Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 13 juin 2019, sur la politique fiscale, les retraites, l'assurance chômage, Renault et sur les privatisations.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Le Premier ministre Edouard PHILIPPE s'est donc adressé hier devant l'Assemblée nationale pour son deuxième discours de politique générale. Vous l'avez trouvé changé ?

BRUNO LE MAIRE
Je l'ai trouvé constant. J'ai trouvé qu'il a fixé clairement le cap, ce qui est le plus important évidemment pour les Français, et j'ai trouvé qu'il insistait à juste titre sur un changement de méthode. On a tous fait des erreurs au cours des mois passés. Je pense qu'il faut renouer un fil avec les Français qui soit un fils de respect, de considération. Donc j'ai trouvé que c'était un discours qui ouvrait de manière positive et forte le temps deux du quinquennat d'Emmanuel MACRON.

MARC FAUVELLE
C'est un temps deux ou c'est la suite du premier temps et on accélère simplement ?

BRUNO LE MAIRE
Non, c'est un temps deux parce qu'on va faire les choses différemment. Parce que nous allons accorder plus de considération, je le redis, aux Français et pour moi c'est au coeur de ce que doit être notre tempérament politique et parce que nous allons imprimer une marque écologique forte. Le Premier ministre l'a rappelé, c'est essentiel pour nous tous, c'est essentiel pour le ministre de l'Economie que je suis. Notre économie doit être la première économie décarbonée en Europe. C'est l'objectif que nous nous fixons.

MARC FAUVELLE
Alors on a beaucoup de questions à vous poser, Bruno LE MAIRE, à commencer par celles qui concernent l'impôt sur le revenu.

RENAUD DELY
Parce qu'Edouard PHILIPPE a donc détaillé hier l'annonce du gouvernement de 5 milliards de baisse d'impôts. Le Premier ministre a notamment évoqué la première tranche, les 12 millions de foyers fiscaux de cette première tranche. On l'écoute.

EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE
Nous avons choisi de concentrer l'intégralité de la baisse de l'impôt sur le revenu annoncée par le président de la République sur les classes moyennes qui travaillent. Le taux d'imposition de la première tranche de l'impôt sur le revenu qui regroupe 12 millions de foyers sera abaissé de 3 points. Cela représente un gain moyen par foyer de 350 euros.

RENAUD DELY
Alors 350 euros en moyenne pour la première tranche. Pour les autres tranches, quel sera le montant de cette baisse et combien de contribuables vont sortir de l'impôt ?

BRUNO LE MAIRE
Vous avez plus de 6,5 millions de foyers fiscaux qui vont bénéficier… Plus de 16, pardon, virgule 4 millions de foyers fiscaux qui vont bénéficier de cette baisse d'impôts, donc c'est une baisse d'impôts qui est massive. C'est une baisse d'impôts qui est cohérente. Parce que l'idée, c'est bien de faire en sorte que le travail paye. C'est ça la philosophie qui est derrière cette baisse d'impôts. Que chaque Français soit incité à travailler et que tous ceux qui travaillent puissent vivre dignement de leur travail. Ça, c'est le message que nous avons retenu évidemment du mouvement des gilets jaunes. 350 euros en moyenne pour les foyers fiscaux qui sont dans la première tranche qui sera abaissée de 14 à 11 % et 180 euros en moyenne pour les foyers fiscaux de la deuxième tranche. Pour les autres tranches, ce sera neutralisé. Je vais donner…

MARC FAUVELLE
Pardon. Pour les Français les plus aisés, ceux qui sont… Tout le monde ne connaît pas forcément sa tranche d'imposition. Pour les deux tranches les plus élevées, il n'y aura pas de hausse, pas de baisse. Rien du tout.

BRUNO LE MAIRE
Zéro perdant.

MARC FAUVELLE
Et donc seize millions quatre cent mille contribuables vont voir leur impôt baisser sur 17 millions au total.

