Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, à BFM TV le 14 avril 2020, sur la récession économique suite à l'épidémie de covid-19, la reprise progressive de certaines activités économiques à partir du 11 mai 2020, la dette publique, les aides aux ménages les plus démunis, le fonds de solidarité pour les entreprises et la participation des assureurs à ce fonds.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bruno LE MAIRE, bonjour. 

BRUNO LE MAIRE  
Jean-Jacques BOURDIN, bonjour.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bruno LE MAIRE, confinement jusqu'au lundi 11 mai. Reprise progressive à partir du lundi 11 mai, notamment dans les crèches, les écoles, les collèges et les lycées. Confinement jusqu'au 11 mai, quelles conséquences pour l'économie française, Bruno LE MAIRE ?  

BRUNO LE MAIRE  
Eh bien la première conséquence c'est que le confinement est plus long que ce qui pouvait avoir été anticipé, pour des raisons de sécurité sanitaire, et c'est une décision de sagesse qui a été prise par le président de la République. Mais évidemment cela aura un impact plus fort sur notre croissance nationale. Nous avions prévu une croissance… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Quel impact, Bruno LE MAIRE ?  

BRUNO LE MAIRE  
… à - 6, nous aurons une prévision de croissance qui va être fixée à - 8 pour le projet de loi de finances rectificatif que je présenterai demain avec le ministre des Comptes publics Gérald DARMANIN. - 8 pour tenir compte de ces 15 jours de confinement supplémentaires, au début du mois de mai. Mais je veux être très franc avec vous Jean-Jacques BOURDIN. D'abord, il faut prendre toutes ces estimations avec prudence, nous le faisons parce que nous présentons un projet de loi qui vise à abonder le fonds de solidarité, à augmenter les mesures de soutien aux entreprise. Mais j'aimerais être certain que nous en restions là. Parce que quand nous voyons la situation économique nationale européenne et mondiale, quand nous voyons les incertitudes qui pèsent sur le risque de reprise de la crise sanitaire en Asie, les incertitudes qui pèsent sur la croissance américaine, sur la situation des grands pays émergents, je pense aux pays d'Amérique du Sud, je pense évidemment à ce qui peut se passer dans le continent africain, il faut prendre toutes ces prévisions avec beaucoup de prudence. Nous faisons une estimation de croissance à - 8 %, parce que nous en avons besoin pour faire ce budget rectificatif qui permet de compléter les mesures d'aide aux entreprises, mais je le dis, grande prudence, et j'aimerais être certain que nous en restions bien à -8%. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
La dette, Bruno LE MAIRE. Le dernier chiffre que vous aviez annoncé était de 112 %, nous serons à combien ? 

BRUNO LE MAIRE  
La dette, nous sommes en train de l'évaluer avec le ministre des Comptes publics. Vous aurez le chiffre très rapidement, mais je le rappelle, le choix que nous avons fait, qui est un choix stratégique, et les chiffres là-dessus sont moins importants que les choix stratégiques qui sont faits, c'est de nous endetter pour sauver notre économie. Voilà le choix qui a été fait, plus de dettes pour moins de faillites. Plus de dettes pour sauver le plus grand nombre d'entreprises. Et je pense que c'est un choix, qui est un choix de responsabilité, qui a été fait par le président de la République et par le Premier ministre.  
 
JEAN-JACQUES BOURDIN  
J'imagine que vous vous êtes posé la double question suivante, les doubles questions suivantes : sauver des vies ou sauver l'économie, mourir de la maladie ou de la récession ? J'imagine, Bruno LE MAIRE. 

