Texte intégral
Le défilé du 1er mai
Compte tenu des difficultés existant dans la plupart des entreprises quant à une action syndicale permettant véritablement aux gens de s'exprimer (…), il est plus que symbolique de défiler le jour du 1er mai, sur des objectifs (…)
Mobilisation et unité d'action des syndicats
Nous ne faisons que chercher les moyens de faire sauter, les uns après les autres, les obstacles qui subsistent sur le chemin de la mobilisation comme sur celui de l'unité d'action (…) Il est complétement aberrant que les syndicats rencontrent tout le monde (…), le Gouvernement, les patrons (…), sans être capables de se retrouver autour d'une table pour examiner leurs points de vue (…)
Q. : Le fonctionnement de la CGT apparaît aux autres syndicats comme un obstacle à l'unité d'action. Qu'en pensez-vous ?
R. : Que je sache, dans leur ensemble, les syndiqués de la CGT ne sont pas adhérents à un parti politique (…) Si, dans les relations entre les organisations syndicales, nous nous mettons à faire intervenir des jugements sur ce que peut être le fonctionnement des uns et sur les modalités qui conduisent certains autres à changer de secrétaire général, on n'en sortira jamais ! (…) La vie de la CGT regarde le monde salarié, mais d'abord les syndiqués de la CGT (…) Nous sommes pour la transparence (…)
Négociations ou crises sociales ?
On m'a demandé si je "redoutais" une explosion sociale (…) Si explosion sociale il doit y avoir, je souhaite qu'elle se fasse sur des objectifs déterminés par les salariés eux-mêmes (…)
Dans notre pays, il n'y a pas eu une seule négociation syndicale sur de grandes questions qui ne se soit déroulée sur le cahier de revendications du patronat (…) Ce qui nous a manqué (…), c'est un rapport de force permettant aux salariés de peser (…)
Avoir une population active qui est en train de se diviser en deux parties presque égales – ceux qui ont un emploi (…), et ceux qui sont en situation permanente de vulnérabilité et d'angoisse – ne mérite-t-il pas que monte du plus profond du pays l'exigence d'autres choix (…)
Le référendum d'Air France
Il y avait un conflit très important dans lequel tous les syndicats étaient engagés (…) ; toutes les catégories de personnel y avaient été entraînées (…) Ce conflit était parti d'aspirations qui restent présentes dans la réalité de l'entreprise (…)
Quant au référendum, que penser de la méthode qui consiste à prétendre que l'on consulte les salariés tout en posant presque comme a priori (…) que, si l'on répond "non", le PDG démissionnera, que les 10 milliards de recapitalisation ne seront pas accordés par le Gouvernement et que l'on perdra son emploi ? (…)
Le référendum est une méthodologie pernicieuse (…) Le vote des salariés n'a pas été un jugement sur les syndicats : il leur était simplement demandé une caution pour mettre en œuvre une stratégie dont on leur avait affirmé qu'elle conditionnait la survie de l'entreprise (…)
Ceux qui ont soutenu que les propositions du PDG d'Air France allaient résoudre les problèmes risquent d'avoir bientôt des explications complémentaires à donner (…)
La concertation avec le Gouvernement
Le fait est qu'on nous écoute. Mais le fait est aussi qu'on ne nous entend pas (…) Chaque fois que nous avons fait une proposition ou donné notre opinion sur tel ou tel choix, on ne nous a pas entendus (…) C'est seulement quand les gens descendent dans la rue (…) qu'on commence à dire que les discussions pourraient peut-être s‘engager d'une façon différente (…)
Le chômage
Je ne conteste pas que certaines perspectives d'amélioration existent (…) Mais je suis sûr que, malgré la relance de l'activité économique, le chômage continuera d'augmenter, tout simplement parce que la gestion des entreprises reste entièrement orientée vers la recherche de la rentabilité financière la plus immédiate et ta plus forte possible (…)
Q. : Que pensez-vous de la proposition de Bernard Tapie de rendre le crémage illégal ?
R. : Ce genre de formule ne coûte pas cher (…)
Q. : Et de celle de Philippe Séguin d'organiser un référendum sur le chômage ?
R. : Pour demander quoi ? Que l'on ne veut plus être chômeur ? Qu'il faut créer des emplois ? Évidemment, il faut en créer ! (…) La bonne question est : comment s'y prendre ? (…)
Il faut faire baisser le coût du travail, alléger les charges sociales pour créer des emplois : tel est le discours qu'on tient depuis dix ans, et l'on a de plus en plus de chômeurs ! (…)
