Nucléaire : un rapport évalue le chantier du réacteur EPR de Flamanville

Surcoûts, retards, le chantier de construction du réacteur nucléaire de nouvelle génération (EPR) sur le site de Flamanville dans la Manche accumule les déconvenues. Quelles en sont les causes ? La technologie EPR est-elle remise en question ?

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L'EPR (réacteur européen à eau pressurisée) de Flamanville, dans la Manche, en Normandie.
Le rapport pointe de nombreuses erreurs commises par EDF. © Alexis Morin - EDF

Le rapport de Jean-Marc Folz, publié le 28 octobre 2019, revient sur les étapes du projet de construction du réacteur nucléaire EPR (European Pressurized reactor) français de Flamanville.

Plus de 12 ans après le commencement des travaux, aucun kilowattheure n’a été produit sur le site. EDF a annoncé un nouveau report de la mise en production du réacteur pour 2022.

Pourquoi l'EPR n’est pas en service à Flamanville

Conçu au début des années 1990, l’EPR est un type de réacteur nucléaire destiné principalement à renouveler le parc des centrales nucléaires. Doté d’une puissance accrue et répondant à des exigences de sécurité améliorées, le nouveau réacteur nucléaire est aussi d'une complexité inégalée.

Selon le rapport, cette complexité a été mal évaluée par les concepteurs. Le rapport qualifie même "d’irréaliste" l’estimation du projet initial. En 2005, la durée de construction de l’EPR de Flamanville est évaluée à environ 54 mois alors que le chantier de la centrale de Chooz (B1) a demandé près de 142 mois et celui de Civaux 2 près de 98 mois de construction. 
Le rapport pointe aussi de multiples erreurs commises par EDF dans la conduite du projet :

  • la confusion entre maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre, toutes deux assumées par une même entité jusqu'en 2015, alors que ces deux fonctions sont habituellement distinctes dans de grands projets industriels ;
  • les études liées à la sûreté ou au risque d’incendie étaient à peine entamées au lancement du projet en 2006 ;
  • des relations insatisfaisantes avec les entreprises sous-traitantes.

D'autres causes ne relèvent pas de la responsabilité du constructeur :

  • l'accident nucléaire de Fukushima (Japon), en 2011, a entraîné un réexamen de l’ensemble des centrales au regard du risque sismique ;
  • la modification de la réglementation des équipements sous pression nucléaire de 2005 à 2015 a imposé des adaptations. 

La technologie EPR

Le rapport souligne de manière plus inattendue la perte des compétences française en matière de construction de centrales nucléaires. Le lancement de l’EPR débute 15 ans après la dernière construction d'un réacteur nucléaire (Civaux 2). Pour Jean-Marc Folz, "dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater une perte de compétence certaine de la plupart des acteurs concernés, tant du fait du départ en retraite de spécialistes confirmés que du défaut d’entretien des expertises et savoir-faire inutilisés ".

Alors que la France tarde à mettre en service son EPR, la Chine a achevé la construction de deux EPR. Pour le rapporteur, le fonctionnement des réacteurs chinois de Taishan apportent "la preuve de la pertinence du concept et du design de l'EPR qu'il faut certainement éviter de remettre substantiellement en cause."