Texte intégral
SONIA MABROUK
La Grande Interview sur CNEWS et Europe 1. Mon invité ce matin est la ministre de la Culture, également candidate à la mairie de Paris. C'est peu dire que la bataille s'annonce intense. Bonjour et bienvenue à Rachida DATI.
RACHIDA DATI
Bonjour Sonia MABROUK.
SONIA MABROUK
Merci de votre présence. Beaucoup de sujets à évoquer avec vous ce matin. En Iran tout d'abord, les manifestations contre le régime des Mollahs prennent de l'ampleur et sont réprimées dans le sang avec aujourd'hui des exécutions par pendaison qui sont prévues alors que Donald TRUMP laisse planer la menace d'une intervention militaire, que le Moyen-Orient est en ébullition. Le monde s'enflamme avec de nombreux rassemblements. Emmanuel MACRON a finalement réagi hier soir en condamnant, je cite, "la violence d'État". Que répondez-vous à cela ? C'est trop peu, c'est trop tard ? Pourquoi une telle prudence, une telle retenue ?
RACHIDA DATI
D'abord, vous l'avez dit, dans un Moyen-Orient et une région très enflammée, j'allais dire, et très inflammable. Et moi je pense que ceux qui disent : "Oui, il faut agir tout de suite, il faut tout faire, tout et n'importe quoi…", on est dans les responsabilités. Ce sont des chefs d'État, ils agissent en responsabilité, ils font aussi des déclarations en responsabilité. Ce qui se passe en Iran est inacceptable, intolérable. J'allais dire, c'est un crime de masse, c'est une violence à l'aveugle que nous devons dénoncer et qui ne doit pas se poursuivre. Et évidemment, vous avez le Chancelier allemand qui a pris position, le Président français, et c'est une réalité, il faut prendre position. Je rappelle aussi que nous avons encore deux otages, évidemment, en Iran et tout ça doit se faire avec aussi beaucoup de, j'allais dire, de discernement malheureusement. On est obligé, nous avons aussi nos compatriotes qui sont retenus en Iran. Et donc tout ça se fait en considération de tous ces éléments. Donc il faut condamner fermement. Et ce n'est pas parce qu'on ne déclare, on fait une déclaration publique une seule fois, qu'il n'y a pas d'action ou d'agissement ou de réaction ou évidemment des relations qui se tissent pour pouvoir, évidemment, enrayer, empêcher évidemment cette violence à l'aveugle, c'est une réalité.
SONIA MABROUK
Et le combat, Rachida DATI, c'est aussi celui des Iraniennes, des femmes iraniennes qui se battent pour échapper au joug des fondamentalistes religieux. Hier, à votre place, l'eurodéputée LFI Manon AUBRY estimait que le voile, alors elle dit que le voile est un bout de tissu, alors elle admet qu'il est utilisé pour réprimer les femmes en Iran, mais qu'il n'y a aucune comparaison à faire quant au symbole en France. Que répondez-vous à cela ? Est-ce que pour vous ce bout de tissu est compatible avec le principe d'égalité entre les femmes et les hommes ?
RACHIDA DATI
D'abord Sonia MABROUK, vous êtes une fine observatrice justement de cette région. Rappelez-vous, moi je me souviens, j'ai ce souvenir de l'arrivée de l'Ayatollah KHOMEINY en Iran, avec ces mouvements populaires…
SONIA MABROUK
Qui étaient en France…
RACHIDA DATI
Exactement et qui est retourné en Iran justement pour installer, instaurer ce régime des Mollahs. Moi j'ai été très marquée très vite par ce côté obscur et noir, c'est-à-dire que c'est arrivé à enfermer immédiatement les femmes. Les femmes sont toujours les premières victimes d'une dictature, d'une autocratie, de violences, j'allais dire de ces meurtres. Ce sont les premières victimes. Et de dire que ce voile est un bout de tissu, je vais vous dire, y compris pour les femmes qui le portent en conscience, j'allais dire pour certaines, elles disent en liberté, ça n'est pas un bout de tissu, c'est autre chose. C'est un symbole pour certains religieux, pour d'autres politiques. Et quand les deux sont combinés, c'est très dangereux. Et donc j'ai trouvé assez irresponsable cette déclaration de dire que c'est un bout de tissu. Ça n'est pas un bout de tissu. Ça emporte beaucoup de choses. D'ailleurs quand vous avez face à vous une femme qui porte le voile, vous-même, dans votre comportement, vous n'avez pas le même que si c'était un bandeau ou un petit fichu sur la tête.