BRUNO LE MAIRE
Oui. Donc c'est une baisse qui est massive et c'est une baisse qui, une fois encore, répond à cette idée simple : le travail en France doit payer. Et toute personne qui fait l'effort de travailler doit savoir que son travail lui permet de vivre dignement. Et pour prendre juste peut-être un ou deux exemples précis, si vous êtes un célibataire, que vous touchez 2 000 euros net par mois vous allez avoir une baisse d'impôts de plus de 500 euros dans l'année. Si vous êtes un couple avec l'un qui gagne 2 400 euros et l'autre membre du couple qui gagne 2 200 euros, 4 600 euros net par mois, c'est près de 900 euros d'impôts en moins sur l'année. Ce sont des baisses qui sont très significative. Même chose pour un couple avec deux enfants qui gagnerait à deux 4 600 euros et qui a deux enfants, qui a déjà une baisse d'impôt qui est liée aux enfants et aux parts liées aux enfants, ils vont toucher aussi près de 900 euros d'impôts en moins dans l'année.

RENAUD DELY
Et-ce que des contribuables vont sortir de l'impôt sur le revenu ?

BRUNO LE MAIRE
Non. L'objectif n'est pas de faire sortir des contribuables de l'impôt sur le revenu. On a déjà une base fiscale qui est très étroite donc on ne va pas faire. sortir des contribuables de l'impôt sur le revenu. En revanche, ceux qui y rentrent – je ne vais pas rentrer dans la technique de la décote - mais la rentrée sera plus douce pour qu'il n'y ait pas d'effet de seuil trop violent pour ceux qui tout d'un coup sont soumis à l'impôt sur le revenu et voient leurs revenus augmenter beaucoup moins que ce qu'ils auraient cru.

MARC FAUVELLE
La taxe d'habitation à présent à Bruno LE MAIRE, vous confirmez qu'elle sera entièrement supprimée l'an prochain pour 80 % des Français.

BRUNO LE MAIRE
Oui, et oui elle sera intégralement supprimée en 2023 et ce sera inscrit dans la loi. Et je tiens à rappeler que ça va plus loin que la promesse qu'avait faite Emmanuel MACRON. Emmanuel MACRON avait dit : « On supprimera la taxe d'habitation pour 80 % des foyers fiscaux. » Là, on la supprime pour tout le monde, mais il est légitime…

MARC FAUVELLE
Alors pardon de vous interrompre. Vous la supprimez pour tout le monde, c'est-à-dire y compris pour les 20 % des Français les plus riches mais il n'aura échappé à personne que la suppression se fait en trois ans : 2021, 2022, 2023. La taxe d'habitation, accessoirement on la paye en fin d'année, fin 2022 et fin 2023. On est après la prochaine présidentielle.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais l'engagement…

MARC FAUVELLE
Donc ça, c'est pour le deuxième mandat.

BRUNO LE MAIRE
L'engagement figurera dans le projet de loi de finances. Donc si le prochain président de la République - moi je souhaite évidemment que ce soit Emmanuel MACRON - mais si jamais ça n'était pas le cas, il faudrait défaire une loi. Ce n'est jamais très simple, vous savez, de revenir sur une baisse d'impôts qui a été accordée aux Français, qui est juste et qui permet à chacun de vivre mieux de son travail. Mais qu'est-ce qu'on n'aurait pas dit si on s'était précipité pour faire ça très vite, avec un impact sur les finances publiques qui aurait été un impact très fort. Nous faisons les choses progressivement avec une idée simple : que le travail paye, et une attention portée à ceux qui ont les revenus les plus faibles.

RENAUD DELY
Vous venez de dire que vous souhaitez évidemment qu'après 2022, le prochain président de la République soit à nouveau Emmanuel MACRON. L'acte II de son quinquennat, il vise aussi à préparer justement la campagne d'Emmanuel MACRON pour un second mandat ?

BRUNO LE MAIRE
Non, absolument pas. Je préfère être très clair avec vous.

RENAUD DELY
Mais vous souhaitez qu'il soit à nouveau candidat en 2022.

