Rapport d'information (…) sur « l'espace indopacifique : enjeux et stratégie pour la France »

Auteur(s) moral(aux) : Assemblée nationale. Commission des Affaires étrangères

Présentation

Le 15 septembre 2021, le président des États-Unis Joe Biden, le premier ministre australien Scott Morrison et le premier ministre britannique Boris Johnson annonçaient conjointement le lancement d’une nouvelle alliance militaire : l’AUKUS. Illustration du renforcement de la polarisation à l’œuvre dans la région, la formation de cette alliance, qui signait la fin du partenariat entre la France et l’Australie pour la livraison de sous-marins à propulsion conventionnelle, a remis en cause un des principaux piliers de la stratégie française en Indopacifique.

Lancée six mois avant l’annonce de l’AUKUS, la mission d’information avait pour objectif de dresser un premier bilan de la stratégie indopacifique de la France qui avait été annoncée par le président de la République en Australie début mai 2018. À l’origine, étaient fixés pour objectif d’évaluer les choix faits par l’exécutif dans le cadre de cette stratégie et la manière dont celle-ci est mise en œuvre concrètement pour dépasser le stade déclaratoire. Après l’affaire AUKUS, est fixé un nouvel objectif plus prospectif et plus ambitieux : déterminer de nouveaux axes pour la présence française en Indopacifique.

Dans la conduite des travaux menés par la mission, n’a été exclue aucune région de l’Indopacifique qui, dans la conception française, s’étend de façon large des côtes orientales de l’Afrique aux côtes occidentales de l’Amérique.
Sont traités également, au-delà des seuls enjeux de défense, tous les aspects de la stratégie française qui incluent les enjeux économiques, de développement, de protection de la santé et de l’environnement ou encore de la politique maritime dans tous ses aspects.

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Sommaire

SYNTHESE DU RAPPORT
PROPOSITIONS
INTRODUCTION

I. AU CŒUR DES GRANDS ENJEUX CONTEMPORAINS, L’INDOPACIFIQUE EST MARQUÉE PAR UNE ACCUMULATION DES TENSIONS LIÉES À L’AFFIRMATION DE LA CHINE

A. APPARU RECEMMENT, L’INDOPACIFIQUE EST UN CONCEPT POLYSEMIQUE ET FLOTTANT
1. Les échanges entre le Pacifique et l’océan Indien ne sont pas nouveaux
2. L’Asie-Pacifique, dont la connotation est économique, s’impose à la fin de la guerre froide
3. L’Indopacifique signale le retour de la géopolitique dans cet espace
4. L’Indopacifique n’en est pas moins un concept polysémique

B. L’ESPACE INDOPACIFIQUE CONCENTRE LES OPPORTUNITÉS ET LES DÉFIS DE DEMAIN
1. Cette région est le terrain d’un grand nombre d’opportunités
a. Plus de la moitié de la population mondiale
b. Une part croissante de la richesse mondiale
c. Des ressources et des voies maritimes essentielles

2. Les grands défis mondiaux se jouent largement dans cet espace
a. Des défis importants sur le plan du développement
b. Une région clé pour la préservation de la santé mondiale
c. L’Indopacifique est aux avant-postes du dérèglement climatique


C. L’AFFIRMATION CHINOISE ST RUCTURE LA GÉOPOLITIQUE DE L’INDOPACIFIQUE
1. Malgré les critiques, les « nouvelles routes de la soie » transforment la région
a. Les « nouvelles routes de la soie » : un immense programme d’infrastructures lancé par la Chine
b. L’initiative chinoise transforme l’Indopacifique dans des proportions variables
c. Le bilan des « nouvelles routes de la soie » apparaît mitigé

2. L’affirmation régionale de la puissance militaire chinoise bouleverse les équilibres géopolitiques
a. La Chine poursuit des objectifs de sécurité dans l’espace indopacifique
b. La Chine renforce ses prétentions de souveraineté en mer de Chine

 

II. LA POLARISATION CROISSANTE DES POSITIONS À L’ÉGARD DE LA CHINE TEND À RÉDUIRE LA PLURALITÉ DES APPROCHES DE L’INDOPACIFIQUE

