Interview de Mme Nathalie Élimas, secrétaire d'État à l'éducation prioritaire, à Europe 1 le 30 décembre 2021, sur la possibilité de transformer le passe sanitaire en passe vaccinal.

Texte intégral

LIONEL GOUGELOT
Bonjour Nathalie ELIMAS.

NATHALIE ELIMAS
Bonjour.

LIONEL GOUGELOT
Secrétaire d'Etat chargée de l'Education prioritaire auprès du ministre de l'Education nationale. Bienvenue dans les studios d'Europe 1.

NATHALIE ELIMAS
Merci.

LIONEL GOUGELOT
Nathalie ELIMAS, le raz de marée des 200.000 contaminations au Covid, et une possible nouvelle explosion des cas positifs d'ici la fin de la semaine ne changera rien à la détermination du Gouvernement, de maintenir la rentrée des classes lundi prochain ?

NATHALIE ELIMAS
Absolument, alors, évidemment, nous regardons toujours les choses parce que ce qui se passe dans la société se reproduit bien sûr en miroir dans l'école, donc plus le virus circule dans la société, plus il circule dans l'école, néanmoins, notre détermination, et elle est inchangée depuis le début de la crise, bien sûr, c'est de tout faire pour maintenir nos écoles ouvertes, on sait combien c'est important pour nos enfants, pour les professeurs, pour les familles, donc c'est vraiment notre objectif, et en ce sens, nous ne cessons d'adapter les protocoles et les mesures pour protéger nos professeurs et nos élèves.

LIONEL GOUGELOT
Mais est-ce que vous ne craignez pas qu'un nombre d'enseignants important risquent d'être absents à la rentrée justement du fait de la multiplication des contaminations et des cas contacts parce qu'ils sont – vous venez de le dire – dans la société française, ces enseignants ?

NATHALIE ELIMAS
Oui, il y a des professeurs qui sont contaminés, il y a des élèves aussi qui sont contaminés, pour répondre à votre question sur l'absence de nos professeurs du fait de la contamination, eh bien, nous savons, là encore, nous avons appris – désormais, nous avons de l'expérience, j'allais dire malheureusement – comment gérer, donc il y a du renfort qui est prévu pour remplacer les professeurs…

LIONEL GOUGELOT
En cas d'absences ?

NATHALIE ELIMAS
En cas d'absences, et puis, si vraiment il y avait trop d'absences, eh bien, nous pouvons aussi travailler avec nos élèves à distance.

LIONEL GOUGELOT
Est-ce qu'on ne risque pas de fermer des classes au moment de les rouvrir compte tenu justement des observations qui pourront être faites en termes d'absences de professeurs…

NATHALIE ELIMAS
Ce qui a été décidé, là, effectivement, c'est d'ouvrir l'école, d'ouvrir les classes le 3 janvier, il y a un conseil de défense le 5 janvier, et nous verrons alors ce que nous allons faire, mais néanmoins, le 3 janvier, et je le dis sur votre antenne pour rassurer les familles, les classes seront ouvertes, les enfants seront accueillis à l'école tout à fait normalement.

LIONEL GOUGELOT
Est-ce que vous êtes parvenu, au ministère de l'Education nationale, à mettre au point clairement ce protocole de tests pour le retour des enfants à l'école quand un cas positif aura été détecté dans une classe ?

NATHALIE ELIMAS
Notre doctrine a évolué ces derniers temps, vous savez, en septembre, à la rentrée, dès lors qu'il y avait un cas positif dans la classe, on fermait la classe, et puis, en parallèle, nous avons mis à disposition des élèves des tests, 400.000 tests par semaine, il s'est avéré qu'il y avait un faible taux d'acceptation des familles, donc nous avons fait évoluer la doctrine, aujourd'hui, quand un élève est positif dans une classe, tous les autres doivent se faire tester en dehors de l'école par leurs parents, donc, d'ailleurs, on nous dit qu'il y a plus de cas positifs, mais c'est en fait un effet de loupe, parce que plus on cherche, plus on trouve. Donc dès lors qu'il y a un cas positif dans une classe aujourd'hui, les élèves vont se faire tester, et ceux qui sont négatifs reviennent en classe, et bien sûr, ceux qui sont positifs restent isolés à la maison.

