Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, à Public Sénat le 5 juillet 2021, sur le débat autour de la vaccination obligatoire contre le Covid-19, la loi SRU et le logement social outre-mer.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invitée politique ce matin c'est Emmanuelle WARGON, bonjour.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, ministre déléguée chargée du Logement, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, bonjour Pascal JALABERT.

PASCAL JALABERT
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. On commence  évidemment Emmanuelle WARGON par la crise sanitaire et Olivier VERAN qui a une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme hier soir, il dit qu'une nouvelle vague pourrait arriver d'ici la fin juillet, due au variant Delta, due aussi à la vaccination qui marque un peu le pas, Olivier VERAN qui demande aux Français d'aller se faire vacciner, le gouvernement qui répète que la vaccination c'est le meilleur moyen de lutter contre le virus et contre ce variant, du coup pourquoi attendre encore pour rendre la  vaccination obligatoire pour les soignants, puisque c'est la voie qui semble être choisie par le gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Nous pensons que les soignants, nous avons besoin qu'ils soient vaccinés, et ce que disait Olivier VERAN, à Solidays hier je crois, c'est que ce n'est pas les montrer du doigt, c'est simplement leur demander d'aller au bout de l'engagement qu'ils portent pour leurs patients, et donc cette question de la vaccination obligatoire des soignants va être mise en débat, y compris mise en débat législatif puisque, vous savez, nous sommes au Sénat, qu'il faut une loi pour ça. En attendant, l'important c'est d'avoir le plus grand nombre de Français, soignants et non soignants, qui vont se faire vacciner.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'il faut attendre ou est-ce qu'il faut le faire avant l'été, vu que si on écoute Olivier VERAN le temps presse, il parle lui-même de course contre la montre ?

EMMANUELLE WARGON
Mais la discussion, elle va avoir lieu dans les jours qui viennent, vous savez que le Premier ministre a écrit à toutes les forces politiques pour leur demander une réponse d'ici demain, il ne me semble, donc nous ne perdons aucun temps, une fois que nous aurons une réponse ça permettra d'envisager un texte et d'aller le plus vite possible en respectant le fait qu'il y a un calendrier parlementaire et des Assemblées à faire délibérer. Au-delà de ça…

ORIANE MANCINI
Mais ça peut être avant l'été.

EMMANUELLE WARGON
Je crois qu'effectivement l'idée c'est de le faire vite, mais au-delà de ça c'est de nouveau un appel à la vaccination, toutes catégories de population confondues,nous avons les doses, le système de vaccination s'adapte le plus possible, maintenant il sera possible d'avoir sa deuxième dose sur son lieu de vacances, et pas dans le même centre de vaccination que là où on a fait la première dose, c'est vraiment le meilleur moyen de se protéger soi-même, et de protéger les autres, et c'est tout le sujet de l'individu et du collectif. On se vaccine pour soi, mais même si on n'est pas inquiet pour soi-même, parce que jeune, parce que en bonne santé, on se vaccine pour les autres, pour ne pas propager le virus.

PASCAL JALABERT
Alors, vous parlez des soignants, mais le Premier ministre dit pourquoi pas l'élargir à d'autres catégories en contact avec le public, ou d'autres personnes, faudra-t-il peut-être aller au-delà des soignants puisqu'on est très loin des 90% de l'immunité collective ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, pour moi la question de l'obligation c'est vraiment celle des soignants, ne serait-ce que parce que les soignants ont déjà des obligations de vaccination, vous savez que pour être soignant il faut être vacciné contre l'hépatite B, donc pour moi la question de l'obligation elle se concentre sur les soignants.

ORIANE MANCINI
Mais quand vous entendez hier François BAYROU, qui est votre allié, et qui dit "j'ai toujours pensé que ça finirait par la décision collective de rendre la vaccination obligatoire", est-ce qu'il n'a pas raison, est-ce que vous n'êtes pas en train de reculer une décision qui de toute manière sera inéluctable ?

EMMANUELLE WARGON
C'est naturel d'avoir un débat, d'avoir un débat politique sur des choses fondamentales de ce type. On est passé de l'incitation à la vaccination, de la course pour avoir suffisamment de doses pour pouvoir proposer à tous ceux qui souhaitent se faire vacciner l'accès aux vaccins, maintenant cette question est derrière nous, c'est aussi un exploit collectif, un exploit des laboratoires, un exploit scientifique, un exploit d'organisation, maintenant on en est à la sensibilisation et la question des soignants, peut-être qu'il y aura plusieurs étapes, mais aujourd'hui pour moi la question c'est les soignants.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que ça finira, comme le dit François BAYROU, par la vaccination obligatoire pour tous ?