SONIA MABROUK
Pourquoi ? Vous-même vous n'avez pas la même attitude ?
RACHIDA DATI
Je n'ai pas la même, quand je veux dire, je n'ai pas la même attitude parce que je sais qu'il y a un message qui est donné par cette personne quand elle est face à moi avec un foulard qui n'est pas qu'un bout de tissu.
SONIA MABROUK
En tout cas l'enlever en Iran, on sait malheureusement à quoi ça conduit et ce que ça donne, et soutien, on peut le dire, aux Iraniens et aux Iraniennes en particulier. Ce matin, on revient sur le plan politique en France, Rachida DATI, tandis que la colère des agriculteurs ne faiblit pas. Des tracteurs sont prévus dans la capitale. La semaine s'annonce également compliquée sur le plan politique. Il y a deux motions de censure, LFI et RN, sans compter les discussions sur le budget, toujours ardues. Emmanuel MACRON a émis l'idée d'un Haut-Commissariat à la diversité pour, dit-il, mobiliser les diasporas avec des figures telles que Christiane TAUBIRA, Pap NDIAYE, Lilian THURAM, Najat VALLAUD-BELKACEM, Amel BENT. Nous qui pensions que la République était une et indivisible, que pensez-vous d'une telle initiative ? À quoi elle renvoie ?
RACHIDA DATI
Je n'ai pas été consultée sur ce sujet, donc je ne suis même pas au courant de cette initiative, parce que ce qui se dit, moi je fais toujours très attention à ce qui sort dans la presse. D'abord, soit c'est faux, soit ça peut être déformé. S'agissant d'un commissariat à la diversité, ça a existé.
SONIA MABROUK
Ça ressemble plutôt à…
RACHIDA DATI
Moi je me souviens, sous Nicolas SARKOZY, avec le commissariat à la diversité, qui était présidé par Yazid SABEG, qui a d'ailleurs fait long feu, et s'est très vite arrêté. Moi, je vais vous dire, je ne suis pas favorable. On va regarder, Sonia, vous-même ou moi-même, est-ce que quelqu'un a une lecture ethnique de notre parcours ? On a une autre lecture de nos parcours personnels.
SONIA MABROUK
C'est grave que le président ait cette lecture-là. Lui qui est le garant de l'universalisme.
RACHIDA DATI
Justement, c'est pour ça, parce que ça a été décrit comme cela dans la presse.
SONIA MABROUK
Est-ce que ce n'est pas le cas, quand vous voyez qui en fait partie ?
RACHIDA DATI
Non mais, parce que…
SONIA MABROUK
Ils sont tous Français d'abord…
RACHIDA DATI
Il n'a pas été créé. C'est une rumeur et c'est une phrase dans la presse.
SONIA MABROUK
Si tel était le cas, qu'est-ce que vous diriez ? Si vraiment, Amel BENT…
RACHIDA DATI
Je n'y suis pas favorable. Qu'il y ait des discriminations en France, oui. Qu'il y ait des inégalités en France, oui. C'est contre cela qu'il faut lutter. Moi, j'ai trop souffert, rappelez-vous de l'arrivée de SOS RACISME dans certains quartiers. Le droit à la différence a créé beaucoup de dégâts. Le droit à la différence a été une manière d'exclure certains. De dire que finalement, vous n'êtes pas un citoyen que Français.
SONIA MABROUK
A part entière, peut-être pouvez-vous le dire au président de la République ?
RACHIDA DATI
Bien sûr, mais je ne crois pas que ce soit dans son projet. En tout cas, moi, je n'ai pas été consultée. Ce que j'ai lu dans la presse, je le verrai comme vous-même.
SONIA MABROUK
Est-ce que ça vous étonne de la part de quelqu'un qui avait dit qu'il n'y a pas une seule culture française, mais des cultures, qui parfois a un penchant pour le communautarisme et pas forcément l'universalisme ? Alors, c'est un procès d'intention ?