Q. : Faut-il, en cas de relance, augmenter les salaires ou créer des emplois ?
R. : Personne ne conteste (…) l'insuffisance de consommation du fait de la baisse des revenus des salariés et de la stagnation du pouvoir d'achat (…) Le Gouvernement en a d'ailleurs apporté la preuve avec la prime incitant au changement d'automobile (…) Il n'est donc pas démagogique de dire qu'il faut augmenter les salaires, car il faut du pouvoir d'achat (…)
Dans une brochure du ministère de l'économie, destinée aux capitalistes étrangers susceptibles d'investir en France, on lit que le coût du travail est, dans notre pays, parmi les plus bas – l'impôt sur les sociétés a diminué considérablement depuis 1983 et le prix de l'électricité y est le moins élevé d'Europe. Et l'on veut privatiser EDF-GDF ! (…)
La réduction du temps de travail
Nous sommes farouchement pour la réduction de la durée du travail sans perte de salaire (…) Mais je ne dis pas que la seule réduction du temps de travail sans diminution de salaire permettra de résoudre toutes les questions. Au contraire, je dis qu'il faut relever le pouvoir d'achat, relancer des branches industrielles, regagner des marchés, réinsuffler de l'énergie à notre économie (…)
Il y a une chose dont nous sommes guéris : la référence à un modèle. Nous n'avons plus cette tentation permanente de nous accrocher tantôt au modèle américain, tantôt au modèle japonais, tantôt au modèle allemand (…) Il faut essayer d'apporter des réponses aux problèmes à partir des réalités françaises. Et la première de ces réalités est que la France a le record du monde d'augmentation de productivité (…) Le groupe Peugeot, par exemple, aura vu sa productivité augmenter de 36 % en trois ans ! Mais cela au prix de plusieurs dizaines de milliers de suppressions d'emplois et d'une aggravation considérable des conditions de travail (…)
Dans une situation comme celle-là, refuser de poser le problème de la réduction de la durée de travail sans perte de salaire, c'est créer les conditions qui nous feront, dans deux ou trois ans, aller à la catastrophe. Et ce n'est pas seulement le cas de la France (…)
Les emplois de proximité
Il faut que ce soit de vrais emplois. Si ce sont des dérivatifs, ils ne constituent plus une réponse aux problèmes qui nous sont posés. Il faut donc une qualification, une formation, et donc une rémunération. (…) Mais jamais les emplois de services, ou les emplois de proximité ne pourront compenser le besoin impérieux dans ce pays d'une relance des activités économiques et surtout d'une relance industrielle. (…)
La CGT et les heures supplémentaires
Dans toutes les entreprises où il y a à la fois licenciements, suppression de postes et heures supplémentaires, nous sommes farouchement opposés à ce genre de situation. (…) Mais les salariés qui font des heures supplémentaires nous disent : si je n'en fais plus, je ne peux plus nourrir ma famille. C'est cela la réalité des entreprises françaises. (…)
Le changement de président à la SNCF
M. Fournier s'en va avec un bilan assez sombre. (…) Il faut réaffirmer avec beaucoup de force le caractère de service public de la SNCF. Il faut arrêter de privilégier le critère de la rentabilité qui conduit à fermer des lignes, à sacrifier des trafics et à favoriser systématiquement les liaisons TGV. (…)
La protection sociale
Sous couvert d'une meilleure transparence des comptes, le Gouvernement propose de séparer les trois grandes branches : famille, maladie, vieillesse. (…) Le Gouvernement est en train de se moquer du monde : la transparence des comptes existe, elle a toujours existé. (…) La plupart de ces caisses n'ont pas voix au chapitre en ce qui concerne les modalités de financement : ce ne sont pas elles qui déterminent le niveau des cotisations. (…) Elles ne pourront donc que peser sur les dépenses et réduire le champ de la couverture sociale. (…)
Nous disons, premièrement, qu'il faut taxer les revenus financiers à une hauteur correspondant à celle des cotisations des salariés. Il n'y a pas de raison que les revenus financiers (…) échappent au financement de la protection sociale. (…) Il faut ensuite (…) revoir l'équilibre entre l'évolution des cotisations salariales et l'évolution des cotisations patronales. (…) En 1977, la part des salariés représentait 8 % et celle des employeurs 30 %. Aujourd'hui, les pourcentages sont respectivement de 16 et de 26 %. (…)
Syndicalisme et politique
L'enseignement essentiel que la CGT a tiré de tout ce qui s'est passé ces quinze dernières années, c'est qu'elle ne referait pas l'erreur qu'elle a faite de s'engager sur le programme d'un ou de plusieurs partis politiques. Elle l'a payé cher et elle continue de le payer. À partir de là, nous sommes fermement déterminés à conduire notre propre action, à avoir nos propres propositions, nos analyses. (…) C'est sur cette base-là que nous rencontrons les partis politiques qui nous ont d'ailleurs sollicités. Nous avons rencontré le parti socialiste, cartes sur table, à égalité de droits et de devoirs. Nous allons rencontrer le parti communiste, cartes sur table. (…)
Indépendance ne veut pas dire neutralité, indifférence. La CGT entend être indépendante, elle l'est, elle va se battre pour le rester, ce qui ne l'empêchera pas de jouer son rôle dans tous les grands débats politiques, y compris celui qui commence à s'engager dans ce pays pour savoir de quelle façon les différentes forces syndicales et politiques vont travailler pour transformer la société qui marche sur la tête.