Nucléaire : avant l'EPR2, un nécessaire retour d'expérience sur la filière EPR

La filière nucléaire française s’est lancée, au tournant des années 2000, dans la conception d’un "nouveau nucléaire", ou EPR, développé en France et vendu "clé en main" à l’étranger. La Cour des comptes demande un retour d’expérience sur cette démarche, avant toute décision de construction de réacteurs nouvelle génération EPR2.

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Les aléas, en France, du chantier de Flamanville ont eu des conséquences graves pour l’ensemble de la filière EPR © Alexis Morin - EDF

Dans un rapport public thématique sur la filière EPR, la Cour des comptes dresse un tableau d’ensemble sur les réacteurs nucléaires à eau pressurisée (evolutionary pressurized reactor).

L’EPR de Flamanville, symbole des "dérives" des coûts et des délais

La Cour souligne que les aléas, en France, du chantier de Flamanville ont eu des "conséquences graves pour l’ensemble de la filière" EPR. En effet, au regard des prévisions initiales, les délais et les coûts du chantier ont respectivement été multipliés par 3,5 et 3,3 (le coût de construction est désormais estimé à 12,4 milliards d'euros).

Quant à la durée estimée de construction de Flamanville 3, elle est ainsi passée 54 à 187 mois, une dérive jugée "considérable" même pour un réacteur tête de série, qui pèse "évidemment sur les coûts et la rentabilité de l’EPR de Flamanville".

Les difficultés à l’international

L’histoire industrielle de la filière s’est également traduite par la construction de réacteurs EPR à l’étranger :

  • le réacteur d’Olkiluoto (Finlande), lancé en 2005, qui a connu des "déboires" analogues à ceux de Flamanville, avec des coûts multipliés par quatre, a contribué à la disparition de l’ancien groupe Areva ;
  • deux autres chantiers de réacteurs, à Hinkley Point (Royaume-Uni), continuent de faire courir des risques financiers à EDF ;
  • enfin, deux réacteurs ont été mis en service à Taishan (Chine) en 2018 et 2019, moyennant un retard de cinq ans sur le calendrier initial et un surcoût de 60% par rapport au budget prévisionnel.

Quant aux autres projets d’exportation (Inde), ils sont "empreints d’incertitudes".

EPR2 : les recommandations de la Cour

Au vu des difficultés rencontrées lors de la construction des réacteurs EPR, EDF estime que le bon fonctionnement de ceux de Taishan valide ses choix technologiques. Sur cette base, la mise en chantier d’un nouveau modèle EPR2, présenté comme "plus simple et moins cher à construire", est proposée.

La décision de construire trois paires de réacteurs EPR2 pour un coût estimé à 46 milliards d’euros (valeur 2018), en tenant compte de leur durée de construction, de production et de démantèlement, aura des conséquences, souligne la Cour des comptes, jusqu’au XXIIe siècle.

Renvoyée par le gouvernement à une date postérieure à la mise en service de Flamanville, c’est-à-dire, au plus tôt, à la mi-2023, une telle décision devrait donc s’appuyer, selon la Cour :

  • sur un retour d’expérience complet sur la construction des EPR ;
  • et sur un exercice de planification à long terme, à l’horizon 2050, du mix électrique français.

Ce sont là deux des principales préconisations du rapport de la Cour. Il s’agit en particulier de "calculer la rentabilité prévisionnelle du réacteur de Flamanville 3 et de l’EPR2".