Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à Sud Radio le 16 janvier 2020, sur les médecins démissionnaires, la bioéthique et la responsabilité de l'État à garantir la sécurité des enfants.

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Adrien TAQUET.

ADRIEN TAQUET
Bonjour.

PATRICK ROGER
On va parler de la protection des enfants dans un instant mais avant cela aussi les questions d'actualité. « La grève n'a que trop duré », c'est Edouard PHILIPPE hier. Il a gardé son calme mais on le sent quand même un peu… Ça bouillonne intérieurement.

ADRIEN TAQUET
Non, il est toujours très calme et serein.

PATRICK ROGER
Oui. C'est la faute à qui alors si elle continue de durer ?

ADRIEN TAQUET
Il n'est pas question de faute là. Je pense que tout le monde s'accorde à dire qu'il y a un compromis qui a été trouvé, une conférence de financement qui va être lancé, installé d'ici la fin du mois pour définir quelles peuvent être les modalités d'équilibre. Dans les différentes entreprises il y a des négociations et des concertations qui ont cours, à la SNCF, à la RATP, différents secteurs. Je pense à l'Education nationale notamment puisque Jean-Michel BLANQUER mène des concertations avec les syndicats. Bref, tout est réuni effectivement pour que le dialogue continue, que la grève s'arrête, que les Français puissent eux aussi retrouver un peu de sérénité et de calme. Vous savez, moi je suis élu… Enfin, avant d'être ministre j'ai été élu député dans les Hauts-de-Seine, à Asnières et à Colombes. A Asnières il y a la ligne 13 qui est déjà une ligne pas tous les jours faciles. Dans les hauts d'Asnières, les gens qui ont déjà des difficultés généralement, ils galèrent du moins pour rejoindre leur boulot. Donc ce serait bien que ça s'arrête.

PATRICK ROGER
Et le gouvernement compte aussi sur un essoufflement du mouvement, et malgré tout, on le voit notre balise d'opinion Ifop ce matin « je soutiens la mobilisation contre la réforme des Français (sic) », ça repart même à la hausse. Plus trois points, 50 % des Français qui soutiennent encore la mobilisation. Comment vous l'interprétez ça ?

ADRIEN TAQUET
Moi je pense qu'il faut déjà faire le distingo, je pense, entre Paris, l'Ile-de-France plus que Paris. L'Ile-de-France.

PATRICK ROGER
Oui, oui.

ADRIEN TAQUET
Les Franciliens subissent quand même les grèves et la province où c'est moins le cas. Le Parisien d'ailleurs avait fait un très bon dossier à ce sujet il y a de cela une dizaine de jours. Puis ça veut dire qu'il faut continuer à expliquer, continuer à faire de la pédagogie. C'est une réforme déjà qui est complexe, qui est importante, qui va avoir des implications dans la vie des gens. C'est normal. C'est normal pour une réforme de cette ampleur-là que ça soulève des interrogations, des inquiétudes, des craintes. Il faut qu'on continue à faire de la pédagogie.

PATRICK ROGER
Oui. Les explications venant du gouvernement ne sont pas très claires, elles n'ont pas été très claires depuis le début quand même. Age pivot, pas âge pivot etc. Enfin, on a eu du mal à suivre. Combien on va gagner par la suite, les gens sont un petit peu perdus.

ADRIEN TAQUET
Les gens s'interrogent un petit peu. On passe d'un système à un autre. Les gens s'interrogent sur la pension qui va être la leur, mais il y a un certain nombre de garanties qui a été donné notamment sur le fait que les pensions ne baisseront pas. Tout ce qui a été acquis ne sera évidemment pas remis en cause. Quand il y a des nouveaux systèmes de calcul qui peuvent a priori paraître pénalisants parce que, par exemple, les primes ne seront plus prises en compte - je pense aux enseignants notamment - eh bien il y a des négociations et concertations avec des chiffres, des montants qui sont annoncés d'ailleurs, qui sont conséquents si je peux me le permettre. Je pense que pour les enseignants notamment, c'est une véritable opportunité de revalorisation de ce métier et de leur carrière.

PATRICK ROGER
Si cette mobilisation continue, s'il y a toujours ce soutien, est-ce que le gouvernement ne va pas encore devoir revoir sa copie quand même ? Parce qu'à un moment donné, on va être dans une impasse non ?