EMMANUELLE WARGON
Mais je n'en sais rien, personne ne sait comment tout ça va finir, par ailleurs c'est difficile de faire des projections à moyen terme sur comment l'épidémie va se comporter.

ORIANE MANCINI
On va parler de la question des réformes dans ce contexte. Vous êtes favorable, vous, à une réforme des retraites, vous l'avez dit, vous disiez hier qu'elle nécessite une forme de consensus, or ce consensus pour le moment il n'est pas là, vous entendez les organisations syndicales, vous entendez la majorité des partis politiques, est-ce que ça veut dire que cette réforme elle ne se fera pas dans les  semaines, dans les mois qui viennent ?

EMMANUELLE WARGON
Moi ce qui me frappe c'est aussi la prise de conscience des Français, parce que consensus ça ne veut pas forcément dire uniquement consensus avec les organisations représentatives, ça veut aussi dire qu'est-ce que pensent les Français, et les Français le savent très bien, qu'il va falloir rééquilibrer notre régime de retraite et que, à un moment, il va falloir sortir du système dans lequel on a toujours moins d'actifs qui cotisent pour toujours plus de retraités qui sont financés par notre système de répartition, donc pour moi le consensus c'est une notion large qui concerne évidemment les partis politiques, toutes les parties prenantes, mais aussi les Français eux-mêmes, et moi je pense que le pays en fait est assez mûr pour ce sujet parce qu'il le comprend très bien.

PASCAL JALABERT
Ne prendriez-vous pas un risque à réformer dès la rentrée, alors qu'on est en pleine relance, si le pays est bloqué, est-ce que vous n'allez pas casser la dynamique ? Les premiers chiffres sont plutôt corrects, si le pays est bloqué, les commerçants, la consommation, enfin c'est un risque énorme.

EMMANUELLE WARGON
Ce qui est sûr c'est que l'activité économique se porte de nouveau bien, la relance fonctionne, et des derniers chiffres de l'INSEE montrent que nous aurons atteint, nous aurons retrouvé notre niveau de production et d'activité d'avant crise à la fin de cette année, ça c'est vraiment très satisfaisant, c'est lié au plan de relance, au plan d'investissement. Après, nous avons besoin de continuer à adapter le pays aux grands changements qui se préparent, on a parlé des retraites, il y a évidemment les questions de la dette publique, il y a la question de la solidarité entre les générations, et puis la question qui m'anime qui est la question climatique, et sur tous ces sujets il y a une forme d'urgence, une forme d'urgence à agir pour nous protéger, pour nous protéger des grands risques qui nous menacent, pour nous adapter à l'évolution du monde, ceci doit pouvoir être fait dans le calme, dans l'apaisement, dans l'explication, donc il n'y a pas forcément d'opposition entre transformer et prendre des risques, on doit pouvoir y arriver en expliquant, en débattant, ça a été fait sur un certain nombre de sujets. Je prends les ordonnances travail…

ORIANE MANCINI
Ça doit être fait quand cette réforme des retraites, qu'on sait clairs ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, mais juste pour finir les ordonnances travail, tout le monde nous avait dit, quand les ordonnances travail sont sorties, "vous allez mettre le pays à feu et à sang", elles ont sorti les ordonnances travail et finalement, un, le chômage continue à baisser, il a très peu monté pendant la période de la crise, et deux, finalement tout ceci a été accepté. Donc, ça dépend du débat, ça dépend de notre capacité à porter ces sujets, ça dépend évidemment de l'évolution de l'épidémie, et après, de toute façon, la question vous me posez elle est à poser au président de la République puisque ce sera son choix.

ORIANE MANCINI
Mais vous avez bien un avis sur la question, d'autres l'ont exprimé cet avis, pour vous est-ce que cette réforme des retraites, le débat doit être engagé à la rentrée ou pas, ou est-ce qu'il faut attendre la présidentielle ?

EMMANUELLE WARGON
Pour moi il est possible d'engager le débat à la rentrée et de créer cette forme de consensus large.