RACHIDA DATI
C'est plus nuancé que ça. Vous allez dire que je défends le président de la République parce que c'est le Président et que je suis ministre. Je suis plus libre que ça. Et la qualité qu'il a, c'est qu'il laisse une vraie liberté. Regardez sur ses ministres. Moi, j'ai été ministre. Je peux vous dire qu'on n'avait pas à prendre position sur le portefeuille d'un collègue du Gouvernement. Là, tout le monde parler, dire ce qu'il veut sur le portefeuille du voisin, sur la politique nationale, internationale, chacun dit ce qu'il veut. Nous, à l'époque, on ne fonctionnait pas comme ça. Donc, il laisse une vraie liberté en responsabilité à chacun. Si demain, il me venait à me consulter sur ce sujet, je lui dirai ce que j'en pense.
SONIA MABROUK
Vous lui direz que la France, ce n'est pas l'exaltation des différences ?
RACHIDA DATI
Exactement. Moi, je trouve qu'il faut lutter contre les discriminations et les inégalités. Donner un critère qui n'est pas objectif pour faire une différence entre les individus, ça conduit au communautarisme, ça conduit au séparatisme.
SONIA MABROUK
En préparant cela, Rachida DATI, j'ai trouvé une vidéo de vous-même il y a une dizaine d'années. Vous disiez : "Moi, je ne suis pas une icône de la diversité".
RACHIDA DATI
Parce que, ça ne veut rien dire.
SONIA MABROUK
"Je ne me revendique pas comme telle. Le critère, c'est le social, c'est la méritocratie, c'est le dépassement de soi." Je suppose que vous voulez être…
RACHIDA DATI
Moi, je me souviens d'un débat que j'avais eu sur une émission qui s'appelle "Europe Express", qui était animée par Christine OCKRENT. Et j'avais un débat avec KRIVINE. Et il disait : "Oui, justement, ce droit à la différence". Et il disait : "Oui, il y a plus de discrimination vis-à-vis des basanés". Je le cite. Vous pouvez retrouver l'émission. Ça me revient en mémoire. Et j'étais à côté de lui. Et donc, qu'il y ait une lutte contre les discriminations, c'est-à-dire contre les inégalités, c'est mon combat depuis toujours. Et je lui ai posé la question. J'étais magistrat. Je lui ai dit : "Mais est-ce que vous me considérez comme une basanée ou pas une basanée ?" Parce qu'il disait "mes amis basanés". Et il était très gêné.
SONIA MABROUK
Je peux le comprendre, très gêné, c'est assez frappant.
RACHIDA DATI
On en arrive à ça.
SONIA MABROUK
Est-ce que bientôt, il y aura un Haut-Commissariat aux blancs, alors ?
RACHIDA DATI
Ou aux basanés ?
SONIA MABROUK
Donc CQFD pour les stéréotypes maintenant…
RACHIDA DATI
Donc, vous vous dites, Madame MABROUK, que c'est une initiative du Président. Ça n'a pas été évoqué. On n'a pas été consulté. Et je suis ministre de la Culture. Je pourrais être dans la boucle, justement. Et donc, ça n'a pas été le cas. Et ce que j'ai vu dans la presse, que chacun a interprété, moi, je ne suis pas favorable.
SONIA MABROUK
En tous les cas, beaucoup vous considèrent, il faut le reconnaître, Rachida DATI, comme le symbole de ce dépassement dans votre parcours. Un parcours qui pourrait vous mener jusqu'à l'Hôtel de Ville de Paris. En attendant, les récents sondages vous donnent au coude-à-coude avec le candidat socialiste, Emmanuel GRÉGOIRE. Après 25 ans de socialisme, qu'est-ce qui pourrait vraiment faire basculer la ville et la capitale ?
RACHIDA DATI
De sondage en sondage, quel est le premier enseignement de ces sondages ? C'est que les Parisiens, depuis 2001, c'est historique, veulent l'alternance. Ils veulent un changement. Et donc, ça, c'est historique. Moi, je dis, nous avons une possibilité de changer Paris radicalement. Et donc, c'est en votant, évidemment, pour cette alternance. Je l'incarne.
SONIA MABROUK
Vous êtes la candidate de l'alternance, c'est ça l'enjeu de cette bataille ?
RACHIDA DATI
Je suis le candidat de l'alternance. Mais vous savez, certains se focalisent sur ma personnalité. Elle clive, elle ne clive pas. Moi, je suis déterminée. J'ai de l'énergie. Je l'ai, de l'ambition pour cette ville. Mais je ne suis pas seule. J'ai une équipe. Nous avons des élus qui sont déjà implantés. Qui ont une expérience. Qui, évidemment, ont une vision et une ambition pour Paris. Nous avons l'expérience. Nous avons les talents.