BRUNO LE MAIRE  
Je me suis posé, comme n'importe quel responsable politique aujourd'hui, qui a une lourde responsabilité devant les Français, beaucoup de questions, des questions simples mais qui ont été tranchées, au nom d'une stratégie qui est celle du président de la République, que je soutiens totalement. La première question c'est de savoir est-ce que on assume d'avoir beaucoup plus de dettes pour sauver beaucoup plus d'entreprises, des commerçants, des entrepreneurs, des grandes entreprises industrielles, des fleurons de notre économie, qui pourraient être rachetés sinon par des puissances étrangères. Et la réponse elle est claire, elle est nette, elle ne changera pas, nous allons assumer plus de dettes pour sauver plus d'entreprises, que ce soit un petit restaurant dans la Nièvre ou une grande entreprise industrielle comme AIR FRANCE. Le deuxième choix c'est : qu'est-ce qui passe avant ? La sécurité sanitaire ou la croissance ? C'est la sécurité sanitaire. Et j'ai toujours dit qu'il fallait laisser un certain nombre d'activités ouvertes, bien entendu, mais à une condition : c'est que la sécurité sanitaire des ouvriers, des salariés, soit garantie. Et nous y avons travaillé avec toutes les filières, matin, midi et soir, et c'est ce qui permet aujourd'hui d'envisager un retour progressif au travail, avec cette condition sur laquelle il n'y a pas de négociation possible, les salariés, les ouvriers, tous ceux qui retournent au travail ou tous ceux qui sont aujourd'hui au travail, et que je salue, parce qu'ils nous garantissent par exemple la sécurité de notre approvisionnement alimentaire, doivent travailler dans des conditions de sécurité sanitaire totale.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Bruno LE MAIRE, crèches, écoles, collèges, lycées, ouvriront progressivement, le mot est important, à partir du 11 mai. Pourquoi ? Pour permettre aux parents de retourner travailler ? C'est aussi la condition d'une reprise économique progressive ?  

BRUNO LE MAIRE  
La première raison c'est que, pour les enfants, et notamment pour les enfants de quartiers modestes, où l'enseignement peut être difficile à domicile, eh bien la priorité c'est quand même qu'ils puissent reprendre le chemin de l'école et étudier, mais dans des conditions qui vont être définies par Jean-Michel BLANQUER. Vous avez employé un mot qui est très important, c'est le mot de progressivité, et dans le domaine qui est le mien, je vois bien que ce qui a marché c'est justement ce retour à la normale progressif, parce qu'il y a des conditions à définir. Pardon de ne pas parler des écoles, qui ne sont pas ma spécialité, mais davantage des usines, des entreprises, des lieux de travail, des banques,, il a fallu définir des conditions de travail, des espacements, le contrôle à l'entrée, la manière dont on nettoie le sasses, qu'on emploie pour rentrer dans l'usine, les matériels de protection, les masques, les blouses, le gel hydro-alcoolique, c'est ça qui a permis l'activité ou le maintien de l'activité dans un certain nombre de secteurs, et que des salariés puissent aujourd'hui nous garantir une vie normale en période de confinement.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Est-ce que le budget consacré à la santé va augmenter, Bruno LE MAIRE ?  

BRUNO LE MAIRE  
Le président de la République a été très clair : oui, le budget consacré à la santé, en particulier à l'hôpital, va augmenter. Mais le projet de loi que nous présentons demain avec Gérald DARMANIN, c'est un projet de loi qui vise surtout à nous donner l'argent nécessaire pour financer les différentes mesures de soutien que nous avons mises en place. Comme ça dure plus longtemps, ça coûte plus cher, et comme nous élargissons le dispositif parce que nous avons vu qu'il y avait des trous dans la raquette, et que nous avons voulu y répondre, ça coûte aussi plus cher. Eh bien il y a un moment donné, il faut remettre de l'argent au pot, tout simplement, pour pouvoir financer ces dispositifs, c'est le cas du fonds de solidarité, c'est le cas du fonds de soutiens aux grands entreprises stratégiques… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Je vais y venir. 