BRUNO LE MAIRE
Pour pouvoir être candidats pour pouvoir nous présenter dans des conditions qui soient favorables, il faut qu'on ait des résultats pour les Français. Et les Français, ils nous attendent sur la baisse du chômage, ils nous attendent sur la croissance, ils nous attendent sur la transformation de notre modèle économique pour qu'il soit plus respectueux de l'environnement. Ils nous attendent sur la sécurité. Ils veulent des résultats et l'acte II du quinquennat, il est marqué par cette volonté qu'a fortement soulignée le Premier ministre hier : apporter des résultats aux Français et des résultats tangibles. Vous savez la baisse des impôts, les Français ils vont regarder, comme maintenant il y a le prélèvement à la source grâce à Gérald DARMANIN, ils regardent leurs revenus et puis ils voient en bas de la feuille est-ce que ça augmente ou est-ce que ça baisse. Grâce à cette baisse d'impôt sur le revenu, ils vont voir qu'à la fin du mois leur revenu est plus important. Même chose avec la défiscalisation des heures supplémentaires, même chose avec l'augmentation de la prime d'activité, même chose avec la suppression des cotisations assurance maladie, assurance-chômage. C'est la dernière ligne de la feuille de paye qui compte parce que c'est celle qui permet de vivre de son travail, c'est celle qui permet de loger sa famille, de faire des sorties, de nourrir sa famille et de vivre dignement.

MARC FAUVELLE
On va évoquer dans quelques instants, Bruno LE MAIRE, une réforme qui parfois inquiète les Français, c'est la réforme des retraites sur laquelle le Premier ministre s'est un peu expliqué hier, même s'il reste, nous semble-t-il en tout cas, quelques zones d'ombre. On va tenter de les lever avec vous dans quelques instants. (…)
- Toujours avec le ministre de l'Economie et des finances, Bruno LE MAIRE, et avec Renaud DELY, une précision sur les économies et sur le financement des mesures dont on vient de parler. Renaud.

RENAUD DELY
Oui, vous venez de détailler les baisses de l'impôt sur le revenu, il y en a pour cinq milliards d'euros au total, comment financer ces baisses d'impôts ?

BRUNO LE MAIRE
Une bonne baisse d'impôts, c'est comme un moteur à deux temps, vous avez la baisse des impôts d'un côté, et puis, pour que ça marche, il faut que vous ayez la baisse de la dépense publique de l'autre, sinon, vous financez votre baisse d'impôts par l'augmentation du déficit et de la dette, et c'est mauvais pour les finances publiques et mauvais pour la France. Donc le Premier ministre m'a demandé de faire des propositions de Gérald DARMANIN sur la baisse de la dépense publique, nous avons travaillé sur les niches fiscales, sur la suppression d'un certain nombre d'organismes publics qui ne sont pas décisifs, et puis, le troisième volet de financement, il avait été annoncé par le président de la République, c'est une incitation à travailler plus longtemps, voilà les trois modalités de financement de cette baisse d'impôts de cinq milliards…

RENAUD DELY
Donc pas de suppression de postes de fonctionnaires dans le cadre de cette baisse de la dépense publique ?

BRUNO LE MAIRE
Ça n'a jamais été annoncé par le président de la République, et nous sommes cohérents par rapport à ce qui était annoncé par Emmanuel MACRON, il y a quelques semaines, les niches, les organismes publics, et une incitation à travailler plus longtemps.

MARC FAUVELLE
Quels organismes publics par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons. Nous sommes dans la phase où nous regardons l'intégralité des niches...

MARC FAUVELLE
Donc là, on a annoncé les cinq milliards, on ne sait pas encore où on va les prendre…

BRUNO LE MAIRE
L'intégralité des organismes publics, eh bien, nous allons regarder de manière très rigoureuse avec Gérald DARMANIN là où nous pouvons trouver ces cinq milliards d'euros d'économie.

MARC FAUVELLE
Celui où vous êtes ce matin en fait partie, Radio France ?

