Texte intégral
JEFF WITTENBERG
Bonjour Stéphane Rist.
STÉPHANIE RIST
Bonjour Jeff Wittenberg.
JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. On l'entendait dans le journal de 8h, aujourd'hui auront lieu les obsèques de Lyhanna. Ce drame continue de bouleverser les Français et d'alimenter une grande colère contre les failles du système judiciaire qui n'a pas pu empêcher la survenue de ce crime. On va parler des mesures que vous préconisez notamment et que vous allez mettre en œuvre à la tête du ministère de la Santé, mais d'abord est-ce que vous estimez comme Emmanuel Macron, comme le Président, que c'est la question de la confiance en nos institutions qui est posée ? C'est ce qu'il a dit au conseil des ministres.
STÉPHANIE RIST
Permettez-moi d'abord aujourd'hui, on va enterrer une jeune fille de 11 ans, de m'associer à la famille, à la tristesse de la famille, évidemment à la tristesse aussi des Français que j'ai rencontrés. Et évidemment, j'ai toute une pensée pour eux, évidemment aujourd'hui. Pour répondre à votre question, je crois qu'il y a effectivement une détermination de notre Gouvernement à renforcer cette confiance qu'on voit déstabilisée. Les manifestations ont montré un doute dans cette confiance dans les institutions et c'est quelque chose…
JEFF WITTENBERG
Une colère aussi, madame la ministre.
STÉPHANIE RIST
Évidemment, une colère qu'on partage, que j'ai pu partager.
JEFF WITTENBERG
Une révolte contre le fait que la Justice n'ait pas pu empêcher ce crime.
STÉPHANIE RIST
C'est révoltant, une jeune fille qui est tuée par un prédateur. Je rappelle que le meurtrier est responsable de cette mort. Mais ça n'éloigne pas d'éventuelles responsabilités individuelles ou collectives qui seront mises en avant par les enquêtes qui ont démarré et qui seront rendues publiques, comme l'a dit le Premier ministre.
JEFF WITTENBERG
Madame Rist, vous dites que ça n'empêche pas les responsabilités collectives. Est-ce que l'État, pour vous, est coupable, tout simplement ?
STÉPHANIE RIST
Vous savez, quand on est ministre et qu'on se lève le matin pour travailler – moi, je suis ministre de la Santé et des Familles – évidemment qu'on se sent responsable, évidemment qu'on se sent une charge importante pour protéger les Français. Et donc, encore une fois, je crois qu'il faut regarder les choses les unes après les autres. Aujourd'hui, c'est le temps de l'émotion, évidemment. Il y a les enquêtes indépendantes qui seront rendues en toute transparence publique, qui évaluera des responsabilités individuelles ou collectives. Et puis, il y a le temps de l'action. Et vous savez, dire la vérité aux Français, c'est aussi dire les actions qu'on a menées depuis 2017 sur ce sujet.
JEFF WITTENBERG
Vous croyez – et ce sera ma dernière question sur l'ambiance générale que génère cette affaire – que lorsque le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, votre collègue, vient s'excuser à une heure de grande écoute, expliquer qu'il comprend que les Français, je le cite, soient terrifiés par de telles défaillances de la justice, et qu'il ne songe pas lui-même à démissionner comme certains le lui demandent. Est-ce que c'est cohérent pour vous ?
STÉPHANIE RIST
Je rappelle que ce n'est pas Gérald Darmanin qui a tué malheureusement cette jeune fille. D'autre part, il va y avoir des responsabilités individuelles, collectives, qui vont être mises en évidence probablement par les rapports, les enquêtes qui sont en cours. Mais ça ne dédouane aucun ministre, vous savez, de ce Gouvernement. Je suis ministre des Familles. Je ne me sens pas dédouanée de la responsabilité qui est la nôtre. Ce que je sais, c'est qu'avec Gérald Darmanin, depuis que je suis arrivée ministre, nous avons travaillé un texte de loi pour améliorer la protection de l'enfance qui arrivera au mois de juillet.
JEFF WITTENBERG
On va en parler maintenant. Justement, vous faites partie des ministres aussi qui ont été réunis par Sébastien Lecornu cette semaine. Votre mission, c'est la protection de l'enfance, à la tête du ministère de la Santé et des Familles, on le rappelle. Il y avait un texte de loi qui avait été présenté le 27 mai au Conseil des ministres, précisément sur la protection des enfants. Il y avait une mesure phare qui était de généraliser l'attestation d'honorabilité, c'est-à-dire que l'on sache, lorsque l'on confie des enfants, à qui on les confie, qu'est-ce qui a changé et qu'est-ce qui va changer ?
