Texte intégral
Mes chers Amis,
Lorsque j'ai pris la décision de me présenter devant les Français, j'avais, plus que jamais sans doute, le sentiment de l'urgence, l'urgence à trouver des réponses à la mesure de la crise que traverse la France.
Une France incertaine, doutant de son avenir, balbutiant jusque dans l'expression de ses valeurs fondamentales. Une France livrée à des vents mauvais.
J'ai ressenti la nécessité d'un grand changement, un changement suffisamment ambitieux pour entraîner ce que la France compte de forces vives, et les rassembler dans un nouvel élan, dans une dynamique de renouveau.
J'ai pris du recul ; pour observer, pour dialoguer, pour réfléchir. Certains ont souri de ma démarche ; d'autres l'ont même caricaturée. Il n'est pas si fréquent pour un homme politique de préférer l'écoute à la parole.
Cela ne m'a pas fait dévier un seul instant de la route que j'avais choisie. J'ai trouvé là une raison supplémentaire pour poser un autre regard sur la France, pour y découvrir une réalité dont on parle peu dans les allées du pouvoir.
Comment redonner vie à cette France que nous aimons : une France imaginative, généreuse, modèle de puissance équilibrée, d'exigence, de générosité ? C'est la seule préoccupation qui m'animait.
Je vous rassure : je n'espérais ni réponse toute faite, ni solution miracle.
Il m'a fallu, croyez-moi, une certaine détermination pour bousculer cet étrange consensus qui prétendait que nos marges de manœuvre étaient nulles. Comme si les résultats de notre économie dépendaient seulement de l'amélioration de l'environnement international, avec les aléas qu'il comporte.
C'est l'amour de la France et la confiance en ses atouts qui m'ont donné la force de faire entendre une voix discordante, dans ce concert de sombres pronostics et de prévisions pessimistes.
Ma démarche, je l'ai voulue ambitieuse, parce que nous devons à notre pays un projet à sa mesure, à la mesure de son histoire, de sa vocation, de son talent.
La France a du tempérament ; il y a en nous cet orgueil qui ne veut se confronter qu'aux plus grands défis. La France aime les premiers rôles, elle les mérite, elle n'est pas à son aise dans le costume étriqué que souhaiteraient lui imposer les tenants de cette "pensée unique", de cette routine intellectuelle qui prétend tout régenter.
Ainsi, au fur et à mesure que je dialoguais avec les Français un grand dessein a pris forme ; une forme connue, un visage familier, celui d'une grande idée, une grande idée hélas oubliée. Une idée à peine évoquée dans le débat politique, tant elle semblait appartenir au passé. Cette idée, c'est l'idée républicaine. Et je suis fier d'en avoir fait l'un des thèmes essentiels de cette campagne.
Le Pacte républicain qui, depuis 200 ans, lie les Français entre eux est d'abord un pacte social et humaniste.
Ses principes ? La solidarité et la cohésion nationale. Le refus de l'exclusion. La possibilité, pour les parents, « d'élever » leurs enfants au sens propre du terme, en leur assurant une situation, une vie meilleure que la leur. L'égalité des chances, et son corollaire, la juste reconnaissance du travail et du mérite. L'intégration. La laïcité, la tolérance. L'amour de la patrie, qui vaut tous les sacrifices.
Mais que devient le Pacte républicain quand les inégalités se développent ? Inégalité devant l'emploi. Inégalité devant le logement, l'accès à la santé, le service public, la sécurité, la formation. Inégalité devant la vie.
Que devient l'égalité des chances quand 40 % des enfants qui entrent au collège ne maîtrisent pas la lecture et l'écriture ? Quand 100 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans qualification ?
Que devient l'égalité devant la santé, quand face aux progrès de la médecine et à l'augmentation de l'espérance de vie, les Français n'ont plus tout à fait les mêmes chances ?
Que devient la cohésion nationale et le lien social quand le taux de chômage s'établit à près de 13 % ? Quand les chômeurs de longue durée sont 1 300 000, en progression de 30 % depuis deux ans ? Quand un jeune sur quatre est à la recherche d'un travail ?
J'ai choisi de parler aux Français le langage de la vérité, parce que je crois que nous ne pouvons plus attendre. Nous sommes en état d'urgence.