BRUNO LE MAIRE
C'est un organisme public, je ne vais pas vous dire ce matin que tel organisme public, telle chaîne de télévision, telle chaîne de radio doit être touché, ce n'est pas comme ça que nous travaillons, nous travaillons avec sérieux, avec rigueur, avec un souci de justice en regardant là où la dépense publique est bien employée, là où, au contraire, elle est moins bien employée. Prenez l'exemple des niches fiscales, il va de soi que des niches fiscales qui favorisent la consommation d'énergie carbonée, d'énergies fossiles, c'est incohérent par rapport à notre politique qui vise au respect de l'environnement…

MARC FAUVELLE
Vous pensez à quelle niche ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense par exemple…

MARC FAUVELLE
Gazole routier, c'est ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense au gazole non routier…

MARC FAUVELLE
Non routier…

BRUNO LE MAIRE
Qui a aujourd'hui une taxation qui est plus faible, il faut regarder cela, mais le regarder, je reviens à ce que je disais au début de l'émission, avec de la considération pour tous ceux qui sont concernés, les TPE, les PME, le monde du bâtiment, les fédérations professionnelles, que ça puisse être fait progressivement, que ça puisse être fait avec des compensations, avec un accompagnement pour que ce soit acceptable et soutenable par les professionnels qui sont concernés.

RENAUD DELY
Et à quelle échéance, quand est-ce que vous vous annoncerez ces baisses de dépenses publiques ?

BRUNO LE MAIRE
Dans la première quinzaine de juillet, nous remettrons, avec Gérald DARMANIN, au Premier ministre, nos propositions.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE, sur la question des retraites à présent, d'abord, est-ce que vous pouvez confirmer que l'âge légal de départ à la retraite, celui auquel on peut solder sa pension et la toucher, resterait bien à 62 ans à l'avenir ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je le confirme. Et c'est ce qui fait le charme de cette majorité, c'est que nous tenons notre parole, le président de la République avait dit dans sa campagne : je ne toucherai pas à l'âge légal de départ à la retraite, nous ne toucherons pas à cet âge légal qui d'ailleurs est une référence, mais dans le fond, quand on regarde la réalité, et c'est ce qui compte pour nos compatriotes, la plupart de nos compatriotes partent plutôt à 63 ans à la retraite qu'à 62 ans.

MARC FAUVELLE
Alors, qu'est-ce que l'âge d'équilibre dont a parlé le Premier ministre hier en disant qu'il faudrait sans doute travailler plus longtemps ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, c'est ce que Jean-Paul DELEVOYE nous proposera, il y aura des incitations ou des désincitations à partir plus tôt à la retraite, en disant : voilà, si vous voulez toucher pleinement votre retraite, eh bien, il vaut mieux rester un peu plus longtemps…

MARC FAUVELLE
Une désincitation, c'est un autre mot pour dire qu'il y aura un malus si on ne travaille pas au-delà de 62 ans ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas un malus, c'est un système de décote qui pourrait inciter les Français à partir plus tard à la retraite, mais c'est à Jean-Paul DELEVOYE de nous faire des propositions. Le système, il est très simple, vous voulez partir à 62 ans, vous pouvez…

MARC FAUVELLE
Avec une pension plus petite…

BRUNO LE MAIRE
Et on ne touchera pas à cet âge légal de départ à la retraite, mais ensuite, à Jean-Paul DELEVOYE de nous faire des propositions pour inciter les Français à travailler plus longtemps et à rester plus longtemps en activité, je rappelle juste une chose simple, ce qui explique l'appauvrissement de la France au cours des vingt dernières années, parce qu'il y a eu par rapport à nos grands partenaires européens un appauvrissement, c'est le fait que nous travaillons moins que nos partenaires européens. Quand on prend l'entrée plus tardive dans la vie active, la sortie plus précoce dans la vie active, et le taux de chômage qui est très élevé, vous mettez ces trois éléments ensemble, ça fait un cocktail explosif qui s'appelle appauvrissement de la France. Eh bien, nous, nous sommes là pour faire en sorte que les Français vivent mieux avec plus de prospérité, avec un environnement qui soit mieux protégé, ça implique que nous incitions à travailler plus longtemps.