STÉPHANIE RIST
Ce qui est important de redire, c'est qu'en 2017, les politiques de protection de l'enfance n'existaient pas. Il n'y avait pas de création d'unité, peut-être on en reparlera après, d'unité d'accueil pédiatrique pour les enfants en danger. Il n'y avait pas de politique de prévention des mille premiers jours qu'Adrien Taquet a porté et qui permettent de mettre des moyens sur la prévention. Il n'y avait pas non plus de notion de certificat d'honorabilité qui ont été mis en place dans certains secteurs, la toute petite enfance, qui nous a permis d'éloigner plus de 6 000 personnes au contact d'enfants qui auraient été à risque.
JEFF WITTENBERG
Pardon, excusez-moi, mais le bilan n'est pas bon finalement. Vous avez fait peut-être beaucoup de choses depuis 2017, mais lorsque malheureusement on voit la multiplication des crimes…
STÉPHANIE RIST
Je dis ça en toute humilité, mais la vérité, c'est aussi que nous avons agi et que nous devons continuer d'agir. C'est pour ça que nous proposons un texte de loi qui va permettre de continuer d'agir. Pour répondre à votre question sur le certificat d'honorabilité, nous l'étendons à toutes les personnes qui pourraient être en contact auprès d'enfants, que ce soit dans le secteur de la santé, de l'éducation, du périscolaire. Et donc, c'est une réponse importante qui permettra d'éloigner des prédateurs des enfants.
JEFF WITTENBERG
Comment est-ce qu'on peut être sûr que les prédateurs, justement, ne passent pas à travers les mailles du filet ? Parce que, je rappelle, le certificat d'honorabilité, c'est en quelque sorte une sorte de casier judiciaire ++ où on montre qu'il n'y a jamais eu de condamnation, ni même de mise en examen par rapport à des faits qui toucheraient à des crimes ou des problèmes sexuels. Mais est-ce que c'est imparable comme mesure, en quelque sorte ?
STÉPHANIE RIST
D'abord, pour répondre à votre question, ça a été mis en place déjà, c'est ce que je disais, et ça a permis d'éloigner plus de 6 000 personnes. Donc on voit que c'est quelque chose qui est efficace. Admettre que le risque zéro n'existe pas… Vous savez, je suis médecin et le risque zéro, il faut aussi dire la vérité, personne, aucune loi, aucune politique ne pourra retirer l'ensemble des risques. Notre responsabilité est d'agir pour prévenir au maximum les risques. Et ce certificat d'honorabilité que nous allons rendre transversal entre tous les secteurs, que toute personne qui sera à côté d'un enfant…
JEFF WITTENBERG
Y compter les baby-sitters qui viendront garder un enfant à titre privé ?
STÉPHANIE RIST
En fait, ce certificat d'honorabilité va permettre de croiser des fichiers, des fichiers de la justice qui permettront de dire qu'une personne a déjà eu un problème, parce que…
JEFF WITTENBERG
Pas nécessairement une condamnation.
STÉPHANIE RIST
Non, pour suspicion de faits d'actes de violences sexuelles auprès des enfants.
JEFF WITTENBERG
Vous l'avez rappelé, vous êtes vous-même médecin, que peuvent faire les médecins eux-mêmes ? Est-ce que les choses vont changer aussi dans ce domaine pour prévenir encore une fois d'éventuels crimes comme celui qu'on vient de connaître ?
STÉPHANIE RIST
Oui, je fais des travaux actuellement avec les professionnels de santé pour voir est-ce que les signalements, quand ils sont face à une famille et à un enfant en danger, est-ce que le signalement se fait facilement ? On a à simplifier le mode de signalement des professionnels de santé face à un enfant en danger. On a aussi à former l'ensemble des professionnels qui sont en contact avec les enfants. Ça se fait déjà dans certaines équipes, nous devons renforcer ça.
JEFF WITTENBERG
Qu'on vous comprenne bien, madame Rist ; par exemple, les médecins sont soumis au secret médical. Est-ce que lorsqu'ils entendent des choses, ils doivent communiquer ? Est-ce que les choses doivent changer dans ce domaine, selon vous ?
STÉPHANIE RIST
Alors, il faut, un, que quand ils ont décidé de signaler, ils puissent le faire et que ce soit efficace.
JEFF WITTENBERG
Ça, ça existe déjà.