BRUNO LE MAIRE  
C'est le cas du prêt garanti de l'Etat. Vous voyez, il y a beaucoup de dispositifs. C'est parce qu'ils ont marché que maintenant il faut rajouter de l'argent dans la caisse. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Je vais entrer des dans le détail, mais Olivier VERAN annonce 7 milliards d'euros de plus pour la santé, et encore de l'argent en plus pour le budget de la Sécurité sociale. Nous verrons bien, demain dans votre projet de loi rectificatif. Projet de loi rectificatif on est bien d'accord Bruno LE MAIRE. Bien, je vais entrer dans tous les détails…  

BRUNO LE MAIRE  
Oui, c'est un projet de loi de finance rectificatif, ça veut dire très simplement, pour que chacun nous comprenne bien, que nous avons mis en place dès le 6 mars, parce que dès le 6 mars nous avons vu la gravité de la crise, un certain nombre de dispositifs de soutien pour les grandes, comme pour les petites entreprises, et les petites entreprises sont évidemment ma priorité, parce que c'est elles qui ont le plus besoin du soutien de l'Etat, et elles peuvent compter sur nous, mais comme ça marche, comme des centaines de milliers d'entreprises y font appel, eh bien nous sommes obligés de rajouter de l'argent. Je vous donne juste un chiffre sur le fonds de solidarité : aujourd'hui c'est plus de 900 000 entreprises, 900 000 entreprises qui bénéficient de ce fonds de solidarité, et qui touche les 1 500 € du premier étage de ce fonds de solidarité. Vous voyez que ce sont des chiffres qui sont considérables.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Le plan d'urgence. Le plan d'urgence se montera à combien ? Quel est l'effort que la France va faire pour ses entreprises et pour son économie ?  

BRUNO LE MAIRE  
L'effort global que nous avions, l'effort global que nous avions envisagé au départ, c'était 45 milliards d'euros, soit… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Oui. Ça parait insignifiant aujourd'hui. 

BRUNO LE MAIRE  
… en trésorerie. On a plus que doublé. On sera demain à plus de 100 milliards d'euros. Plus de 100 milliards d'euros, que les pouvoirs publics, l'Etat français met à disposition de notre économie, pour sauver notre économie et éviter de nous retrouver au lendemain de la crise, avec un champ de ruines. Si à un moment donné il faut faire encore davantage, nous ferons encore davantage, nous serons là, nous sommes là depuis le premier jour. Je suis là depuis le premier jour pour soutenir les petits entrepreneurs, les grandes entreprises stratégiques, les indépendants, les commerçants, les artisans, et je serai là jusqu'à temps que ce sera nécessaire pour que nous ne voyons pas, au lendemain de cette crise sanitaire, notre économie en grande difficulté.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Bruno LE MAIRE, chômage partiel, entrons dans les détails. Chômage partiel, prolongé et renforcé jusqu'à quand ? Jusqu'au 11 mai ?  

BRUNO LE MAIRE  
Jusqu'à ce que ce soit nécessaire. Pas forcément jusqu'au 11 mai, on peut parfaitement envisager que des dispositifs puissent être prolongés dans des secteurs où il n'y a pas de reprise. Prenez l'exemple de l'hôtellerie et de la restauration, on voit bien que l'hôtellerie et la restauration, pour des raisons de sécurité sanitaire, ce sera un peu plus long. Donc on va déjà rajouter l'argent nécessaire pour financer le chômage partiel, on va mettre 24 milliards d'euros sur le chômage partiel, c'est une somme aussi qui est importante. Et si au-delà du 11 mai vous avez des secteurs qui ne reprennent pas, qui ne peuvent pas retrouver de la trésorerie, tout simplement parce qu'ils sont fermés, eh bien il faudra continuer à les aider. Et l'hôtellerie et la restauration va être pour moi une des premières priorités. Parce que je vois bien tous ces restaurateurs qui se disent : je ne peux pas rouvrir, je n'ai pas de trésorerie, je ne vais pas faire de chiffres, c'est ma saison qui va être perdue, comment est-ce que je vais faire ? Et je veux leur dire : nous serons là.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
 Alors, un le plan spécifique… 

BRUNO LE MAIRE  
Nous serons là pour… Oui, un plan spécifique. Je vais dès cette semaine proposer à l'ensemble des représentants de l'hôtellerie et de la restauration, de travailler avec Jean-Baptiste LEMOYNE qui est chargé du Tourisme, et avec moi-même, pour que nous regardions de quoi ils ont besoin. Ils vont me dire « annulation de charges ». Quelle va être ma réponse ? Je vais leur dire : mais vous savez, aujourd'hui déjà on reporte des charges, notamment les charges sociales qui sont très lourdes pour vous. Payer les charges, alors que vous n'avez pas d'activité, c'est extraordinairement difficile. Donc on les reporte. Mais il y a un moment donné, si vous ne retrouvez pas du chiffre d'affaires, eh bien le report doit se transformer en annulation. Et le président de la République hier a parlé d'annulation… 

