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Convaincu que les difficultés du secteur économique qu'il représente ont bien été prises en considération par le gouvernement Balladur, Jean Domange, le président de la Fédération nationale du bâtiment, demeure conscient des conséquences négatives de la crise. Mais, interrogé par l'action économique, il lance un véritable appel à la mobilisation générale, tant des chefs d'entreprise que des investisseurs. Pour que se produise un sursaut salvateur.
Le Quotidien de Paris : Quelle appréciation portez-vous sur le plan Balladur II, ou plan "aménagé" ? Ne pensez-vous pas qu'il faudrait, comme certains commencent à le murmurer, un plan Balladur III, au mois de septembre par exemple, pour restaurer véritablement la confiance dans le domaine du bâtiment ?
Jean Domange : Le premier plan allait déjà dans le bon sens. Le second va encore un peu plus loin. Il correspond pour l'essentiel aux suggestions que nous avions faites dans le but de créer les conditions favorables à un redémarrage du bâtiment, notamment le retour progressif à l'équité fiscale entre investissement mobilier et immobilier. En ce qui me concerne, je ne peux donc que me déclarer satisfait des plans gouvernementaux. Apportant un "plus" par rapport aux prévisions initiales, le second est en mesure de déclencher un effet positif, de provoquer le "déclic-confiance". Comme entrepreneur, j'estime en outre que, pour une grande part, mon devenir est entre mes mains. C'est l'idée que j'ai développée au sein de notre profession en lançant un appel aux imaginations, aux forces de proposition et à l'esprit d'entreprise. Concrètement, cela signifie qu'il ne faut pas toujours compter sur l'extérieur. Je partage le point de vue exprimé récemment par le Premier ministre : arrêtons de nous chercher des excuses et des alibis dans les événements internationaux, de l'Europe à la Bundesbank, en passant par le Sud-Est asiatique. Nous disposons au niveau français d'un certain nombre d'atouts structurels, de même que des carences d'ailleurs. À nous de gommer les défauts et de promouvoir les atouts. Nous devons agir à partir des éléments positifs dont nous disposons. Mon objectif consiste à mobiliser les entreprises sur la base du plan Balladur. L'analyse est simple : hier, nous étions dans l'inquiétude et la colère, parce que nous estimions ne pas être entendus. Aujourd'hui, nous sommes écoutés et nous avons obtenu les mesures de relance que nous attendions. L'heure n'est plus à la timidité et au scepticisme; il faut au contraire rassembler toutes les énergies autour d'un seul objectif : gagner.
Reprise très différenciée
Le Quotidien de Paris : En matière d'emploi, combien de postes de travail pensez-vous que les professions du bâtiment soient en mesure de créer ?
Jean Domange : Depuis octobre 1992, nous perdons 10 000 emplois par mois. Une telle évolution ne s'inverse pas du jour au lendemain. Je pense donc que nous aurons une première phase de stabilisation, préférable d'ailleurs à un phénomène de redressement brutal. Nous prévoyons une reprise de l'activité, plus ou moins nette selon les secteurs, au cours du dernier trimestre 1993. En année pleine, nous estimons que nous pouvons préserver ou créer 40 000 emplois si tous les acteurs du secteur (financiers, donneurs d'ouvrages, etc.) réagissent de manière positive. Seule la confiance retrouvée peut conforter les données physiques du plan Balladur.
Le Quotidien de Paris : Comment voyez-vous s'opérer la reprise dans le domaine du bâtiment ?
Jean Domange : Elle sera très différenciée tant sur le plan géographique que sur celui des corps de métiers et des marchés (constructions neuves, réhabilitation, logement et hors logements...). Ses pleins effets se feront surtout sentir en 1994. Mais quelques signes se manifestent dès à présent : certains propriétaires privés demandent des devis aux entreprises pour des projets susceptibles d'être réalisés très rapidement. Les notaires signaient d'ailleurs une légère reprise. Dans le secteur locatif social, le ministère du Logement et la direction de la construction vont prochainement concrétiser les intentions qu'ils avaient formulées et activer les procédures administratives et financières afin de permettre un déblocage rapide des crédits. En matière d'accession à la propriété, les perspectives varient plus fortement en fonction des zones géographiques et notamment des menaces plus ou moins graves qui pèsent localement sur l'emploi. Les nouvelles conditions retenues abaissement des taux d'intérêt à 7,7 %, augmentation des plafonds de ressources de 5 % en zones 1 (région parisienne) et 2 (grandes agglomérations) et 10 % en zone 3 sont de nature à déclencher des mouvements de relance, même si nous aurions souhaité une hausse plus forte en zone 1. Enfin, les mesures fiscales applicables au logement neuf mais aussi aux travaux de réhabilitation devraient constituer, si elles sont bien expliquées, et bien promues auprès de tous ceux qui peuvent en bénéficier, un élément non négligeable de la reprise.
Le Quotidien de Paris : Quelles propositions formulez-vous encore pour le futur ?
Jean Domange : Je souhaite dans le futur très proche que le "1 % logement" soit utilisé au mieux des attentes et accompagne les mesures budgétaires. Il conviendrait notamment de pouvoir affecter le 1 % logement à l'apport personnel exigé pour nos salariés accédant à la propriété. De façon plus large et pour l'avenir, il appartient au gouvernement d'assurer la pérennité des mesures prises et d'en amplifier certaines à l'occasion de l'élaboration de la loi de finances pour 1994. Nous pourrons ainsi pleinement contribuer à l'effort de mobilisation nationale en faveur de l'emploi, en nous appuyant notamment sur les nouvelles mesures en faveur de l'apprentissage et des contrats d'alternance.