RENAUD DELY
Vivre mieux mais avec des pensions qui peuvent être moindres s'ils partent dès l'âge de 62 ans, c'est de fait la fin de la retraite à taux plein à 62 ans ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous verrons les propositions de Jean-Paul DELEVOYE, mais comme ministre de l'Economie et même comme simple citoyen, mon souhait, c'est que les Français vivent mieux, qu'ils aient une vie qui soit plus prospère, que leurs enfants aient davantage d'espoir. Et ça passe par le fait que tous collectivement, nous travaillions davantage, et toute notre politique, elle est tournée vers cet objectif de travailler davantage, avec plus de facilité, en trouvant un emploi plus facilement, et un emploi mieux rémunéré, quand je mets en place l'intéressement en supprimant la taxe de 20 % sur l'intéressement pour les PME, pour les TPE, l'objectif, c'est quoi, c'est que le travail paye plus, et donc qu'il y ait plus de Français qui soient incités à travailler. Quand nous baissons l'impôt sur le revenu, l'objectif, c'est quoi, c'est que les Français se disent : allons travailler, nous vivrons mieux de notre emploi ; le travail est au coeur de la politique économique que nous menons.

RENAUD DELY
Il y a une autre mesure qui a été annoncée hier par le Premier ministre, c'est dans le cadre de la réforme de l'assurance-chômage, l'instauration d'un bonus-malus, d'une taxation des entreprises qui abusent des contrats courts, il a évoqué cinq à dix secteurs d'activité, lesquelles ?

BRUNO LE MAIRE
Là encore, je vais vous décevoir, mais nous sommes en train de travailler sur ces secteurs, nous les choisirons là aussi d'ici quelques semaines, mais le principe…

RENAUD DELY
La restauration par exemple qui se sent visée…

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons quels sont les secteurs, et les secteurs qui usent et abusent des contrats courts, je pense qu'ils savent très bien qu'ils doivent corriger cette injustice, l'objectif du bonus-malus, il est simple, remettre de la justice et de la stabilité au travail, quand je vous dis que le travail est au coeur de notre politique économique, ça veut dire aussi un travail stable, qui permette de se projeter dans l'avenir, qui permette d'acheter son logement principal, sa résidence principale, qui permette de faire des projets pour ses enfants, ça suppose qu'on mette fin à l'abus de contrats courts qu'on a vu exploser dans certains secteurs au cours des dix dernières années ; le bonus-malus, c'est ce qui permet de récompenser ceux qui donnent de la stabilité aux salariés et de sanctionner ceux qui abusent de l'instabilité.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE, pourquoi avoir fait capoter le mariage entre RENAULT et FIAT ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous n'avons pas fait capoter le mariage entre RENAULT et FIAT…

MARC FAUVELLE
C'est-ce que le dit le patron du groupe, Jean-Dominique SENARD…

BRUNO LE MAIRE
Je voudrais remettre les points sur les « i » là-dessus, le premier point, c'est que l'Etat est actionnaire de référence de RENAULT, il a 15 % de RENAULT, eh bien, tant que l'Etat sera actionnaire de référence de RENAULT, il jouera pleinement et entièrement son rôle d'actionnaire de référence…

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute entendu les propos de monsieur SENARD hier qui vous a dit : RENAULT, ce n'est plus la régie…

BRUNO LE MAIRE
Mais ne comptez pas sur moi pour regarder passer les trains comme actionnaire de référence, soit, on estime que l'Etat n'a pas vocation à être chez RENAULT, et dans ce cas-là, RENAULT est une entreprise qui se dirigera librement avec ses actionnaires, mais tant qu'il est actionnaire de référence, sa responsabilité pour l'entreprise, pour les salariés…

MARC FAUVELLE
C'est vous le patron…

BRUNO LE MAIRE
Pour les usines, pour les centres de recherche, c'est de jouer son rôle d'actionnaire de référence avec les autres actionnaires pour définir une stratégie pour l'entreprise…

MARC FAUVELLE
En quoi cette alliance vous dérangeait ou vous inquiétait ?

