Le développement de l’éolien et, plus globalement, des énergies renouvelables, répond à un double objectif inscrit dans la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) :
- accélérer la transition énergétique pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ;
- et anticiper de nouveaux besoins en électricité.
Si la croissance de l'éolien se poursuit, la construction de nouvelles installations terrestres est freinée par des contraintes d'espace (normes, règlements) et d'acceptabilité par les populations (pollution visuelle et sonore). Le développement de la filière est aujourd’hui fortement axé sur l'installation d'éoliennes en mer pour exploiter les milliers de kilomètres du littoral français.
Un secteur en forte croissance depuis plus de 20 ans
Selon les chiffres du bilan électrique RTE pour l'année 2024, la production d'électricité éolienne s'élève à 46,8 TéraWatt.heure (TW.h), soit 8,7% de la production totale d'électricité en France. C'est la troisième source d'énergie primaire pour la production d'électricité, derrière l'énergie nucléaire (361,7 TW.h et 67,1% de la production totale) et l'énergie hydraulique (75,1 TW.h et 13,9% de la production totale).
D'après l'édition 2025 des données sur les énergies renouvelables, la production annuelle, inférieure à 10 TW.h de 2000 à 2009, a presque doublé entre 2010 et 2015 (atteignant 20 TW.h) et quasiment quadruplé entre 2011 et 2024.
Avec 25 gigawatts (GW) de puissance installée (puissance maximale théorique de production d'électricité), la France se place au troisième rang des pays européens derrière l'Allemagne (72,8 GW) et l'Espagne (31,9 GW).
Les statistiques de capacité renouvelable 2025 de l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) montrent que la Chine (482 GW) et les États-Unis (153 GW) occupent les deux premières places mondiales en termes de puissance installée.
Selon les termes du tableau de bord éolien du troisième trimestre 2025 : "la moitié de la puissance du parc terrestre national est située dans les régions Hauts-de-France (6,9 GW) et Grand Est (5 GW). Les autres régions ayant un parc dont la puissance éolienne terrestre est supérieure à 1,5 GW sont la Nouvelle-Aquitaine, le Centre-Val de Loire et l’Occitanie".
Ralentissement du développement du parc éolien terrestre
D'après la partie du bilan électrique RTE pour l'année 2024 consacrée à l'éolien terrestre : "Les capacités installées de production éolienne terrestre continuent de se développer mais à un rythme au plus bas depuis 2005".
Au 31 décembre 2024, le parc de production éolien terrestre en France atteignait une capacité de 22,9 GW. Au cours de l’année 2024, il a progressé de 1,1 GW, le développement le plus faible depuis 2020. En 2024, le rythme de développement du parc éolien terrestre a ralenti pour la deuxième année consécutive.
La puissance du parc éolien terrestre installée en 2024 reste donc en deçà de la cible de 24,1 GW de capacités installées, fixée pour 2023 par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de 2020.
La 3e programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) privilégie le renouvellement de parcs existants pour augmenter leur puissance (environ 24 GW en 2025) et réduire l’impact paysager, avec une cible de :
- 31 GW en 2030 ;
- 35 à 40 GW en 2035.
Limites techniques et acceptabilité
Énergie renouvelable, sans émission carbone, l’éolien est confronté à des limites de puissance du fait de la variabilité d’exposition au vent et de solutions de stockage de l’énergie limitées et coûteuses.
Malgré la diversité géographique des sites éoliens sur le territoire qui compense la variabilité de capacité de production des installations, l'éolien reste pour l'heure une énergie d’ajustement aux besoins, en complément de la capacité électrique nucléaire et des autres sources d'énergies renouvelables.
La performance énergétique de l’éolien repose sur la puissance du vent mais aussi sur le réseau de transport de l’électricité (RTE) qui s’appuie sur plusieurs solutions :
- la plateforme d’insertion de la production éolienne et photovoltaïque (IPES) qui régule la diffusion d’électricité avec une anticipation de 3 jours sur la demande ;
- les "smarts grids" qui s’appuient sur la circulation d’information entre les producteurs, les fournisseurs et les consommateurs ;
- les technologies de stockage pour absorber les surplus d’électricité et les restituer aux heures de production les plus faibles.
Au-delà des limites techniques de capacité de production électrique (dimension des pales, puissance du vent, stockage de l'énergie), l’éolien terrestre est confronté dans son expansion à des freins d'ordre réglementaires et d'acceptabilité des populations.
L'installation d'éoliennes terrestres doit se conformer à un ensemble de normes, qu'il s'agisse de l'éloignement à des zones d'habitation (>500 mètres) fixées par l'arrêté ICPE de 2010, d'émergences sonores (<35 db), de distance par rapport à des installations militaires (perturbations radars) ou de survol aérien.