Urgence économique d'abord. Depuis plus de 10 ans, les revenus du travail sont pénalisés, en particulier ceux des salariés, ouvriers ou personnels d'encadrement. L'effort et le courage ne garantissent plus, ni la promotion sociale, ni la sécurité économique.
Urgence sociale ensuite. Pour la cohésion de notre pays, il faut réintégrer, dans le monde du travail les 5 millions de français qui en sont exclus. Pour retrouver l'idéal républicain d'égalité des chances, il faut redonner à chacun la possibilité de s'élever dans la société.
Urgence politique enfin. Cela fait plusieurs années que les socialistes ont renié leurs dernières utopies et enlisé la France dans un confort illusoire. La volonté politique des gouvernants s'est affaiblie, laissant les technocrates monopoliser, avec la complicité de la plupart des élites, l'essentiel des pouvoirs. Notre démocratie fonctionne mal.
Et l'on s'est moqué du monde, il y a quelques mois, quand certains ont dit, par l'intermédiaire d'une n-ième commission du Plan, que la France allait mieux, mais qu'elle ne le savait pas. Quelle ignorance de la réalité ! Quelle méconnaissance des Français
Oui, il est urgent de réformer.
Réformer une économie minée par le chômage, le poids de l'endettement et la chute des investissements créateurs de richesse.
Réformer une société inquiète pour son avenir et handicapée par une fracture sociale qui porte en germe la décadence d'une certaine idée de la République et de la France.
Nous ne sortirons pas de la crise en additionnant nos égoïsmes, mais en conjuguant nos efforts et nos talents. Tous ensemble, il nous faut remettre la France en marche. C'est le sens de mon engagement et de mon projet.
La résignation n'est pas dans ma nature. Je refuse le pessimisme dicté par ceux qui pensent que notre déclin est programmé. Je suis de ceux qui pensent que la réforme n'est pas une potion amère à prendre sous tranquillisant. Je suis de ceux qui croient que nous pouvons renouer avec les valeurs de la République pour raccommoder les déchirures de notre tissu social, redonner à chacun sa chance, et répartir autrement les fruits de la croissance.
On a dit de la politique qu'elle était l'art du possible. J'ai toujours pensé qu'il est des moments dans l'histoire où elle devient l'art de rendre possible ce qui est nécessaire. Car le sens des réalités ne doit pas nous empêcher de modifier l'ordre des choses. La France a besoin de réformes. De réformes simples et franches. De réformes porteuses de justice et d'égalité.
Le changement que je propose aux Français a pour exigence ultime, une priorité supérieure à toutes les autres : l'emploi. Et c'est d'emploi dont je voudrais vous parler ce soir.
Comment faire reculer le chômage ? C'est la question que tout un peuple se pose aujourd'hui. C'est la question qu'ici, dans le Nord - Pas-de-Calais, vous vous posez avec un taux de chômage de plus de 16 %. Vous qui n'avez pas été épargnés par les reconversions industrielles et les fermetures d'entreprises. Plus que d'autres vous connaissez le prix du chômage.
Pour certains, le chômage serait la conséquence inévitable de la modernisation de notre économie, la condition pour rester compétitifs. C'est oublier un peu vite que tous les grands pays européens font mieux que nous.
Doit-on se résigner à voir les revenus du travail, en particulier les salaires, stagner ? Doit-on se résoudre à ce que le coût de la protection sociale repose entièrement sur le travail ? Sommes-nous condamnés à tenir plus de 5 millions de personnes en dehors du circuit économique pour rester compétitifs ? Devons-nous nous satisfaire d'une gestion notariale des grands équilibres, qui ne prendrait en compte que les données comptables, et encore pas toujours à bon escient, comme en témoigne notre endettement qui a augmenté de 50 % en deux ans ? Doit-on continuer à privilégier le traitement social du chômage et à développer des emplois de plus en plus précaires ?
Je ne le crois pas. Pas plus que je ne crois que l'on puisse bâtir la force de nos entreprises, la solidité de notre monnaie, l'assainissement des finances publiques et la croissance de notre économie sur le sacrifice des salariés, le développement du chômage et les fractures de l'exclusion.