BRUNO LE MAIRE
Le deuxième point, c'est que la stratégie qui a toujours été la nôtre comme actionnaire de référence, que ce soit avec Carlos GHOSN ou avec Jean-Dominique SENARD, c'est le renforcement de l'alliance entre RENAULT et NISSAN, pourquoi, parce que c'est le coeur de la profitabilité de RENAULT comme de NISSAN, c'est cinq milliards d'euros de synergies, parce qu'il y a des plates-formes communes entre les voitures, c'est des usines communes, c'est treize milliards d'euros de capacité de recherche qui ont été dégagés grâce à cette alliance entre RENAULT et NISSAN, notamment…

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire, quand on est marié, on ne va pas voir ailleurs ?

BRUNO LE MAIRE
Notamment sur les véhicules électriques qui ont permis à RENAULT de prendre un temps d'avance grâce à ces synergies entre RENAULT et NISSAN, on ne va pas changer de stratégie tous les quatre matins, la stratégie qui a toujours été définie, c'est le renforcement de l'alliance RENAULT/NISSAN. Troisième point, et je termine par-là…

RENAUD DELY
Pourtant…

MARC FAUVELLE
Renaud DELY, et on vous écoute après, c'est important…

RENAUD DELY
Bruno LE MAIRE, ce n'est pas tout à fait, on va vous écouter juste après, ce n'est pas tout à fait ce qu'a dit Jean-Dominique SENARD hier justement, lors de l'AG de RENAULT…

BRUNO LE MAIRE
Je termine juste, je l'écouterai avec plaisir…

RENAUD DELY
Je propose de l'écouter, sur la stratégie…

BRUNO LE MAIRE
Je termine juste sur le troisième point, puisque vous m'avez interrogé sur la fusion avec FIAT. C'est moi-même qui ai demandé à Jean-Dominique SENARD d'étudier cette possibilité qui m'a toujours paru…

RENAUD DELY
C'est ce qu'il dit…

MARC FAUVELLE
Voilà, c'est ce qu'il a dit, il a dit : il y a plusieurs mois de ça, Bercy m'a demandé…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr... ça m'a toujours paru une opportunité intéressante, ça reste une opportunité intéressante, mais j'ai toujours été clair, dans le cadre de la stratégie de renforcement de l'alliance, ce qui suppose que le partenaire japonais soit associé, et ce qui suppose que le partenaire japonais, au bout du compte, soit d'accord. Et pour finir…

RENAUD DELY
C'est donc NISSAN qui a fait capoter cette alliance ?

BRUNO LE MAIRE
Pour finir de remettre les points sur les « i », nous n'avons jamais opposé, nous, Etat, de veto à cette opération, nous avons simplement demandé, voyant que NISSAN n'apportait pas son soutien, cinq jours supplémentaires…

RENAUD DELY
C'est donc NISSAN qui a fait capoter cette alliance…

BRUNO LE MAIRE
Cinq jours supplémentaires pour examiner une opération à 30 milliards d'euros de capitalisation, cinq jours supplémentaires, ça me paraît tout à fait raisonnable, FIAT a choisi de retirer son offre, c'est son droit, mais croyez-moi, l'Etat n'agira jamais ni sous la pression ni dans la précipitation dans cette affaire, voilà les points que je tiens à rappeler. L'alliance comme stratégie au coeur de RENAULT, l'Etat actionnaire qui jouera pleinement son rôle, et un projet de fusion qui peut être intéressant, mais du moment que notre partenaire japonais est associé, je recevrai le président de RENAULT dans quelques instants et je lui rappellerai ces points. (…)

MARC FAUVELLE
Encore un mot sur ces fiançailles rompues entre RENAULT et FIAT. Les discussions sont terminées ?

BRUNO LE MAIRE
Les discussions pourront reprendre une fois que l'alliance entre RENAULT et NISSAN aura été renforcée, et là l'essentiel, c'est de rétablir la confiance avec la partie japonaise. Et la responsabilité du président de RENAULT qui vient d'être confirmée sera de rétablir la confiance avec le partenaire japonais, de renforcer par tous les moyens l'alliance entre RENAULT et NISSAN qui, je le redis, est indispensable à la préservation des emplois, de la prospérité de RENAULT. Et ensuite, dans un second temps seulement, remettons les choses dans l'ordre, nous pourrons examiner si ce projet de fusion peut avoir lieu. Sans pression et sans précipitation.