S'agissant des autorisations préalables à la construction, au delà d'une hauteur de 50 mètres, les éoliennes doivent faire l'objet d'une enquête publique et d'une étude d'impact. Depuis la loi climat et résilience du 22 août 2021, une consultation publique doit être menée avant tout nouveau projet d'installation d'éolienne dans une commune. Elle entre dans le cadre du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires et du schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables. Depuis la mise en œuvre de cette loi, les maires peuvent adresser leurs observations au porteur du projet alors qu'auparavant l'ordonnance du 26 janvier 2017 laissait au préfet de département, seul, l'initiative de l'autorisation du projet au titre de l'ICPE.
La loi sur la différenciation, la décentralisation et la déconcentration dite "3DS" du 21 février 2022 a renforcé le rôle des maires en faisant entrer la construction d'éoliennes dans le cadre du plan local d’urbanisme (PLU).
Ces dispositifs législatifs récents entendent répondre à une certaine hostilité de la part de la population et d'acteurs politiques vis à vis de l'installation de nouveaux parcs ou de la présence de parcs existants en raison de la pollution visuelle et sonore qu'ils peuvent engendrer ou des risques potentiels pour la faune animale.
Un parc éolien interdit d'exploitation pour "impact visuel fort" et "effet de saturation"
Le 15 février 2022, la cour administrative d'appel de Nantes annulait l'autorisation d'exploiter un parc éolien déjà construit à Noyal-Muzillac (Morbihan), estimant qu'il présentait des "inconvénients excessifs" pour la protection des paysages et le voisinage. La construction du parc de trois éoliennes de 180 mètres de hauteur avait été autorisée en 2018 par un arrêté du préfet qui a été annulé en raison d'un "impact visuel fort" pour la vingtaine d'habitations avoisinantes situées entre 500 et 600 mètres de distance. La décision est également motivée par un "effet de saturation" lié à la présence de six autres parcs éoliens à quelques kilomètres.
Recommandations pour une meilleure acceptabilité du déploiement de l'éolien terrestre
Afin de respecter le schéma de développement fixé dans la PPE 2019-2028 qui comprenait un objectif de doublement de la capacité électrique du parc éolien dès 2023 - de 13 470 mégawatts (MW) en 2017 à 26 000 MW en 2023 - certaines recommandations ont été formalisées :
- rendre obligatoire le recyclage des matériaux constitutifs des éoliennes lors de leur démantèlement ;
- généraliser le principe d’une excavation totale des fondations éoliennes lors du démantèlement et augmenter le montant des garanties financières pour tenir compte des nouvelles technologies ;
- équilibrer le développement de l’éolien au niveau national afin d’éviter les risques de saturation ;
- réutiliser des sites éoliens en fin de vie pour y réimplanter des machines plus performantes.
L'éolien en mer, voie d'avenir
Compte tenu des freins actuels à l'extension du parc terrestre, la politique de développement de l'éolien s'est fortement orientée vers l'exploitation des vents marins au large des côtes françaises.
Bien que plus complexe et plus coûteux à mettre en œuvre, l'éolien offshore présente l'avantage de moindres contraintes d'occupation physique de l'espace et de plus grandes capacités de puissance.
Il existe deux types d'installations en mer :
- les éoliennes posées, installées à proximité des côtes structure fixe à faible profondeur (moins de 50 mètres) ;
- les éoliennes flottantes, installées loin des côtes, où les vents sont plus puissants et plus réguliers, sur des plateformes flottantes stables ancrées sur le fond marin.
Les documents stratégiques de façade, qui planifient et précisent les conditions de mise en œuvre de la stratégie nationale pour la mer et le littoral présentent notamment une carte des zones prioritaires pour le développement de l'éolien en mer (à horizon dix ans et 2050) pour chacune des quatre façades maritimes de l’hexagone :
- Manche Est - Mer du Nord ;
- Nord Atlantique - Manche Ouest ;
- Sud Atlantique ;
- Méditerranée.
Trois parcs éoliens offshore sont en service :
- Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) avec 80 éoliennes pour une puissance installée de 480 MW ;
- Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) avec 62 éoliennes pour une puissance installée de 496 MW ;
- Fécamp (Seine-Maritime) avec 71 éoliennes pour une puissance installée de 497 MW.
La mise en service du premier parc pilote éolien flottant (d’une capacité de 25 MW) est en cours de finalisation au large de Faraman et de Port-Saint-Louis-du-Rhône.
La décision du 17 octobre 2024 présente les zones identifiées pour l'installation d'éoliennes à horizon 2035 et à horizon 2050.
Le site eoliennesenmer cartographie le développement de l'éolien en mer en France (parcs actuels et futures installations).
La programmation pluriannuelle de l'énergie 2026-2035 fixe une cible de 15 GW de puissance installée en 2035 (pour une production d'environ 59 TW.h).
L'objectif est d'atteindre au mois 45 GW en service en 2050.