Les équilibres économiques construits sur des déséquilibres sociaux ne tiennent pas longtemps, parce que derrière les ratios et les statistiques, il y a des hommes et des femmes. Ce sont eux qui créent, qui investissent et qui consomment. Ce sont eux, aujourd'hui, qu'il faut mobiliser.
Je sais autant qu'un autre que personne ne peut consommer durablement plus qu'il ne produit. Le laxisme engendre toujours la désillusion et finit dans l'austérité. Le temps des promesses et des cadeaux est révolu : les Français sont adultes, et notre pays a trop pratiqué la fuite en avant. Beaucoup d'entre vous ont encore en mémoire le souvenir du début ces années 80, quand les utopies socialistes se sont fracassées sur les dures réalités de la vie. Et vous êtes nombreux à vous inquiéter de l'actuelle détérioration de nos comptes publics et de notre endettement.
L'État, comme tout le monde, doit payer ses dettes, et équilibrer ses comptes. C'est une absolue nécessité.
C'est d'ailleurs le point de départ de la lutte contre le chômage.
De l'État, on attend qu'il renonce à dépenser toujours plus, et à s'endetter toujours davantage. Car si l'argent est trop cher, c'est parce que l'État ponctionne toujours plus sur les marchés financiers pour financer ses déficits. Et quand l'argent est trop cher l'investissement diminue, entraînant l'emploi dans sa chute. Les désordres de notre économie sont, pour une large part, les désordres de nos finances publiques.
Pour retrouver une croissance saine et durable, une croissance nécessaire pour créer les emplois dont notre économie a besoin, il y a donc un point de passage obligé : la remise en ordre de nos comptes publics. Je demanderai au prochain gouvernement, d'engager, dans les trois mois, les réformes nécessaires.
Il s'agira de maîtriser la dépense publique, non pas au moyen de restrictions budgétaires aveugles, mais grâce à des réformes de structure qui permettront de dépenser mieux. Il s'agira d'évaluer nos dépenses et d'arbitrer entre les secteurs qui sont prioritaires, comme l'emploi, l'école, la lutte contre l'exclusion, la justice, la sécurité, et ceux qui ne le sont pas. Le critère de l'emploi doit désormais inspirer nos choix. Il doit redevenir la référence de notre politique économique et sociale.
Je demanderai au Parlement, comme c'est sa vocation, de procéder à un réexamen de l'ensemble des dépenses budgétaires, en particulier des services votés pour éliminer les double-emplois, les gaspillages et les dépenses inutiles. C'est ainsi que nous briserons la spirale de l'endettement et des déficits. C'est d'abord une question de volonté politique.
Mais la nouvelle politique de l'emploi que je propose, c'est surtout l'abandon d'un certain nombre de principes considérés, jusqu'ici, comme des vérités révélées.
Il est temps de sortir des conformismes de la pensée. Il est temps d'inverser l'ordre de nos priorités. Il est temps de retrouver notre bon sens.
Certains experts continuent de prétendre qu'il n'y aurait pas de reprise, pas de retour durable de la croissance, sans gel ou limitation du pouvoir d'achat des salariés. Comme si les salaires étaient l'ennemi de l'emploi. Comme si les salariés qui ont la chance d'avoir un emploi étaient responsables du chômage.
Au-delà du caractère choquant de l'affirmation, dire cela, c'est commettre une grave erreur.
C'est oublier qu'un franc de salaire distribué, lorsqu'il résulte d'une création de richesse, n'est pas un franc perdu pour l'économie. C'est un franc qui va à la consommation ou à l'épargne, et donc à l'investissement. Bref, c'est un franc utile.
Je le dis et je le répète : en bloquant les salaires, en cessant de récompenser le travail, on déréglerait du même coup les mécanismes de la croissance et de remploi, on fabriquerait du chômage supplémentaire. Ne nous trompons pas de diagnostic : il n'y a pas de croissance durable qui ne soit tirée par la consommation. Les entreprises investissent et embauchent pour répondre à une demande. C'est cette demande qui fait aujourd'hui défaut dans notre économie.
Ce ne sont donc pas les salaires qu'il faut mettre en cause. Bien au contraire.