MARC FAUVELLE
Et avec le patron actuel. Il a toujours votre soutien, il sera toujours patron quittant votre bureau tout à l'heure ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai j'ai fait le choix la semaine dernière de lui confirmer mon soutien et de lui renouveler ma confiance dans le cadre que je viens d'indiquer.

RENAUD DELY
Après la privatisation d'AEROPORTS DE PARIS que vous avez engagée il y a quelque temps et qui est suspendue à l'organisation d'un référendum initiative partagée, vous avez annoncé la privatisation de LA FRANÇAISE DES JEUX que vous souhaitez lancer, cette privatisation, avant la fin de l'année. Est-ce qu'il y en aura d'autres des privatisations ?

BRUNO LE MAIRE
Il peut y en avoir d'autres. Il peut y avoir d'autres cessions d'actifs. L'essentiel, c'est que ça se fasse avec toutes les garanties nécessaires pour les citoyens, notamment sur l'addiction au jeu pour LA FRANÇAISE DES JEUX. Qu'est-ce qui est clef ? C'est qu'on arrive à lutter avec plus d'efficacité contre l'addiction aux jeux, notamment des jeunes, et c'est la contrepartie indispensable de cette privatisation.

RENAUD DELY
Mais comment faire pour l'Etat dès lors que l'entreprise sera privée ?

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que nous créons une autorité publique qui n'existait pas auparavant de contrôle de l'addiction au jeu. Parce que nous renforçons les sanctions qui jusqu'à présent étaient prises par arrêté. Elles le seront désormais par décret. Des sanctions qui seront de 135 euros pour tous ceux qui distribueront des jeux de hasard à des mineurs. Aujourd'hui, ça n'existe pas. Donc vous voyez qu'on peut très bien faire jouer à l'Etat tout son rôle de protection de la puissance publique, de la Sécurité publique, des intérêts publics tout en engageant une privatisation. Et c'est cet équilibre-là que je tiens absolument à maintenir. Préserver les garanties pour le citoyen mais, en même temps, laisser des opérateurs privés s'occuper des jeux parce qu'il ne me semble pas que ce soit le rôle de l'Etat de s'occuper des jeux de hasard.

RENAUD DELY
Dans quels autres secteurs pouvez-vous envisager de céder des actifs donc de privatiser ?

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons dans les années qui viennent…

MARC FAUVELLE
EDF ?

BRUNO LE MAIRE
Certainement pas EDF. Ce n'est pas au coeur du tout de ces projets, puisque tout ce qui est du domaine de la souveraineté nationale, de la sécurité d'approvisionnement et EDF en fait évidemment partie, ne peut pas être dans ce champ des privatisations. Tout ce qui est un grand service public, je pense à la SNCF, nous avons toujours été clairs…

MARC FAUVELLE
On n'y touche pas.

BRUNO LE MAIRE
Il n'est pas question de privatisation. Donc nous avons une cohérence dans la politique que nous menons. Nous cédons les actifs dans des activités qui sont d'abord des activités commerciales. AEROPORTS DE PARIS, je tiens juste à le rappeler, 75 % du résultat d'AEROPORTS DE PARIS c'est des boutiques, c'est des hôtels, c'est des parkings…

MARC FAUVELLE
Avec un trafic et des revenus qui vont aussi gonfler dans les années qui viennent.

BRUNO LE MAIRE
C'est une activité commerciale qui peut très bien être gérée par un opérateur privé du moment que l'Etat, et c'est le cas, continue à contrôler les frontières, à contrôler les entrées, à contrôler les biens avec une police, avec de la douane, avec tous les moyens de la force publique.

