Un ordre international fondé davantage sur le droit que sur la force a un coût. Le financement de l’Organisation des Nations unies (ONU) reflète non seulement la multiplicité de ses missions mais aussi les priorités de ses mandats ainsi que ses nombreuses institutions qui comprennent les opérations du maintien de la paix, les tribunaux des Nations unies et 12 institutions spécialisées de l'ONU.
Les États membres constituent la principale source du financement. Leurs cotisations sont obligatoires. En plus des contributions obligatoires au budget ordinaire et au budget des opérations de maintien de la paix, les États peuvent choisir d’apporter des contributions volontaires à certains fonds et programmes onusiens.
- Le budget ordinaire et le budget des opérations de maintien de la paix des Nations unies sont financés par application d’une clef de répartition adoptée par l’Assemblée générale. Ce barème des quotes-parts est établi selon une méthodologie qui reflète la capacité de paiement des États membres. Il est révisé tous les trois ans. Le budget ordinaire approuvé pour 2025, a été d'un montant de 3,72 milliards de dollars tandis que 5,6 milliards de dollars ont été accordés pour les opérations de maintien de la paix.
Opérations de maintien de la paix, une responsabilité des membres permanents du Conseil de sécurité
Les décisions concernant la création, la mise en place, le maintien ou l’expansion d’une opération de maintien de la paix sont prises par le Conseil de sécurité mais le financement des opérations incombe à l’ensemble des États membres de l’ONU.
L’Assemblée répartit les dépenses selon un barème de quotes-parts spécial applicable aux opérations de maintien de la paix. Ce barème tient compte de la richesse économique relative des États membres. Les membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni) versent une quote-part plus importante en raison de la responsabilité particulière qui leur incombe en ce qui concerne le maintien de la paix et la sécurité internationales.
- Les fonds et programmes de l’ONU tels que le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ou le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ont leur propre budget. L’essentiel de leurs ressources provient de contributions volontaires versées par les gouvernements mais aussi par des particuliers, comme dans le cas de l’Unicef. Les institutions spécialisées des Nations Unies telles que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou l’Organisation internationale du Travail (OIT) ont également leurs propres budgets qui sont complétés par des contributions volontaires versées par les gouvernements.
L'impact des versements volontaires
L'ensemble des contributions volontaires en hausse depuis une vingtaine d'années représente des montants très largement supérieurs aux totaux des cotisations obligatoires. Les contributions volontaires représentent à présent plus de 60% du budget total des Nations unies. La dépendance croissante aux contributions volontaires fragilise l’organisation internationale.
Selon les règles des Nations unies, les cotisations de chaque État membre dépendent de la taille de leur économie.
À l'heure actuelle, les États-Unis représentent 22% du budget ordinaire (sans les opérations du maintien de la paix), suivis par la Chine (20%). La cotisation obligatoire va d'un minium de 0,001% à un maximum de 22%, la quote-part maximale pour les pays les moins avancés étant de 0,01%.
Un cas à part : l'Union européenne (UE)
L'UE jouit d'un "statut d'observateur renforcé" au sein de l'Assemblée générale des Nations unies, principal organe de délibération, d'élaboration des politiques et de représentation de l'ONU. Chacun des 193 États membres de l'ONU est membre de l'Assemblée générale et tous disposent d'un vote égal. Le statut spécial de l'UE n'inclut pas le droit de vote, mais les 27 États membres de l'UE se coordonnent pour présenter des positions unifiées.
L'UE et ses États membres sont les plus grands contributeurs financiers des Nations unies. Ils financent conjointement un quart de son budget ordinaire et fournissent un tiers de l'ensemble des contributions financières aux agences, fonds et programmes des Nations unies.
L'effort financier de l'UE se matérialisé très majoritairement par des contributions volontaires fléchées. En 2024, l’UE a versé environ 3,9 milliards d’euros de contributions volontaires à l’ONU, un montant record.
Le budget ordinaire de l’ONU sert à financer les dépenses liées au fonctionnement, au personnel et aux programmes des organes principaux des Nations unies (Assemblée générale, Conseil de sécurité, Conseil économique et social, Secrétariat général, Cour internationale de Justice). Depuis 2020, le budget ordinaire est adopté pour une durée d’un an.
Procédure d'adoption du budget ordinaire
Le projet de budget est proposé à l'Assemblée générale par le Secrétaire général, après examen des demandes des différents départements de l'ONU. Il est ensuite analysé par les experts du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires et par le Comité du programme et de la coordination, composé de 34 membres élus par l’Assemblée générale et qui représentent les vues de leurs gouvernements.
Les recommandations des deux comités vont à la Commission administrative et budgétaire de l'Assemblée générale, dont tous les États sont membres. Elle examine à nouveau le budget. Enfin, celui-ci est envoyé à l'Assemblée générale pour un examen final et pour son approbation.
Il est relativement courant que des États ne règlent pas leur cotisation. Parallèlement, le nombre de crises mondiales met le budget de l'organisation à mal. Cela affecte aussi bien le fonctionnement interne que les appels aux dons pour l'aide humanitaire. Le 10 février 2026, des 193 États membres, seulement 64 ont versé la totalité du montant de leurs cotisations. Les contributions étaient officiellement exigibles avant le 8 février 2026.
L'article 19 de la Charte des Nations Unies prévoit :
"Un membre des Nations Unies en retard dans le paiement de sa contribution aux dépenses de l'Organisation ne peut participer au vote à l'Assemblée générale si le montant de ses arriérés est égal ou supérieur à la contribution due par lui pour les deux années complètes écoulées. L'Assemblée générale peut néanmoins autoriser ce membre à participer au vote si elle constate que le manquement est dû à des circonstances indépendantes de sa volonté."
Dans une lettre adressée aux 193 États membres, le Secrétaire général António Guterres a appelé à honorer les obligations financières ou à procéder à une réforme en profondeur des règles budgétaires de l’organisation. Il précise que l’année 2025 s’est achevée avec un niveau record de 77% des cotisations non versées, qualifiant la situation de "radicalement différente" des crises précédentes."
La feuille de route budgétaire de l'organisation pour 2026 publiée en octobre 2025 a envisagé la réduction d'environ 15% du budget ordinaire, soit environ 500 millions de dollars et la suppression d'environ 19% de postes. Fin 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le budget de l’organisation pour 2026 : 3,4 milliards de dollars, en baisse de plus de 7% par rapport à l’exercice précédent. Les États membres ont également validé la suppression d'environ 2 400 postes, scellant l’un des arbitrages budgétaires les plus serrés de ces dernières années.
Ce budget pourrait signifier une relocalisation du personnel, des changement de poste mais aussi des licenciements. Des relocalisations d'un peu plus de 200 personnes sont dans un premier temps envisagés depuis Genève et New-York vers des villes moins chères, comme Nairobi.
Initiative ONU80 : qu’est-ce que c’est ?
Le 12 mai 2026, le Secrétaire général des Nations unies António Guterres a présenté l’initiative UN80, un plan de réforme structurel de l'organisation.
Une recommandation centrale est de regrouper des dizaines d’agences en quatre départements principaux : paix et sécurité, affaires humanitaires, développement durable et droits de l’Homme.
Les objectifs de l’initiative incluent la lutte contre la fragmentation et le chevauchement des mandats, la modernisation des méthodes de travail, l’amélioration de l’efficacité de l’organisation et sa re-légitimation.