Une étude publiée le 22 octobre 2026 par la Direction générale du Trésor (DGT) analyse l'évolution de l'industrie manufacturière en France depuis 2000 et avance des pistes en vue d'une réindustrialisation.
Comment expliquer le recul de l'industrie française ?
Selon l'étude de la DGT, ce recul résulte :
- de facteurs structurels : les gains de productivité réalisés entre 2000 et 2010 (qui font chuter le prix des biens manufacturés et l’emploi), l’externalisation croissante des services, la hausse du niveau de vie (qui amplifie la demande de services) ;
- d’une perte de compétitivité de l’industrie française depuis 30 ans. Entre 1995 et 2024, les exportations mondiales du secteur manufacturier progressent de 4,9% par an contre 2,7% pour la France, dont la part de marché passe de 6% à 3,3% (-46%). Cette évolution reflète en partie l'intégration de la Chine au commerce mondial. Jusqu'en 2008, la hausse du coût du travail a pu participer aussi aux pertes de compétitivité.
Le recul de l'industrie manufacturière a eu des conséquences sur la croissance, la souveraineté française mais également, conjugué à la décarbonation, sur l’environnement (les émissions industrielles diminuent depuis 2000).
Une stabilisation du poids de l'industrie dans l'économie depuis 2010
La part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée (VA) en France :
- baisse de 16,1% à 11,4% entre 2000 et 2010. Le secteur perd 720 000 emplois, passant de 13,7% à 10,3% de l'emploi total. Cependant, la VA manufacturière en volume augmente de 4% ;
- reste stable de 2010 à 2024. L’emploi stagne (développement de l’automatisation) et la VA croît de 12% jusqu’en 2019. De 2019 à 2024, l’emploi et la VA manufacturiers augmentent respectivement de 3% et 6% malgré les crises successives. Le secteur, dynamique en 2022 et 2023 (151 ouvertures d'usines et 139 extensions de sites en 2022), ralentit depuis. La Chine concurrence l’industrie française, notamment sur les produits technologiques (automobile…), d’autant plus qu’elle réoriente une partie de ses exportations vers l’Union européenne à cause des droits de douane imposés par les États-Unis.
Quels leviers de réindustrialisation ?
Dans un cadre budgétaire contraint, soutenir des filières essentielles pour l’innovation, la transition écologique ou la souveraineté nationale peut favoriser la réindustrialisation si elles sont stratégiques et dotées d’un potentiel de compétitivité et de croissance. Le plan France 2030, lancé en 2021, constitue le principal vecteur de soutien sectoriel à des projets industriels, sous forme de subventions, d’avances remboursables ou de fonds propres.
La commande publique peut, dans certains secteurs, contribuer à accroître la demande adressée à une filière. La mobilisation de ce levier peut passer par la mise en œuvre d’une préférence européenne.
Un cadre institutionnel et économique favorable est un préalable au succès d’une politique de réindustrialisation. Diverses mesures y concourent : une fiscalité attractive, les aides financières accordées aux entreprises, les simplifications réglementaires et une meilleure formation de la main-d’œuvre.