ADRIEN TAQUET
De ce que j'en sais, de ce que j'en vois, de ce que j'en entends, la mobilisation sur le terrain a plutôt tendance à diminuer. Je crois que notamment dans les transports parisiens, j'ai l'impression que l'ensemble des lignes de métro sont de nouveau en marche et que les gens retrouvent un cours de leur vie un peu plus normal.

PATRICK ROGER
Oui, mais il y a toujours des journées d'action : les avocats, les enseignants qui vont repartir en fait aujourd'hui, ce soutien, là on le voit dans les sondages. Il ne faut pas gouverner avec les sondages mais quand même.

ADRIEN TAQUET
Il ne faut pas gouverner avec les sondages mais il faut être à l'écoute des inquiétudes, des interrogations que peuvent avoir les Français. On continue, on est dans la même attitude que depuis le début, une attitude ouverte. Le Premier ministre avait parlé de bras ouverts : nous discutons, nous expliquons et moi j'ai très bon espoir que toutes les interrogations finissent par trouver réponse.

PATRICK ROGER
Oui. Alors d'autant qu'il y a beaucoup d'autres conflits. Vous êtes ministre auprès d'Agnès BUZYN.

ADRIEN TAQUET
Oui.

PATRICK ROGER
L'hôpital va mal avec notamment les chefs de service démissionnaires. Est-ce qu'il faut envisager un Grenelle de la santé ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, moi je pense que le constat on le partage. C'est d'ailleurs pour ça que dès son arrivée, la ministre a pris un certain nombre de décisions sur l'hôpital. Il y a eu un grand plan qui s'appelait Ma santé 2022. Je pense qu'on partage aussi le caractère d'urgence. C'est pour ça que le 20 novembre dernier, le Premier ministre et Agnès BUZYN ont annoncé un grand plan d'investir, investir dans l'hôpital et qui répond en réalité aux trois grands points de la lettre que les démissionnaires ont adressée à la ministre il y a de cela deux jours. Je me permets de rappeler quelques chiffres quand même. 450 millions d'euros débloqués sur trois ans pour notamment acheter du petit matériel, ces brancards qui manquent, ouvrir des lits etc. Il va y avoir une reprise de la dette des hôpitaux, 10 milliards sur trois ans. Concrètement, ça veut dire que chaque année c'est 800 millions à un milliard d'euros qui vont être dégagés pour les établissements afin qu'ils puissent ouvrir des lits, verser des primes, acheter du matériel. Et puis en face, un certain nombre de primes qui ont été attribuées - je ne vais pas rentrer dans le détail - à un certain nombre de professions. Enfin, un exemple : une infirmière en gériatrie en Ile-de-France va gagner un treizième mois à partir de cette année. Ce que je veux dire par-là, c'est que tout ça a été décidé en novembre dernier, annoncé en novembre dernier. Les premières mesures commencent à être mises en oeuvre là, là en janvier. Les établissements cette semaine vont avoir 150 millions d'euros déjà pour commencer à réinvestir. En gros, je pense qu'on partage le constat et les trois points que les médecins démissionnaires soulignent dans leur courrier je pense trouvent leur réponse. Attendons que ça produise leurs effets. La ministre aura l'occasion d'ici la fin de la semaine, elle va les recevoir…

PATRICK ROGER
Elle va les recevoir ?

ADRIEN TAQUET
Il est prévu qu'elle les reçoive.

PATRICK ROGER
Quand ? Cette semaine ?

ADRIEN TAQUET
D'ici la fin de la semaine.

PATRICK ROGER
C'est-à-dire il ne reste plus que vingt-quatre heures.

ADRIEN TAQUET
Voilà. D'ici la fin de la semaine, donc.

PATRICK ROGER
Demain sans doute.

ADRIEN TAQUET
Aujourd'hui ou demain, demain sans doute, pour effectivement expliqué ça et se dire que nous sommes alignés sur et le constat et les mesures à prendre. Et franchement, nous répondons avec les mesures que nous avons annoncées, nous répondons aux exigences des professionnels.

PATRICK ROGER
Adrien TAQUET, le temps file vite. Un mot sur la politique. Vous venez des rangs de la gauche, est-ce que Ségolène ROYAL peut représenter une menace pour Emmanuel MACRON et En Marche en vue de 2022 ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, je suis très, très loin de me poser ce genre de question.

PATRICK ROGER
Vous êtes sûr ? Vous avez participé à la création du mouvement En Marche donc vous connaissez la politique.