JEAN-JACQUES BOURDIN 
 Il y aura annulation de charges pour ces secteurs-là, hôtellerie, restauration, le tourisme et la culture… 

BRUNO LE MAIRE  
Il y aura, dans les secteurs, je vais être très transparent comme depuis le premier jour, avec l'ensemble des Français, à partir du moment où vous ne retrouvez pas rapidement de chiffre d'affaires, et donc que vous ne pouvez pas éponger ce report de charges par le retour d'une activité, nous regarderons évidemment sur chaque entreprise, pour qu'il n'y ait pas d'effet d'aubaine, mais le report pourra se transformer en d'annulation de charges. Il y a d'autres secteurs où ça va redémarrer rapidement, tant mieux, donc dans ce cas-là ce sera report et pas annulation. Mais dans les secteurs, et je pense en priorité à l'hôtellerie et à la restauration, c'est-à-dire des centaines de milliers de petits entrepreneurs, on ne peut pas retrouver de l'activité, les clients ne peuvent pas revenir parce que les conditions de sécurité sanitaire ne sont pas réunies, il me paraît légitime qu'ils soient prioritaires dans la transformation du report en annulation de charges. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Hôtellerie, restauration, tourisme, culture, confinés jusqu'à quand Bruno LE MAIRE ? Jusqu'à quand ? Jusqu'à l'été ? Jusqu'aux vacances ?  

BRUNO LE MAIRE  
Ça, je vais vous le dire avec…  J'aimerais pouvoir vous répondre, mais je ne peux pas, parce que je ne sais pas, et quand je ne sais pas, je ne prends pas d'engagement Jean-Jacques BOURDIN. Je pense que là aussi c'est une question de responsabilité. Je ne sais pas jusqu'à quand durera ce confinement pour ces secteurs, je sais que c'est dur pour eux, je sais que c'est très dur pour eux. J'ai des dizaines d'amis restaurateurs, hôteliers, qui m'appellent, qui me disent : « Mais tu comprends, nous c'est notre vie, c'est notre vie qui fout le camp.  On ne voit pas nos clients, on ne peut pas les rencontrer, on ne peut pas leur faire plaisir. On veut reprendre le plus vite possible ». Je sais qu'ils veulent reprendre le plus possible, je leur dis que je suis de tout coeur avec eux, que nous allons les aider financièrement à passer ce moment difficile. Ça ne remplace pas les clients et le plaisir d'avoir un restaurant qui tourne, mais j'espère qu'au moins ça permettra de limiter la casse. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Le forfait mensuel de 1 500 €, augmenté. Tout à l'heure j'avais un auditeur de RMC qui me disait : « Mais moi j'ai créé mon entreprise au mois de janvier, je n'ai pas droit à ce forfait. Mon entreprise est morte aujourd'hui ». 

BRUNO LE MAIRE  
Eh bien il y aura droit, parce que nous allons modifier ce fonds de solidarité. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Ah. C'est-à-dire ?  