SONIA MABROUK
Certains pourraient vous dire la même chose, Emmanuel GRÉGOIRE vous dit : "Moi, je suis implanté depuis longtemps. J'ai l'expérience et l'équipe."
RACHIDA DATI
Nous répondons. Si de sondage en sondage, les Parisiens nous disent qu'ils veulent l'alternance, c'est que nous avons fait des propositions crédibles. En termes de logement. En termes de sécurité. En termes d'attractivité. En termes de propreté.
SONIA MABROUK
De réduction de dette ?
RACHIDA DATI
En termes de mobilité. En termes de réduction de dette, vous avez raison de le mentionner. Alors là, le choix, il est simple. Il est basique. C'est stop ou encore. Est-ce que vous voulez continuer ?
SONIA MABROUK
Stop ou encore quoi ?
RACHIDA DATI
Est-ce que vous voulez continuer avec cette équipe, la même, depuis 25 ans, la même.
SONIA MABROUK
C'est un autre visage. Un autre candidat.
RACHIDA DATI
Monsieur GRÉGOIRE a été le premier adjoint de Madame HIDALGO. Comme je l'ai dit récemment, elle a décidé, il a exécuté. Il a été son premier adjoint. C'est fort d'être premier adjoint du maire d'une ville. Il s'est associé à Monsieur BÉLLIARD. Qui s'est associé à Monsieur BROSSAT. Maintenant, il y a des transfuges de LFI. Ils vont jusqu'à l'extrême gauche. Ils font les fonds de tiroirs pour pouvoir se compter. Pour ne pas perdre leur siège. Ce n'est pas qu'ils ne veulent pas perdre Pairs, ils ne veulent pas perdre leur siège. Moi, je vais vous dire. Il y a un élément majeur que j'invite les Parisiens à voir. En décembre 2025, pas décembre 1972, en décembre 2025, un budget a été voté par Monsieur GRÉGOIRE, Monsieur BÉLLIARD, Monsieur BROSSAT et Madame HIDALGO.
SONIA MABROUK
Que contient-il ?
RACHIDA DATI
Et que contient-il ? Une baisse forte d'investissement sur les collèges et les lycées. Une baisse forte sur la sécurité. Vous voulez une police municipale armée ? Elle n'existe pas. Vous voulez plus de caméras de vidéoprotection ? Ça n'existe pas. Vous voulez plus de sécurité ? Ça n'existera pas. Vous voulez un périscolaire plus sécurisé ? Nous avons un Outreau du périscolaire aujourd'hui à Paris. Avec des animateurs qui agressent et qui violent les enfants.
SONIA MABROUK
Vous êtes la candidate de l'alternance, dites-vous, de la crédibilité. Pardonnez-moi, Madame DATI. À en croire que le candidat en face propose toujours moins de sécurité, plus d'impôts, plus de dettes.
RACHIDA DATI
Je vous invite à regarder le budget voté en décembre par cette équipe. Il y a douze milliards de dettes. Le taux de désendettement, ce n'est pas moi qui le dis, c'est la Chambre régionale des comptes. Aujourd'hui, pour désendetter Paris, il faut près de quarante ans. Le seuil d'alerte pour une collectivité locale, c'est moins de douze ans. Donc nous sommes déjà en zone rouge. Quand il augmente, il y a dans ce budget 800 millions d'euros pour du logement social préempté à prix d'or.
SONIA MABROUK
Attendez, on ne va pas faire tout le budget…
RACHIDA DATI
Non, ce n'est pas tout le budget, c'est des marqueurs. Ce sera un budget qui sera ouvert en 2026 par cette équipe qui est aux manettes depuis 25 ans. Douze milliards de dettes, du logement social préempté à prix d'or. Près de deux milliards pour des subventions à des associations clientélistes. Moins de sécurité, moins de propreté.
SONIA MABROUK
Je les entends déjà répondre, Madame DATI, vous êtes ministre d'un Gouvernement qui, alors là, fait exploser tous les compteurs de la dette et ce matin vous donnez des leçons pour Paris ?
