Outre-mer et Covid-19 : vers un plan de relance spécifique ?

Étant donné l'ampleur de la crise économique et sociale consécutive à l'épidémie de Covid-19 dans les collectivités d'outre-mer, un rapport sénatorial plaide pour un plan de relance spécifique à ces territoires.

Temps de lecture  3 minutes

Maison en tôle qui semble abandonnée
Maison typique en Guadeloupe (Les Saintes) © feuerpferd1111 - stock.adobe.com

Alors que la crise sanitaire est toujours forte à Mayotte et en Guyane, la délégation sénatoriale aux outre-mer a rendu le 9 juillet un rapport sur "L’urgence économique outre-mer" . Pour son président, le sénateur (LR) de Saint-Barthélemy, Michel Magras, ses 58 propositions pourraient "servir de base à la politique du nouveau gouvernement" pour un plan de relance spécifique aux outre-mer.

La délégation avait déjà rendu au Gouvernement, le 20 mai dernier, 20 premières propositions destinées à faire face aux sévères conséquences économiques et sociales de l’épidémie de Covid-19.

Une crise économique d'une ampleur inédite

La crise économique provoquée par la crise sanitaire prend, outre-mer, un caractère inédit en raison des fragilités structurelles de ces territoires :

  • forte dépendance aux échanges extérieurs avec une faible intégration régionale ;
  • spécialisation économique (poids prépondérant de certains secteurs comme le tourisme, spécialisation de la production agricole...) ;
  • tissu entrepreneurial composé à plus de 95% de très petites entreprises (TPE), réputées plus sensibles aux chocs conjoncturels que les grandes entreprises ;
  • délais de paiement traditionnellement importants qui provoquent des problèmes de trésorerie pour de nombreuses entreprises ;
  • poids du secteur informel ;
  • taux de pauvreté trois fois plus élevé qu'en métropole.

Les collectivités d’outre-mer sont par ailleurs menacées d’une crise financière majeure, en raison d’une baisse de leurs recettes (octroi de mer, taxes sur le carburant ou sur les transports aériens ou maritimes…) de l’ordre de 240 millions d’euros sur l’année 2020.

Or le plan de soutien aux collectivités territoriales , en raison des spécificités du tissu économique ultramarin ne répond guère aux besoins de ces territoires, en raison d’importants effets d’éviction. 

Les principales mesures préconisées par la délégation sénatoriale

Le rapport recommande une relance territorialisée axée sur le désenclavement et le soutien aux secteurs leviers.

Le redémarrage rapide du secteur aérien, avec le cas échéant une aide gouvernementale pour que les compagnies puissent passer le cap de la crise, est, selon le rapport, primordial pour le désenclavement des territoires. Il est considéré comme la condition pour que les économies ultramarines, très dépendantes d’un tourisme qui a subi "un cataclysme" avec le Covid-19, puissent connaître un début de redémarrage.

Parmi les autres mesures préconisées, le Sénat liste une série de secteurs structurants :

  • le secteur du BTP, en difficulté avant même la crise de la Covid, a vu de nombreux chantiers interrompus ;
  • l’alimentation : les problèmes de dépendance, envers la France métropolitaine en particulier, se sont accrus ;
  • enfin, en raison de la persistance de "zones blanches" et de l’illectronisme, le numérique ne joue pas le rôle attendu pour le développement local.

En outre, le déploiement du plan "eau Dom" pour une meilleure gestion du service des eaux doit être accéléré. Les besoins sont urgents et les tours d'eau (plannings de coupures d'eau) sont inopérants pour régler les problèmes d'approvisionnement.