Ceux-ci doivent évoluer normalement. Faisons confiance aux partenaires sociaux, au sein des entreprises, pour trouver les moyens de répartir plus équitablement les fruits de la croissance, au profit de l'ensemble des salariés, et notamment des plus modestes. C'est pour faciliter cette nouvelle répartition, pour mieux associer les salariés aux résultats et aux performances de leur entreprise, qu'il faut aussi donner un nouvel élan à l'intéressement et à la participation. Je souhaite qu'une nouvelle politique contractuelle permette de progresser, d'innover et d'expérimenter dans le domaine des rémunérations. C'est notre intérêt commun.
L'État, pour sa part, doit poser autrement le problème de la protection sociale.
Ce qui est en cause, ce ne sont pas, bien sûr, nos acquis sociaux, ni a fortiori le principe d'une couverture sociale. La sécurité sociale n'a jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui. Nous devons la préserver, et la rendre toujours plus juste. Ce qui est en cause, c'est la question de son financement, et rien d'autre.
Force est de reconnaître que la distinction n'a pas encore été faite entre les dépenses qui relèvent de la solidarité, et doivent être financées par l'impôt, de celles qui relèvent d'une logique d'assurance. L'État fait les fins de mois de la sécurité sociale, tout en continuant à lui imposer des charges sans compensation. La confusion domine dans nos comptes sociaux. Une clarification est nécessaire, allant bien au-delà des mesures mises en œuvre depuis deux ans. C'est justement le souhait des partenaires sociaux.
Le financement des dépenses sociales, concentré sur les salaires, ne convient plus. Il pénalise directement l'emploi, il fabrique du chômage. Il faut donc le réformer.
Le réformer, c'est aller plus loin et plus vite qu'on ne le fait dans le transfert à l'État des dépenses de solidarité. C'est alléger en conséquence les charges sur les salaires, en concentrant nos premiers efforts, cela va de soi, sur les rémunérations les plus basses. C'est une priorité. L'assainissement de nos comptes publics nous donnera les marges de manœuvre nécessaires pour cela, sans avoir à alourdir la fiscalité sur les ménages.
Ainsi, l'on incitera les entreprises à embaucher, et l'on atteindra l'objectif sur lequel la majorité s'était engagée en 1993 : l'augmentation des salaires directs. Cet engagement n'a pas été tenu, il reste une priorité. C'est une question d'efficacité économique. C'est aussi une question de justice sociale.
Mais nous ne développerons pas réellement l'emploi sans redonner la priorité aux forces vives de la Nation, en les libérant des contraintes qui les paralysent.
Il existe une France de l'initiative, courageuse et pleine de projets. C'est la France des salariés qui souhaiteraient créer une activité. C'est la France des entrepreneurs, petits et grands, des commerçants, des artisans, des agriculteurs et des professions indépendantes. Depuis 15 ans, cette France supporte tant de charges et tant de contraintes, qu'elle cède au découragement.
Il est temps qu'on lui redonne la parole. Il est grand temps que cette majorité silencieuse soit entendue. Je pense à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui ne vivent pas de privilège, mais du fruit de leur travail et de leurs investissements, avec les sacrifices qu'ils imposent.
Préoccupons-nous enfin de ces Français qui entreprennent. 1,4 millions d'entreprises en France, c'est 2,4 millions de chances de créer des emplois et des activités nouvelles.
Encourager l'initiative, c'est donner à nos entreprises les moyens de leur développement : aides à la création d'activités nouvelles qu'il faut renforcer ; garanties pour faciliter l'accès au crédit bancaire ; incitations fiscales pour encourager les placements en fonds propres dans les PME ; création de fonds de pensions s'investissant dans le développement de notre économie. N'attendons plus pour agir.
Encourager l'initiative, c'est s'attaquer aux contraintes administratives de toutes sortes qui brident nos entrepreneurs. C'est réduire les formalités au minimum indispensable, éliminer la paperasserie et imposer le guichet unique à des administrations trop jalouses de leur autonomie. C'est exiger de nos services publics un effort permanent d'information, de qualité, de respect des délais, d'évaluation du service rendu. Le monopole dont jouit l'administration lui impose aussi des devoirs.