RACHIDA DATI
Alors, je vais vous dire, le bilan de Monsieur MACRON, c'est quoi ? Le Président MACRON, c'est 1,4 milliard de plus pour la culture, pour une démocratisation beaucoup plus importante. C'est deux millions d'emplois industriels qui ont été créés.
SONIA MABROUK
Je peux ajouter les 3 000 milliards de dettes ? C'est aussi votre bilan ?
RACHIDA DATI
Je vais vous dire, on assume. Il y a eu le Covid, il y a eu une crise financière. Certains vous disent en disant : "On a eu les amortisseurs nécessaires. Il n'a pas été remis en cause la santé des Français, l'emploi des Français. Tous ces amortisseurs, notamment la protection des Français, toutes ces protections, elles ont été financées". Pour autant, deux millions d'emplois industriels créés. Évidemment, une prime d'activité, un pouvoir d'achat amélioré.
SONIA MABROUK
De toute façon, vous allez passer pour la candidate macroniste et pas seulement de droite, Madame DATI.
RACHIDA DATI
Non, ce n'est pas ça, non, qu'on n'ait pas fait tout bien, oui, il y a des crises. Quand vous êtes un homme d'État, vous avez un projet, une vision, une ambition pour un pays. Et vous vous adaptez en fonction des crises. C'est comme ce qu'on disait sur l'Iran. Ce n'est pas le tweet qui va résoudre ce qui se passe en Iran. C'est ce qui se passe derrière, en responsabilité. Non mais, c'est pour ça que pour Paris, je le redis madame MABROUK, nous avons une chance historique de faire basculer Paris. Je le redis, ça n'est pas majeur, ça n'est pas mineur. Simplement, le budget qui a été adopté en décembre 2025 va être mis en œuvre en 2026 avec moins de sécurité, pas de mobilité, encore plus d'entrave pour l'attractivité et encore plus de problèmes de sécurité.
SONIA MABROUK
Donc vous dites : "Vous êtes la candidate de l'alternance, vous êtes la candidate de la crédibilité". Mais est-ce que vous pouvez gagner seule ? Il y a eu… cette semaine…
RACHIDA DATI
Alors attendez, autre chose. Paris s'est vidé de ses forces vives. Près de 150 000 Parisiens ont quitté Paris. 50 000 enfants ont quitté les écoles parisiennes. Non mais madame MABROUK, vous êtes mère de famille. On ne peut pas accepter qu'une ville se vide de ses forces vives.
SONIA MABROUK
Pour arriver à faire face à tous ces défis, est-ce que vous avez besoin de candidatures, j'allais dire, amicales, entre guillemets ? Est-ce que vous les considérez ainsi ? Sarah KNAFO rejoint la course.
RACHIDA DATI
Oui, mais tout l'émiettement. Si on a un émiettement des voix et des votes, au premier tour, je l'ai dit, c'est un chèque en blanc que nous donnons à la gauche et à l'extrême gauche.
SONIA MABROUK
Ça veut dire quoi ? Que Sarah KNAFO et Pierre-Yves BOURNAZEL risquent de vous faire perdre ?
RACHIDA DATI
Moi je dis, tout émiettement, au premier tour, l'alternance est compromise. Je le dis en responsabilité. Ils font des propositions, ils savent qu'ils ne peuvent pas gagner. Les propositions, il faut faire attention à ce qu'on dit. C'est pour ça que je dis aux journalistes…
SONIA MABROUK
Le monopole de la crédibilité dans cette bataille parisienne ?
RACHIDA DATI
Parce qu'on a une expérience. Aujourd'hui, on a une expérience. On a des propositions. Nous avons fait des contre-propositions. De Conseil de Paris en Conseil de Paris, que vous avez observé, nous avons fait des propositions qui ont été rejetées.
SONIA MABROUK
Il est vrai que vos saillies par rapport à Anne HIDALGO sont très remarquées. Mais je voudrais vous faire réagir à Sarah KNAFO madame la ministre.
RACHIDA DATI
Non. Et vous avez un bilan. Est-ce que Monsieur GRÉGOIRE peut se départir du bilan de madame HIDALGO ? Il a été son premier adjoint.
SONIA MABROUK
Est-ce que vous pouvez vous départir du bilan de monsieur MACRON ?
