Interview de M. Sébastien Lecornu, ministre chargé des collectivités territoriales, à Europe 1 le 17 juillet 2019, sur la nomination de la nouvelle ministre de la transition écologique et solidaire et sur le projet de loi proximité et engagement.

Texte intégral

PIERRE DE VILNO
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Pierre de VILNO.

PIERRE DE VILNO
Alors finalement ce n'est pas vous ?

SEBASTIEN LECORNU
Pourquoi vous voulez que ce soit moi ?

PIERRE DE VILNO
Le ministre de l'Ecologie.

SEBASTIEN LECORNU
Mais je suis ministre en charge des Collectivités territoriales et je propose et je vous présente tout à l'heure au conseil des ministres une loi importante autour de la place de la commune, des maires…

PIERRE DE VILNO
On va en parler, mais ce n'était pas dénué de sens que vous soyez nommé en lieu et place de François de RUGY.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais attendez, je n'étais pas candidat, donc il n'y avait pas de raison que je sois nommé. Elisabeth BORNE est une amie, elle est ministre des Transports, depuis 2 ans elle a mené des réformes courageuses, je pense notamment à la réforme de la SNCF qui n'est pas une petite loi, c'est le moins que l'on puisse dire, une petite réforme. Elle a mené récemment la loi d'orientation sur les mobilités, sur les mobilités du quotidien. Elle est souvent sur le pont sur des dossiers de crise, on l'a vu dans les gares, on l'a vu sur le dossier des infrastructures routières ou ferroviaires.

PIERRE DE VILNO
Elle est critiquée pour ne pas être très écologique.

SEBASTIEN LECORNU
Oui mais ça, ça suffit, ce sont toujours les mêmes…

PIERRE DE VILNO
Ca suffit ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, ça suffit parce que ce sont toujours les mêmes qui vous donnent des bons points en matière d'écologie et puis lorsqu'il s'agissait par exemple de parler de débattre de la taxe carbone, il y a quelques mois en pleine crise des gilets jaunes, les mêmes étaient complètement aphones voire planqués. Donc moi je revendique pour le coup cette amitié, cette compétence d'Elisabeth BORNE, c'est la bonne femme au bon endroit avec en plus une équipe ministérielle de qualité, vous voyez ce que fait Brune POIRSON sur les déchets, voyez ce que fait Emmanuelle WARGON sur l'écologie territoriale, l'écologie de proximité, ça fait un duo, un trio pardonnez-moi, de femmes de choc qui me semble tout à fait opportun de promouvoir et de féliciter.

PIERRE DE VILNO
La page François de RUGY se tourne et pourtant les titres de la presse sont cinglants ce matin, à l'heure des gilets jaunes il ne fallait pas bon abuser des homards, je cite les Dernières Nouvelles d'Alsace, le Château Yquem, les crustacés dodus, les boiseries dorées, le dressing, ça ne pouvait que rester en travers de la gorge d'une opinion déjà rincée dit La Montagne, entrée-plat-désert dit Libération. On éditorialise un peu trop ?

SEBASTIEN LECORNU
Il est clair que le temps de l'action politique est désormais un temps à la sobriété, la sobriété dans la manière de se comporter et ça c'est clair que le Premier ministre l'avait d'ailleurs dit au début du quinquennat, en disant à ses ministres sur les premiers conseils des ministres qu'il fallait nous être plus irréprochable peut-être encore que d'autres générations de femmes et d'hommes politiques, sur lequel il ne faut pas…

PIERRE DE VILNO
Donc la presse a raison d'y aller un peu fort…

SEBASTIEN LECORNU
…sur lequel il ne faut pas jeter l'opprobre, mais peut-être qu'effectivement le degré d'exigence aujourd'hui est plus important. Non, la presse fait son travail.

PIERRE DE VILNO
Médiapart aussi ? Stanislav GUERINI hier à votre place disait que c'était un tribunal médiatique, vous êtes d'accord avec ça ?