RENAUD DELY
Sur la privatisation d'AEROPORTS DE PARIS donc, elle est suspendue à l'organisation d'un référendum d'initiative partagée. On sait que la collecte des 4,7 millions de signatures nécessaires à l'organisation de ce référendum, elle commence aujourd'hui. Est-ce que vous vous réjouissez de cette procédure démocratique inédite où est-ce qu'elle vous inquiète ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous n'avons pas peur du peuple français. C'est le peuple français qui va s'exprimer. Nous, nous allons profiter de ces neuf mois pour expliquer le projet, pour rappeler qu'il y a des garanties fortes sur le contrôle des frontières, qu'il y a des garanties sur les tarifs et que ça n'a absolument rien à voir avec l'opération des autoroutes puisque l'Etat garde la dernière main sur les tarifs aéroportuaires. Nous allons rappeler qu'il y a des garanties sur l'emploi. Nous allons rappeler qu'il y a des garanties sur l'environnement, sur les rotations aériennes qui vont être limitées grâce au dispositif législatif que nous avons mis en place. Beaucoup ont joué avec les peurs sur cette privatisation. Certains se sont totalement égarés, notamment Les Républicains, qui se sont acoquinés avec la France insoumise et avec les communistes pour s'opposer à une privatisation qu'ils défendaient juste deux ans auparavant. Je pense que les Français sanctionneront ces incohérences et moi…

RENAUD DELY
Pour nourrir ce débat, vous souhaitez un référendum.

BRUNO LE MAIRE
Et moi je dénoncerai les mensonges des uns et des autres sur ce projet. Ce projet vise simplement à permettre le développement d'AEROPORTS DE PARIS pour en faire un des aéroports qui réussit les mieux au monde, mais en donnant toutes les garanties aux citoyens qu'il n'y aura pas d'augmentation des tarifs qui soit inconsidérée, que leurs frontières seront protégées et que les intérêts de l'Etat seront garantis.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE, encore un mot sur une question qui n'est pas de votre domaine de compétence à Bercy, c'est celle de la PMA. Vous étiez contre lorsque vous étiez candidat à l'élection présidentielle. Est-ce que vous avez changé d'avis maintenant que vous êtes au gouvernement et qu'elle s'annonce pour la fin de l'année ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je ne change pas d'avis en fonction de mon entrée dans un gouvernement. J'ai toujours eu des interrogations sur la PMA. Ces interrogations, je les garde.

MARC FAUVELLE
Pardon, je parle de la PMA pour toutes les femmes évidemment.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais je garde ces interrogations sur la PMA. Mais l'intérêt d'un débat démocratique serein, apaisé, c'est justement de remettre en cause vos certitudes. De remettre en cause vos interrogations. De vous confronter à la réalité des femmes qui veulent procéder à une PMA. De les écouter, d'entendre leurs arguments et peut-être d'évoluer dans ses convictions.

MARC FAUVELLE
Donc vous êtes toujours contre ou vous êtes en train de changer d'avis ?

BRUNO LE MAIRE
Mais j'ai toujours des interrogations, oui je vous le confirme.

MARC FAUVELLE
Et on peut rester au gouvernement en étant en désaccord sur cette question ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ce sont des convictions qui sont très intimes, très profondes. Je suis ministre de l'Economie et des Finances, je suis évidemment dans la ligne, la droite ligne de ce qu'a proposé le président de la République dans sa campagne présidentielle. Mais sur des sujets qui sont aussi sensibles, on peut avoir des interrogations et le souhait aussi de les confronter à la réalité et aux attentes de ceux qui réclament cette PMA pour tous. C'est bien pour ça que…

RENAUD DELY
Le projet de loi sera débattu en septembre. Si vous étiez député, vous savez ce que vous feriez ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je vais profiter de ce débat pour écouter tous ceux qui réclament la PMA, entendre leurs arguments et peut-être évoluer dans les convictions. Ce qui est intéressant dans la vie politique et dans le débat que nous souhaitons, à savoir des débats qui soient plus sereins, plus apaisés, qui donnent la parole à chacun et qui permettent tout simplement de se rencontrer. De rencontrer des personnes qui n'ont pas forcément les mêmes opinions que vous et qui peuvent vous convaincre.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Bruno LE MAIRE. Merci d'avoir été l'invité de Franceinfo.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juin 2019