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Le ministre de la Jeunesse et des Sports annoncera au printemps des mesures destinées aux dirigeants des petits clubs, désormais découragés par les tracasseries administratives. La multiplication des grandes compétitions, le dopage, le stade de la Coupe du Monde de football, l'argent et la personnalité des champions sont autant de sujets qu'elle commente pour Sud-Ouest
Quarante-huit heures en Afrique du Sud avec les rugbymen français, un bref séjour aux Antilles pour l'autre sport auquel elle est habituée depuis son enfance, un dîner avec les athlètes à Stuttgart lors des récents championnats du monde, Michèle Alliot-Marie a multiplié les rencontres avec les champions du sport français.
D'abord promise à un poste plus technique, comme le ministère des affaires européennes, cette femme du Sud-Ouest de 47 ans s'est trouvée face à quelques dossiers qui la passionnent et lui permettent d'utiliser – notamment dans ses projets concernant le dopage – une expérience prouvée dans le monde de l'éducation. À l'occasion du gala de clôture, à Arcachon, du Festival du film ibérique, latino-américain et européen, le ministre a commenté quelques sujets actuels où se mélangent sport, politique, économie, fait divers et espoirs.
Sud-Ouest : À quand le retour d'un Festival du film sportif comme Arcachon en proposa un il y a une dizaine d'années ?
Michèle Alliot-Marie : Il existe de superbes films sur le sport, il y a des images formidables. Mais dans un festival il faut vingt films; pour qu'il dure, il faut un renouvellement annuel, c'est sans doute l'obstacle. Mais en télévision on peut faire beaucoup pour promouvoir le sport. C'est un aspect qui me tient à cœur.
Sud-Ouest : On vous a vue sur tous les terrains où étaient engagés les sportifs français cet été ?
Michèle Alliot-Marie : Pour l'Afsud c'était aussi un rôle d'affaires internationales. En ce qui concerne les autres compétitions où je suis allée, j'entends montrer que la culture sportive familiale est essentielle. Le sportif aime être écouté dans son élément, il a besoin d'être rassuré et soutenu. Je le sais et j'ai essayé de le faire. Cela me permet aussi d'aborder le problème de la médiatisation de certains sports. Les champions sont souvent des adolescents. Ils ne sont pas aguerris comme dans le showbiz à toutes ces questions, à cet entourage où se pressent toutes sortes de gens. Ils le ressentent, s'interrogent, doutent et sont troublés. Il convient de prendre des précautions, de tenir compte des personnalités de ces jeunes pour commenter leurs résultats ou juger leur manière.
Sud-Ouest : Les Jeux méditerranéens ont regroupé l'élite de sport – olympique ou non – dans des compétitions sans grand intérêt sportif pour les Français ?
Michèle Alliot-Marie : Il a permis deux choses. La première d'ordre général. C'est un grand rassemblement et derrière l'impact sportif pas toujours évident, il y a un aspect diplomatique qui fait se rencontrer des gens de cultures différentes voire opposées dans ce cas précis. Il faut un certain temps d'assimilation. Le deuxième est personnel. Il m'a permis de mesurer l'évolution de l'idée du sport quand on m'a présenté la note à payer pour les médaillés (30 000 francs pour une victoire). Ce n'est pas la somme qui m'a surpris mais la pratique.
Sud-Ouest : Ce n'est pas ce qui a coûté le plus cher ?
Michèle Alliot-Marie : Non. Je suis effarée par le pourcentage que représente dans une manifestation de ce type les cérémonies d'ouverture ou de clôture !
Sud-Ouest : Revenons sur le terrain. Il s'agissait de compétitions alourdissant des programmes déjà bien chargés.
Michèle Alliot-Marie : Quelle que soit la discipline, la multiplication des épreuves ne laisse guère plus de trois semaines de repos par an aux champions. Tous ne sont tout de même pas des professionnels et c'est leur préoccupation. C'est aussi pour cela qu'ils deviennent fragiles physiquement tandis que moralement, à trop en faire, on perd l'envie. On est loin de l'idéal qui veut réalisation et épanouissement de l'individu.