BRUNO LE MAIRE  
Comme on l'a mis en place en urgence, on voit bien que d'abord il a rencontré, je le redis, un grand succès, 900 000 entreprises qui s'y sont inscrites, et là aussi je reçois beaucoup de messages de gens qui me disent : « Moi j'ai eu ces 1 500 €, ce n'est pas le Pérou, mais enfin au moins j'ai de quoi vivre ». On va le compléter pour tenir compte de toutes les critiques qui ont été faites à ce fonds de solidarité pour l'améliorer. D'abord il y a un premier étage à 1 500 €, celui-là va être maintenu, mais il y a un deuxième étage, qui est financé notamment par les régions, qui lui était plafonné à 2 000 €, qui était réservé pour des entreprises de 5, 6, 7 salariés, qui avaient besoin de plus de 1 500 €, et qui, si elles ne touchaient pas davantage, pourraient être menacées de faillite. Ce deuxième étage, il va être porté de 2 000 à 5 000 €. Ensuite on va modifier les règles de calcul pour prendre en considération l'exemple que vous donnez de l'entrepreneur. Jusqu'à présent, pour être éligible, il fallait être une très petite entreprise et avoir perdu 50 % de son chiffre d'affaires entre mars 2019 et mars 2020. Il y a beaucoup d'entrepreneurs que nous ont dit : non mais d'accord, mais si mois j'ai un chiffre d'affaires plus tard, ça ne va pas, et puis le mois de mars 2019 il n'était pas formidable parce qu'il y avait la crise des Gilets jaunes, il faut vous modifiez ces règles de calcul. On va les modifier, on va prendre les 12 derniers mois en moyenne, ça permettra d'inclure beaucoup plus d'entreprises et ce sera plus juste. Enfin, troisième modification, il y a beaucoup d'entreprises, et je les ai entendues sur votre antenne, Jean-Jacques BOURDIN, qui disent : eh bien oui, mais nous on est en très grande difficulté, on est en procédure de redressement judiciaire, par exemple on n'est pas éligible au fonds. Vous serez éligibles au fonds. J'ai entendu des agriculteurs nous dire : on est un groupement d'agriculteurs, on n'est pas éligible au fonds. Vous serez éligible au fonds. Donc le fonds va être beaucoup plus généreux, beaucoup plus substantiel et beaucoup plus ouvert à tous les entrepreneurs qui ont été touchés par la crise. Du coup effectivement les sommes vont exploser, on avait prévu un milliard d'euros sur ce fonds, ce sera sept, avec l'aide des régions, et je remercie les régions qui sont des partenaires absolument essentiels de ce fonds, et qui jouent le jeu pour nous aider à soutenir des entreprises, et avec le soutien des assureurs qui vont mettre 400 millions d'euros au lieu des 200 qu'ils avaient annoncé… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Je vais y revenir sur les assureurs.  

BRUNO LE MAIRE 
 … 400 millions sur ce fonds de solidarité.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Je vais revenir sur les assureurs, Bruno LE MAIRE, parce que j'ai plusieurs questions à vous poser à ce propos. Les loyers des commerces… 

BRUNO LE MAIRE  
Enfin, vous voyez que sur ce fonds il y a vraiment un effort qui a été fait, et je vais vous dire, puisque vous me parlez des loyers des commerces, ils pourront justement être intégrés dans ce fonds, et je ferai encore dans la journée des propositions au Premier ministre, j'aurai l'occasion d'échanger avec lui en fin de journée pour encore compléter ce fonds, être sûr qu'on a désormais le dispositif le plus efficace possible pour les très petites entreprises.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Les loyers pourraient être pris en charge ? Loyers payés à des bailleurs privés… 

BRUNO LE MAIRE 
 Ils pourraient être pris en charge dans le cas de ce fonds, tout à fait. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
… ou publics.  BRUNO LE MAIRE  Ils pourraient être parfaitement pris en compte dans ce fonds, mais puisque vous m'interrogez là-dessus, je vais vous dire : on parle beaucoup des banques qui doivent faire des efforts, des assureurs, il y a les grandes foncières aussi qui doivent faire des efforts. Je considère que les grandes foncières peuvent et doivent faire plus pour aider ceux qui ne peuvent pas payer leurs loyers aujourd'hui. J'aurai l'occasion d'échanger avec elles cette semaine, je demanderai à discuter avec elles, parce que j'ai trop de retours de difficultés encore sur lesquelles les grandes foncières ont les réponses, peuvent les apporter et doivent les apporter. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bruno LE MAIRE, l'aide exceptionnelle aux familles les plus modestes, avec enfants, dont a parlé le président de la République hier soir. L'Italie, l'Espagne, le Canada aussi, ont mis en place une aide d'urgence pour les plus modestes, est-ce que la France va mettre en place une aide d'urgence pour les plus modestes ?  

