Interview de Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, à Sud radio le 1er octobre 2020, sur les mesures mises en oeuvre pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 et le programme "Petites villes de demain".

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Intervenant(s) :

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Jacqueline GOURAULT.

JACQUELINE GOURAULT
Bonjour.

PATRICK ROGER
Je le disais, dans un instant on va parler des petites villes. Vous êtes ministre de la Cohésion, est-ce qu'on n'a pas besoin plutôt en ce moment d'un autre ministre, de la Concertation ? C'est ce que reprochent les élus locaux à Jean CASTEX et Olivier VERAN, sur les applications des mesures sanitaires. Est-ce que le gouvernement va changer de méthode là, justement, comme le réclame l'opposition ?

JACQUELINE GOURAULT
Nous entrons dans une phase, une seconde phase de crise sanitaire, et évidemment le gouvernement a pris la décision de faire des réponses qui soient plus territorialisées, le gouvernement veut éviter qu'on fasse un confinement général, pour les raisons que vous connaissez, le confinement général a des conséquences nombreuses, économiques, sociales, psychologiques, et le président de la République veut tout faire pour éviter ce confinement général, et donc les prises de décisions sont nouvelles, puisqu'on prend des décisions territorialisée là où il y a une circulation du virus qui est très importante. Et naturellement il faut que les Français s'habituent à cette règle qui n'est plus la même dans un pays où, vous savez, le sens de, comment dire, de l'unité nationale et des décisions qui s'appliquent à tous sont assez ancrées profondément, donc il faut comprendre que ce qui se passe à Marseille ou en Guadeloupe, je note qu'on parle beaucoup moins de la Guadeloupe, mais qui a été aussi concernée, et qui est concernée, évidemment ce n'est pas la même chose qu'à, je ne sais pas, je dis Limoges, je prends au hasard, puisque, je ne vais pas dans la Haute-Vienne, mais je vais dans la Creuse, donc on est dans cette région.

PATRICK ROGER
Ce qui veut dire que, Jacqueline GOURAULT, que le gouvernement est en train quand même de changer véritablement de méthode, parce que il a appliqué, du haut, à la verticale, ces derniers jours pour Marseille, finalement il s'est fait un peu de taper sur les doigts, et donc là il retient la leçon, c'est ça, parce que Jean CASTEX va recevoir aujourd'hui les maires des grandes agglos !

JACQUELINE GOURAULT
Oui, je crois qu'il faut concerter au maximum, associer au maximum, pour prendre des décisions, parce que, c'est vrai que c'est très important. pendant la première phase nous avons fait, le Premier ministre qui était alors avec une autre casquette, qui préparait le déconfinement, nous faisions des réunions régulières en visioconférence avec les associations d'élus pour expliquer tout ce que la France devait faire, les décisions qui devaient être prises, et, bien sûr, hier j'étais à Matignon, auprès du Premier ministre et d'Olivier VERAN, nous avons reçu l'Association des maires de France, et il a été décidé de reprendre ces réunions régulières, aussi bien dans les départements…

PATRICK ROGER
Il y a eu un peu de retard à l'allumage quand même, pourquoi on ne l'a pas fait il y a trois semaines un mois déjà, ces réunions ?

JACQUELINE GOURAULT
Vous savez ce virus, comment dire, ne prévient pas, ne téléphone pas, ce virus se développe à une rapidité beaucoup plus grande qu'on ne l'imaginait…

PATRICK ROGER
Oui, mais enfin on le savait.

JACQUELINE GOURAULT
Bon, il y a eu des échanges, il y a eu des échanges.

PATRICK ROGER
Enfin, il circule, après il n'y a pas le même nombre de victimes non plus en ce moment.

JACQUELINE GOURAULT
Non, et c'est heureux, mais, en même temps, la courbe progresse extrêmement rapidement, le nombre de malades en réanimation et le nombre de cas graves augmentent de façon très rapide.

PATRICK ROGER
Donc, est-ce qu'on est dans la seconde vague ou est-ce qu'on est dans un rebond en fait aujourd'hui, qu'est-ce qu'on dit au gouvernement, dans les rangs du gouvernement ?

JACQUELINE GOURAULT
On dit plutôt qu'on a une seconde vague, bien évidemment, et, encore une fois, il faut tout faire pour faire courber l'échine, si je puis dire, à ces courbes qui montent extrêmement rapidement, et il n'y a pas 36 solutions, il y a des mesures à prendre pour empêcher que ce virus…

PATRICK ROGER
C'est quoi, c'est la fermeture des bars, des restaurants, des salles de sport ?