SEBASTIEN LECORNU
Médiapart fait de la politique, moi-même je suis en procès avec Médiapart sur des informations infondées qu'ils ont publié il y a maintenant deux ans. Je vais vous dire une chose moi, ce qui m'étonne beaucoup de Médiapart, ce n'est pas qu'ils fassent des enquêtes, notre pays est un pays justement dans lequel la liberté de la presse est quelque chose sur laquelle moi je me battrai jusqu'à la dernière minute pour la promouvoir, pourquoi ce feuilletonnage ? Pourquoi ce goutte à goutte et ce supplice ? Soit Médiapart a toutes les informations et publie une grande enquête et fait une grande interview de François de RUGY parce que la parole est à la défense, comme d'ailleurs pour chacun de nos concitoyens lorsqu'ils sont mis en cause aujourd'hui dans notre pays, mais cet espèce de feuilletonnage, de toutes les évidences a empêché François de RUGY de se défendre. Et donc il était condamné à cette démission, qu'il a souhaitée de lui même parce que ça lui permettait de se défendre. Tout citoyen de notre beau pays a le droit de se défendre, un ministre n'a pas plus de droits, n'a pas plus de privilèges qu'un autre Français, mais n'en a non plus pas moins.

PIERRE DE VILNO
Elisabeth BORNE va donc hériter des dossiers environnementaux, ceux que vous avez également porté vous-même, Sébastien LECORNU, aux côtés de Nicolas HULOT, la fermeture de Fessenheim, l'ouverture de l'EPR de Flamanville, le projet du centre d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, le plan hydrogène dont on n'entend plus parler. Quand on a travaillé d'arrache-pied sur ces sujets comme vous, on a envie que ça aboutisse, c'est votre cas ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui, c'est pour ça que je suis convaincu qu'Elisabeth BORNE est la bonne personne à la bonne place. Elle est sérieuse…

PIERRE DE VILNO
Pour tous ces plans là ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous savez c'est un ministère très technique, il est très paradoxal et à la fois il est très politique, on le voit bien, le sujet du glyphosate par exemple a occupé une bonne place de l'actualité politique et médiatique dans notre pays. Et puis en même temps dès qu'on ouvre un dossier, il est question de sciences, il est question d'équilibre énergétique et d'approvisionnement énergie dans notre pays, donc en fait la science se mélange largement aux questions politiques. Et prendre une ministre qui plutôt vient du champ de la société civique, qui était patronne de la RATP, qui a été préfète d'une région rurale etc.

PIERRE DE VILNO
Directeur de cabinet de Ségolène ROYAL, elle connaît les dossiers.

SEBASTIEN LECORNU
Oui, c'est peut-être bien d'avoir des gens qui connaissent leurs dossiers.

PIERRE DE VILNO
Sébastien LECORNU, dans ce contexte, on l'a dit, difficile, chaotique, avec des rebondissements, vous présentez aujourd'hui en conseil des ministres votre projet de loi proximité et engagement. Votre idée, c'est donc de renouer avec les maires, avec les territoires et il y a eu une cassure avec les gilets jaunes, vous en savez quelque chose avec le président de la République aussi, on l'a appelé comme étant le président des villes, c'est quoi, c'est une sorte de reconquête des territoires que vous faites ?

SEBASTIEN LECORNU
La réalité, vous savez, moi j'étais maire de Vernon et président du conseil départemental de l'Eure, la réalité, c'est que la rupture, elle date d'il y a belle lurette, depuis plus de 10 ans dans ce pays est une espèce de frénésie. On a adoré les grandes régions, les grands cantons, les grandes intercommunalités. On a pensé que tout ce qu'était immense était forcément très beau, très utile, très moderne et il y a eu une injonction progressiste depuis Paris en disant il faut grossir, il faut grandir. Le drame, on l'a bien vu c'est que ce n'est pas dans la culture française. La culture française, c'est la commune…