A. LE RAPPORT À LA CHINE DÉTERMINE DIFFÉRENTES APPROCHES DE L’INDOPACIFIQUE
1. Une partie des pays assument des différences d’intérêts et de valeurs avec la Chine
a. Les États-Unis poursuivent une politique d’endiguement de la Chine
b. Le Japon louvoie entre un arrimage américain et une voie médiane dans l’Indopacifique
c. L’Inde a une conception ouverte et inclusive de l’Indopacifique qui s’oppose à la domination d’une seule puissance dans la région

2. D’autres pays préfèrent contourner la question chinoise en faveur d’une stratégie fondée sur l’inclusion régionale
a. La Corée du Sud a une stratégie de coopération qui ne vise pas à structurer un ordre régional
b. À l’initiative de l’Indonésie, l’ASEAN s’est dotée d’une vision de l’Indopacifique fondée sur l’inclusion régionale


B. L’AFFIRMATION DE LA CHINE RENFORCE LA POLARISATION DES POSITIONS DANS L’ESPACE INDOPACIFIQUE
1. Les pressions chinoises conduisent plusieurs pays à durcir leur position vis-à-vis de Pékin
a. Confrontée à un accroissement de la pression chinoise, l’Australie a durci son positionnement à l’égard de Pékin
b. L’Inde et le Japon se raidissent également face à une Chine plus désinhibée dans ses revendications

2. Les États-Unis rehaussent fortement leur réponse au défi chinois
a. Les États-Unis sont engagés dans une compétition de plus en plus large avec la Chine
b. L’Indopacifique est devenu le théâtre central de la confrontation entre la Chine et les États-Unis
c. La réponse militaire reste la clef de voûte de la stratégie américaine de dissuasion de la Chine dans l’Indopacifique

 

III. CONTRE LA BIPOLARISATION EN COURS, LA FRANCE ET L’EUROPE DÉFENDENT UNE « VOIE D’ÉQ UILIBRE » DANS L’ESPACE INDOPACIFIQUE

A. PREMIER PAYS EUROPÉEN À AVOIR ADOPTÉ UNE STRATÉGIE INDOPACIFIQUE, LA FRANCE S’AFFIRME COMME UNE « PUISSANCE D’ÉQUILIBRE »
1. La France se perçoit comme une puissance de l’Indopacifique
a. La France dispose de plusieurs atouts pour fonder sa légitimité à intervenir dans l’Indopacifique
b. La France a rétabli son image auprès des pays de la région

2. La stratégie française dessine une « voie d’équilibre »
3. Les enjeux de défense sont au cœur de la stratégie indopacifique de la France
a. Le ministère des Armées a publié une stratégie de défense française en Indopacifique
b. Les exportations d’armement sont la matrice de la stratégie indopacifique de la France
c. Les armées françaises renforcent leur activité opérationnelle dans la région

4. La France a l’ambition de donner à sa stratégie indopacifique une dimension plus large que la seule composante militaire
a. Le ministère de l’Europe et des affaires étrangères a également publié une stratégie pour l’Indopacifique
b. La France s’appuie sur deux partenariats structurants avec l’Inde et le Japon
c. La France a largement investi les organisations régionales dans l’Indopacifique
d. L’agence française pour le développement joue un rôle important dans la promotion des biens publics mondiaux


B. L’EUROPE A PRIS CONSCIENCE DE L’IMPORTANCE DE L’ESPACE INDOPACIFIQUE
1. Plusieurs pays européens ont adopté des stratégies indopacifiques qui se distinguent sensiblement
a. L’Allemagne esquive en partie les aspects stratégiques tout en affichant ses intérêts économiques dans la région
b. Alignée sur l’approche américaine, la stratégie indopacifique du Royaume-Uni obéit en grande partie à des objectifs commerciaux

2. L’Union européenne a récemment adopté une stratégie indopacifique qui a été fortement influencée par la France
a. L’action européenne dans la région est invisible
b. La France a été à l’initiative de la stratégie européenne
c. L’Union européenne aspire aussi à un positionnement d’équilibre

IV. APRÈS L’AFFAIRE AUKUS, LA STRATÉGIE INDOPACIFIQUE DE LA FRANCE DOIT ÊTRE REMISE SUR LE MÉTIER

A. POUR FAIRE DE L’INDOPACIFIQUE UNE VÉRITABLE PRIORITÉ, LA FRANCE DOIT CLARIFIER SES OBJECTIFS ET SES MOYENS
1. La France doit conserver un positionnement d’équilibre dans l’Indopacifique
a. La France, comme l’UE, a intérêt à suivre une voie autonome
b. L’importance accordée par de nombreux pays de l’Indopacifique à leur autonomie stratégique est une opportunité pour la France