BRUNO LE MAIRE  
Alors, c'est ce qu'a prévu le président de la République, on va en discuter dans les jours qui viennent, je ne peux pas vous dire aujourd'hui très sincèrement quelle forme va prendre cette aide, mais c'est conforme à la logique qui a été la nôtre depuis le départ : aider tous ceux qui prennent la crise de plein fouet… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Il y aura une aide d'urgence, Bruno LE MAIRE.  

BRUNO LE MAIRE  
Il y aura l'aide dont a parlé le président de la République. Le président de la République a été très clair hier : il faudra une aide pour ceux qui aujourd'hui prennent cette crise de plein fouet et n'ont pas les ressources ou les moyens pour y faire face ; Il a parlé par exemple des étudiants, je pense que ça peut être un bon exemple. Il y a un certain nombre d'étudiants aujourd'hui qui se retrouvent sans possibilité de travailler, sans possibilité d'avoir de revenus, qui peuvent être dans une situation absolument intenable, nous voulons apporter une réponse. Laissez-nous juste le temps, vous voyez qu'on a déjà beaucoup avancé sur beaucoup d'améliorations des dispositifs, il y en a d'autres qui demandent encore à être calibrés, et plus précisément définis, laissez-nous le temps de définir plus précisément cette aide.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Les banques et les assureurs. Les banques, quand on est en difficulté, on est patron d'une TPE, on est en difficulté, très difficile encore, malgré la pression du gouvernement, d'obtenir des prêts, Bruno LE MAIRE. Très difficile, vous le savez bien. 

BRUNO LE MAIRE  
Je le sais. Je le sais bien, même si je vais vous le dire, je considère que les banques jouent le jeu. Elles peuvent évidemment faire mieux, mais quand je regarde les chiffres, et je les suis tous les jours, elles jouent le jeu. Elles ont aujourd'hui accordé 10 milliards d'euros en quelques jours, de crédits aux entreprises, grâce évidemment à la garantie de l'Etat qui est derrière, puisque nous avons apporté 300 milliards d'euros de garanties de l'Etat, donc ça facilite le déblocage de ces crédits. Mais tout de même le chiffre il est là, 10 milliards d'euros de crédits apportés par les banques. Donc je considère qu'elles jouent le jeu, mais je considère aussi qu'il y a encore trop d'entreprises, trop de chefs d'entreprise qui disent : nous on est en difficulté, et parce qu'on est en difficulté, eh bien on ne nous répond pas. Eh bien nous allons modifier ce prêt garanti par l'Etat. Hier il n'était pas ouvert aux entreprises qui étaient en difficulté, par exemple une fois encore les entreprises en redressement judiciaire elles n'avaient pas droit aux prêts garantis par l'Etat. Eh bien demain, grâce à la modification que nous apporterons dans le projet de loi de finances rectificatif, ces entreprises seront éligibles au Fonds de solidarité, c'est-à-dire que les entreprises plus fragiles, qui avaient été écartées jusque-là, pourront être éligibles aux fonds de solidarité. Et la règle elle ne doit pas changer : toute entreprise qui est fragilisée par la crise et qui se retrouve du coup dans une situation intenable, et qui a besoin d'un prêt de trésorerie, doit trouver une solution. Et tous les jours je travaille avec les banquiers, avec la Banque publique d'investissement, avec la médiation du crédit, avec le médiateur des entreprises, pour m'assurer que chaque entreprise trouve un prêt. Ce n'est pas encore parfait, je le sais bien, et je sais bien qu'il y a encore trop de cas où on leur dit : « eh bien non, vous, vous êtes dans une situation difficile ». On va trouver des solutions pour chacun, en commençant par modifier ce prêt garanti par l'Etat. 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Parlons des assureurs. Vous avez dit 400 millions d'euros au lieu de 200 millions, apportés au fonds de solidarité. On est bien d'accord. Mais j'ai regardé les chiffres d'affaires des assureurs, 220 milliards d'euros, chiffre d'affaires. Vous savez ce que ça représente 400 millions ? Ça représente 170 € par entreprise ; C'est l'effort des assureurs, 170 € par entreprise. Est-ce que vous trouvez ça suffisant ? Mais moi je vais vous poser une autre question… 