PIERRE DE VILNO
Si je parle d'Emmanuel MACRON, c'est qu'il y a eu une cassure notamment avec l'Association des Maires de France, il y a eu une certaine attitude…

SEBASTIEN LECORNU
Si on est un peu honnête la cassure, elle est plus lointaine, peut-être qu'elle s'est faite davantage ressentir au début de quinquennat, mais pour tout un tas de raisons, peut-être des maladresses de notre côté, mais aussi une volonté de nos opposants politiques de nous accrocher une pancarte. Regardez ce qu'une partie de la droite a voulu faire d'ailleurs c'est le seul argument sur lequel ils ont tenté d'être audible depuis 2 ans en disant, c'est un président seul, c'est le président de Paris, c'est le président des métropoles, bon pardon mais enfin ceux-là aussi on ne les entend plus beaucoup depuis le grand débat. Parce que quand on voit le président de la République parler pendant 96 heures avec les maires, connaissant aussi bien qu'un maire les dossiers territoriaux, les mêmes d'ailleurs qui faisaient ces procès Emmanuel MACRON ont disparu et d'ailleurs ne sont pas capables de faire la même chose.

PIERRE DE VILNO
Ce texte que vous portez, il valorise le maire…

SEBASTIEN LECORNU
Non mieux que ça, ce n'est pas un projet de loi pour les élus, c'est un projet de loi pour la mairie, c'est un projet de loi pour la commune, depuis 1789 où dans notre pays…

PIERRE DE VILNO
C'est ce que je voulais dire, je ne parlais pas d'individualité…

SEBASTIEN LECORNU
Mais c'est important de le dire à ce micro, plus que cela la commune fait partie de notre histoire française…

PIERRE DE VILNO
36.000 communes en France.

SEBASTIEN LECORNU
Les révolutionnaires ont transformé à l'époque plus de 40.000 paroisses françaises en commune, depuis deux siècles, on organise les services publics notamment en milieu rural, mais également en ville autour de la mairie, autour de la place de la commune. Et donc en fait c'est un projet de loi qui non seulement comprend une trentaine de mesures qui ne sont peut-être pas prises les unes à côté des autres comme étant spectaculaires, mais qui forment un tout, un système qui fait un infléchissement culturel majeur. On va repartir de la mairie, on va repartir du maire, on va repartir de la commune et après vous avez raison, il y a une crise de l'engagement. Alors cette crise de l'engagement, on la connaît dans les milieux associatifs, dans les milieux syndicaux, on la connaît dans les réserves des armées, c'est plus difficile aujourd'hui de s'engager pour tout un tas de raisons dans notre pays qu'il y a 20 ans ou 30 ans. Et puis il faut être honnête aussi, le degré d'exigence de nos concitoyens vis-à-vis de nos collègues maires, maires-adjoints est plus aiguë, plus difficile aujourd'hui qu'il y a 20 ans.

PIERRE DE VILNO
Oui, il y a une vraie crise, il y a un maire sur deux qui ne veut pas se représenter.

SEBASTIEN LECORNU
Parce qu'il y a un sentiment de dépossession, à quoi bon, est-ce que ce que je fais est utile, est-ce que je vais pouvoir vraiment mener mes projets ? Oui dans tous les sens parce que regardez le nombre de maires…

PIERRE DE VILNO
Regardez ce que je fais et puis ça n'est pas reconnu.

SEBASTIEN LECORNU
Exactement, ou le sentiment même que je ne peux plus le faire, c'est encore pire que tout parce que vous ne vous engagez pas pour ne rien faire et personne ne fait maire pour une petite indemnité chaque mois. Ce n'est pas vrai, les gens le font pour donner du sens à leur vie, du sens à leur commune et du sens à leur territoire.

PIERRE DE VILNO
Il y a une impulsion financière aussi.

SEBASTIEN LECORNU
Oui financière mais pas que, évidemment mais notamment sur des besoins d'accompagnement …

PIERRE DE VILNO
Vous avez une indemnité d'un même montant pour les maires des petites communes de 1 à 3500 habitants, 1670 euros par mois, c'est 1000 euros de plus qu'actuellement pour certaines communes.