STÉPHANIE RIST
Et deux, nous travaillons, et c'est ce que je vous dis, nous travaillons avec l'ensemble des ministres d'ailleurs, à voir comment renforcer le texte de loi et je travaille avec les professionnels de santé pour voir si une obligation est nécessaire ou si les mesures d'efficacité sont celles de la simplification du signalement.
JEFF WITTENBERG
Une obligation de révéler d'éventuels doutes ou d'éventuels soupçons dans une famille, par exemple, qui aura entendu un médecin, c'est bien ce que vous proposez ?
STÉPHANIE RIST
Oui, de recueillir la parole de l'enfant et quand ils ont des soupçons, de signaler. Actuellement, ils le font.
JEFF WITTENBERG
Obligation donc de lever le secret médical si nécessaire.
STÉPHANIE RIST
Ils ont la faculté de le faire. Ce qui est très important aussi, c'est qu'on puisse protéger ces professionnels de santé qui vont signaler et c'est ce sur quoi je travaille avec eux en ce moment.
JEFF WITTENBERG
Le Premier ministre a dit le 9 juin, devant les députés, que les nouvelles dispositions, le projet de loi qui sera présenté aux députés en juillet serait prêt, je le cite, dans dix jours. Ça nous amène au 19 juin. Est-ce que vous confirmez qu'on va avoir très vite les dispositions que vous esquissez ce matin et un projet de loi clair et net dans ce domaine ?
STÉPHANIE RIST
Ce texte de protection des enfants qui me tient particulièrement à cœur puisqu'il concerne une partie des enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance que nous avons porté avec Gérald Darmanin, présenté le 27 mai, nous voulons y rajouter probablement des mesures qui vont permettre d'augmenter cette protection des…
JEFF WITTENBERG
Je parlais de l'échéance. Est-ce qu'on le connaîtra effectivement la semaine prochaine ?
STÉPHANIE RIST
Ce texte doit passer à l'Assemblée au mois de juillet, ce qui veut dire qu'il faut un Conseil des ministres avant pour pouvoir rajouter des mesures, ce que nous allons faire.
JEFF WITTENBERG
On va parler d'un tout autre sujet parce que vous êtes ministre, mais vous êtes aussi député au départ. Vous avez été élu, et réélu député du Loiret. Vous faites partie du Parti Renaissance et il n'a échappé à personne que dans ce bloc central, Renaissance et ses alliés, il y a une compétition aujourd'hui. La présidentielle est dans un an. Édouard Philippe et Gabriel Attal sont tous les deux candidats. Est-ce que vous avez fait votre choix personnellement ?
STÉPHANIE RIST
Vous savez, les Français auront à choisir et j'aurai à choisir aussi, comme les Français, dans un an, un Président de la République.
JEFF WITTENBERG
Vous n'avez pas encore choisi ?
STÉPHANIE RIST
Je suis, ici, ministre. Je vous ai dit, le travail sur la santé, sur les familles.
JEFF WITTENBERG
Vous êtes une femme politique aussi, madame RIST.
STÉPHANIE RIST
C'est vrai, je ne le renie pas. Mais là, je suis engagée auprès du Premier ministre, avec, il l'a dit, avec un sort de détachement par rapport aux affaires politiques. Et dans des moments comme nous vivons en ce moment, il est très important…
JEFF WITTENBERG
Il y a des ministres qui se sont prononcés. Monsieur Lescure, par exemple, soutient Gabriel Attal. Donc vous, vous ne soutenez personne pour l'instant ?
STÉPHANIE RIST
Écoutez, pour l'instant, moi, en tout cas, je suis à mon travail et j'en ai vraiment beaucoup, je vous promets, pour continuer à protéger au maximum les Français.
JEFF WITTENBERG
Merci Stéphanie Rist. Alors, on va dire quelques mots pour finir à propos des "4V" d'hier, dans lesquelles nous recevions Sébastien Chenu. Et alors qu'il était interrogé sur les spectacles donnés par Jean-Luc Lahaye dans des municipalités RN, une erreur d'illustration a été commise. C'est le visage de Bernard Lavilliers qui est apparu à l'antenne. Nous présentons à Bernard Lavilliers, à ce dernier, ainsi qu'à nos téléspectateurs, toutes nos excuses, bien entendu. Merci Stéphanie Rist. C'est la suite de "Télématin". Bonne journée à vous. Merci.
STÉPHANIE RIST
Merci.
Source : Service d'information du gouvernement, le 16 juin 2026