ORIANE MANCINI
Juste un dernier mot là-dessus. Bruno LE MAIRE hier il disait que l'exécutif avait une part de responsabilité dans l'échec de la précédente réforme en 2019, il disait notamment "on n'a peut-être pas bien su expliquer, il y avait un manque de lisibilité", il a raison, vous êtes d'accord avec ça ?

PASCAL JALABERT
C'était trop compliqué.

EMMANUELLE WARGON
Je pense que c'était une réforme extrêmement compliquée, qui mélangeait beaucoup de choses et qui, en plus, se déroulait sur une période extrêmement longue, et on arrivait mal -je le sais parce que j'ai défendu cette réforme à l'époque – à expliquer simplement, à vous, à moi, ça va changer quoi, ma pension ressemblera à quoi, donc peut-être qu'il faut être sur un système un peu plus restreint que cette énorme refondation que nous avions envisagée et que nous avions du mal à rendre concrète.

ORIANE MANCINI
Donc concrètement, système restreint, ça veut dire on se concentre sur l'équilibre du système, à savoir sur les paramètres, et on abandonne la grande réforme systémique ?

EMMANUELLE WARGON
Pas forcément, on peut avoir des choses intermédiaires, il y a des questions d'universalité, il y a la question du minimum vieillesse et des petites retraites, donc pas forcément, mais on ne va pas faire le débat avant le débat.

ORIANE MANCINI
Et ça veut dire qu'il ne faut pas faire la même réforme pour vous, c'est ça que vous nous dites ce matin ?

EMMANUELLE WARGON
La réforme, à l'identique, je pense que ce serait difficile de la reprendre à l'identique.

ORIANE MANCINI
On va parler de vos dossiers, du dossier des logements, et notamment du logement en Outre-mer, puisqu'on en parlait tout à l'heure avec la sénatrice Micheline JACQUES de Saint-Barthélemy, puisqu'un rapport a été rendu au Sénat la semaine dernière, assez alarmant sur l'état du logement social en Outre-mer, plusieurs chiffres déjà, 80% des habitants des Outre-mer sont éligibles à un logement social, ils sont seulement 15% à habiter dans un logement social, il n'y a que 20% de logements sociaux en Outre-mer, l'objectif de construction de 10.000 logements par an n'a pas été atteint. Qu'est-ce que vous dites face à ces chiffres, est-ce qu'il y ait une défaillance de la part de l'État ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, je suis globalement assez en phase avec les conclusions du rapport sénatorial et du coup je voudrais saluer la mission, parce que je pense qu'elle a fait un travail important, en profondeur. Il se trouve que j'étais à La Réunion, la semaine dernière, trois jours précisément, pour prendre connaissance vraiment de la situation du logement à La Réunion, qui n'est pas la situation du logement en Outre-mer parce que chaque Outre-mer est spécifique, mais enfin c'est quand même significatif, et je partage les conclusions notamment sur un point qui est la territorialisation parce que ça m'a beaucoup frappée. Nous avons un plan logement Outre-mer qui est partagé entre le ministère des Outre-mer et le ministère du Logement, qui est en fait un cadre général qui pose des grandes lignes, mais ce cadre ne suffit pas, il faut vraiment que territoire par territoire il y ait une interprétation collective de ce que ça veut dire et la création d'une vraie feuille de route opérationnelle. Pour être plus concrète, à La Réunion ce qui manque c'est des petits logements très sociaux, ce n'est pas tous les segments du logement social, ce sont les logements sociaux qui coûtent le moins cher, les logements très sociaux, parce que le prix du logement est très cher à La Réunion, et les logements de petite surface, parce qu'il y a moins de grandes familles, parce qu'il y a des personnes âgées isolées qui commencent à avoir besoin d'un logement, parce qu'il y a des personnes, qui sont actuellement dans des structures d'hébergement ou à la rue, qui n'arrivent pas à avoir accès à un logement, enfin bref, pour plein de raisons. Une fois qu'on a dit ça, ça veut dire qu'il faut se donner ça comme objectif opérationnel à La Réunion, plutôt produire ce type de logements sociaux. Il y a 24 communes à La Réunion, donc la négociation elle peut quasiment se faire commune par commune pour savoir comment est-ce que tout ça ça s'organise, donc l'ancrage beaucoup plus opérationnel de ce plan est nécessaire. Moi j'en suis revenue avec la conclusion que, au moins pour La Réunion, ce n'est pas principalement une question de moyens d'État, ne serait-ce que parce que la LBU, ligne budgétaire qui porte les crédits budgétaires du logement Outre-mer, a été ré-abondée à La Réunion l'année dernière, et que par ailleurs elle n'est pas toujours consommée à l'échelle des territoires d'Outre-mer.