RACHIDA DATI
Moi, je suis élue de Paris. Je ne suis pas présidente de la République. Je ne suis pas Premier ministre. Je suis ministre de la Culture. Est-ce que le budget de la Culture a baissé ? Je me suis battue pour qu'il ne baisse pas. Bien au contraire. Est-ce que la démocratisation de la Culture a reculé ? Non. Sur la protection du patrimoine, regardez, nous avons battu des records de visites sur les monuments historiques nationaux. Notre patrimoine, c'est un patrimoine commun. C'est une communauté de destin.
SONIA MABROUK
Et on va en parler. Vous ne m'avez pas répondu sur Sarah KNAFO. Elle, elle vous dit, elle assure ne pas vouloir faire perdre la droite. Elle se dit même prête à travailler avec vous. Est-ce que vous dites ce matin que l'Union fait la force ?
RACHIDA DATI
J'appelle tous les Parisiens. Certains peuvent dire, les Parisiens disent : "Je voterai pour vous au deuxième tour". Certains disent : "Je vais voter pour quelqu'un d'autre au premier. Mais je vous assure que vous aurez mon vote au deuxième tour". Je dis aux Parisiens : "Ne perdons pas. Il faut un vote utile". Nous avons une chance historique de changer Paris.
SONIA MABROUK
Mais c'est une alliée ou pas ?
RACHIDA DATI
Moi, mes alliés, ce sont les Parisiens. Vous savez très bien.
SONIA MABROUK
Donc vous partez seule en bataille ?
RACHIDA DATI
Non, je ne suis pas seule, je suis avec une équipe. Nous avons des élus implantés.
SONIA MABROUK
Mais pas avec des candidats. Vous considérez que vous n'avez pas de candidats ?
RACHIDA DATI
Non. Ce sont les Parisiens qui votent. Vous savez madame MABROUK, le mode de scrutin a changé. Pour une fois, c'est historique aussi. Les Parisiens pourront voter directement pour leur maire. Ils auront un bulletin Rachida DATI, quel que soit l'arrondissement.
SONIA MABROUK
Oui mais moi, je veux savoir qu'est-ce qu'il y a en dessous du bulletin Rachida DATI ? Je m'étonne de voir par exemple…
RACHIDA DATI
J'ai une équipe. J'ai des élus.
SONIA MABROUK
Bien sûr Rachida DATI. Donc on a bien compris que vous dénoncez l'émiettement, mais vous n'avez pas de scrupules à échanger, dit-on, lit-on dans la presse, vous allez nous confirmer si c'est le cas ou pas, avec madame Sophia CHIKIROU, candidate de la France Insoumise, proche de Jean-Luc MÉLENCHON. Est-ce que vous avez noué une sorte de pacte de non-agression ?
RACHIDA DATI
Vous savez, madame CHIKIROU, monsieur GRÉGOIRE, on voulait la rallier. Elle ne l'a pas voulu. Donc il me la renvoie. Mais moi, je ne suis pas à l'extrême gauche, ça ne vous a pas échappé. Je ne suis pas LFI. On n'échange pas sur la politique, pas du tout. On n'échange pas tout court d'ailleurs.
SONIA MABROUK
Il faut échanger d'ailleurs entre responsables politiques, ce n'est pas interdit quand même.
RACHIDA DATI
Mais bien sûr. Vous savez, ma force, je parle avec tout le monde, y compris avec des opposants. Je parle avec tout le monde.
SONIA MABROUK
Vous ne parlez pas de la bataille à Paris ? Vous ne dites pas que votre adversaire commun c'est monsieur GRÉGOIRE ?
RACHIDA DATI
Non mais on ne se parle pas. Je n'ai pas d'échange avec elle. Ce n'est pas mon amie, ce n'est pas mon alliée. Nous n'avons pas mené des combats communs. Ce qui nous rassemble, mais c'est pour tous les candidats, on se présente à une élection. On présente un projet. Mais il faut faire attention. Moi je dis, par exemple, des chefs d'entreprise, les commerçants. Les commerçants à Paris, dès lors où vous êtes commerçant, vous pouvez voter à Paris. Inscrivez-vous. Vous avez jusqu'à la fin du mois. Inscrivez-vous sur les listes. Vous êtes les premières victimes de cette politique de gauche, de ce chaos qui existe à Paris. Inscrivez-vous et votez. C'est notre chance de changer Paris. Je parle à tous les Parisiens. Vous pourrez avoir un bulletin Rachida DATI, pour le changement à Paris. C'est important de le rappeler. Et je vous le dis, tout émiettement, c'est un chèque en blanc à la gauche et à l'extrême gauche.
