Le sentiment d’insécurité reste stable en France depuis 2010

Les phénomènes délinquants se sont transformés depuis 2010 mais le sentiment global d’insécurité a peu évolué : environ 20% des personnes de 14 ans et plus déclarent se sentir en insécurité. La recrudescence des attentats à partir de 2015 n’a pas amplifié ce sentiment, même si le terrorisme est devenu une préoccupation majeure des Français.

Rue déserte de nuit.
Malgré le constat d'un recul des vols et des cambriolages, la police et la gendarmerie ont constaté une hausse des escroqueries, des coups et blessures volontaires et des violences sexuelles. © Yannick Mondelo/AFP

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), en collaboration avec les ministères de l’intérieur et de la justice, a publié, en décembre 2021, une étude sur la sécurité dans la société française. Elle retrace l’évolution de la délinquance, de son traitement par la justice et du sentiment d’insécurité depuis 2010.

20% des Français s’estiment en insécurité

En 2019, 11% des personnes de 14 ans ou plus se sentaient en insécurité dans leur quartier ou leur village et 8% à leur domicile. Par ailleurs, 11% des personnes déclaraient renoncer souvent ou parfois à sortir seules de chez elles pour des raisons de sécurité. Ces proportions ont peu varié entre 2010 et 2019.

Pourtant, la délinquance s’est transformée durant cette période. La police et la gendarmerie ont constaté un recul des vols et des cambriolages, notamment des vols avec violence (-29%) et des vols de véhicule (-29%). Néanmoins, l'étude constate une hausse :

  • des escroqueries (+55%) en particulier avec des débits frauduleux réalisés lors d’achats réglés par carte bancaire sur des sites de commerce en ligne ;
  • des coups et blessures volontaires sur personne de 15 ans ou plus (+26%), surtout dans le cadre familial ;
  • des violences sexuelles. Dans un contexte de libération de la parole avec le mouvement #MeToo, les plaintes pour violences sexuelles ont été multipliées par 2,4 (56 000 victimes en 2019, dont 55% de mineurs).

Or, en cas de violences physiques ou sexuelles au sein du ménage, seule une victime sur dix porte plainte, contre neuf sur dix à la suite d’un vol de voiture.

Qui est le plus touché par le sentiment d’insécurité ?

En 2019, ce sentiment est plus répandu parmi :

  • les femmes (27% d’entre elles l’éprouvent, contre 12% des hommes) ;
  • les étrangers (24%) ;
  • les jeunes (23% des 14-29 ans) ;
  • les chômeurs (28%) ;
  • les étudiants et les autres inactifs (26%) ;
  • les personnes ayant un niveau de vie modeste (25%) ;
  • les résidents des unités urbaines de plus de 100 000 habitants (25%) et de l’agglomération parisienne (23%).

Ce sentiment d’insécurité est également accentué chez les individus victimes ou témoins d’actes de délinquance au sein de leur environnement. Depuis 2010, les jeunes de 18 à 28 ans sont ainsi surreprésentés parmi les victimes de la délinquance et subissent de plus en plus de violences sexuelles.

Le sentiment d’insécurité au collège

Au collège public, le sentiment d’insécurité concerne :

  • 10,7% des élèves et 6,9% des enseignants à l’intérieur de l’établissement, les collégiens le ressentant surtout dans les lieux où les adultes sont moins présents (couloirs, toilettes…) ;
  • 25,3% des élèves et 9,1% des professeurs aux abords du collège.

Toutefois, le sentiment d’insécurité des collégiens et des enseignants est plus marqué :

  • chez ceux qui ont subi des violences ou une atteinte aux biens dans le cadre scolaire. Pendant l’année 2016-2027, 24,8% des collégiens du public ont été victimes de cyberviolence (cyberharcèlement en particulier) sur les réseaux sociaux et internet. Quant aux enseignants, le harcèlement et les agressions sexuelles concernent 3% d'entre eux ce qui amplifient fortement leur sentiment d’insécurité ;
  • dans les collèges socialement défavorisés et les très grands établissements.