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Taxer les émissions des ménages ou des entreprises : quels effets ?

Temps de lecture  4 minutes

Par : La Rédaction

La taxation des émissions de gaz à effet de serre affecte les ménages à hauteur de leurs émissions directes (voiture, chauffage…) ou indirectes (biens et services consommés). Les entreprises y sont soumises aussi si leur production ou leurs intrants sont carbonés. Les effets de cette taxation sont-ils pour autant identiques ? Le point avec l'Insee.

Une étude publiée le 26 mars 2026 par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) analyse les impacts économiques d'une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre des entreprises et sur celles des ménages.

Les ruraux consacrent une plus grande part de leur budget à l'énergie

Les ménages des zones rurales non périurbaines :

  • dépensent en moyenne deux fois plus en énergie que ceux du grand centre urbain de Paris (2,7 fois plus en combustibles fossiles). À la campagne, les habitations sont plus vastes et la part des ménages vivant dans des maisons individuelles, plus consommatrices d’énergie pour le chauffage, est accrue. Neuf ménages ruraux sur dix possèdent une voiture, contre deux Franciliens sur trois et un Parisien sur trois ;
  • travaillent dans des secteurs 2,8 fois plus émetteurs (agriculture, industrie manufacturière, transports…). 27% des salariés ruraux travaillent dans des filières très polluantes (contre 15% des salariés résidant dans les communes denses de l’aire d’attraction de Paris). Ils sont donc plus exposés à la hausse des coûts et au ralentissement de l’activité induits par la taxation du carbone.
     

 

Des effets différents en fonction du type de taxation

D’après un modèle tenant compte des disparités territoriales et des capacités d’adaptation des ménages et des entreprises, une hausse de la taxe carbone appliquée à l’ensemble des émissions françaises afin de les réduire de 10% abaisserait le bien-être des ménages de 0,9% en moyenne. Le bien-être d’un individu désigne l’utilité qu’il retire au fil du temps de son niveau de consommation privée. Les ménages du rural périurbain perdraient 1,17 fois plus de bien-être que ceux du grand centre urbain de Paris (-1,01% contre -0,86%), et les plus modestes en perdraient 1,53 fois plus que les plus fortunés (-1,09% contre -0,71%).

Une taxe sur les seules émissions directes :

  • des ménages pèserait sur leur consommation d’énergie et affecterait plus durement les ménages ruraux ou modestes ;
  • des entreprises aurait des effets moins régressifs. Son coût se répercuterait sur les salaires et sur les revenus du capital, concentrés chez les plus favorisés. Les ménages modestes, qui dépendent davantage des transferts sociaux, seraient moins touchés. Cette taxe aurait des effets peu différenciés entre ménages urbains et ruraux.

Les avantages d'une redistribution ciblée

L’État peut compenser les pertes économiques et limiter les inégalités créées par la taxe carbone en redistribuant les recettes qu’elle génère. Pour diminuer de 10% les émissions, des transferts monétaires versés en fonction du revenu et du type de commune permettraient de cibler les ménages les plus pénalisés par la taxe et se traduiraient par un gain de bien-être cinq fois plus élevé qu’une redistribution uniforme. Ce scénario bénéficierait surtout aux ménages ruraux (+1,2% de bien-être, contre +0,6% pour les Parisiens) et aux plus modestes (+4,2% contre -0,9% pour les plus aisés).