Nul n'est censé ignorer la loi, dit l'adage. Mais qui peut prétendre connaître nos 8 000 lois, nos 400 000 réglementations diverses, les 20 000 normes européennes que nous devons pourtant appliquer ? Qui peut lire, chaque année, les 15 000 pages du Journal Officiel ? La machine administrative s'est emballée : il faut l'arrêter.
Quand il faut à une petite entreprise un conseil juridique pour accomplir la plupart de ses formalités, quand les personnes modestes ne parviennent plus à faire valoir leurs droits, quand le moindre contrôle permet à l'administration fiscale de trouver le texte que l'on aura ignoré, alors le pouvoir de l'État perd de sa légitimité. La loi devient le monopole d'une minorité d'experts et de techniciens. Elle porte atteinte aux libertés et remet insidieusement en cause l'égalité des chances. Alors la démocratie recule.
À vouloir constamment adapter la loi générale aux situations particulières, nous avons construit un droit fait de dérogations et de dispositions tatillonnes.
La loi doit redevenir accessible à tous. C'est pourquoi j'inviterai le Parlement à remettre à plat l'ensemble de notre arsenal légal, pour supprimer, clarifier, simplifier, codifier. En un mot refonder notre droit. C'est là une réforme de grande ampleur, dont la portée sera comparable à l'œuvre accomplie par les rédacteurs du Code Civil, au début du 19ème siècle. Il s'agit de déterminer les principes qui fondent la société française. Cela, seul le Parlement peut le faire, car il représente le peuple souverain.
J'ai parfaitement conscience des difficultés qu'il faudra affronter pour y parvenir. Nous devrons vaincre les réticences, le scepticisme, le conservatisme. Mais je suis décidé à me battre, parce que j'ai conscience qu'il faut absolument le faire. C'est, là aussi, une question de volonté.
Aucun projet de loi ne doit plus être soumis au Parlement sans être accompagné d'une rigoureuse évaluation de ses modalités d'application, des formalités et des dépenses qu'il entraîne, de ses effets directs ou indirects, notamment sur l'emploi. Toutes ces questions doivent être posées avant, et pas après. C'est le sens des études d'impact qui doivent devenir systématiques afin de bien apprécier les conséquences des textes votés sur la vie des citoyens et de nos entreprises.
Il est un autre domaine qui justifiera, au nom de l'emploi, des initiatives fortes : la fiscalité.
Quand on évoque la réforme fiscale, vous restez souvent sceptiques. Et je vous comprends : tant de promesses non tenues, tant d'engagements non respectés ont eu raison de votre confiance. Les 20 dernières années sont pleines de rapports officiels préconisant pour les uns, des réformes d'ensemble, pour les autres, des réformes ponctuelles, enterrés aussitôt après leur parution. Beaucoup d'imagination ; peu de courage quand il s'agit de passer à l'acte. Il est vrai que, pour cela, il faudrait bousculer les habitudes des fonctionnaires de la Direction du Budget.
Certains vont même jusqu'à prétendre qu'il serait illusoire, voire dangereux, de conduire une politique qui viserait, à la fois, à baisser les impôts, réduire les déficits et renforcer les solidarités. Les apparences, il est vrai, leur donnent raison : ces conservateurs sont souvent ceux qui ont simultanément augmenté les prélèvements obligatoires, creusé les déficits et diminué le niveau de notre couverture sociale.
La situation actuelle ne nous interdit pas de baisser les impôts. Au contraire, elle nous y incite : la politique que j'ai menée entre 1986 et 1988 apporte la preuve, s'il en était besoin, que l'allégement de la pression fiscale stimule l'activité économique, et augmente les recettes de l'État.
Si nous voulons retrouver de véritables marges de manœuvre, il nous faut donc réduire les prélèvements obligatoires. Les réduire avec le souci de rendre notre fiscalité plus favorable à l'argent qui s'investit qu'à l'argent qui dort.
Là aussi, les partisans du statu quo, les tenants des demi-mesures et des demi-réformes, estimeront que rien n'est possible. Taxer l'épargne financière reviendrait, disent-ils, à couper la France du marché des capitaux, et à asphyxier très vite notre économie.