ORIANE MANCINI
Alors ce n'est pas le cas partout, cette ligne budgétaire elle a baissé dans l'ensemble, elle est passée de 270 millions il y a 10 ans à 220 millions aujourd'hui,est-ce qu'elle va être ré-abondée justement ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je suis absolument convaincue que quand on a des projets on sait les financer, et qu'on sait ré-abonder, je veux dire, sur les crédits d'hébergement d'urgence, qui sont des crédits de mon ministère France entière, quand on a des besoins supplémentaires on négocie avec Bercy et on trouve des solutions pour ré#abonder, donc…

ORIANE MANCINI
Donc ça veut dire que vous êtes prêts à mettre plus si les Outre-mer vous le demande, c'est ça ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je suis prête plus, avec Sébastien LECORNU bien sûr, puisque c'est lui qui est responsable de cette ligne budgétaire, mais je suis prête à me battre, avec lui, pour avoir des crédits supplémentaires, mais je ne suis pas sûre que ce soit principalement une question de crédits d'État, c'est une question de capacité à fédérer pour que les projets sortent de terre, et puis, à La Réunion, ce qui était très frappant, c'est qu'il y a beaucoup de projets validés, donc de constructions de logements sociaux sur lesquels il y a eu un accord de tout le monde, la mairie, le bailleur social, l'État qui a dit "Ok, je finance", et 3 ans après ça n'a pas commencé, et ça n'a pas commencé parce que le permis n'a pas été délivré, parce qu'il y a eu une difficulté, parce que les entreprises, les appels d'offres ont été infructueux, enfin pour plein de raisons techniques.

ORIANE MANCINI
Un mot, juste Pascal, pour finir sur la territorialisation, puisque vous nous dites "oui je suis d'accord avec le Sénat, il faut une territorialisation", est-ce que pour que ça aille plus vite vous allez porter cette question dès la loi de décentralisation qui arrive au Sénat mercredi ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne crois pas qu'on soit prêt pour la loi de décentralisation qui arrive dans trois jours, et puis, par ailleurs, c'est un travail, encore une fois, à faire avec le ministère des Outre-mer, je vois mon collègue la semaine prochaine pour en parler, mais, ensuite, on n'a pas forcément besoin d'un texte législatif, le simple fait de dire on se donne quelques lignes directrices très très opérationnelles pour les deux années qui viennent, territoire par territoire, avec des indicateurs plus précis, et on les suit, peut-être que ça suffit, qu'on n'a pas besoin d'un chantier législatif important.

PASCAL JALABERT
Comment vous expliquez que des Français, on va dire "aisés", possèdent des logements en Outre-mer et sont poussés à investir en Outre-mer au moyen de la défiscalisation, que ça ne produise pas d'effet sur place ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, il y a quand même un parc privé, qui est financé par ces outils de défiscalisation, de Français des Outre-mer, ou de la métropole, il faut vérifier que ce parc répond aux besoins, vraiment, et ça fait partie de ce travail de territorialisation, quitte à ajuster après pour que la défiscalisation incite à de la production qui soit vraiment utile. Et puis après on a une deuxième difficulté en Outre-mer, que j'ai mieux comprise en allant sur place, qui est la détérioration rapide du parc, parce que, pour des raisons météo, climatiques, etc., et aussi parce qu'on n'a pas forcément construit comme on construirait aujourd'hui, on a des bâtiments qui ne sont pas si vieux, 20 ans, 30 ans, et qu'il faut complètement réhabiliter, et sur lesquels on a financé la construction à un moment et maintenant il va falloir financer la rénovation, donc ça pose aussi des questions sur quelles constructions.

ORIANE MANCINI
Il y a aussi le problème des logements vacants, il y a beaucoup de logements vacants dans les Outre-mer, dans la loi Egalité réelle pour les Outre-mer en 2017, il y a une taxe sur ces logements vacants qui a été votée, sauf qu'elle n'est pas appliquée, est-ce que vous allez faire en sorte qu'elle soit appliquée cette taxe ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, j'ai été interpellée par les parlementaires là-bas, enfin, interpellée, on a eu cette discussion, puisque j'ai évidemment eu un échange avec eux, et je me suis engagée à regarder exactement, je suis rentrée vendredi, donc je n'ai pas encore la réponse aujourd'hui, mais on va regarder.