BRUNO LE MAIRE  
Alors, si c'était… Jean-Jacques BOURDIN, je ne trouverai pas ça suffisant, si c'était la seule proposition qu'ils avaient faite. Mais il se trouve qu'avec le Premier ministre, nous avons vu les assureurs la semaine dernière, et nous leur avons dit très clairement : vous ne faites pas assez. Je pense que le message a été clair. J'ai reçu du coup hier soir les propositions complémentaires des assureurs, ils proposent, un, de mettre 400 millions d'euros sur le fonds, au lieu de 200. Ils proposent, deux, de faire 500 millions d'euros de remise commerciale à leurs clients, notamment avec des diminutions de primes d'assurance. Ils proposent, trois, 3, d'investir 1,5 milliard d'euros sur des PME, notamment des PME de santé dans le cadre d'un fonds qui se trouve à la Caisse des dépôts et consignations. Je pense que c'est une bonne proposition. Nous allons l'étudier avec le Premier ministre dans la journée, et je pense que c'est une bonne proposition qui montre que les entreprises assurantielles s'engagent plus dans la solidarité. Par ailleurs, il y a un point auquel j'attache beaucoup d'importance, c'est qu'ils réfléchissent, qu'ils réfléchissent sur la situation de catastrophe sanitaire et qu'ils réfléchissent à la mise en place d'un dispositif en cas de catastrophe sanitaire.  

JEAN-JACQUES BOURDIN 
 Oui, alors justement, il y a des assureurs qui ont tenté d'intégrer une exclusion épidémie/pandémie, d'ailleurs des plaintes vont être déposées, d'après les informations que nous avons. Bruno LE MAIRE, les assureurs, tout de même, la perte d'exploitation, il y a là encore d'après les informations que j'ai, plus de 6 000 entreprises qui sont indemnisables, il va falloir que les assureurs les indemnisent, non ? 

BRUNO LE MAIRE 
 Si elles sont indemnisables et si la perte d'exploitation figure dans leur contrat, bien évidemment que le contrat doit être respecté, et l'Etat il a un rôle de soutien aux entreprises, il a un autre rôle auquel j'attache beaucoup d'importance, c'est d'être le défenseur de l'ordre public économique. Et l'ordre public économique il veille au respect des contrats, au respect des délais de paiements, et donc nous veillerons évidemment à ce que les engagements qui ont été pris contractuellement, soient respectés par tous, pas simplement par les assureurs.

 JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Le plan de relance, quand présenterez-vous un plan de relance globale ?  

BRUNO LE MAIRE  
Vous savez, il faut déjà faire face à la crise, c'est la priorité absolue. Sauver le maximum d'entreprises et être à bloc derrière chaque entrepreneur de France, et derrière tous les salariés, pour qu'on tienne face à cette crise. Aujourd'hui ça tient. Ça tient grâce à la solidarité de tous, ça tient grâce à la mobilisation de tous les salariés auxquels je veux rendre un hommage appuyé, ça tient. Ensuite il faudra commencer à réfléchir à la manière dont on relance l'activité économique, mais ça, ça viendra un peu plus tard. Il faut déjà regarder au niveau européen les soutiens dont on peut disposer.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Est-ce qu'il faudra, Bruno LE MAIRE, je vous coupe. Je vous coupe Bruno LE MAIRE. Est-ce qu'il faudra travailler plus ? Vous avez entendu le MEDEF, le président du MEDEF, est-ce qu'il faudra travailler plus de 35 heures, abandonner des RTT, réduire des congés, je ne sais trop quoi encore, ou supprimer des jours fériés ? Oui ou non ? 