La ficelle est un peu grosse. Je ne veux pas imposer les placements financiers, je veux remettre notre fiscalité au service de l'emploi et de tous ceux qui créent la richesse. C'est tout à fait différent.
Pour cela il faut, dans un souci de transparence et de simplicité, diminuer l'impôt sur le revenu. Il faut réformer la fiscalité sur les transmissions d'entreprises qui, telle qu'elle est, nous fait perdre plusieurs dizaines de milliers d'emplois par an. Il faut lancer une réforme d'ensemble de la fiscalité locale, pour alléger les droits de mutation et modifier l'assiette de la taxe professionnelle. Nous ne pouvons plus attendre. Chaque jour qui passe nous fait perdre des emplois.
Poser le problème de l'emploi en termes nouveaux, c'est aussi relancer la politique contractuelle et réfléchir à l'organisation du travail au sein des entreprises.
À l'État revient la responsabilité de fixer le cadre général, pour rendre possible ce qui est souhaitable, je pense en particulier à la conciliation des vies familiales et professionnelles, grâce à la création d'une allocation d'accueil de l'enfant, versée aux parents, qu'ils travaillent ou non. C'est un engagement que je prends.
Mais une fois posées ces règles générales, c'est aux partenaires sociaux, au sein des entreprises, au plus près des préoccupations quotidiennes des salariés, de prendre leurs responsabilités. Pour encourager le temps partiel qui n'est pas suffisamment incitatif ; pour développer le temps choisi, qui permet d'alterner les périodes d'activité, de formation, d'éducation des enfants, de congé sabbatique ; pour moduler les horaires en tenant compte des exigences économiques et des aspirations légitimes des salariés ; pour développer, en liaison avec l'enseignement technique et professionnel. Mieux vaut un bon métier qu'un diplôme sans débouché !
Il s'agit, non seulement, de retrouver la croissance, mais surtout de lui donner un sens et un contenu.
Le progrès économique et social ne se résume pas à des courbes ou à l'addition de quelques chiffres. Une économie ne peut pas être considérée comme performante quand elle abandonne derrière elle des cohortes d'exclus, quand elle fabrique des injustices, quand elle rend les hommes moins solidaires.
Il faut en revenir à l'essentiel. L'essentiel, c'est la vraie politique, celle qui met l'homme et sa dignité au cœur de nos préoccupations. Celle qui fait de l'emploi, du bien-être, de l'égalité des chances, les véritables critères de la réussite d'une politique économique et sociale.
C'est cette exigence qui devra inspirer l'ensemble de nos choix durant les sept prochaines années.
Elle devra inspirer la lutte contre le chômage de longue durée, antichambre de l'exclusion.
C'est le sens du contrat initiative-emploi que j'ai proposé. Ce contrat donnera aux chefs d'entreprise, mais aussi aux associations, aux collectivités locales, la possibilité de recruter des demandeurs d'emploi inscrits à l'ANPE depuis plus d'un an, pour créer de nouveaux métiers, de nouveaux services, de vrais emplois. J'ai fait le choix d'une mesure forte et simple : l'exonération des charges sociales pendant deux ans, complétée par une prime mensuelle de 2 000 Frs. Méfions-nous des solutions compliquées ou homéopathiques : elles ne marchent pas.
C'est la même exigence de solidarité qui devra inspirer la nouvelle politique du logement.
Je souhaite réformer le système des aides au logement qui, au bout du compte, coûte de plus en plus cher et n'est plus capable d'offrir un toit à tous les Français, un toit correspondant à leurs attentes et à leurs besoins.
Pour faire en sorte que chacun retrouve "droit de cité", j'ai défini les priorités qui devront inspirer le prochain gouvernement.
Il s'agira de créer d'urgence, pour faire face aux situations les plus dramatiques, des logements d'insertion ouvrant droit, dans un délai limité, à un relogement dans le parc social. Il s'agira aussi de renforcer les incitations à l'accession à la propriété en instituant un prêt d'un nouveau type, incluant une aide à l'apport personnel et des garanties financières en cas de difficultés de remboursement, liées à la perte d'un emploi par exemple. Il s'agira, enfin, de motiver par des incitations fiscales ceux qui souhaitent investir dans la pierre pour développer l'offre locative, soutenant ainsi l'activité du bâtiment. N'oublions pas que chaque logement construit équivaut à deux emplois supplémentaires dans notre économie.