ORIANE MANCINI
Vous allez réfléchir. Il y a une autre demande des sénateurs, c'est des Assises, des Assises du logement dans les Outre-mer, est-ce que ça vous êtes prête à les organiser ces Assises ?

EMMANUELLE WARGON
Pour moi ça va avec la territorialisation, parce que je ne suis pas sûre qu'il faille faire une grande démarche générale sur les Outre-mer, pour moi chaque territoire ultramarin a ses propres besoins, et donc cette idée de territorialisation et de feuilles de route, moi j'ai souhaité que le préfet produise un projet de feuille de route et le partage dans une réunion formelle très collective à la rentrée, avec tous les acteurs, parce que ça n'a pas de sens d'avoir une feuille de route État, il faut avoir une feuille de route pour le territoire de La Réunion, donc avec la présidente du Conseil régional, le président du Conseil départemental, les maires, les bailleurs, etc.

ORIANE MANCINI
On va parler de la loi SRU, la loi Solidarité Renouvellement Urbain, c'est la loi qui impose des quotas de logements sociaux aux communes, cette loi elle expire en 2025, vous avez dit que vous allez travailler sur cette question dans la loi Décentralisation qui arrive mercredi au Sénat. Concrètement, qu'est-ce qui va se passer, est-ce que vous allez la prolonger encore ou est-ce que cette loi va devenir pérenne ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, ça c'est prêt, puisque ça arrive et ça sera discuté d'ici la fin de la semaine en première lecture au Sénat. nous rendons, enfin si le Sénat le vote, nous rendrons la loi SRU permanente, c'est-à-dire que tant qu'une commune n'a pas atteint 20 ou 25% de logements sociaux la mécanique de la loi SRU continue, mais nous la contractualisons beaucoup plus, et donc je crois que nous avons trouvé un point d'équilibre entre une obligation, que nous réaffirmons, et le fait que les trajectoires, pour atteindre cette obligation, seront plus souples et plus contractualisées au bon échelon, c'est-à-dire maire et préfet.

ORIANE MANCINI
Mais ça veut dire quoi ?

EMMANUELLE WARGON
Très concrètement, la loi SRU dit "vous devriez avoir tant de logements sociaux dans telle commune, vous n'y êtes pas, donc vous devez rattraper l'écart", il y a une formule de calcul pour rattraper l'écart, et plus on se rapproche de la date limite, qui est 2025, plus la formule de calcul est dure, et elle n'est pas négociable. Demain, l'écart de base à rattraper, par période de 3 ans, ce sera un tiers, mais ça sera modulable, c'est-à-dire que si une commune dit "moi je ne peux pas rattraper un tiers de mon écart en 3 ans, c'est trop difficile", on pourra réduire à un quart, voire réduire encore plus si on est dans une démarche intercommunale, donc il y a une marge de négociation, ce qui veut dire qu'il y a une marge de prise en compte…

ORIANE MANCINI
Commune par commune ?

EMMANUELLE WARGON
Commune par commune, entre le préfet et le maire, une marge de prise en compte de la réalité. On retravaille aussi les exemptions, dans un certain nombre de cas des communes demandent à être exemptées, pour différentes raisons, donc on réécrit un peu la base des exemptions pour qu'elles soient plus adaptées à la réalité, et donc l'obligation reste, et je pense que c'est important, on a besoin de logements sociaux partout, et notamment on a besoin de bien répartir le logement social sur le territoire, mais avec des facultés, des assouplissements, une capacité à tenir compte de la réalité, qui sera plus forte qu'aujourd'hui, où les outils actuels ne le permettent pas.

PASCAL JALABERT
Oui, mais justement, y a-t-il vraiment besoin du logement social partout, ne faut-il pas plutôt mener une politique hyper décentralisée, hyper localisée, on sait très bien qu'il y a des communes qui n'en veulent pas, qui n'ont pas la population pour ça, donc pourquoi une loi qui contraigne tout le monde ?

