Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à LCI le 4 juin 2021, sur le nombre minimum de 3 jours de télétravail à compter du 9 juin, le respect strict des règles sanitaires en entreprise, la reprise de l'activité économique et les aides aux entreprises.

Texte intégral

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour !

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes ministre du Travail. Merci d'avoir accepté l'invitation de LCI. 9 juin, mercredi prochain, ce sera la 3e étape du déconfinement. Or quand on se rend sur le site du gouvernement, on dit « télétravail allégé ». Est-ce que vous pouvez nous dire quelle sera la situation dans cette 3e étape du confinement, 9 juin ?

ELISABETH BORNE
Donc je vous confirme qu'effectivement à partir de mercredi prochain, on va alléger les règles sanitaires qui s'appliquent en entreprise notamment sur le télétravail. La règle depuis le mois de novembre, c'était le télétravail systématique pour toutes les activités qui le permettent ; là, il ne s'agit pas de passer du tout ou rien et donc il faut rester effectivement très prudent parce que le télétravail permet de réduire la circulation du virus mais à partir du 9 juin, on redonne des marges de manoeuvre aux entreprises en leur demandant de discuter au sein de l'entreprise, entre la direction et les représentants des salariés d'un nombre minimum de jours de télétravail par semaine.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un nombre minimum de jours de télétravail, vous le fixez à combien ce nombre minimum ?

ELISABETH BORNE
Alors, on laisse les entreprises en discuter donc entre la direction et les représentants des salariés mais à titre de repère, pour la fonction publique, on va passer à 3 jours de télétravail à partir du 9 juin puis ensuite, on fera évoluer ces règles. L'idée, c'est vraiment d'organiser un retour progressif au bureau, on a des salariés qui sont depuis des mois en fait en télétravail et donc il faut organiser ce retour progressivement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc pour prendre le repère que vous évoquez, deux jours en entreprise, deux jours chez soi. C'est à peu près l'idée ?

ELISABETH BORNE
Oui absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc on imagine les deux jours dans l'entreprise avec un respect strict de quoi ? Des règles sanitaires évidemment ?

ELISABETH BORNE
Alors, ça ne change pas …

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais aussi du nombre de personnes présentes peut-être ? Une sur deux ?

ELISABETH BORNE
Ça, ça ne change pas. Toutes les règles, notamment le port du masque reste obligatoire ; dans le même temps, on va aussi faire évoluer les règles sur la restauration collective. Vous savez que jusqu'à présent, il faut manger tout seul à sa table. Donc à partir du 9 juin, on pourra à nouveau être à 6 par table avec une jauge de 50% comme dans les restaurants.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord, donc ça c'est à partir du 9 juin. Est-ce que vous pouvez nous donner une indication parce qu'on ne sait plus trop où on en est, le travail du dimanche dans cette période, comment vous l'organisez ?

ELISABETH BORNE
Alors, c'est important d'accompagner la reprise de l'activité de ceux qui ont été fermés notamment les commerces ; en même temps, le travail du dimanche, c'est une contrainte très forte pour les salariés. Donc il n'y a pas de règles nationales. Moi, j'ai demandé aux préfets d'organiser des concertations dans chaque département, à peu près tous les préfets ont organisé ces concertations et donc aujourd'hui, on a des arrêtés qui ont été pris pour des dérogations exceptionnelles au repos du dimanche, donc dans une soixantaine de départements. C'est par exemple Paris, la Côte d'Or ou l'Isère et puis, il y a quelques départements qui ont décidé de ne pas accorder ces dérogations, par exemple le Tarn et moi, je rappelle, c'est très important, que ça doit se faire sur la base du volontariat du salarié et puis qu'il y a des compensations en termes de rémunération et de repos pour les salariés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc plus de commerces ouverts le dimanche pour essayer de favoriser la reprise de l'activité économique.

ELISABETH BORNE
La reprise de l'activité économique et puis aussi le lissage des personnes, de l'afflux des personnes dans les commerces.

JEAN-MICHEL APHATIE
On entend dire mais à l'endroit où vous êtes, vous avez une vision plus nette de la situation que certaines professions ont du mal à recruter aujourd'hui des personnes, c'est notamment vrai, dit-on, dans la restauration ou l'hôtellerie. Quel est point là-dessus ? Est-ce que vraiment des gens qui souhaitent rouvrir leurs commerces ont des difficultés à trouver des salariés ?