Rétablir de véritables solidarités : voilà ma grande préoccupation.
Solidarité envers les familles en difficulté, envers les personnes âgées dépendantes, envers tous ceux qui n'accèdent plus aux services de santé.
Solidarité aussi envers ceux que l'école rejettent sans la moindre qualification, ceux que l'évolution des techniques écartent du monde du travail, ceux qui vivent, ou plutôt qui survivent, grâce à des minimas sociaux.
Solidarité envers ces habitants des quartiers difficiles de nos villes qui ont perdu l'espoir de vivre en paix.
Non que je veuille noircir le trait. Mais, je constate simplement que selon que l'on naît dans une campagne désertée ou au centre d'une ville universitaire, selon que l'on habite dans une cité-ghetto ou un quartier résidentiel, selon que l'on appartient à une famille modeste, qui lutte pour se maintenir à flot, ou à un environnement favorisé, les cartes sont jouées avant que ne commence la partie.
Ces inégalités, ces fractures sociales, les tensions qu'elles provoquent, on peut s'y résigner et les subir. C'est la pente naturelle. C'est la solution de la facilité.
On peut aussi les refuser, les combattre avec l'ambition de faire les changements qui s'imposent pour refaire de notre société un modèle d'égalité et de justice sociales. C'est la voie que j'ai choisie.
Je n'accepte pas l'idée que la fracture sociale puisse se creuser. Je refuse qu'il y ait deux France : l'une, toujours plus nombreuse, condamnée à rester au bord du chemin ; l'autre, toujours plus taxée pour lui venir en aide. Les deux France, c'est le cercle vicieux de la stagnation et de l'exclusion.
L'ampleur des problèmes à traiter, l'importance des moyens nécessaires, la nature des principes en cause et l'urgence sont tels que seul l'État peut être le maître du jeu.
On pourrait juger que dans la situation actuelle de nos finances publiques, l'État n'a pas les moyens d'assumer le coût de la lutte contre l'exclusion. Et sans doute, les arguments sont-ils nombreux à l'appui de cette thèse.
Mais il faut bien comprendre ce qu'une telle position pourrait avoir de déraisonnable. Car, qu'on le veuille ou non, la fracture sociale nous coûtera infiniment plus chère demain, si rien n'est fait aujourd'hui, pour renouer le Pacte républicain là où il se défait.
Rien ne se fera sans les Français.
Et si je souhaite réhabiliter le politique dans ses responsabilités, lui rendre sa primauté, son pouvoir de décision et d'influence sur le cours des choses, c'est parce que, dans bien des domaines, les réticences, les pesanteurs, les rigidités sont telles que seule la volonté politique pourra faire pièce au conservatisme.
Pour rendre aux Français la maîtrise de leur destin, il faut commencer par restaurer la primauté du pouvoir politique.
C'est en cela que la manière de gouverner est en cause dans cette élection présidentielle. Nous devons retrouver l'équilibre des pouvoirs que le Général de Gaulle avait souhaité.
Le Président de la République est la clé de voûte de nos institutions
Garant de la France, de la République et de l'impartialité de l'État, il lui appartient de déterminer les grandes orientations de l'avenir du pays. Il doit pour cela entraîner. Connaissant la France, ses hommes et leurs aspirations, identifiant leurs faiblesses, mais aussi leurs atouts, il doit indiquer, au sommet de l'État, le sens du mouvement. Il doit veiller, par-dessus tout, à ce que la France reste solidaire, c'est-à-dire que chacun y ait toute sa place et toute sa chance.
Je ne peux pas mieux résumer mon projet : bâtir une société de liberté, d'égalité et de fraternité. Avec pour principe l'égalité des chances. Pour méthode, la réforme. Pour exigence, la solidarité.
N'oublions jamais que seule la cohésion sociale et l'unité nationale permettront à chacun de progresser.
Retrouvons les valeurs de la République pour entrer dans l'avenir. Pour construire une nouvelle France, une France pour tous.
Vive notre République ! Vive la France !