Immigration, émigration : quelles réalités démographiques en France ?

Étrangers, immigrés, immigrants, émigrants, rôle des migrations dans la croissance de la population... L'Institut national d'études démographiques (Ined) vient de publier des chiffres sur les migrations internationales qui permettent de mieux appréhender la réalité complexe de l'immigration et de l'émigration en France et en Europe.

Migrants avec leurs baluchons marchant sur un chemin de campagne.
La France est, historiquement, un pays d'accueil. Elle est aussi l'un des pays d'Europe de l'Ouest où l'immigration est parmi les plus faibles. © kamberajdin - stock.adobe.com

En 2020, pour 100 personnes nées en France, quatre vivent dans un pays étranger selon l'Ined. En comparaison, pour 100 personnes nées dans un pays d'Afrique, trois ont changé de pays.

Ces chiffres, publiés en novembre 2021 dans "Migrations internationales : ce que l’on mesure (ou pas)", reviennent sur la difficulté de mesurer et d'évaluer les migrations internationales et sur certaines idées reçues relatives à l'immigration.

Immigration : la France dans la moyenne européenne

En 1991, l'Ined, l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et le Haut Conseil à l'intégration (HCI) ont officialisé un usage commun de la catégorie "immigré" : personne née étrangère à l’étranger, venue s’installer en France pour un an au moins, qu’elle ait acquis ou non la nationalité française par la suite.

En 2019, il y a en France 8,4 millions d'immigrants selon la définition de l'ONU (personnes nées hors de France, sans restriction de nationalité), dont :

  • 1,7 million sont nés français (enfants d'expatriés, rapatriés…) ;
  • 6,7 millions sont immigrés selon la définition française, dont 4,2 millions d'étrangers.

La France est, historiquement, un pays d'accueil. Elle est cependant aussi l'un des pays d'Europe de l'Ouest où l'immigration est parmi les plus faibles (13% au sens de l'ONU, contre 10% pour l'Italie, 14% pour le Royaume-Uni ou 18% en Allemagne). En 2019, elle se situe ainsi au 16e rang des pays d’immigration dans l'Europe des 28.

 

 

Quant aux taux d'immigration, en 2019, pour 1 000 habitants, la France a enregistré six entrées depuis l'étranger pour des séjours d'au moins un an et a octroyé quatre titres de séjours dits "permanents".

 

 

En fait, deux sources renseignent sur les flux de l'immigration :

  • les enquêtes annuelles de recensement (questions sur l'année d'arrivée en France et le lieu de résidence l'année précédente) ;
  • l’application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF) qui recense les personnes ayant obtenu un premier titre de séjour d’une durée d’au moins un an.

Mais ces sources sont imparfaites. La première ne compte pas les personnes récemment arrivées. La seconde ne compte pas les personnes qui ne disposent pas d'un titre de séjour (essentiellement les enfants, mais aussi les "sans-papiers").

Émigration : un chiffrage déficient

Les chiffres de l'immigration sont à comparer avec ceux de l'émigration. En effet, rien ne permet de déterminer si une entrée sur le territoire va donner lieu à une installation permanente.

Peu de pays procèdent à des mesures de l'émigration efficaces. En France, les sorties du territoire sont déduites en soustrayant les entrées du solde migratoire, grâce aux enquêtes annuelles de recensement.

En 2017, selon l'Insee, quelque 215 000 personnes auraient quitté la France, dont :

  • 29% d’immigrés ;
  • 71% de non-immigrés.

Ces calculs sont complétés par d'autres sources administratives :

  • pour les étrangers, les éloignements forcés ou les retours aidés ;
  • pour les Français, les données consulaires (enregistrement facultatif et dépendant des élections).

Sur la période 2010-2019, la population française a augmenté chaque année de 3,7 personnes pour 1 000 habitants, dont :