LIONEL GOUGELOT
Mais il y aura-t-il un deuxième test quelques jours après, voire un troisième, les explications de Jean-Michel BLANQUER, votre ministre de l'Education nationale ont été un peu floues ces dernières heures ?

NATHALIE ELIMAS
C'est une hypothèse de travail…

LIONEL GOUGELOT
Ce n'est qu'une hypothèse pour l'instant.

NATHALIE ELIMAS
A ce stade, c'est une hypothèse de travail, c'est d'ailleurs quelque chose qui est recommandé par les pédiatres quand le [virus] circule très fortement en population générale, donc c'est recommandé par les pédiatres que de faire un deuxième test aux enfants, mais j'ai envie de vous dire que c'est déjà le cas, en tout cas pour les adultes, si, demain, vous êtes qu'un contact, vous allez aller vous faire tester, quelques jours après, vous recevrez un SMS vous invitant à vous refaire tester une deuxième fois. Donc ça pourrait être le cas, rien n'est décidé, nous sommes encore au stade des hypothèses.

LIONEL GOUGELOT
Mais entre ces deux tests, les élèves resteront à la maison ?

NATHALIE ELIMAS
C'est exactement comme ce qui se passe pour nous aujourd'hui, quand vous êtes cas contact, alors, évidemment, cela dépend si c'est le Delta ou si c'est le variant Omicron, raison aussi pour laquelle je vous dis que c'est une hypothèse de travail et que ça n'est pas encore tranché, parce que je vous rappelle que là, à la fin de la semaine, justement, sur ces délais d'isolement, nous allons ajuster le curseur, donc tout ça va se faire progressivement, mais en tout cas, je le dis et je le répète, pour le 3 janvier, les enfants seront accueillis à l'école tout à fait normalement.

LIONEL GOUGELOT
C'est la seule certitude qu'ont les parents, Nathalie ELIMAS, après, il va y avoir une période malgré tout d'incertitude qui va qui va s'ouvrir compte tenu de l'évolution encore une fois des contaminations et compte tenu de l'adaptation dont vous serez obligée de faire preuve…

NATHALIE ELIMAS
L'adaptation, c'est le mot juste, et c'est ce que nous faisons….

LIONEL GOUGELOT
Et c'est donc une incertitude…

NATHALIE ELIMAS
Et c'est ce que nous faisons depuis le début de cette pandémie, nous nous adaptons, avec agilité en responsabilité, et d'ailleurs, Monsieur GOUGELOT, je vous rappelle que nous sommes capables de le faire dans les deux sens, rappelez-vous à l'automne dernier le virus circulait moins, nous avons adapté le protocole dans un sens beaucoup plus favorable, en proposant aux élèves de retirer le masque, donc, oui, c'est ce que nous faisons, c'est ce que font les Français. Et je veux d'ailleurs saluer vraiment leur esprit de responsabilité, leur esprit de résilience et leur sens du collectif dans cette pandémie, c'est comme ça qu'on va s'en sortir.

LIONEL GOUGELOT
Dimanche dernier, des médecins avaient signé une tribune pour demander le report de la rentrée d'une semaine, non pas forcément pour casser immédiatement la progression du virus, mais, disons, pour laisser un peu de temps aux écoles de s'organiser par rapport à ce protocole, de façon sécurisée, pourquoi ne pas avoir laissé un peu de temps, justement, plutôt que de faire le work in progress, comme vous le disiez tout à l'heure, à l'occasion de la première…