ELISABETH BORNE
Alors, vous imaginez que moi je suis très attentive à ce qu'on trouve les salariés dont les commerçants, les restaurateurs en particulier ont besoin ; c'est vrai qu'avec la fermeture des restaurants pendant plusieurs mois, certains salariés sont passés à autre chose. Moi, j'ai demandé à Pôle emploi de discuter dans chaque région avec les représentants des professionnels de la restauration pour regarder parmi les demandeurs d'emploi ceux qui avait déjà travaillé dans ce secteur et puis de leur proposer, le cas échéant, des formations pour reprendre leur activité dans le secteur. On est vraiment très mobilisés pour permettre aux restaurateurs qui en ont besoin de recruter !

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais souvent si aujourd'hui les restaurateurs ont du mal à recruter ou si, pour prendre le problème à l'envers, des gens veulent faire autre chose, c'est parce que le travail est trop pénible et en regard de la pénibilité, il est mal payé.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est important effectivement qu'il y ait aussi une réflexion des acteurs professionnels sur l'attractivité des métiers. On sait que c'est un métier effectivement en tension comme on dit donc de proposer notamment des contrats de travail plus longs, c'est important pour fidéliser les collaborateurs.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les aides aux entreprises vont commencer à s'alléger parce que nous sortons de la crise, ça a une logique, certains entrepreneurs, certains commerçants disent « n'allons pas trop vite », est-ce que vous redoutez dans cette période d'ici à la fin de l'année beaucoup de dépôts de bilan et donc une augmentation du chômage ?

ELISABETH BORNE
On est bien sûr très attentif sur la sortie des aides d'urgence. Vous savez quand on a par exemple avec l'activité partielle protégé des millions de salariés pendant des mois, on ne va pas débrancher des aides trop vite en risquant de mettre les entreprises en difficulté et d'avoir des licenciements. C'est pour ça par exemple que tout au long du mois de juin, on maintient une prise en charge à 100% de l'activité partielle pour les secteurs qui sont les plus touchés par la crise donc par exemple les hôtels, les restaurants ; pour les autres secteurs, on a une première évolution des taux à partir de ce mois de juin avec un reste à charge pour l'entreprise de 25% mais je peux vous assurer qu'avec Bruno LE MAIRE on est extrêmement attentif à faire évoluer les règles de façon très prudente pour ne pas mettre les secteurs en difficulté et en même temps accompagner la reprise de l'activité liée à lever des contraintes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce qu'il y a des études ou des prévisions sur les faillites possibles potentielles en France ?

ELISABETH BORNE
Alors il y a des tas d'études par exemple de la BANQUE DE FRANCE ; on sait qu'il y a eu finalement un gel de ces faillites …

JEAN-MICHEL APHATIE
En 2020.

ELISABETH BORNE
En 2020. Donc il peut y avoir effectivement plus de faillites mais là aussi tout le sens de l'action qu'on mène aujourd'hui au gouvernement, c'est d'être attentif, quand on allège ces aides d'urgence, à bien accompagner les secteurs les territoires, les entreprises qui peuvent être au plus en difficulté. Moi, j'ai une concertation lundi prochain avec les organisations patronales et syndicales précisément sur l'évolution des aides qui doivent être plus ciblées dans la période qui vient.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il y a des plans particuliers en direction de des plus jeunes, c'est ça, sur les entrants sur le marché du travail ?

ELISABETH BORNE
Alors sur les jeunes, depuis de la crise on est évidemment très attentifs, on sait que les jeunes sont souvent les victimes des crises économiques, donc c'est pour ça que dès le mois de juillet dernier, on a lancé un plan « un jeune une solution », c'est 9 milliards d'euros, c'est des moyens totalement inédits pour aider les jeunes à trouver un emploi, un apprentissage, une formation ou être accompagnés vers l'emploi, c'est un plan qui marche. On a 1,6 million de jeunes de moins de 26 ans qui ont été recrutés en CDD de plus de 3 mois ou en CDI entre août et avril 2020 et …. 2021.

JEAN-MICHEL APHATIE
2020/2021.