ADRIEN TAQUET
Oui, oui, je connais un peu la politique. Enfin n'essayez pas de me faire des corrélations entre ce qui s'est passé ou ce qui est en train de se passer avec son poste d'ambassadrice et les éventuelles échéances électorales à venir. Je pense que ça n'a aucun lien.

PATRICK ROGER
Non mais parce qu'elle revient sur le devant de la scène du coup, à la faveur de ce limogeage entre guillemets.

ADRIEN TAQUET
Mais c'est très bien comme ça au moins elle sera libre de tenir tous les propos qu'elle a envie de tenir. Moi un ambassadeur qu'il soit des pôles ou d'ailleurs, moi j'ai toujours appris… Moi je suis assez légaliste et, vous savez, bon élève, qu'il y avait une espèce de devoir de réserve et il me semble qu'il a été rompu. Et surtout j'ai cru comprendre qu'elle était peut-être en deçà des attentes sur le fond des dossiers sur lesquels on l'avait missionnée.

PATRICK ROGER
Bon. Mais en tout cas, elle peut être là sur la scène politique pour 2022.

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, elle comme d'autres.

PATRICK ROGER
La loi bioéthique revient la semaine prochaine au Sénat.

ADRIEN TAQUET
Oui.

PATRICK ROGER
Il y a un collectif qui appelle à une manifestation dimanche prochain dénonçant une dérive marchande de la procréation avec notamment la privation du père de façon un peu officielle. Quelles garanties vous pouvez offrir ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, vous savez, on dit souvent… Enfin une loi de bioéthique, ce n'est pas une loi d'égalité, ce n'est pas une loi de liberté non plus. C'est au contraire une loi d'interdiction. C'est justement au prisme de nos principes éthiques, fondamentaux, et celui de la non-marchandisation du corps est un principe important, fondamental et que nous appliquons très strictement. C'est mettre des limites à l'évolution des technologies. Donc il y a un certain nombre de dispositions dans le texte qui interdisent la marchandisation du corps qui est évoquée par ce collectif. Je pense notamment à la réaffirmation de l'interdiction de la GPA puisque c'est un peu ça qu'ils ont dans l'idée.

PATRICK ROGER
Oui. Il y en a certains qui disent « c'est inéluctable, derrière ce sera la GPA. »

ADRIEN TAQUET
Non, je ne suis pas d'accord avec ça. A partir du moment où nous partageons ce principe éthique, ça ne sera pas le cas. C'est réaffirmé une fois encore dans ce texte.

PATRICK ROGER
Oui. S'il y a beaucoup de monde dimanche prochain, ça vous fera réfléchir par rapport justement à cette loi d'une façon générale, non ? Parce que ça risque de crisper de nouveau la société française, non ?

ADRIEN TAQUET
Oui, enfin vous avez bien vu que la société française est beaucoup moins crispée qu'il y a quelques années à l'occasion du mariage pour tous notamment. Les débats à l'Assemblée se sont très bien passés, ont été de très grande qualité et même, je veux dire, entre les différentes opinions.

PATRICK ROGER
Oui, mais là on touche aussi à la modification génétique.

ADRIEN TAQUET
Au Sénat de la même façon, je vous rappelle que la majorité est à droite, la question notamment de la PMA pour toutes est passée sans aucun… A été adoptée en commission parce que c'est déjà en examen au Sénat, a été adopté en commission sans aucun problème. Sur tout ce qui est recherche embryonnaire, il y a même eu quelques prises de position plus libérales que celle du gouvernement qui aura à coeur de faire en sorte…

PATRICK ROGER
C'est dangereux de jouer avec les embryons, non ?

ADRIEN TAQUET
Oui, c'est dangereux de jouer avec les embryons. Enfin effectivement, c'est intéressant ce que vous dites parce que le débat médiatique notamment s'est pas mal focalisé sur la question de la PMA pour toutes, ce qui est compréhensible parce que c'est une question de société importante et qui a des implications dans la vie de nos concitoyens très importante, mais il y a des choses bien plus fondamentales, bien plus vertigineuses aussi pour notre société qui ont trait justement à la recherche génétique et qui sont passées un peu sous le radar parce que c'est des sujets aussi très complexes.

PATRICK ROGER
Oui. Adrien TAQUET, vous êtes Secrétaire d'Etat chargé de la Protection de l'enfance. Alors est-ce qu'il y a une défaillance de l'aide sociale à l'enfance en France ? Il y a un reportage assez choc qui va passer dimanche prochain sur Zone Interdite et M6. On a reçu hier Ophélie MEUNIER.