SONIA MABROUK
Vous le dites à bon entendeur. Vous le dites surtout à Sarah KNAFO et à Pierre-Yves BOURNAZEL.
RACHIDA DATI
Exactement, mais je le dis à tout le monde. C'est pour ça que monsieur GRÉGOIRE essaie de faire oublier qu'il est le premier adjoint de madame HIDALGO. Et ce qu'il propose en ce moment, pourquoi il ne le met pas en œuvre ? Regardez, il y a un scandale dans le périscolaire. Les animateurs scolaires, moi, j'ai une politique sur le périscolaire. Je mettrai des animateurs. Pour le périscolaire, c'est un métier d'être animateur. Vous ne confiez pas vos enfants à des agresseurs sexuels ou des prédateurs. Là, ils n'ont même pas reçu les familles. Il est encore élu. Il est dans la majorité municipale. Il est important de le faire parler sur ce bilan. Ce bilan, c'est aussi…
SONIA MABROUK
Il répondra sur ce sujet…. On le recevra également, exactement.
RACHIDA DATI
C'est aussi son bilan. Il ne faut pas l'oublier. Nous, nous incarnons le changement et l'alternance. J'appelle tous les Parisiens à pouvoir se mobiliser et voter pour nous, pour Rachida DATI, pour mon équipe, pour un changement historique pour Paris.
SONIA MABROUK
Vous avez d'autres dossiers. Après une interruption, la commission d'enquête sur l'audiovisuel public va finalement reprendre le 19 janvier prochain ses auditions. Mais son rapporteur, le député UDR Charles ALLONCLE, sera sous étroite surveillance de ses collègues après les pressions, ou en tous les cas, la mise en garde, on va dire, de la présidente de l'Assemblée, Yaël BRAUN-PIVET. Voilà que le président de la commission, Jérémie PATRIER-LEITUS, a décrété une nouvelle règle : il est désormais interdit de communiquer en temps réel sur les réseaux sociaux pendant les auditions. Il est recommandé, dit-on, d'avoir une parole plus mesurée dans la presse. Alors ma question est simple. Est-ce qu'il a posé les bonnes questions qui dérangent, monsieur ALLONCLE ?
RACHIDA DATI
Quand vous êtes parlementaire et que vous demandez des comptes à toute institution qui, évidemment, est financée par l'argent des Français, c'est sain. Les commissions parlementaires, ce sont des parlementaires qui demandent des comptes au nom des Français sur l'utilisation de l'argent public. Mais le débat en ce moment sur l'audiovisuel public est totalement dévoyé.
SONIA MABROUK
Par qui ? Par quoi ?
RACHIDA DATI
Y compris par certains qui sont dans l'audiovisuel public. Je leur dis : "Vous vous trompez de combat". Moi, ma position a toujours été claire, sans être ministre de la Culture. Mon parcours culturel, si je puis dire, il a été fait grâce à l'audiovisuel public. Je veux que l'audiovisuel public reste fort et reste public. Et cette polémique de s'opposer, de se bagarrer avec les médias privés et tout, c'est une fausse querelle. Aujourd'hui, qu'est-ce qui est important ? C'est un audiovisuel public fort, renforcé, avec des moyens. C'est moi, grâce aussi au sénateur VIAL…
SONIA MABROUK
Et transparent ?
RACHIDA DATI
Bien sûr. C'est l'argent des Français.
SONIA MABROUK
Ah ben alors par exemple…
RACHIDA DATI
Attendez, pour finir. Grâce au sénateur VIAL et au sénateur LAFON, j'ai sanctuarisé le financement de l'audiovisuel public, ce qui ne devait plus être le cas, à compter du 1er janvier 2025. Et donc c'est important de le rappeler. Il faut que les forces soient rassemblées, mieux organisées, avec une stratégie plus cohérente, qui s'adresse à tous les Français. Que cet audiovisuel soit pluraliste et qu'il soit financé.
SONIA MABROUK
Représentatif des Français, financé, transparent. Et pour ça, est-ce qu'il faut remettre des pièces, comme celles qui ont été demandées, notamment par le député Charles ALLONCLE, comme les contrats de société de production, ceux de NAGUI et d'autres ? Est-ce qu'on peut disséquer le budget production de FRANCE TÉLÉVISIONS ? Est-ce que c'est légitime pour vous ?