ELISABETH BORNE
On a plus de 500 000 apprentis, c'est un record historique grâce aux aides données aux entreprises qui recrutent un apprenti et puis, on a 350 000 jeunes qui ont été accompagnés vers l'emploi et évidemment, on va continuer à accompagner les jeunes, tous ceux qui en ont besoin, qui ont besoin d'être accompagnés vers l'emploi, on sera très attentif à les soutenir dans une période qui est difficile pour tout le monde.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mauvaise nouvelle : à force d'accumuler les plans et les milliards, le déficit budgétaire 2021 était attendu à 173 milliards d'euros, il sera de 220 milliards d'euros, 47 milliards d'euros de plus, on se demande comment on supportera tout ça dans les années à venir.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense que ce qui est important c'est vraiment d'accompagner la reprise de l'activité économique qui va créer de la richesse pour tout le pays et qui va permettre notamment de répondre à cette situation, de sortir de ce déficit qui est effectivement très important.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est terrible 47 milliards de déficit de plus que prévu, 227 milliards de déficit, on ne sait même plus ce que ça veut dire tellement les sommes sont astronomiques …

ELISABETH BORNE
Derrière ces chiffres, ça montre aussi toute la force de l'accompagnement qui a été mis en place par le gouvernement. Moi, je n'ai aucun doute, vous savez que c'est un investissement. L'activité partielle, c'est un investissement indispensable pour permettre de préserver les emplois, de garder les salariés. On a l'expérience de la crise de 2008 / 2009 où on avait évidemment moins accompagné les entreprises, il y avait eu beaucoup de licenciements et au moment où l'activité économique est repartie en Europe, nos entreprises n'avaient plus les salariés dont elles avaient besoin pour profiter pleinement de la reprise. Donc là c'est un investissement qui nous permettra de rebondir avec les bonnes compétences dans les entreprises.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et pour financer tout ça, on nous dit : les impôts n'augmenteront pas. Vous disiez que vous n'aviez eu aucun doute sur l'efficacité de la politique menée mais quand on entend « les impôts n'augmenteront pas », on a des doutes !

ELISABETH BORNE
Non je pense que ça sera un très mauvais signal. Aujourd'hui, il faut vraiment …

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais comment faire ?

ELISABETH BORNE
…avoir de la confiance dans la capacité de notre pays à rebondir. Vous vous souvenez que l'été dernier, on avait eu la croissance la plus forte de la zone euro, il faut que cette croissance soit au rendez-vous et on fera tout pour ça.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce n'est pas la croissance seule qui financera les besoins financiers extrêmement importants qui sont devant nous.

ELISABETH BORNE
Enfin dans les chiffres que vous évoquez, il y a aussi un manque de recettes lié effectivement à la crise économique et je pense que ce qui est important, le Président de la République l'a redit hier, c'est de faire repartir l'économie, de créer un maximum d'emplois, de s'assurer que les emplois sont pourvus. Donc on répond aux besoins des entreprises et c'est bien ce à quoi je m'emploie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc quand on entend « les impôts n'augmenteront pas », il faut y croire.

ELISABETH BORNE
Absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est Noël, très bien ! Est-ce qu'on peut parler du déplacement du chef de l'Etat dans le Lot ? Il a eu une phrase sibylline, j'aimerais bien que vous m'aidiez à la comprendre, je cite Emmanuel MACRON hier : il parle de l'été qui arrive. « Ce ne sera pas un été en pente douce », dit-il, « je vais devoir prendre des décisions dans les semaines à venir certaines difficiles ». De quoi s'agit-il ?

ELISABETH BORNE
Enfin, en tout cas, c'est clair que au moment où tous les pays sortent de cette crise sanitaire, se préparent à rebondir, on ne va pas rester les bras croisés en attendant les élections présidentielles et il faut continuer effectivement à porter une modernisation de notre pays. C'est ce à quoi il est en train de réfléchir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais c'est quoi les décisions difficiles ?

ELISABETH BORNE
Vous savez déjà sortir des aides d'urgence.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, non, ce n'est pas ça …

ELISABETH BORNE
Sortir des aides d'urgence, c'est déjà une décision difficile.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, il pense à autre chose.

ELISABETH BORNE
A quoi vous pensez ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Moi, à rien mais vous ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je ne sais pas !

JEAN-MICHEL APHATIE
A rien non plus ? Vous devez avoir plus d'informations que moi quand même !

ELISABETH BORNE
C'est clair que le président de la République, et il l'a dit, réfléchit …enfin, on est mobilisé sur immédiatement la sortie de la crise sanitaire, les mesures économiques, sur l'accompagnement des secteurs qui sont les plus en difficulté et puis, il faut réfléchir aux réformes qu'on veut conduire dans les prochains mois.

JEAN-MICHEL APHATIE
Lesquelles ?

ELISABETH BORNE
Moi, je vous dis, on ne va pas croiser les bras …

JEAN-MICHEL APHATIE
Lesquelles ?

ELISABETH BORNE
On verra, le président de la République est en train de consulter les forces politiques, les organisations syndicales et patronales prochainement, il a souhaité aller au contact des Français.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il va consulter les forces politiques prochainement ?