EMMANUELLE WARGON
En fait le logement social c'est potentiellement le logement des classes moyennes, parce que vous disiez qu'en Outre-mer 80% des ménages sont éligibles au logement social, en métropole ça doit être 65 ou 70%, le logement social ce n'est pas la représentation des logements de mauvaise qualité, dans des grands ensembles, etc.

PASCAL JALABERT
Non, bien sûr, il y en a de très bonne qualité.

EMMANUELLE WARGON
Le logement social aujourd'hui ce sont des petits immeubles, le logement social aujourd'hui ce sont une partie de programmes immobiliers, quand vous regardez un programme neuf qui se construit, parfois c'est impossible, et c'est très bien, de dire quelle est la tranche en logement social et quelle est la tranche qui ne l'est pas, donc le logement social c'est juste du logement, à prix régulé, pour les  classes moyennes, y compris ce qu'on appelle les travailleurs-clés, les infirmières, les aides-soignantes, les caissières, etc., tous ces gens qui ont besoin d'habiter pas trop loin de là où ils travaillent, et on s'est rendu compte pendant le premier confinement à quel point ces travailleurs étaient essentiels à notre vie collective. Donc, la loi SRU, elle impose du logement social, en gros, dans les grandes villes, dans les villes moyennes, dans les métropoles, là où il y a de l'activité économique et là où il y a besoin d'avoir des personnes qui travaillent et qui n'ont pas à faire une heure et demie de transport aller et retour pour aller travailler, donc le besoin il existe partout. Après, il y a beaucoup de formes de logement social, il n'y a pas de raison de stigmatiser le logement social, donc je suis convaincue qu'il faut garder cette obligation. C'est grâce à cette obligation qu'on en a construit, la loi SRU elle date de 2000, on a construit 1,8 million de logements sociaux depuis, dont la moitié dans des communes soumises à cette obligation, sinon on concentre, et la concentration ce n'est pas une bonne idée.

PASCAL JALABERT
Oui, vous avez des communes qui ont 40% de logements sociaux, alors ne faut-il pas…

ORIANE MANCINI
Justement, à ce sujet, je voudrais vous lire ce que disait hier Olivier CAPITANIO. Vous êtes élue, vous, du Val-de-Marne, c'est le nouveau président du Conseil départemental…

EMMANUELLE WARGON
Je suis élu au Conseil régional, au titre du Val-de-Marne, mais pas dans le département.

ORIANE MANCINI
Voilà, vous étiez tête de liste dans le Val-de-Marne.

EMMANUELLE WARGON
Absolument.

ORIANE MANCINI
Le nouveau président du Conseil départemental il dit justement qu'il veut changer la politique de logement et que l'une de ses premières décisions sera d'arrêter de financer la construction de logements sociaux dans les villes qui en comptent déjà plus de 40% et de réaffecter ces crédits aux communes carencées, est-ce qu'il a raison ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, moi la partie de la phrase qui m'intéresse le plus c'est la réaffectation aux communes carencées, parce que j'ai eu beaucoup de discussions avec les maires du Val-de-Marne, j'en ai d'ailleurs eues avec les maires du Val-d'Oise, les maires des Yvelines, et en dehors de la région Ile-de-France, j'ai reçu physiquement, ou par visio, beaucoup de délégations de maires pour bien comprendre, et un certain nombre de ces maires disent "on n'est pas contre le logement social, simplement parfois c'est difficile, on ne sait pas très bien comment boucler les opérations, on a beaucoup de contraintes", donc moi la partie qui m'intéresse dans ce qu'il dit c'est, on va aider les communes carencées à développer des programmes de logements sociaux, parce que dans certains cas on est plutôt dans une situation de blocage.  Après…

ORIANE MANCINI
Et donc oui à la réaffectation.

EMMANUELLE WARGON
Avec Nadia HAI, nous avons signé une lettre aux préfets, il y a quelques semaines, pour leur dire d'arrêter de financer des programmes de logements très sociaux dans les communes qui sont, je crois qu'on avait dit au-dessus de 35%. Donc, moi je ne suis pas contre un arrêt systématique, parce que dans le logement social vous avez des logements étudiants, vous avez des résidences vieillesse, vous avez des logements intermédiaires, vous avez beaucoup de types de logements, donc il n'y a pas de raison d'avoir une règle en dur, mais en gros dire, quand on a déjà à 35 ou 40% de logements sociaux, dans ce cas-là on fait attention à la diversification si on en produit plus, très bien.