ADRIEN TAQUET
Oui. Alors écoutez, moi je n'ai pas été sollicité pour ce reportage. C'est dommage parce que j'aurais pu leur dire un peu ce que l'on fait depuis un an oui, donc on a fait que me rapporter les choses. Si ce que l'on m'a rapporté est avéré, c'est intolérable. C'est inadmissible.

PATRICK ROGER
Oui. Personnel non qualifié, sans diplôme etc. Il faut revoir avec les départements ? D'où vient la défaillance ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, à cet égard moi je n'ai pas de langue de bois et je tiens le même discours depuis… Je pense qu'il faut que chacun soit au rendez-vous de ses propres responsabilités. Alors il y a des sujets de fond, complexes, qui remontent à loin. Il y a des problèmes par exemple sur la santé des enfants. La santé des enfants protégés est moins bonne que la santé des autres enfants de notre pays. Ce n'est pas normal. C'est la raison pour laquelle on a instauré dès l'année dernière un bilan de santé obligatoire à l'entrée à l'aide sociale en France. Il y a des problèmes de déscolarisation. On va mobiliser, ça s'est mis en place, un dispositif s'appelle l'APAD, c'est l'assistance pédagogique à domicile. C'est ce qu'il y a pour les enfants qui ont des maladies de longue durée quand ils sont à l'hôpital pour éviter la déscolarisation. Bref, on mobilise tout ça. Ce qui est évoqué dans le reportage, c'est les questions de sécurité immédiate. Et là-dessus, chacun doit prendre ses responsabilités. Je vais commencer par l'Etat même si c'est les départements, responsabilité de mise en oeuvre des départements, je vais commencer par l'Etat. L'Etat doit jouer son rôle parce qu'on doit garantir la sécurité de nos enfants. C'est la raison pour laquelle on a mis en place un groupe de travail. Enfin on travaille sur l'établissement de normes. On doit mieux mais les taux d'encadrement par exemple, voilà. Et d'ici le second semestre 2020, il y aura des normes nouvelles qui vont être établies.

PATRICK ROGER
C'est l'Etat qui va s'emparer de ça alors. Vous allez redire aux départements de…

ADRIEN TAQUET
Mais l'Etat doit réinvestir la protection de l'enfance.

PATRICK ROGER
Oui. Il faut recentraliser alors.

ADRIEN TAQUET
Ce n'est pas une question de recentralisation, il faut que l'Etat se réinvestisse. Il faut que les départements soient plus stricts, il faut que les départements aient des plans de contrôle, qu'il les mette en oeuvre et qu'il mette en oeuvre des contrôles inopinés, et puis il faut que les établissements aient les lieux de vie aussi. Il n'y a pas dans le social… Il n'y a pas de culture de contrôle interne et externe. Moi c'est un peu ce que j'ai découvert. Donc c'est la raison pour laquelle j'ai demandé à la Haute autorité de Santé, c'est elle qui fait tous les processus, les méthodologies de contrôle pour les hôpitaux, d'établir des normes et des méthodologies de contrôle interne et externe ça aussi d'ici le second semestre et ça sera mis en place.

PATRICK ROGER
Adrien TAQUET, est-ce qu'on a une idée aussi du nombre de mineurs errants, des migrants dans la rue aujourd'hui ? Qui doit s'en occuper également ? Parce que visiblement, c'est un gros problème dans beaucoup de villes.

ADRIEN TAQUET
Alors on a des problématiques de chiffres et puis il y a des…

PATRICK ROGER
On ne sait pas d'ailleurs aujourd'hui combien il y a de…

ADRIEN TAQUET
On ne sait pas. Il y a les controverses sur l'âge de ces mineurs parce que permettez-moi quand même de rappeler que dans notre pays, j'allais dire c'est tout à notre honneur. Mais non, c'est normal. C'est du droit international et c'est l'esprit français. Dès qu'un mineur arrive en France, il se déclare mineur, nous avons une obligation de protection. C'est un enfant avant d'être un migrant ou un étranger. Et donc un enfant à partir du moment où il est évalué mineur, il rentre dans le système de l'aide sociale à l'enfance. Nous lui devons protection. Et il y a probablement des choses à améliorer là-dessus sur les conditions de protection de ces enfants. Voilà, donc ça c'est le…

PATRICK ROGER
Il faut revoir les conditions d'accès alors aussi justement.