ELISABETH BORNE
C'est bien ce qu'il a dit hier, absolument.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a dit ça ?

ELISABETH BORNE
Oui, je confirme !

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a dit « je vais consulter » …

ELISABETH BORNE
J'écoute ce que dit le président de la République.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a dit « je vais consulter les forces politiques prochainement » ?

ELISABETH BORNE
Notamment sur les dossiers qu'il a évoqués hier, en particulier les retraites ! C'est peut-être à ça que vous pensez !

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, les retraites ! Alors le président de la République a dit hier ceci : est-ce que nous pourrons ne rien faire sur les retraites dans les mois qui viennent ? Quelle est votre réponse ? Je vous relis la question : est-ce que nous pourrons ne rien faire sur les retraites dans les mois qui viennent ? Quelle est votre réponse ? Je vous relis la question : est-ce que nous pourrons ne rien faire sur les retraites dans les mois qui viennent ?

ELISABETH BORNE
Je crois qu'il a dit effectivement que cette réflexion, elle est en cours, qu'il faut en priorité, et il l'a redit, s'occuper de faire repartir notre économie, créer un maximum d'activités et d'emplois, en même temps évidemment, le gouvernement, le président de la République était convaincu qu'une réforme des retraites était nécessaire, la crise a pas effacé l'intérêt d'une réforme des retraites. Il faut être aussi très attentif à bien mesurer le contexte, à bien mesurer l'état d'esprit des Français et c'est ce qu'il est en train de faire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes en charge de ce dossier au gouvernement, je le précise, j'aurais dû commencer par là mais enfin puisque j'ai joué au chat et à la souris avec vous, je ne l'ai pas fait mais c'est vous qui êtes en charge des retraites aidé par un secrétaire d'Etat mais c'est vous ou c'est dans votre ministère. Donc je reprends la question : est-ce que nous pourrons ne rien faire avant la fin du mandat présidentiel ?

ELISABETH BORNE
Mais c'est une question qui a été posée par le président de la République …

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc quelle est votre réponse ?

ELISABETH BORNE
Vous imaginez bien que je ne vais pas répondre à sa place. Il est en train de se forger une opinion sur le sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non mais s'il les interroge …ce sera oui ou non ?

ELISABETH BORNE
Moi, je vous dis, je pense que la crise, elle n'a rien retiré à la pertinence d'une réforme des retraites, on a 42 régimes dans lesquels finalement, enfin ça donne très peu de lisibilité. On sait que c'est fini, l'époque où on faisait toute sa carrière dans la même entreprise. Du coup, ça crée beaucoup de complexité pour les Français et puis, il y a beaucoup d'injustice, donc c'est des sujets effectivement sur lesquels il faut réfléchir et on verra en fonction de l'état du pays quelle réforme, dans quel calendrier. Donc je ne vais pas vous répondre puisque le président de la République y réfléchit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça va vite s'il dit « l'été ne sera pas en pente douce », l'été, il commence le 21 juin et je précise qu'il a dit aussi que la réforme telle qu'elle avait été écrite en 2020, celle-là elle est à la poubelle. Donc c'est une réforme sans doute au moins ambitieuse, à quoi réfléchissez-vous, uniquement à augmenter un paramètre par exemple un recul de l'âge de départ à la retraite ?

ELISABETH BORNE
Enfin, je veux dire, il y a plusieurs scénarios, on a à la fois des enjeux d'équité, de justice …

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui mais vous ne pourrez pas tout faire dans la période …

ELISABETH BORNE
…d'un système à l'intérieur dans lequel les femmes sont très pénalisées dans lequel tous ceux qui ont des carrières hachées sont très pénalisés, il faut aussi qu'on se préoccupe de la soutenabilité de notre modèle de protection sociale qui a aussi été affecté par la crise en distinguant sans doute ce qui relève de la crise et ce qui est plus structurel, donc différents scénarios sont à l'étude et je ne vais pas vous répondre puisque le président de la République souhaite se faire son opinion en écoutant les forces politiques, les organisations patronales et syndicales en allant à la rencontre des Français comme il est en train de le faire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a une urgence à faire la réforme avant le fait du quinquennat ?

ELISABETH BORNE
La première urgence elle est claire, c'est que notre activité économique reparte.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je parle des retraites, il y a une urgence à faire … ?

