Interview de M. Martin Malvy, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et président de l'association des petites villes de France, à France 2 le 24 septembre 1993, sur l'importance des petites villes pour l'aménagement du territoire et sur les aides financières de l'Etat.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Martin Malvy - président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et président de l'association des petites villes de France ;
  • Gérard Leclerc - Journaliste

Circonstance : Assises nationales des petites villes de France, le 12 septembre 1993

Média : France 2

Texte intégral

G. Leclerc : Les petites villes de France ça représente quoi ?

M. Malvy : 2 000 petites villes et un peu plus du quart de la population française. Sur le territoire national, ce maillage de 2 000 petites villes, cette population, c'est assez considérable.

G. Leclerc : Il y a les petites villes et les régions qu'elles animent, et là ça pose des problèmes de financement ?

M. Malvy : Il faut bien mesurer le rôle de ces petites villes vers l'aménagement du territoire. La France possède 36 0000 communes, 32 à 33 000 sont rurales, 40 villes de plus de 200 000 habitants et un maillage extraordinaire, c'est une des caractéristiques française ces petites villes qui sont souvent des pôles de développement autour desquels la vie s'organise. Elles ont des problèmes particuliers de financement car elles sont tenues de développer des équipements performants si elles veulent maintenir leur population et si elles veulent jouer ce rôle vis-à-vis du monde rural qui les entoure.

G. Leclerc : Ces équipements c'est quoi ?

M. Malvy : Ce sont des infrastructures, des équipements de proximité qui sont aujourd'hui souhaités par les populations. Que ce soit culturel, formation, économie, hospitalier. Il faut bien voir dans le débat national sur l'aménagement du territoire, on parle toujours et depuis longtemps le plus souvent « communes rurales-grandes villes » aux deux extrémités. Or, on ne maintiendra la vie dans le monde rural et on aura un territoire équilibré en France que si les petites villes, ce maillage, est dynamique et porteur. Vous dites: difficultés financières, oui. Ce sont les communes, en général, qui sont les plus endettées et pour lesquelles les recettes fiscales par habitant sont dans la moyenne la plus faible. Ceci, car elles ont des équipements à réaliser pour deux ou trois fois leur population. Aujourd'hui, nous tenons nos deuxièmes assises nationales, le président de la République était venu aux premières, à Chinon. C'est à Chinon qu'avait été décidée la création de la dotation de développement rural votée par le Parlement en 91. Nous voulons faire reconnaître par l'État, par les régions, par les départements, ce rôle aménageur du territoire des petites villes de France.

G. Leclerc : Vous allez demander plus d'argent à l'État ?

M. Malvy : Oui. Je constate du reste hier que 44 maires de grandes villes étaient hier chez le Premier ministre pour leur dire qu'ils étaient inquiets sur l'évolution de leurs recettes. Mais il y a aussi la reconnaissance au titre des équipements. Souvent, il est difficile d'obtenir des pouvoirs publics, des régions, des départements, que tel équipement performant puisse être attribué à une petite ville. On a souvent le réflexe de la grande ville. Ce que l'on craint, nous, maires de petites villes, c'est qu'au début du siècle 80 % de la population vivait dans le monde rural ct 20 % dans les villes. Maintenant, cela s'est inversé, c'est 20 % dans le monde rural et 80% dans les villes. Nous disons que si l'on n'y prend pas garde, si l'Etat, les régions, les départements ne considèrent pas les petites villes comme un point d'ancrage, à la fin du siècle prochain le déménagement sera achevé. Et ce n'est pas autour des grandes villes que se fera l'équilibrage de la France, mais autour de ces petites villes qui sont le maillage du territoire national.

G. Leclerc : Est-ce que l'une des solutions ce n'est pas l'intercommunalité ?

M. Malvy : Oui, à savoir la petite ville et son bassin de vie. Il faut que ceci soit reconnu par l'État et par les régions.

G. Leclerc : Souvent ce sont les communes elles-mêmes qui s'y opposent...

M. Malvy : Oui, mais pas les petites villes, plutôt les communes qui les entourent. Je prétends que petites villes et communes rurales, c'est la main dans la main, des réseaux de villes aussi. Nous avons là une grande réflexion à mener, tous les deux ans assises nationales et tous les ans, assemblée générale à Paris.

G. Leclerc : Le Conseil d'État s'est prononcé pour une révision constitutionnelle, votre réaction ?

M. Malvy : Je n'ai pas encore connaissance exacte du document. Ce que je sais c'est qu'il a ouvert deux pistes : l'une, révision constitutionnelle, l'autre, révision législative. Permettez-moi de vous dire que je n'ai pas pour l'instant assez de détails juridiques sur ces deux pistes pour vous répondre au fond quant à la décision du Conseil d'État.

G. Leclerc : Vous êtes prêt à la révision constitutionnelle ?

M. Malvy : Ça dépend d'une décision du gouvernement, du président de la République, d'un Congrès. Nous n'en sommes pas là. Il faut voir tout ça au plan juridique.