreprises qui ne peuvent plus créer d'emplois (quand elles ne licencient pas), mais qui peuvent aider les autres à se développer et à créer des emplois grâce à des transferts de savoir et de savoir-faire dans de nombreux domaines. Après avoir fait cette opération au niveau national, nous nous efforçons d'appliquer la même méthode au niveau local.
Ce souci de mettre le talent du plus capable au service du plus grand nombre est la base de l'opération "Guide de la performance industrielle" qui concerne les PMI du secteur automobile.
Ce guide est destiné à aider les patrons de PME dans l'analyse de l'organisation de leur système de production, dans l'objectif prioritaire de réduction des coûts. Il a été élaboré à partir de la réflexion commune des grands industriels. Une méthodologie dorénavant existe. Elle offre aux PMI, fournisseurs de l'industrie automobile la possibilité de prendre l'initiative et la responsabilité de leurs mutations, en engageant une démarche de diagnostic et de définition de plans d'actions. L'État (via les DRIRE) apportera son soutien financier à cette démarche.
L'opération "Guide de la performance industrielle" est un des volets d'une action multifacette visant à un nouveau modèle d'organisation industrielle intégrant constructeurs, équipementiers et fournisseurs de l'automobile.
Cette opération pilote dans le secteur automobile pourrait inspirer d'autres opérations analogues dans d'autres secteurs.
Enfin, pour réfléchir à l'évolution des règles du jeu de la sous-traitance – sujet d'autant plus délicat que la conjoncture est ce qu'elle est –, j'ai réactivé la Commission technique de la sous-traitance.
Son rôle est d'étudier les problèmes posés par la pratique de la sous-traitance et de suggérer aux pouvoirs publics toutes mesures en cette matière.
Elle s'est mise au travail sans tarder sur les thèmes de la sécurité financière des sous-traitants et du partenariat.
Conclusion
Je crois à la force de l'industrie. Celle-ci est la manifestation visible concrète du génie de l'homme. Je crois à la nécessité d'avoir une industrie toujours plus compétitive. Certes, cette recherche de la compétitivité est aujourd'hui souvent dénoncée car elle apparaît comme destructrice d'emplois.
La sous-traitance est le socle de notre industrie. Le MIDEST apporte la preuve que les entreprises de ce secteur vont de l'avant, préparent l'avenir ; leur enthousiasme, leur vitalité, voilà bien le meilleur message d'espoir qui peut être adressé aujourd'hui aux français.