ADRIEN TAQUET
Les conditions d'accès, les départements ont l'obligation et elles le font d'évaluer la minorité, et à partir du moment où les gens sont mineurs, ils sont pris à l'aide sociale à l'enfance. S'ils sont évalués majeurs, ils rentrent dans les autres dispositifs de demande d'asile par exemple.

PATRICK ROGER
Sur l'aide à l'enfance, alors là ça complique encore un peu les choses. C'est quoi ? Quand même des centaines ou quelques milliers ?

ADRIEN TAQUET
En 2018 qui a été une année où beaucoup de jeunes enfants sont arrivés dans notre pays, il y a 40 000 personnes qui sont arrivées en se déclarant mineurs, et au final il y en a plus de 18 000 qui ont effectivement été reconnus mineurs et qui sont donc protégés par un système de protection de l'enfance.

PATRICK ROGER
Adrien TAQUET, le mot de la fin avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Oui. Vous parliez de protection et certaines affaires commencent à sortir comme celle de l'écrivain Gabriel MATZNEFF qui est pédophile assumé et qui a agi quand même pendant des années en toute impunité. Est-ce qu'il faut mettre fin justement à cette impunité sur les personnalités connues, reconnues ou pas ?

ADRIEN TAQUET
Mais c'est indispensable. Je trouve que l'affaire Matzneff, ça n'en dit pas tant sur une époque un peu post-soixante-huitarde, années 70-80, pas sur un milieu, littéraire ou sur une personne même, ça en dit beaucoup sur notre époque, sur nous-mêmes. Comment pendant trente ans, on a pu laisser faire cela au vu et au su de tous ? Enfin en tout cas de beaucoup de monde.

CECILE DE MENIBUS
On est tous responsables.

ADRIEN TAQUET
Bien sûr on est tous responsables, donc l'impunité elle doit finir. Moi j'ai envie qu'il y ait un avant et un après Matzneff, voilà.

CECILE DE MENIBUS
Mais ça veut dire qu'il y a pas mal de têtes qui vont tomber. Vous le savez quand même.

ADRIEN TAQUET
Mais Cécile de MENIBUS, oui, enfin moi je n'ai pas de souci à ce qu'il y ait des têtes qui tombent, mais permettez-moi de vous rappeler que 80 % des violences faites aux enfants de toute nature – sexuelle, physique, psychologique – c'est dans le cadre familial qu'elles ont lieu. Donc le pédophile, c'est aussi une personne qui est à côté de vous. Ça peut être votre boulanger ou votre médecin.

CECILE DE MENIBUS
Oui, c'est ce que je disais. Personnalité ou pas.

ADRIEN TAQUET
Voilà. Donc c'est aussi beaucoup pas de personnalités donc ne tombons pas.

PATRICK ROGER
On a beaucoup de plaintes en ce moment ou pas ?

ADRIEN TAQUET
Mais vous savez, les chiffres sont terribles. C'est 27 000 plaintes pour agression sexuelle sur enfant chaque année dans notre pays et je ne nous parle que des plaintes. Donc la réalité, c'est 100 à 150 000 enfants probablement agressés sexuellement. On estime qu'il y a 4 millions - 4 millions ! - de nos concitoyens qui ont été victimes d'inceste dans notre pays. D'inceste. Dernier tabou à faire exploser. Il y a un enfant qui meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents. La réalité de l'enfance dans notre pays - pays éclairé, peuple… - voilà, c'est celle-ci. C'est ça dont il faut parler.

CECILE DE MENIBUS
Il faut signaler ?

ADRIEN TAQUET
Bien sûr qu'il faut signaler. Enfin, dans le doute il faut signaler. Trois Français sur quatre face à une suspicion de signalement, vous savez ces cris qu'on entend de l'autre côté du mur le soir tard dans son immeuble, n'appellent pas le 119 qui est le numéro qu'il faut appeler pour signaler. Trois Français sur quatre face à une suspicion de maltraitance n'appellent pas le 119. Ça commence aussi par là. Au moindre doute, je suis désolé, il y aura peut-être de la casse mais la situation est telle que face au moindre doute, il faut appeler le 119. Et il faut que ça soit le combat des années 2020.

PATRICK ROGER
Merci Adrien TAQUET, Secrétaire d'Etat chargé de la Protection à l'enfance.

ADRIEN TAQUET
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2020