JACQUELINE GOURAULT
Des décisions qui ont été prises à Marseille pourraient être prises ailleurs, bien évidemment, si les indicateurs…

PATRICK ROGER
Paris, c'est ce qui va se passer probablement ?

JACQUELINE GOURAULT
Ecoutez, c'est Olivier VERAN qui va le dire cet après-midi, il est clair que si le Premier ministre rencontre les présidents des grandes agglomérations, des métropoles, etc., c'est parce qu'il y a un risque là où il y a effectivement une concentration de population.

PATRICK ROGER
On a l'impression, Jacqueline GOURAULT, que tous les restaurateurs payent pour tout le monde, pour ceux qui se comportent mal, peut-être aussi les clients, non ?

JACQUELINE GOURAULT
Non…

PATRICK ROGER
Est-ce qu'il n'y a pas moyen de faire un peu la police quand même ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui, eh bien on essaie en même temps de faire respecter les gestes barrières, mais il y a des moments où il faut effectivement prendre des mesures un peu plus coercitives, je dirais c'est la responsabilité de l'Etat, si l'Etat ne faisait rien on l'accuserait de ne rien faire. Donc, je sais, il faut comprendre que ce n'est pas marrant du tout pour ceux qui sont propriétaires de bar, etc. J'ajoute, tout de même, en complément, que nous avons remis, aussitôt ces décisions mises en place, nous avons remis toutes les protections, c'est-à-dire l'accompagnement, l'assurance chômage…

PATRICK ROGER
Oui, c'est ça, il va y avoir des aides bien sûr…

JACQUELINE GOURAULT
L'allégement des charges, etc., on ne laisse pas les gens, comme ça, sans ressources et sans protection.

PATRICK ROGER
C'est ça. On va passer aux petites villes. Et, juste, il y a une semaine, Jean CASTEX s'était emmêlé les pinceaux à propos de StopCovid, est-ce que vous l'avez téléchargé, vous, StopCovid d'ailleurs ?

JACQUELINE GOURAULT
Oui, je l'ai téléchargée.

PATRICK ROGER
La consigne a été donnée à tout le gouvernement ?

JACQUELINE GOURAULT
Je pense que tout le monde sait que StopCovid est un… enfin, Cédric O avait fait beaucoup de promotion, voilà.

PATRICK ROGER
Avec la crise du Covid beaucoup ont rêvé de quitter les grandes villes pour les campagnes, ou les plus petites villes, alors justement, vous annoncez ce matin un nouveau plan baptisé "Petites villes de demain", très concrètement de quoi s'agit-il et en quoi ça peut nous intéresser alors Jacqueline GOURAULT ?

JACQUELINE GOURAULT
Alors, « Petites villes de demain » c'est un programme dont j'ai senti la nécessité dès que je suis l'arrivée au ministère de la Cohésion des territoires, après que mon prédécesseur ait lancé une politique en direction des villes moyennes, qui s'appelait, qui s'appelle, "Action coeur de ville", et qui marche d'ailleurs très très bien, mais je me suis rendu compte qu'il y avait des villes plus petites, disons de moins de 20.000 habitants, qui peuvent faire 10.000 ou 7000 habitants, et qui avaient aussi besoin d'être, comment dire, soutenues, renforcées, parce qu'elles jouent, sur les territoires, un rôle extrêmement important. Vous savez, quand on va dans la ruralité, il y a ces petites villes…

PATRICK ROGER
Bien sûr, qui assurent le maillage quoi !

JACQUELINE GOURAULT
Qui assurent le maillage, pour les services, pour les commerces, etc., et c'est donc une politique qui va favoriser la réhabilitation des logements des centres-villes, des centres-bourgs, pour dire… souvent un vocabulaire qui est plus adapté à ce genre de dimension de villes…

PATRICK ROGER
Donc, ça veut dire quoi, c'est des incitations fiscales pour les propriétaires ?

JACQUELINE GOURAULT
Il y a des incitations fiscales, par exemple Denormandie dans l'ancien, peut s'appliquer là, mais c'est aussi participer par exemple au déficit d'opérations, ce qui est nouveau dans les petites villes ; vous savez, au fond, je vais comparer avec quelque chose qui est très connu, c'est l'Agence nationale de rénovation urbaine, l'ANRU, dans les grandes villes il y a des participations au déficit d'opérations pour restructurer les quartiers, eh bien on va faire pareil, alors évidemment c'est à une dimension et à une échelle financière, moins élevée, mais le principe est le même.

PATRICK ROGER
Et l'objectif c'est aussi de, alors de rénover, mais de faire venir des habitants des grandes métropoles, de les accueillir dans ces petites villes ?