NATHALIE ELIMAS
Vous me parlez d'une tribune qui est parue effectivement il y a quelques jours [dans] Le JDD. Vous savez, si je reviens un petit peu en arrière, alors, je n'aime pas regarder dans le rétroviseur, mais on peut en parler deux minutes, à la rentrée, là, en septembre, il y avait déjà des tribunes qui nous disaient qu'il ne fallait pas rouvrir les écoles, l'année dernière, c'était la même chose. Vous savez, si on doit ajuster la situation à chaque fois qu'il y a une tribune de x médecins, X ceci, bon, on ne s'en sort pas, nous travaillons à la lumière des recommandations des experts scientifiques, pour les élèves, de la recommandation des experts, des pédiatres, et en fonction de cela, nous tranchons, et nous tranchons sérieusement et de façon encore une fois extrêmement responsable ; on ne peut pas, la situation est beaucoup trop grave pour que l'on ne cesse d'ajuster le curseur au regard d'une tribune qui est publiée ici ou là, il faut être sérieux, vous savez, Monsieur GOUGELOT.

LIONEL GOUGELOT
Eh bien oui, le retour de l'obligation du port du masque en extérieur à Paris et en région parisienne, est-ce que ça préfigure de nouvelles mesures de restrictions qui pourraient être prises dans les prochains jours ?

NATHALIE ELIMAS
Ça a été annoncé par le Premier ministre à l'issue du conseil de défense lundi dernier, effectivement, dans les centres villes, à la main des préfets, écoutez, quand on voit la situation, plus de 208.000 cas positifs hier, chaque seconde, 2 Français sont contaminés, plus d'un million de Français sont aujourd'hui malades de la Covid. 10 % des Français sont cas contacts, là encore, il faut s'ajuster à cette situation, le virus circule très fortement dans la population. Et voilà, on remet le masque effectivement aussi à l'extérieur, c'est une contrainte pour nous tous, on en est évidemment bien conscient, mais encore une fois, notre objectif, notre boussole restent inchangés, c'est protéger les Français.

LIONEL GOUGELOT
Le projet de loi qui transforme le pass sanitaire en pass vaccinal, c'est la formule communément admise, est-ce que vous avez observé, Nathalie ELIMAS, les réserves du Conseil d'Etat sur ce projet, d'après le Conseil d'Etat, qui risque de porter une atteinte particulièrement forte aux libertés dit le Conseil d'Etat.

NATHALIE ELIMAS
Vous savez, il y a 5 millions de Français qui ne sont pas vaccinés, quand on regarde ce qui se passe dans les hôpitaux, parce que, vous savez, bien sûr, il y a le nombre de cas positifs, mais ce qu'il faut regarder avec précision, c'est le nombre, c'est la tension hospitalière, quand on s'intéresse de près à ce qui se passe dans les hôpitaux, il y a 70 % des personnes hospitalisées qui ne sont pas vaccinées, donc, oui, aujourd'hui il faut bien sûr mettre la pression sur celles et ceux qui ne sont pas encore vaccinés, il y a trois catégories de personnes qui ne sont vaccinées, il y a ceux qui sont dans l'hésitation, et là, on va mettre le paquet, tout faire pour les convaincre. Il y a ceux qui sont éloignés de la vaccination, les mesures d'aller vers, elles sont là, et on va les renforcer.

LIONEL GOUGELOT
… Quand même, parce que le contingent, pardonnez-moi l'expression, de non vaccinés éloignés, il ne bouge pas pratiquement, il y a toujours 4, 5 millions…

NATHALIE ELIMAS
Mais on va continuer à aller vers ces populations-là, les gens qui sont isolés, éloignés sur les territoires, dans les quartiers, on y va, et on va continuer à y aller, et puis, il y a les réfractaires, bon, ceux-là, malheureusement…

LIONEL GOUGELOT
Que vous ne convaincrez jamais…

NATHALIE ELIMAS
On n'arrivera peut-être pas à les convaincre. En tout cas, le pass vaccinal, c'est bien l'objectif du pass vaccinal…

LIONEL GOUGELOT
Je reviens sur les considérations de droit, exposées par le Conseil d'Etat, restrictions particulièrement fortes aux libertés, ça doit poser problème, est-ce qu'il n'y a pas un risque juridique pour que certaines dispositions du texte soient retoquées après, ensuite, par le Conseil constitutionnel ?