Sud-Ouest : L'argent compense et le dopage aide.
Michèle Alliot-Marie : Le sport a besoin d'argent et il en rapporte. La télévision est une composante essentielle. Et responsable. Elle a apporté beaucoup, peut-être trop. Ce qui est important c'est de conserver au sport son éthique et aux gestes leurs valeurs. Il faut aussi clarifier les situations. Qui fait quoi, qui reçoit. Pour qui, pourquoi. J'ai mis en place une commission des intermédiaires pour la transparence dans les transactions financières liées au sport et à ses pratiquants. Il faut que cessent les déviances. Le dopage ? On est en France, très en avance dans le domaine de la surveillance mais on court aussi derrière les techniques du dopage. L'aspect le plus inquiétant concerne la cible du dopage. Il touche des jeunes très tôt, dans des petites compétitions locales parfois avec la complicité des parents. Il faut cesser de feindre l'ignorer ! Consultez les rubriques nécrologiques. Les champions des années 20 meurent à 85 ans, alors que beaucoup de contemporains ont déjà disparu. Quand j'étais à l'éducation nationale, j'ai entrepris une lutte contre la toxicomanie. J'entends travailler avec les ministères de l'éducation nationale et de la santé pour sensibiliser les jeunes. C'est la même menace que d'autres fléaux.
Sud-Ouest : L'image du sport est, il est vrai, assez malmenée en ce moment avec le football.
Michèle Alliot-Marie : J'ai déjà dit que je ne ferai aucun commentaire. Que l'UEFA veuille sévir avant la loi française la regarde. En France, on est présumé innocent. Mais je veux revoir très vite MM. Le Graët et Fournet-Fayard... Quand la loi aura statué, le monde du sport prendra ses responsabilités. Je vous garantis qu'il n'y aura aucune faiblesse, pour qui que ce soit qui sera déclaré coupable.
Sud-Ouest : Cela permet d'oublier le grand stade ?
Michèle Alliot-Marie : J'ai toujours dit que je respecterai la procédure. Celle concernant l'appel d'offres a été rendu. C'est ce que je craignais. Les coûts très élevés avec une participation publique très importantes – alors que l'État théoriquement ne devait pas intervenir – vont entraîner une révision du projet. Le verdict devait être rendu début juillet, mais il le sera à la fin de septembre. D'autres projets, élaborés, existent. Ailleurs qu'à Melun-Sénart...
Sud-Ouest : Les prochains Jeux olympiques d'hiver, à Lillehammer ont lieu en février prochain.
Michèle Alliot-Marie : En suivant les sportifs français à l'étranger cet été, j'ai été frappé par leur besoin d'avoir un soutien de leur région. Je souhaite donc que nos champions se sentent désormais plus soutenus par celles-ci. C'est un état d'esprit. Qu'ils sachent qu'ils ne sont pas oubliés, qu'ils s'identifient. Pour notre part l'aide va être réévaluée et j'entends créer un véritable Club France, comme à Séoul, pour que des partenaires économiques s'impliquent plus directement dans le processus de partenariat.
Sud-Ouest : Il y a les champions mais aussi ceux qui les ont découverts.
Michèle Alliot-Marie : J'annoncerai, au cours de la loi de finance au printemps prochain, un aménagement concernant le statut des clubs. Pas question de passer l'éponge sur des malversations dans les finances de, ceux-ci mais les bénévoles n'ont ni la compétence ni le temps de devenir comptables ! J'ai déjà obtenu que des clubs ne disparaissent pas après les contrôles qui devaient les mettre en "faillite" à la rentrée. Il va y avoir pour ceux-là des aménagements. Il faut établir des règles claires et raisonnables avec le ministère des finances, supprimer un tas de tracasseries administratives et fiscales. L'information pour les dirigeants passera par des spots, des stages brefs car ils donnent déjà beaucoup de leur disponibilité. Il y aura des cassettes, des vidéos pour s'adapter, pour évoluer et préserver la pratique du sport. Ce sont ces gens-là qui en détiennent l'avenir.