JACQUELINE GOURAULT
Cette politique je l'ai conçue avant la crise du Covid, mais il faut bien reconnaître qu'il y a une volonté de beaucoup d'habitants d'aller vivre dans des villes moyennes ou des petites villes, c'est très intéressant parce que, vous savez, il y a un impôt qui s'appelle les DMTO, qui est… on dit les frais de notaire… qui sont encaissés en partie par les départements et les villes, mais surtout les départements, eh bien on s'aperçoit que dans un certain nombre de départements les ventes sont très importantes ; l'autre jour je recevais par exemple le président du Conseil départemental de la Mayenne, qui m'expliquait que, malgré le fait que le gouvernement avait proposé des avances remboursables aux départements, qu'il ne ferait pas la demande parce qu'il y avait tellement de ventes que les ressources de DMTO avaient augmenté ; c'est à peu près 40 % des départements qui reconnaissent l'augmentation.

PATRICK ROGER
Alors, à ce propos Jacqueline GOURAULT, il y a des élus locaux qui ne sont pas contents parce qu'ils estiment qu'il va y avoir la suppression des impôts de production et qu'ils vont perdre beaucoup d'argent, les collectivités locales vont être en déficit à cause de ça, qu'est-ce que vous répondez à ça ?

JACQUELINE GOURAULT
Un, on ne supprime pas, sauf pour les régions, les impôts de production, on ne les supprime pas pour les communes, simplement il y a une baisse des impôts de production, qui est décidée, mais l'impôt reste, et la capacité de mettre un taux aussi. Et d'autre part, deuxièmement, ce qui est très important, c'est que l'Etat va compenser la part de perte…

PATRICK ROGER
A l'euro près ?

JACQUELINE GOURAULT
A l'euro près, à l'euro près.

PATRICK ROGER
Où en est-on des Maisons France services aussi, Jacqueline GOURAULT ? On s'en souvient, c'est important pour le maillage du territoire.

JACQUELINE GOURAULT
Oui, bien sûr, et le programme que je développe va être associé aussi à France services, bien évidemment. Nous allons annoncer, dans quelques jours, semaines, la labellisation de 300 nouvelles France services, c'est à dire que, à la fin de l'année, nous serons à 1000 France services, c'est très important. Nous avons fait hier le comité de pilotage, les résultats sont bons, les demandes sont importantes, et ces lieux uniques, où l'on rencontre, sur les territoires, tous les services qui, si vous voulez, qui sont utiles à la vie quotidienne des Français, c'est-à-dire la caisse de retraite, c'est-à-dire Pôle emploi…

PATRICK ROGER
Oui, l'ensemble de l'administration.

JACQUELINE GOURAULT
C'est-à-dire… voilà.

PATRICK ROGER
Question avec Cécile de MENIBUS.

CECILE DE MENIBUS
Vous êtes une fidèle de François BAYROU, aujourd'hui il a été nommé Haut-commissaire au Plan, ça veut dire quoi exactement ?

JACQUELINE GOURAULT
Ça veut dire prévoir, imaginer, ce que la France sera, devra être, dans 20, 30 ans…

CECILE DE MENIBUS
Mais est-ce qu'aujourd'hui on n'a pas plus envie d'avoir du présent plutôt que de l'avenir ?

JACQUELINE GOURAULT
Il faut les deux toujours, parce que pour préparer le présent des générations futures il faut faire ce que François BAYROU a comme mission, c'est-à-dire essayer de prévoir. Regardez, avec la crise du Covid, vous voyez bien qu'il y a un certain nombre de choses qui auraient dû être anticipées, eh bien on s'aperçoit que, par exemple, être en… ça n'a pas été le cas, mais il a été possible qu'on manque, en France, de paracétamol, c'est un sujet quand même !

PATRICK ROGER
Donc il va travailler sur tous ces sujets…

JACQUELINE GOURAULT
Il va travailler sur tous ces sujets…

PATRICK ROGER
Et en même temps il vous conseille au quotidien, vous le voyez encore régulièrement.

JACQUELINE GOURAULT
On se voit tout le temps, je l'ai vu encore hier soir.

PATRICK ROGER
Ah ben voilà !

JACQUELINE GOURAULT
Voilà.

PATRICK ROGER
Non, mais il a une mission aussi de conseiller, un peu, d'Emmanuel MACRON et du gouvernement.

JACQUELINE GOURAULT
Il est très proche du président de la République, et puis il est aussi maire et président de l'agglo de Pau, et ça l'occupe, évidemment beaucoup, aussi.

PATRICK ROGER
Merci. Jacqueline GOURAULT, ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, était l'invitée de Sud Radio.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 octobre 2020