NATHALIE ELIMAS
Ecoutez, déjà, les parlementaires vont faire leur travail, ils se sont réunis, le ministre a été auditionné hier, je l'ai écouté très attentivement, j'entends bien ce que vous dites, et ces points de droit, je suis juriste moi-même, je comprends parfaitement les choses, néanmoins, il y a un équilibre à trouver entre ces points de droit et la circulation de ce virus, et de ces deux variants, le Delta et le Omicron, aujourd'hui, qui viennent se percuter, on est à 208.000 cas positifs chaque jour. Alors la question de droit, je l'entends bien, comme j'entends les oppositions nous dire : nous ferons des meetings politiques quoi qu'il se passe parce que c'est écrit dans notre Constitution, eh bien, qu'ils le fassent, ils ont le droit, vous avez raison, c'est écrit dans la Constitution.

LIONEL GOUGELOT
Et comment vous jugez cette attitude ?

NATHALIE ELIMAS
Ils ont le droit. Ils ont le droit d'être irresponsables, nous, Monsieur GOUGELOT, je vais vous dire, nous avons le devoir d'être responsables, ça n'est pas la même chose, qu'ils le fassent, je vais vous dire, c'est de la provocation, c'est de la provocation, et ce n'est pas la responsable politique qui vous parle, c'est la citoyenne, imaginez ces masses dans des salles qui vont écouter tel ou tel alors que les autres, les Français mettent le masque dans la rue, 13 millions de tests ont été faits la semaine dernière, imaginez la responsabilité collective des Français et l'irresponsabilité particulière de ces opposants politiques.

LIONEL GOUGELOT
Vous visez plus particulièrement évidemment le Rassemblement national et La France Insoumise…

NATHALIE ELIMAS
LFI, oui, le Rassemblement national, effectivement, je crois que là, dans la quinzaine, la première quinzaine de janvier, effectivement il y a deux meetings politiques qui sont prévus pour ces deux formations politiques, le Rassemblement national de Marine LE PEN et LFI de Jean-Luc MELENCHON, d'ailleurs, ce n'est plus la France Insoumise, c'est la France irresponsable à ce stade, la France Insoumise à l'Assemblée a systématiquement voté contre tout ce que nous avons proposé dans le cadre de cette pandémie, on nous accuse, on nous fait un procès en déni de démocratie ; c'est la 12ème fois que le ministre est au banc, c'est la 12ème fois. Donc c'est vraiment la France irresponsable, les oppositions sont irresponsables pour celles-ci, quant aux autres, et là, je pense particulièrement à madame PECRESSE, mais où est-elle, madame PECRESSE ? Elle a proposé de fermer les écoles, madame PECRESSE ou de reporter la rentrée des classes…

LIONEL GOUGELOT
Comme certains médecins…

NATHALIE ELIMAS
Comme 50 médecins, mais ça n'est pas la majorité des médecins qui pensent cela, ça n'est pas la majorité des familles et des élèves qui veulent cela, monsieur GOUGELOT, c'est tout à fait l'inverse, et depuis, on ne l'entend plus, je pense qu'elle est à la Baule en train de se reposer, elle a bien raison.

LIONEL GOUGELOT
A propos de, c'est ma dernière question, à propos de la jauge dans les stades, ne serait-il pas plus pertinent de fixer une jauge en fonction de la capacité d'accueil des enceintes sportives, plutôt que de fixer un seuil unique et identique pour chaque stade, qui est un petit peu stupide, il faut bien le dire ?

NATHALIE ELIMAS
La question est posée, la question est posée, d'ailleurs, les parlementaires en ont débattu hier, un amendement a été adopté en ce sens, il se peut qu'il soit à nouveau adopté en séance la semaine prochaine, en tout cas, vous voyez bien que rien n'est fermé, le texte est sur la table, ce sont les parlementaires qui font la loi, et s'ils le décident, eh bien, bien sûr que [les] jauges seront proportionnées dans les établissements.

LIONEL GOUGELOT
Merci…

NATHALIE ELIMAS
Merci à vous.

LIONEL GOUGELOT
Merci Nathalie ELIMAS d'avoir accepté l'interview, l'invitation d'Europe 1 ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 décembre 2021