RACHIDA DATI
Le ministère de la Culture a une tutelle. On demande des comptes, ça nous remonte. Il est légitime que la représentation nationale demande, évidemment, où va l'argent des Français dans le financement de programmes de production. Par exemple, RADIO FRANCE est plus intégrée. FRANCE TÉLÉVISIONS sous-traite beaucoup plus sur des maisons de production. C'est une autre manière de gérer leur production, que chacun puisse, évidemment, en transparence, fournir les éléments demandés par la représentation nationale. Moi, ça me semble tout à fait légitime et sain.
SONIA MABROUK
Rachida DATI, vous permettez trois questions vraiment courtes. Si vous pouvez amener des réponses tout aussi courtes. Hier, le Louvre était fermé pour cause de grève faute d'avancées suffisantes dans les négociations engagées avec le ministère de la Culture, rapportent les syndicats. Est-ce qu'on va venir au bout de cette grève et de tout ce qui a secoué, surtout le Louvre… ce vol scandaleux.
RACHIDA DATI
D'abord, je rappelle que les opérateurs culturels, un opérateur comme le Louvre, c'est un établissement autonome. Et le ministère de la Culture n'est pas en gestion directe du musée du Louvre. Il y a effectivement un problème de gouvernance. Il y a un problème, évidemment, de responsabilité. Et simplement aujourd'hui, moi, je suis en direct, je reçois les syndicats, les organisations syndicales qui ont des préoccupations et des revendications qui sont légitimes. Elles le savent puisque je les reçois. Et donc évidemment nous allons prendre nos responsabilités très prochainement.
SONIA MABROUK
Pour conclure, procès de Marine LE PEN en appel. La présidente du Rassemblement national risque l'inéligibilité. Les magistrats, dont Rémy HEITZ, affirment que les magistrats dans cette affaire agissent en totale indépendance et que ce n'est pas un procès politique. Il a raison ? Oui, non.
RACHIDA DATI
Moi, ce que je vous dis, il ne faut pas instrumentaliser la justice à des fins politiques. Je vous le dis. Et je le dis avec beaucoup de distances.
SONIA MABROUK
Ça risque d'être votre cas avec des affaires à venir en septembre.
RACHIDA DATI
Non. Moi, j'ai ce contrat RENAULT qui ne concerne pas de l'argent public. C'est un contrat privé, de droit privé. Et donc moi, je m'en expliquerai. Je n'ai aucune difficulté là-dessus. Moi-même, je suis magistrat, statutairement. Je dis simplement : "Faisons attention à l'instrumentalisation de la justice". Cette institution est trop noble pour pouvoir l'instrumentaliser à des fins politiques, pour ne pas dire politiciennes, ou pour éliminer des candidats à des élections, et notamment à l'élection suprême.
SONIA MABROUK
Et en fait, les 200 ans du Figaro. La ministre de la Culture a forcément un lien, évidemment, est la responsable politique étroite avec le Figaro. Vous allez même dire qu'entre vous et le Figaro, c'est du sérieux rappelant une phrase d'il y a quelques années, j'imagine que ça remonte au début de votre parcours politique.
RACHIDA DATI
Moi, j'ai fait une petite vidéo pour eux, pour le Figaro. Le Figaro a changé ma vie. Parce que, comme vous le savez, j'ai été aide-soignante de nuit pendant près de six ans. Et il y avait une salle de soins où il y avait des journaux, il y avait un Figaro. Et dans ce Figaro, j'ai trouvé une interview d'Albin CHALANDON. Et ce qui m'avait interpellée, c'était son prénom. J'ai lu l'interview. Six mois plus tard, je l'ai rencontré. Il a changé ma vie. Donc voilà.
SONIA MABROUK
Paix à son âme…
RACHIDA DATI
Exactement.
SONIA MABROUK
Et pour le Figaro, Alexis BRÉZET, Vincent TRÉMOLET DE VILLERS, toute l'équipe évidemment.
RACHIDA DATI
Nous serons ce soir aux 200 ans.
SONIA MABROUK
Effectivement. Et demain, Europe 1, matinale spéciale depuis le Grand Palais. Merci madame la ministre. Merci Rachida DATI.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 janvier 2026