2. La France doit prévoir les moyens de ses ambitions dans la région
a. L’Indopacifique mérite un engagement politique plus soutenu
b. Tous les ministères doivent intégrer la priorité accordée à l’Indopacifique
c. La Marine nationale doit bénéficier de capacités supplémentaires
d. Les moyens du Quai d’Orsay ont été en partie réorientés mais il est difficile d’en assurer le suivi


B. L’AUKUS OBLIGE LA FRANCE À ENVISAGER LE RENFORCEMENT DE CERTAINS PARTENARIATS BILATÉRAUX
1. L’AUKUS représente paradoxalement une opportunité de renforcer la coopération avec les États-Unis
a. Jusqu’à récemment, la France et les États-Unis ne se percevaient pas comme des partenaires « pertinents »
b. Après l’AUKUS, nos deux pays ont pris conscience de l’intérêt de renforcer leur coopération
c. La France doit veiller à ne pas tomber dans un alignement contre la Chine

2. La France doit consolider ses deux partenariats les plus décisifs dans l’espace indopacifique
a. Avec l’Inde, la coopération peut encore s’élargir et s’approfondir
b. Avec le Japon, il est également souhaitable d’investir de nouveaux domaines de coopération

3. Notre partenariat bilatéral peut être renforcé avec d’autres pays, en particulier avec l’Indonésie
a. Notre partenariat pourrait se renforcer avec d’autres pays dans la zone
b. L’Indonésie doit être un pays clef de notre stratégie indopacifique en Asie du Sud-Est

4. Même si notre pays ne retrouvera pas, avec l’Australie, la relation qui précédait l’AUKUS, un rapprochement paraît inévitable

C. LA FRANCE DOIT PLUS S’INVE STIR DANS LE MULTILATÉRALISME RÉGIONAL ET ESTIMER AU CAS PAR CAS LES OPPORTUNITÉS DE REJOINDRE CERTAINS CERCLES « MINILATÉRAUX »
1.  Un investissement croissant de notre pays dans les organisations régionales est nécessaire
2.  L’adhésion aux cercles « minilatéraux » doit être envisagée au cas par cas

D. LA FRANCE DOIT PRIORISER SES DOMAINES D’ACTION EN CAPITALISANT SUR LES SAVOIR-FAIRE DE NOTRE PAYS ET LES ATTENTES DES PAYS PARTENAIRES
1. Notre pays a les moyens d’aider les pays de la région à gérer les défis de sécurité auxquels ces derniers sont confrontés
a. Les opportunités sont nombreuses sur le plan des exportations d’armement
b. Déjà importante, la coopération opérationnelle doit se poursuivre

2. La France peut proposer un modèle de développement équilibré et durable dans la région
a. Notre politique de développement doit encore monter en puissance
b. La France doit allier sa politique de développement avec une action ambitieuse en faveur de la promotion des biens publics mondiaux
c. Notre pays ne doit pas hésiter à tirer profit de l’émergence économique de la région


E. L’OUTRE-MER ET L’UE PEUVENT APPORTER UN APPUI À LA STRATÉGIE NATIONALE, À CONDI TION D’AVOIR UNE ACTION COMPLÉMENTAIRE
1. Les outre-mer, qui permettent à la France de légitimer son action, doivent devenir des atouts pour notre stratégie indopacifique
2. La stratégie indopacifique de l’UE doit capitaliser sur les atouts de l’Union et ne pas chercher à articuler une réponse géopolitique
a. La nouvelle approche européenne de la connectivité doit encore trouver un instrument de financement propre
b. L’UE ne doit pas conclure des accords de libre-échange à n’importe quelle condition
c. L’UE doit mesurer ses ambitions dans le domaine de la sécurité et la défense

EXAMEN EN COMMISSION
ANNEXE N° 1 : LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES
ANNEXE N° 2 : LISTE DES PRINCIPAUX ACRONYMES UTILISÉS DANS LE RAPPORT
ANNEXE N° 3 : LES PRINCIPALES ORGANISATIONS RÉGIONALES DE L’INDOPACIFIQUE

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Fiche technique

Type de document : Rapport parlementaire

Pagination : 130 pages

Édité par : Assemblée nationale

Collection : Documents d'information de l'Assemblée nationale

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