ELISABETH BORNE
Oui, je vous dis, il y a un ordre de priorité, c'est d'abord de s'assurer qu'on fait repartir notre activité économique et qu'on continue à créer des emplois, à trouver des emplois pour un maximum de Français.
JEAN-MICHEL APHATIE
Je cite toujours Emmanuel MACRON hier, « certaines de ces décisions ne rendront peut-être pas possible ma nouvelle candidature à l'Elysée ». Bah dis donc, ça va être des sacrées décisions !

ELISABETH BORNE
Ce que dit le président de la République, c'est qu'il a une obsession, c'est l'intérêt du pays et qu'il peut y avoir des réformes difficiles à mener, il précisera dans les prochaines semaines.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et difficile au point de l'empêcher d'être un nouveau candidat ? C'est lui qui le dit !

ELISABETH BORNE
Je pense que son message, son obsession, c'est l'intérêt du pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc il pourrait ne pas être candidat parce qu'il y a des décisions difficiles à prendre ?

ELISABETH BORNE
Vous commentez excessivement ce qu'il a dit, on se préoccupe de l'intérêt du pays et il peut y avoir des décisions à prendre. Moi, vous dis, c'est passant plein par exemple de devoir réduire des aides d'urgence et effectivement toutes les décisions ne sont pas forcément plus faciles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il ne parle pas de ça, il parle d'autre chose visiblement ! Des choses que vous savez mais je comprends que vous ne puissiez pas les dire parce que là on n'est pas au conseil des ministres !

ELISABETH BORNE
Oui et puis a priori quand le président de la République est en train de réfléchir et souhaite se forger son opinion, je ne vais pas anticiper sur ses décisions.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais en même temps s'il dit des choses comme ça « l'été ne sera pas en pente douce, des décisions très difficiles, ça pourrait m'empêcher d'être candidat », vous comprenez qu'on a envie d'en savoir un peu plus ?

ELISABETH BORNE
C'est très clair qu'on ne sera pas les bras croisés en attendant les élections présidentielles. L'objectif c'est vraiment de permettre à notre pays d'être plus fort en sortie de crise, de prendre toutes les décisions pour avoir un pays plus fort, plus solidaire ; c'est effectivement l'obsession du président de la République et du gouvernement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je vous garde encore une minute devant le micro en vous demandant de mettre votre ancienne casquette, ministre de l'Environnement, vous l'avez été du 16 juillet 2019 au 6 juillet 2020. Vous aviez décidé, bon c'était décidé, d'augmenter les taxes sur la fiscalité du gazole non routier parce qu'il faut sauver la planète, c'est important et puis subrepticement, ça a été très peu commenté, ça a été décalé à 2023. Qui sera au pouvoir en 2023 ? On n'en sait rien. Vous êtes déçue ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on ne peut pas dire que c'est de façon subreptice quand on a un débat au Parlement et c'est bien dans le projet de loi de finances rectifié.

JEAN-MICHEL APHATIE
Disons que ça n'a pas fait beaucoup de commentaires et que personne n'a beaucoup commenté.

ELISABETH BORNE
Le débat n'a pas eu lieu au Parlement, je ne suis pas sûre qu'il n'y aura pas de commentaires dans le débat avec le Parlement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et ça, ça n'a pas été d'ailleurs débattu au Parlement, ça c'est une décision du gouvernement ?

ELISABETH BORNE
Non, non, c'est de la fiscalité.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'augmentation été décidée au 1er juillet de cette année, elle est reportée en 2023.

ELISABETH BORNE
C'est de la fiscalité, donc je vous confirme que ça fait l'objet d'un débat au Parlement, évidemment il faut faire le maximum pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, il faut aussi tenir compte d'un contexte qui a changé.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous a déçue, le report ?

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous dire ça, je vous dis qu'il y a un contexte qui a changé. Vous savez, il ne faut pas oublier qu'on a pris des décisions très fortes dans ce quinquennat, on arrête les centrales à charbon, on a arrêté Notre-Dame-des-Landes, on a porté moi, j'ai porté avec la secrétaire d'Etat à l'époque Brune POIRSON un projet de loi qui change notre vision sur la consommation pour sortir du tout jetable, on a fait aussi, et j'ai porté aussi, une loi sur la mobilité pour réduire les gaz à effet de serre …

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne va pas refaire le bilan …sur la taxe …

ELISABETH BORNE
Non mais voilà …

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur les taxes, c'est dur !

ELISABETH BORNE
Non mais il ne faut pas réduire non plus l'action du gouvernement depuis le début du quinquennat à ce sujet et il faut aussi tenir compte de l'évolution du contexte sur un tel sujet.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Elisabeth BORNE d'avoir accepté l'invitation de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 juin 2021