SEBASTIEN LECORNU
C'est une possibilité puisque ça reste les maires qui vous fixer leurs indemnités, ce qu'est un principe important de libre administration des collectivités territoriales. Mais vous voyez ce n'est pas la mesure que je retiens le plus de ce projet de loi, le fait de pouvoir pour l'Etat prendre en charge toutes les assurances juridiques pour les maires des communes de moins de 1000 habitants, le sentiment que si on devient maire de son village de 300 habitants, on peut aller en prison, on peut avoir sa responsabilité civile engagée, le fait que l'Etat, la solidarité nationale donc vienne garantir les moyens de se défendre pour un maire est quelque chose qui va dans le bon sens. Donc oui il y a des mesures de liberté locale pour redonner toute sa place à la commune et la mairie dans l'organisation de notre pays, je pense que c'est véritablement un combat culturel, je pèse mes mots en le disant, mais de l'autre côté il y a des mesures pour l'engagement, parce que c'est peut être plus dur qu'avant de s'engager, parce qu'on est à 6 mois des élections municipales et qu'on peut avoir effectivement un certain nombre de listes qui sont incomplètes dans un certain nombre de villages de France, il fallait envoyer ce signal. Une mesure par exemple, les frais de garderie pour les enfants ou d'ailleurs pour des élus qui auraient des personnes en situation de handicap ou de dépendance à la maison, il est évident que c'est plus facile d'aller siéger au conseil municipal lorsqu'on est retraité que lorsqu'on est jeune papa ou jeune maman. Cette mesure, elle est importante, on va payer les frais de garde pour tous les élus, conseillers municipaux, maires adjoints et maires dans les communes les plus petites de ce pays. Ce sont si des mesures pour faire en sorte que les conseils municipaux ressemblent à la société d'aujourd'hui.

PIERRE DE VILNO
Texte que vous présentez tout à l'heure en conseil des ministres, Sébastien LECORNU, un mot des Républicains que vous avez quitté, devrais je dire dont vous avez été chassé comme Gérald DARMANIN ou d'autres, comment est-ce que vous voyez la reconquête du pouvoir par la droite ?

SEBASTIEN LECORNU
Il faut que la droite soit claire avec elle-même, moi je me réjouis pas de voir l'état de LR aujourd'hui.

PIERRE DE VILNO
C'est vrai ?

SEBASTIEN LECORNU
Oui parce que, parce que déjà il y a tout un tas de gens biens, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain, et moi je connais des députés, des sénateurs, des engagés de terrain qui veulent bien faire. La première bataille, à mon avis, des Républicains c'est de reconquérir les valeurs, les valeurs républicaines.

PIERRE DE VILNO
C'est ce qu'ils sont en train d'essayer de faire.

SEBASTIEN LECORNU
Je crois que la faute politique commise entre les deux tours de la présidentielle, ils n'ont pas su dire clairement s'il fallait choisir entre Emmanuel MACRON et Marine LE PEN est une faute politique lourde, c'est la rupture profonde avec ce qu'a été Jacques CHIRAC ou Nicolas SARKOZY. Et de cela ils ne se sont pas remis et effectivement la résilience de la droite républicaine passera par une plus grande clarté, d'une part sur le terrain des valeurs et d'autre part, je le dis, par une grande bienveillance à l'égard de ce que fait le président de la République et le gouvernement. Ce n'est pas en étant opposant…

PIERRE DE VILNO
Quel candidat des trois est le mieux placé ?

SEBASTIEN LECORNU
Pardon ?

PIERRE DE VILNO
Quel candidat des trois est le mieux placé ?

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai pas d'avis sur la question, très franchement ce n'est plus mon affaire.

PIERRE DE VILNO
Tant pis, merci beaucoup Sébastien LECORNU d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.

SEBASTIEN LECORNU
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2019