ORIANE MANCINI
Et pour vous c'est 35 ou 40, parce que Valérie PECRESSE, par exemple, dans "Le Parisien" vendredi, elle disait qu'il faut un plafond à 30% pour les logements sociaux.

EMMANUELLE WARGON
Non, mais Valérie PECRESSE elle a divisé par plus de deux le budget du logement et du logement social à la région Ile-de-France dans sa dernière mandature, elle est passée de 100 millions à 40 millions d'euros, donc elle parle surtout de son bouclier, mais en réalité ce qu'elle a fait c'est qu'elle a désarmé la possibilité de la région de financer des programmes de logements…

ORIANE MANCINI
Donc non pour le plafond à 30% ?

EMMANUELLE WARGON
Donc le sujet ce n'est tant le plafond, qui est un sujet très symbolique, qui va toucher très peu de communes, que la capacité à faire là où il y a besoin.

ORIANE MANCINI
Question politique pour terminer, sur Emmanuel MACRON, Pascal.

PASCAL JALABERT
Oui. Donc, le président MACRON, et puis son entourage, ont constaté quand même l'échec aux dernières régionales, faut-il restructurer le parti La République en Marche, ou alors, comme le dit François BAYROU, créer un grand mouvement différent pour être prêt à porter un projet pour un second mandat éventuel ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord on a besoin de plus d'ancrage local, c'est clairement ça qu'on ressent parce que, il y a un côté poule et oeuf dans ces élections…

PASCAL JALABERT
Ça c'est manqué !

EMMANUELLE WARGON
Pour pouvoir être crédible vis-à-vis des électeurs il faut que les électeurs vous connaissent, vous reconnaissent, vous ai vu à l'œuvre, y compris dans des fonctions d'opposition, et ce sont nos militants qui avaient été candidats aux élections municipales, qui sont candidats aux départementales, qui progressivement créaient cet ancrage, et du coup nous avons besoin, à La République en Marche, à Territoires de progrès, dont je fais partie, d'avoir des militants qui sont vraiment sur le terrain. Le fait de faire une campagne dématérialisée ça n'a pas aidé non plus, puisque pendant toute une période c'était difficile d'aller à la rencontre des électeurs. Après, nous avons un socle politique, et un programme politique, un projet politique, qui est large, en gros aux valeurs républicaines de droite modérée et de gauche modérée, et il faut que les partis qui portent ça pour le président trouvent la manière de le faire de façon unifiée et fluide. Alors, est-ce qu'il faut un grand parti, plusieurs, des sensibilités ? Ça, tout ça, ça va se discuter dans les différentes instances politiques.

ORIANE MANCINI
Et vous, vous faites partie de ces sensibilités, vous parlez de Territoires de progrès…

EMMANUELLE WARGON
Oui, moi je fais partie de Territoires de progrès.

ORIANE MANCINI
Territoires de progrès c'est un peu l'aile gauche…

EMMANUELLE WARGON
Absolument.

ORIANE MANCINI
De la majorité, il y aura un congrès ce week-end, vous êtes candidate vous à la tête de Territoires de progrès ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je suis très intéressée pour prendre des responsabilités dans Territoires de progrès, je suis…

ORIANE MANCINI
Vous êtes intéressée par la présidence ou pas ?

EMMANUELLE WARGON
Le congrès de ce week-end c'est juste un congrès statutaire qui définit les statuts, donc chaque chose en son temps, en tout cas je suis intéressée pour m'y investir et y prendre des responsabilités, c'est vraiment ma famille politique, c'est celle à laquelle je crois, c'est celle qui est bien représentée par le président de la République et par son bilan social, et qui n'est représentée par aucune autre force  politique parce que le PS ne la représente plus.

ORIANE MANCINI
Et elle se fait assez entendre cette aile gauche, vous avez l'impression d'être assez entendus ?

EMMANUELLE WARGON
On essaye, on essaye, mais, voilà, à chaque fois qu'on a la parole on la prend.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire pas forcément oui.

EMMANUELLE WARGON
En tout cas ce qui est sûr c'est que le bilan social du président il n'est pas suffisamment connu et défendu, il existe, moi je considère que le bilan social du président est meilleur que le bilan social de la mandature HOLLANDE.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup.

EMMANUELLE WARGON
Merci.

ORIANE MANCINI
Merci Emmanuelle WARGON d'avoir été notre invitée