BRUNO LE MAIRE  
C'est une drôle d'idée de réfléchir comme ça, je vous le dis très sincèrement. On dit « il faut faire des efforts », j'ai toujours dit qu'il faudrait faire des efforts, mais quels efforts, de quels efforts je parle ? Déjà il faut faire preuve d'un effort de solidarité. Solidarité entre les entreprises, solidarité des grandes entreprises vis-à-vis de leurs sous-traitants, solidarité des grands distributeurs qui le font aujourd'hui vis-à-vis des producteurs français, pour avoir des produits agricoles français dans les grands magasins qui distribuent notre alimentation. Effort de solidarité. Effort en deuxième lieu de justice. J'avais dit en janvier 2020, et Dieu sait que ça avait été critiqué, qu'aujourd'hui les revenus les moins qualifiés, les plus modestes, n'étaient pas suffisants, et que nous avions un vrai sujet là-dessus, que le gouvernement avait pris à bras-le-corps en augmentant la prime d'activité, mais qui devait maintenant tous nous concerner, la puissance publique, mais aussi les entreprises, pour regarder comment est-ce qu'on peut améliorer la situation de ces personnes qui ont un niveau de revenus les plus modestes ; Aujourd'hui on est bien content d'avoir des personnes qui sont aux caisses des grands magasins, qui sont derrière les guichets des banques, qui ramassent les déchets et qui les traitent, qui transportent les biens dans les véhicules appropriés, pour qu'on ait notre approvisionnement quotidien. Eh bien je pense qu'il va falloir réfléchir à cet effort de justice qui sera nécessaire, pour ceux qui sont les moins bien payés… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
C'est-à-dire les augmenter ?  

BRUNO LE MAIRE  
…et les moins qualifiés.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Augmenter tous ces personnels-là ?  

BRUNO LE MAIRE  
Mais on peut regarder toutes les propositions… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Les augmenter, comme augmenter les personnels de santé, Bruno LE MAIRE, il faudra les augmenter ?  

BRUNO LE MAIRE  
Mais, je pense avoir dit depuis très longtemps, avant la crise, qu'il y avait aujourd'hui une question qui se posait sur les salaires les plus modestes, auxquels le gouvernement va apporter une réponse avec la prime d'activités, avec les heures supplémentaires défiscalisées, mais qui restait une question importante. Et au moment où on s'aperçoit que nous avons impérativement besoin de ces caissières, de ces caissiers, de ces transporteurs, de ces agents bancaires, de tous ceux qui font tourner notre économie qui nous permettent de vivre normalement, je pense que cette question, cet effort de justice, il revient encore plus sur le devant la scène, et devrait traiter tous ensemble, que nous regardions quelles sont les bonnes solutions pour valoriser ces personnes. Effort de solidarité, effort de justice. Et enfin, au moment de la sortie de cette crise, et fort d'imagination, comment est-ce qu'on imagine un modèle économique qui est plus respectueux de l'environnement, qui est plus durable, qui nous permet de rapatrier sur notre territoire, comme j'avais commencé à le faire il y a plusieurs mois, un certain nombre de productions stratégiques, notamment dans le domaine de la santé ou dans le domaine de l'énergie ? Voilà moi les efforts que je demande. Qu'on comprenne bien, je ne dis pas il va falloir supprimer ceci, supprimer cela, il va falloir plus de solidarité, plus d'imagination, plus de justice.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Merci. Tiens, j'ai une dernière question qui me vient à l'esprit, comme ça. La réforme des retraites, elle sera reportée, annulée ? Qu'est-ce qu'elle va devenir ? 

BRUNO LE MAIRE  
Eh bien ça ne me semble pas… 

JEAN-JACQUES BOURDIN  
La priorité ?  

BRUNO LE MAIRE  
Je pense qu'il est sage d'avoir reporté, d'avoir reporté cette réforme des retraites. La priorité c'est faire face à la crise, imaginer la relance de notre économie demain. C'est les deux priorités que je me suis fixées depuis le premier jour de cette crise économique qui bouleverse tant de nos compatriotes.  

JEAN-JACQUES BOURDIN  
Bien. Merci Bruno LE MAIRE d'être… d'avoir accepté cette interview sur RMC et BFM TV. 

BRUNO LE MAIRE  
Merci Jean-Jacques BOURDIN 


source : Service d'information du Gouvernement, le 15 avril 2020